‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en françaisChapitre 37 sur 42 · Cette rapide et longue relation de mys · texte numérisé non relu

Cette rapide et longue relation de mys

teres si nombreux et si peu intelligibles, entremêlée de menaces , ne put être comprise par l'inca, auquel elle était transmise par la boucbe de l'interprète, qui la traduisait assez mal. Malgré l'indignation qu'avait soulevée en lui le peu qu'il avait compris, il répondit cependant avec mesure et dignité. H dit qu'il désirait connaître Charles-Quint et devenir son ami, puisque c'était un puissant monarque, qui pouvait envoyer des armées et des ambassadeurs par toute la terre; mais qu'il ne voulait ni se soumettre à lui, ni lui céder l'empire dont il avait hérité de ses ancêtres, et qu'il s'étonnait beaucoup que le Pape eut donné à d'autres ce qui ne lui appartenait pas.

7. Quant à ce qui touchait à la religion, il répondit qu'il était content de la sienne, qui était trés-ancienne et avait obtenu l'approbation de tous les sages , ajoutant que si le Dieu des chrétiens était sujet à souffrir et à mourir avec infamie sur un morceau de bois, comme celui qu'on lui montrait, le Soleil ,

que lui et tous les siens adoraient, ne mourait pas, et n'avait rien à redouter de ses ennemis; mais que cependant il n'hésiterait pas à modifier ses idées, si on pouvait lui fournir la preuve des choses incompréhensibles qu'on lui racontait. Fr. Vincent de Valverde lui présenta alors le livre qu'il tenait à la main, en disant qu'il contenait la preuve de tout ce qu'il avançait. L'Inca saisit le bréviaire avec une grande curiosité; après lavoir ouvert et feuilleté, il l'approcha de son oreille, croyant qu'il lui parlerait; mais se voyant trompé dans son attente , il le jeta avec indignation en. disant : Ce que vous me donnez ne me dit rien. Garcilasso et d'autres historiens ajoutent qu'en même temps il poussa un profond soupir.

8. Valverde ramassa le bréviaire en s'écriant : Aux armes- aux armes! Vengeance y chrétiens ! car ce chien méprise la loi de Jésus- Christ et jette les Evangiles ' A peine avait-il prononcé ces paroles, que Pizarro fit tirer le coup de feu qui devait servir de signal, et

déployer l'étendard. Aussitôt les Espagnols sortirent de l'endroit où ils étaient cachés. Les coups de feu , les trompettes, et les sonnettes dont le poitrail des chevaux était couvert, firent un bruit épouvantable. L'infanterie se jeta l'épée en main sur la multitude confuse et effrayée. Il n'y eut pas un coup qui ne fût fatal aux pauvres Indiens, qui tombaient par monceaux ou fuyaient mortellement blessés.

9. Les issues de la place étaient tellement étroites que les Indiens s'y précipitaient, et loin d'y trouver leur salut, n'en étaient que plus faciles à massacrer. Pizarro fendit la foule à la tète de ses vingt compagnons, et s'approcha de la litière de l'Inca, qui était demeuré immobile d'effroi. Ses fidèles vassaux, qui l'environnaient et la soutenaient, tombaient en grand nombre autour de lui; mais ils étaient à l'instant remplacés par d'autres.

Quand Pizarro fut arrivé jusqu'à lui, il le saisit par le bras et par ses vêtements, l'ar-

racha de son siège et le fit son prisonnier.

Les malheureux Indiens se mirent alors à fuir de tous côtés. Xerez raconte que la multitude ayant rencontré sur son passage un mur de terre qui avait près de six pieds d'épaisseur, elle le heurta avec tant de force qu'il en fut renversé. Un grand nombre d'Indiens s'enfuirent par cette brèche; mais les cavaliers les poursuivirent par la même route, et en massacrèrent un grand nombre. La nuit seule arrêta le carnage.

