Almagro retourna donc encore à Pa
nama, tandis que Pizarro se retira avec ses gens dans l'île del Gallo, voisine du continent. Les soldats qui étaient revenus à Panama avec Almagro exagérèrent tellement les fatigues qu'ils avaient éprouvées, que le gouverneur Rios, successeur de Pedrarias, défendit de poursuivre l'entreprise, et envoya lecapitaine Tafur avec un navire pour porter cet ordre.
'Pizarro se refusa d'obéir. 11 s'efforça de persuader à ses gens de ne pas l'abandonner ; mais , voyant la plus grande partie déterminée au retour , il montra , par une action vraiment héroïque , quel était l'excès de sa constance , de sa valeur et de son courage.
7. Il fit avec son épée une ligne sur la terre, et se tournant vers ses timides compagnons , il leur dit que tous ceux qui voudraient retourner à Panama eussent à le franchir, et les autres à rester près de lui. Treize seulement refusèrent de le quitter, et se trouvant avec si peu de monde dans une île si voisine de la terre et exposé aux attaques des natu-
rels, il se retira dans l'île Je la Gorgona qui , étant située plus au large, offrait plus de sécurité. C'est là qu'ils vécurent pendant cinq mois dans des privations incroyables, menant une vie d'anachorètes et combattant sans cesse la funeste influence du climat et les plus dures nécessites.
8. Les importunâtes des associés restés à Panama et le cri public contre la cruauté du gouverneur Rios, qui laissait périr dans une île déserte quatorze hommes dignes d'un meilleur sort , à cause de leur valeur, le portèrent à leur envoyer une petite barque avec des vivres, mais sans aucun homme qui leur donnât l'espoir de poursuivre leur entreprise. Désespérés, les quatorze Espagnols abandonnèrent la Gorgone et montèrent sur leur barque, en se dirigeant avec un vent favorable vers la côte de Tumbez, où ils arrivèrent dans le cours de l'année 1526. En vovant cette ville, son temple magnifique , son palais et les grandes richesses que montraient les
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habitants , ils conçurent de nouvelles espérances et ne doutèrent pas un seul instant de leur succès dans l'avenir.
9. Pedro de Candia, l'un des treize qui n'avaient pas abandonné Pizarro, fut le premier qui descendit à terre une croix à la main pour l'y planter. Ce fut alors qu'arriva ce fait miraculeux, rapporté par tous les anciens historiens. Les Indiens lancèrent contre lui un des lions furieux qu'on nourrissait au palais, à cause de leur énorme stature; mais, au lieu de se jeter sur lui et de le mettre en pièces , le terrible animal , devenu aussi doux qu'un agneau, se coucha à ses pieds sans lui faire le moindre mal et comme pour adorer la croix. Les naturels, frappés d'étonnement, prirent les Espagnols pour des dieux et leur firent le meilleur accueil. Alonzo Molina, jeune homme d'un extérieur séduisant, les charma tellement qu'ils le comblèrent de présents et l'introduisirent dans la ville avec les plus grandes démonstrations d'affection. Il
put alors contempler les immenses richesses que renfermaient le palais et lë temple.
10. Les Espagnols poursuivirent leur marche le long de la côte avec le même bonheur, recueillant en divers endroits des quantités considérables d'or, d'argent et de pierres précieuses dont on leur faisait présent. Ils embarquèrent quelques Pacos et quelques Lamas , espèce de petits chameaux qu'on a appelés depuis Moutons péruviens. Mais les plus grands trésors qu'ils retirèrent de la province de Poceos, furent deux jeunes gens de cette nation qui les suivirent avec empressement. Ils les emmenèrent à Panama pour leur enseigner leur langue , et s'en servir ensuite comme interprètes dans la conquête qu'ils projetaient. Après ces glorieux avantages, ils retournèrent à Panama vers la fin de 1527; mais rien ne put émouvoir le gouverneur Rios et le porter à permettre la continuation de leur entreprise.