Les associés décidèrent alors que Pi
296 YELASCO.
zarro irait à la cour pour solliciter une permission que le gouverneur de Panama ne voulait pas donner; on convint qu'il demanderait pour lui le titre de gouverneur de tout le pays dont il ferait la conquête ; pour Almagro, celui de vice-gouverneur; etpourLuca, celui d'évêquc du Pérou. Dès qu'ils eurent pris cette résolution, ils ne perdirent pas de temps pour équiper un navire. Pizarro partit avec un vent favorable, et dans le courant de 1 528 , il obtint pour lui bien au delà de ce qu'il avait ambitionné; on accorda aussi à Luca ce qu'il désirait; mais on ne donna à Almagro que le commandement de la forteresse de Tumbez.
1 2. François Pizarro reçut par lettres patentes de Charles-Quint, les titres de gouverneur, de capitaine général etd'Adelantado de tous les pays qu'il avait découverts et de tous ceux qu'il pourrait conquérir dans le royaume du Pérou, avec pleine autorité civile et militaire et les privilèges accordés aux conquérants. Son
gouvernement, qui fut déclaré indépendant de celui de Panama , devait comprendre deux cents lieues de côtes vers le sud , à partir de la rivière de S. Juan. On lui donna en même temps plein pouvoir pour nommer des officiers, lever des troupes et acheter des armes.
13. Pizarro ne put cependant réunir que deux cent cinquante hommes. Il emmena avec lui ses trois frères, Fernando, Juan et Gonzalo Pizarro, dont le premier seul était fils légitime de son père , ainsi que son frère utérin Francisco-Martin de Alcantara. Après une heureuse traversée ils arrivèrent à Panama dans le courant de 1 530 ; Diego de Almagro fut très-irrité d'avoir été si mal partagé; mais, après de longues discussions, Pizarro réussit à l'apaiser en promettant de lui obtenir un gouvernement indépendant; ils renouvelèrent donc leur ancienne association et équipèrent trois navires sur lesquelsils mirent deux cent quatre-vingts soldats, dont trente-
six cavaliers , ainsi que quelques religieux et les deux naturels de Poceos qui avaient assez bien appris la langue espagnole.
1 4. Ce fiit avec cette flotte que Pizarro se dirigea, au mois de février 1 531 , vers Tumbez, où les observations qu'y avait faites cinq ans auparavant Alonzo deMolina, lui firent espérer de grandes richesses. Les vents contraires le poussèrent si loin qu'il alla aborder dans la baie de San Mateo de Esmeraldas, qu'il avait déjà visitée. Il se dirigea ensuite vers te Sud , et arriva dans la province de Cara; il s'empara de la principale ville, qui s'appelait Coaque, où il trouva plUs de trente mille castillans d'or et beaucoup d'émeraudes fines. Pizarro expédia deux vaisseaux pour porter les premiers résultats de son entreprise, l'un à Almagro, à Panama , et l'autre aux habitants du Nicaragua qui lui avaient fourni des secours. 11 continua de suivre la côte, et fit un butin considérable dans les provinces de Mania et de Huanca-
Villcas, dont les habitants épouvantés s'empressèrent de se soumettre.
45. Filipillo, l'un des deux interprètes, lui apprit combien l'île de Lapuna renfermait de richesses de tous genres, sans cependant lui laisser ignorer le caractère belliqueux de ses habitants. Pizarro, désirant d'entreprendre cette conquête, fit construire, par les Indiens, les balzas ou radeaux nécessaires, et s'y embarqua avec tous ses soldats et tous ses chevaux. Mais ils auraient péri infailliblement si Filipillo n'eût pas découvert la trahison que méditaient les Indiens. Us étaient convenus entre eux de défaire les balzas quand ils seraient arrivés au milieu du golfe, et de noyer tous les Espagnols. C'étaitainsi qu'ils avaient fait périr les Orejonesde Huayna-Capac ; mais dès qu'ils commencèrent à mettre à exécution leurs mauvais desseins, les Espagnols les forcèren t, l'épée sur la gorge , à les débarquer de l'autre côté du golfe.