10. Le capitaine Ruminahui , qui venait d'arriver pour prendre le commandement des cinq mille hommes et des nouvelles recrues qui arrivaient de Quito pour les conduire à Cuzco, s'était trouvé à la première entrevue qui avait eu lieu au palais des Bains. Il avait prévu le danger, et avait été le soir même prendre le commandement des troupes qui étaient campées de l'autre côté de la ville, non loin du chemin par lequel les Espagnols étaient entrés dans Caxamarca. Cette circon-

stance a fait croire à quelques historiens que Tlnca les avait placées dans cet endroit pour couper la retraite aux chrétiens. Ruminahui était si loin d'avoir une pareille intention que, dès qu'il eut appris par les premiers coups de canon que ses prévisions se réalisaient, loin de venir au secours de son souverain, il prit en toute hâte avec son armée la route de Quito, dans l'intention de s'emparer de ce royaume* 1 1 . D'après Xerez et Sancho de Saravia , six ou sept mille Indiens restèrent sur le champ de bataille; mais Gomara ne parle que de cinq mille. Le docteur Robertson dit que, selon Xerez, il n'y en eut pas plus de deux mille; mais c'est une erreur, comme je viens de le dire. « Il faut remarquer, dit » Gomara, que malgré le courage des In- » diens et leur habitude de faire la guerre, » il y en eut qui périrent sans qu'ils es- » sayassent de faire la moindre résistance.

» Ils ne combattirent pas, ajoute-t il, quoi- » qu'ils eussent des armes, parce que leur

» souverain leur avait ordonné de ne pas » en faire usage. Et ce qui augmenta le car- » nage, ce fut que les Espagnols, d'après le » conseil de Fr. Vincent de Valverde, frap- » paient de la pointe et non du tranchant, » pour ne pas briser leurs cpées » ( Hist. gér/., c. 103). « Ils eurent grand soin , ditBenzoni, » de ne donner que des coups d'estoc, comme » le bon religieux ne cessait de les y exhorter » par ses cris » (Hist.nov. Orb., liv. m,c. 3). Cet écrivain ne donne à Valverde d'autre titre que celui de Jacobin. Zarate l'appelle lèvêque, et les autres ne le désignent que par le titre de moine chapelain de l armée.

12. Il n'y eut aucun Espagnol de tué; Pizarro seul fut blessé à la main par un de ses soldats qui portait un coup d'épée à l'Inca au moment où son chef le saisissait par ses vêtements pour l'arracher de sa litièrfc (Gomara, ibid. ) Il ne faut pas oublier que Gomara est un des auteurs qui ont accusé l'Inca de méditer le massacre des Espagnols et d'avoir en-

voyé Ruminahui pour leur couper la retraite.

Il tombe donc dans une contradiction évidente, en disant plus loin que les Indiens ne firent aucune résistance , quoiqu'ils eussent - des armes , parce que l'Inca leur avait défendu de s'en servir. Xerez a prétendu qu'ils avaient des armes cachées sous leurs vêtements; mais Fr. Marcos de Niza prouve jusqu'à l'évidence qu'ils n'en avaient pas, puisqu'on n'en trouva aucune après cette déroute , quoique la campagne fût couverte d'objets d'or et d'argent. Le récit même des auteurs qui, pour justifier Pizarro, ont calomnié Atahualpa, nous fournit des preuves de l'innocence de celui-ci.

13. On ne peut dire que ce fut par lâcheté, ou parce que l'Inca n'eut pas le temps de donner le signal, que les Indiens ne combattirent pas; car Niza et Garcilasso disent positivement qu'ils ne se défendirent pas parce que l'Inca leur avait expressément défendu de faire aucun mal aux étrangers, qu'il re-

gardait comme les messagers de Dieu; et c'est en effet comme tels qu'il avait traité Fernando Pizarro et Soto lors de leur première visite aux Bains ; il voyait en eux les envoyés dont l'arrivée avait été prédite par Viracocha. 11 les avait reçus non-seulement avec respect, mais avec affection (Niza, Conquista; Garcilasso, p. 2, liv. i, chap. 17 ).

14. Pour l'intelligence de ces prédictions , on doit dire que le nom de Viracocha était porté par le frère de Mauco-Capac, fondateur de l'empire, et qu'il signifie Graisse de la mer, parce que ce prince était blanc comme de la graisse, et qu'il nageait de même sur les flots de la mer, faisant ainsi allusion à son arrivée par mer au Pérou à la tète de sa nation ( Goraara, Hist. gen. y chap. 19). Cet étranger, ainsi que le rapportent les historiens et les traditions vulgaires, apparut en songe au jeune prince Inca Ripac, fils de Yaguar Guacac VII, Inca, et lui prédit qu'avant peu la province de Chinchaysuyu se révolterait. II

lui dit de n'en concevoir aucune érainte et de tâcher de la soumettre. La prédiction s'accomplit en effet au bout de trois mois, et son père, effrayé de cette révolte et de la vérité de la prédiction , se réfugia dans les bois.

