J'ai déjà dit que c'étaient des pierres qu'on
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employait le plus communément dans ces constructions ; onles taillaiteton les sculptait avec plus ou moins de soin , suivant l'importance de l'édifice que Ton construisait. Ces pierres étaient souvent d'une grosseur si énorme que personne n'a pu comprendre comment les Péruviens pouvaient les transporter d'un lieu dans un autre, et les travailler et superposer à l'aide des seules forces humaines. On rencontrait souvent des édifices en marbre précieux , de diverses couleurs , avec des ligures sculptées , et des bas - reliefs si parfaits qu'ils ont attiré l'admiration des savants modernes.
3. Ils joignaient toujours ces pierres au moyen de l'admirable mastic dont j'ai parlé au chapitre IV. Les temples et les palais qui n'étaient pas remarquables sous le rapport de l'architecture, l'étaient beaucoup cependant à cause de leurs riches ornements; ils étaient ordinairement revêtus de plaques d'or et d'argent, et remplis de statues , de figures
et de vases de toute espèce, faits des mêmes métaux et ornés de pierres précieuses. J'ai déjà parlé longuement de la forme des temples , et j'ai énuméré ceux qui étaient les plus remarquables.
4. Les couvents , appelés Pasrlan Hua si , étaient habités par les vierges consacrées au service du temple ; ce n'était autre chose qu'une réunion de grandes et vastes maisons renfermées dans l'enceinte d'une muraille élevée et solide, et dont les portes étaient rigoureusement gardées. Ils contenaient de 200 à 600 vierges, sans compter les directrices et les gens de service : de sorte que c'étaient de petits villages fermés où l'Inca seul avait le droit d'entrer. Les vierges faisaientau Soleil un vœu solennel de chasteté perpétuelle. Celles que l'Inca choisissait pour en faire ses femmes ou ses concubines en étaient seules dispensées. Loin d'être renfermées contre leur gré dans ces couvents, toutes les jeunes filles
cherchaient à s'y faire recevoir ; mais on n'y 18. 13
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admettait que les filles des seigneurs, ou celles qui étaient distinguées par leur beauté. La vierge qui manquait au vœu de chasteté devait être enterrée vivante , ainsi que toute sa famille ; mais on assure que l'occasion d'infliger ce châtiment ne se présenta* jamais.
5. Les vierges s'occupaient à filer et à tisser la laine des vigognes , qui est aussi fine que la soie , et qu'elles ornaient de fleurs et de broderies en or. De cette étoffe , habilement travaillée, elles faisaient les habits pour les sacrifices, pour l'usage del'Inca et de toute sa nombreuse famille, ainsi que pour les présents et les récompenses que l'on avait habitude de distribuer plusieurs fois dans le courant de l'année. Ce qui restait de ces toiles ou de ces fils, ou tout ce qui avait quelque défaut , était brûlé, et les cendres en étaient dispersées au soleil. Suivant Cieça deLéon, on ne comptait que sept monastères dans le royaume de Quito; ils étaient situés dans les capitales des principales provinces, c'est-à-dire à Caran-
gui, Quito, Latacunga, Rio-Bamba, Tumi- Bamba , Guanca-Bamba et Tumbez.
6. Les palais royaux, appelés Inca-Huasi , étaient beaucoup plus nombreux, parce que, outre ceux qui étaient dans toutes les villes capitales, il y en avait aussi dans les villes de second et de troisième ordre, et même dans l'intérieur des terres et loin des grands chemins. Le plus renommé du royaume était celui d'Hatun-Canar, où Ton admire encore aujourd'hui, sur une grande partie de l'édifice qui a échappé à la destruction , la beauté du marbre et l'art avec lequel il a été construit,
Celui de Tumi-Bamba, dans la même province de Câîiar, plus grand, quoique bâti d'un marbre moins précieux, lui était supérieur par les trésors qu'il contenait ; mais il n'en reste que des ruines peu considérables.
Celui de Carangui, qui fut le premier que construisit Huayna-Capac, après la fameuse bataille qui décida du sort du royaume, était très-renommé , non-seulement par ses ri-
chesses et sa beauté, mais aussi parce qu'il avait été la résidence de Huayna-Capac pendant les premières années de son règne, et le lieu de la naissance de son fils aîné, l'Inca Atahualpa , qu'il eut de la reine Paccha. Quelques pans de murs font seuls reconnaître l'endroit où il était situé.
7. Celui de Callo, dans la province de Latacunga, qui subsiste encore aujourd'hui presqu'en entier sous le nom de Pachusala , montre, quoiqu'il n'en reste que des murs de pierre, l'habileté de celui qui en avait tracé les proportions.
Celui de la capitale du royaume de Quito était d'une grandeur immense, mais construit avec peu d'art; il était le dépôt de tous les trésors et de toutes les choses précieuses de la nation. Il passait pour contenir tant de richesses, que les conquérants dans leurs recherches n'y laissèrent pas pierre sur pierre. Tous les autres palais n'étaient que de vastes maisons capables de recevoir tous les membres de la
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nombreuse famille royale lorsqu'ils étaient en voyage. Ce qui reste de celui dePonsallacha, semble indiquer qu'il était superbe.