15. Mais son fils, IncaRipac, rassembla des troupes, et soumit cette vaste province; son père, pour le récompenser, abdiqua la couronne en sa faveur, et fit élever une statue de pierre, d'après la description que son fils avait fait, de la figure de Viracocha, c'est-àdire de couleur blanche, avec une barbe épaisse et un costume semblable à celui des Européens. Cette statue fut ensuite constamment adorée comme l'image d'une divinité.

Inca Ripac, à son couronnement, prit le nom de Viracocha , et prédit qu'une nation étrangère , semblable en tout à la statue, arriverait un jour par mer, détruirait l'empire des Incas, et prendrait possession de leur pays.

1 6. Ce fut à cause de cette prédiction , généralement connue dans toutes les provinces de

l'empire, qu'on donna, ditNiza, le nom de Viracochas aux Espagnols, qui ressemblaient en tout à la statue, et qu'on crut que le terme fixé par la prédiction était arrivé où leur-s terres leur seraient ravies. On disait aussi qu'au moment où la prédiction serait sur le point de s'accomplir, le Cotopaxi, situé près de Quito, ferait sa première éruption. Elle eut lieu en effet la veille du jour où Tlnca tomba entre les mains des Espagnols, au moment même où il recevait, au palais des Bains, la visite de Fernando Pizarro et de Soto. Il est incontestable que ces prédictions avaient été faites , car on les retrouve dans toutes les traditions des Indiens. Ce qui n'est pas facile à comprendre, dit le même écrivain, c'est l'esprit dans lequel elles furent faites, si ce fut Dieu ou le démon qui avait ainsi révélé l'avenir aux Indiens; il pense cependant qu'elles provenaient d'un bon esprit, et que c'était pour préparer les idolâtres à recevoir la religion chrétienne et à se soumettre aux

Espagnols ( Conquista de la provincia de Quito ).

1 7. L'Inca Gar ci lasso de la Vega assure aussi que ces prédictions firent regarder les Espagnols comme des êtres d'une nature supérieure , et qu'on les nomma partout Viracochas. Cette croyance agit tellement sur l'esprit d'Atahualpa, que non-seulement lors de la déroute, mais même auparavant, il traita les Espagnols comme Viracochas, puisqu'il appela de ce nom ceux qui vinrent aux Bains (p. 11, 1. i, c. 1,7). Le docteur Robertson en doute cependant, et dit que les Indiens ne se rappelèrent la prédiction qu'après que l'inca eut été fait prisonnier, et qu'alors seulement ils commencèrent à donner aux Espagnols le nom de Viracochas; mais il est dans l'erreur, car Niza raconte qu'Atahualpa s'était rappelé cette prédiction et en avait parlé à Fernando Pizarro; lors de l'entrevue qu'Huascar-Inca eut avec le capitaine Soto et Pedro del Barco, il leur dit que sou père Hua vna-Capac lui avait

recommandé de ne pas l'oublier et de recevoir les Espagnols en amis ( Gomara , Hist.

gêner. 9 chap. 115 ).

18. Jamais on ne vit dans le monde victoire qui coûta moins de peine et qui produisit un pareil résultat, puisque la capture d'Atahualpa mit entre les mains de Pizarro les richesses immenses de l'empire du Pérou , qu'il convoitait depuis si longtemps. Après avoir passé cette nuit dans des transports de joie, les Espagnols allèrent le lendemain recueillir le fruit de leur triomphe. Après avoir pillé la ville, le palais, et les magasins qui étaient remplis de vivres et de vêtements , ils se rendirent aux Bains; les troupes qui étaient chargées de leur garde avaient pris la fuite; il ne restait que cinq mille femmes pour le divertissement des vainqueurs. Ils prirent dans cet endroit un grand nombre de riches pavillons, beaucoup de vêtements et de meubles en or et en argent. Ceux qui étaient en or pesaient au delà de 267 livres, et la vais-

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selle royale (TAtahualpa valait cent mille ducats d'or ( Goraara , Idem , chap. 114).

19. 11 est difficile de se faire une idée de Fabattement où se trouvait le malheureux Inca, renfermé dans une prison et chargé de lourdes chaînes. Pizarro s'en étant aperçu, et craignant de perdre par sa mort les grands avantages qu'il comptait retirer de lui , fit tous ses efforts pour le consoler et l'encourager, en lui faisant espérer un changement de fortune. L'expérience du passé suffisait pour lui donner de la méfiance ; cependant, ayant remarqué, les premiers jours, que la passion dominante des étrangers n'était autre qu'une soif insatiable d'or, il essaya d'offrir pour sa liberté une très-forte rançon.

20. « Si on me promet, dit-il, la liberté » et le trône qu'on m r a ravi , je donnerai » autant de morceaux d'or et d'argent tra- » vaillés qu'il en faudrait pour couvrir en- » tiérement le sol de cette salle où je suis » prisonnier. » En entendant ces paroles,

quelques-uns détournèrent le visage, dit Gomara , ne pouvant pas croire qu'il eût assez d'or pour cela. L'Inca s'en aperçut, et leur dit que non-seulement il en donnerait cette quantité, mais qu'il en donnerait autant qu'il faudrait pour remplir la salle jusqu'à la hauteur à laquelle il pouvait atteindre avec la main ( Idem, chap. 1 14).

24. Les Espagnols , ivres de joie, s'empressèrent d'accepter cette proposition. Pizarro stipula la rançon avec toute la solennité et toutes les formes requises; on traça une ligne rouge autour de la salle à la plus grande hauteur à laquelle la main de Hnca put atteindre, suivant les uns, ou avec le bâton qu'il avait,

suivant les autres. 11 ne fit, de son côté, que deux conditions, savoir: qu'on ne fondrait pas les pièces avant que la mesure fût remplie, et qu'on attendrait quelque temps, parce qu'il fallait faire venir ce trésor des parties les plus éloignées de l'empire, et principalement des capitales Quito et Cuzco. Quand

tout fut convenu, Tlnca envoya de tous les côtés des ordres nécessaires pour remplir sa promesse, en recommandant à ses vassaux la plus grande diligence.

L'Inca paye sa rançon. — Mort de Huascar-Inca. — Le général Calicuchima est brûlé vif. — Àtahualpa est condamné à mort. — Fin de la troisième période.

1 . Pendant que l'Inca faisait tous ses efforts pour remplir sa promesse , les Espagnols se livraient au repos et employaient leur temps à parcourir la campagne et les villes voisines. L'Inca fut traité avec plus d'égards, et celuici , reconnaissant qnc Fernando Fizarro et le capitaine Hernando de Soto étaient les seuls qui le traitassent non-seulement avec respect, mais avec une véritable bienveillance, conçut pour eux une telle affection que leur étroite liaison finit par exciter les soupçons du géné rai espagnol.

2. La fin de Tannée était arrivée, et l'époque fixée pour le payement de la rançon était écoulée depuis plus d'un mois sans qu'elle fût complétée, quoiqu'on eût déjà apporté au camp une grande quantité d'or et d'argent. Vers le milieu de janvier 1533, les Espagnols commencèrent à murmurer, d'autant plus que le 24 décembre Diego de Almagro était arrivé à la nouvelle colonie de San Miguel avec un renfort de cent cinquante hommes. Quoiqu'ils fussent contents de voir leurs forces s'augmenter pour la sûreté de leur nouvelle conquête, ils voyaient avec peine que si la rançon se faisait encore attendre , il faudrait la partager avec les nouveaux arrivés, et que leurs parts en seraient bien diminuées. Quelquesuns disaient que les Indiens, n'étant plus gouvernés par l'Inca, refuseraient de livrer tant de trésors. D'autres prétendaient que ce retard venait de ce que l'Inca réunissait secrètement une armée, qui devait attaquer les Espagnols et le délivrer de leurs mains.

3. Atahualpa, ayant eu connaissance de ce bruit, s'en plaignit amèrement, et assura à Pizarro que sa conduite était sincère en toute chose, qu'il ne pensait qu'à remplir sa promesse le plus tôt possible, que dès le commencement il avait averti de ce retard nécessaire à cause de la grande distance des principales provinces d'où devait venir le trésor; que s'il ne se fiait pas à ses paroles et qu'il voulût se convaincre par lui-même, qu'il envoyât des personnes de confiance pour s'assurer par leurs propres yeux que nulle part ne se manifestait le moindre mouvement, mais bien qu'au contraire on obéissait à ses ordres, dont ils pourraient hâter l'exécution par leur présence.