8. Les forteresses appelées Pucaras étaient en si grand nombre, qu'on peut dire qu'elles couvraient toute la surface de l'empire. Il n'y en avait aucune qui fût comparable à celle de Cuzco. Celles du royaume de Quito n'avaient rien de remarquable, mais elles étaient eu si grand nombre que toute province grande ou petite en avait plusieurs, comme le prouvent les ruines que l'on rencontre à chaque pas. La plus forte de toutes était celle d'Hatun-Canar ; ses portes magnifiques , ornées de piliers de marbre et de gonds en bronze , indiquent assez ce qu'elle dut être autrefois. De toutes les ruines que j'ai rencontrées en divers endroits, aucune n'a excité autant mon admiration que celles de la forteresse de la province de Carangui , situées sur la route royale qui remonte la rivière de Mori. Cieca de Léon , qui l'a vue dans un meilleur état, en parle avec
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raison comme d'une chose remarquable. ( Cron. , ch. 37. ) On la dirait élevée par Fart européen, tant les murs et les fossés qui l'entourent sont construits avec habileté; il existe encore aujourd'hui dans cet endroit des ruines considérables.
9. Les hôtelleries royales, appelées Tambo ou Tampu, étaient d'un nombre égal aux haltes ordinaires qu'on pouvait faire sur la route, dans un voyage où l'on cherche à éviter la fatigue. L'auteur déjà cité dit qu'il y en avait à tous les dix ou douze milles.
( Ibid. , ch. 40. ) Ces bâtiments formaient un carré au milieu duquel s'élevait une petite tour ou forteresse ; chaque côté de ce carré avait deux cents pas de long 5 les bâtiments étaient larges en proportion , de sorte qu'ils pouvaient loger non-seulement tous les voyageurs, mais encore un nombre considérable
de soldats.
10. Les magasins royaux, nommés Coptms, étaient en moins grande quantité, car il n'y
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en avait que dans les villes où résidait un gouverneur principal. On y renfermait les produits des terres de l'Inca et les tributs qu'il recueillait dans sa juridiction. Us étaient construits de la même manière que les hôtelleries royales, dont ils ne différaient que par l'usage auquel on employait les vastes bâtiments qui formaient le carré. Un de ces Goptras servait d'arsenal , et c'est là qu'on déposait toutes les armes, les chaussures et les vêtements pour les gens de guerre.
D'autres s'appelaient Compti-Coptra et servaient de magasins aux laines fines qu'on recueillait dans les environs , et aux riches vêtements fabriqués par les vierges du Soleil , s'il y en avait un monastère dans la province; enfin , d'autres portaient le nom de Pirhua- Coptra , et servaient de greniers pour le mais et autres productions de la terre. Les auteurs peu versés dans tous ces détails confondent les hôtelleries avec les magasins , et n'en font qu'une seule et même chose.
1 1 . Les routes royales , appelées Jahuanan et Uranan , pour distinguer la route d'en haut de celle d'en bas , traversaient du nord au sud une grande partie de l'empire.
La route d'en bas suivait en partie l'espace compris entre les deux Cordillières, et passait ensuite par les plaines qui s'étendent le long de la mer.
Celle d'en haut , qui était la plus courte , passait par le haut des Cordillières.
Les anciens auteurs qui les ont vues en parlent comme des choses les plus admirables du Pérou , par les travaux qu'elles ont dû nécessiter. Ils les comparent aux plus anciennes merveilles du monde, et entre autres au chemin si fameux qu'Annibal pratiqua à travers les Alpes pour passer en Italie. Enfin, presque tous ceux qui en ont parlé élèvent ces chemins au-dessus de toutes les antiquités célèbres de l'ancien monde.
12. Quelques écrivains ont prétendu à tort qu'elles avaient été construites par Huayna-
Capac ; car, comme le remarque Gomara, toute la durée de son règne n'aurait pas suffi à cet ouvrage. ( Hist. gén. , ch. 194. ) Ainsi que le rapporte Cieça de Léon, ce fut son grand-père Inca-Yupangui qui en commença les travaux. ( Cron. , ch. 61 . ) Son père Tupac- Yupangui les continua jusqu'à la moitié, et ce fût Huayna-Capac qui eut la gloire de les achever , en accomplissant à lui seul autant que ses deux prédécesseurs. Cieça, en faisant la description de la route d'en bas, dit qu'elle était large de 15 pieds, et bordée de chaque côté d'un mur très -fort, plus élevé que la taille ordinaire d'un homme; elle était ombragée par des arbres qui, par la beauté de leurs fleurs et de leurs fruits et par le chant des oiseaux qui les habitaient, charmaient les ennuis du voyage. Ces murs existaient dans tous les lieux où il était possible d'établir des fondations ; mais quand on en était empêché par la profondeur des sables, on plantait de grands bâtons ou des poutres
qu'on unissait ensuite très-étroitement, et qu'on réparait souvent à cause des ravages du vent : Ton entretenait avec le plus grand sointoutela route qui était parfaitement unie.
(Ibitt)
13. Gieça ne dit pas quelle était la largeur de la route d'en haut, mais seulement qu'elle commençait au nord, sur les frontières du royaume de Quito, avant d'arriver à la petite province de Dehuaca, et qu'elle était aussi belle que celle des Alpes, et plus remarquable encore par les commodités qu'elle offrait aux voyageurs et par les montagnes escarpées qu'elle traversait. (Id. , ch. 37.) Robertson, qui s'est attaché à tout déprécier, donne à ces routes 1,500 milles de longueur et 15 pieds seulement de large. Gomara , suivant exactement les relations des anciens écrivains, qui les ont eux-mêmes parcourues quand elles existaient dans leur entier, en fait ainsi la description :