4. Pizarro envoya en effet son frère Fernando avec quelques-uns de ses gens à Pachacamac, éloigné de trois cents milles, et dont le temple était, à cause de ses richesses, le plus fameux de tout l'empire. Il envoya aussi le capitaine Hernandode Sotoet Pedro del Barco

à Cuzco, qui est éloigné de six cents milles. Ceux-ci partirent portés par les Indiens dans des hamacs, et furent, sur toute la route, servis et honorés comme des dieux plutôt que comme des princes.

5. Avant de parler de leur voyage, je ferai remarquer la différence que l'on trouve dans les historiens relativement au poids et à la valeur de l'or et de l'argent. Xerez et quelque autre se servent ordinairement de l'expression de castellanos de oro. Gomara parle tantôt de pesos d'or et tantôt de ducats d'or; d'autres comptent par livres et par marcs , tant pour l'or que pour l'argent. Les expressions de castellarw , peso et ducat d'or étaient synonymes , et valaient à cette époque quatre-vingts réaux de vellon, un peu plus d'un doublon effectif d'Espàgne ou quatre piastres fortes. La livre était de dix-huit onces, et non de seize comme à présent; le marc était la moitié de la livre. Encore doit-on remarquer que l'on mettait toujours plus que

le poids , parce que les Espagnols prétendaient que le métal perdait à la fonte. Pendant que Fernando Pizarro se rendait à Pachacamac, il rencontra quelques Indiens chargés d'or. .

Comme le chemin était très-rude et très-mauvais, et que ses chevaux manquaient de fers, il en fit faire avec cet or, ainsi que des clous, et pendant quelque temps les Espagnols n'en employèrent pas d'autres. Suivant Gomara, il recueillit d'immenses trésors à Pachacamac, et suivant Xerez il en trouva au contraire très-peu, parce que, dit-il, les Indiens en avaient caché la plus grande partie, et qu'il n'en restait que pour une valeur de trente ou quarante mille castillans (Conquista delPeru). Les historiens racontent très-diversement la rencontre de Fernando Pizarro avec Calicuchima, un des deux généraux d'Atahualpa, non loin de Pachacamac, ainsi que celle de Soto et de Barco avec Huascar-Inca, que l'on conduisait d'une forteresse dans une autre.

Gomara rapporte très-mal ces faits, et Xerez

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est celui qui s'écarte le moins de la vérité.

6. Il ne faut pas oublier qu'Atahualpa , peu de temps avant sa première entrevue avec les Espagnols, avait donné ordre à ses deux généraux de changer de prison Huascar , et de le transporter de la forteresse de Xauxa dans une autre plus sûre et plus rapprochée, et située à peu de distance de Fachacamac. Pour accomplir cet ordre, Calicuchima, quittant son armée, qui était campée prèsdeCuzco, se rendit à Xauxa et en fit partir Huascar avec deux officiers auxquels il ordonna de le traiter avec tout le respect dû à son rang; il leur promit de se mettre bientôt en route pour les rejoindre, car il ignorait complètement ce qui était arrivé à Atahualpa.

7. Soto et Barco rencontrèrent Tlnca prisonnier sous la conduite des deux officiers dont nous venons de parler , ainsi que le raconte Xerez (Conq. del Perd ) , et non avec Quizquiz et Calicuchima, comme le prétend Gomara (fdem, ch. 114). L'inca parla aux

deux Espagnols, et, informé par eux de ce qui venait d'arriver à Atahualpa, son frère, il les pria de retourner avec lui à Caxamarca, sans permettre qu'on le conduisit dans une nouvelle prison où sans doute on lui donnerait la mort. Il leur dit que s'ils le conduisaient à Pizarro, et si celui-ci consentait à le replacer sur le trône que son frère lui avait enlevé, non-seulement il donnerait tout ce que celui-ci avait promis, mais qu'il remplirait la salle jusqu'à sa plus grande hauteur, et que, d'après les conseils de son père et la prédiction de l'Inca Viracocha, il obéirait en tout aux Espagnols. Soto et Barco refusèrent de condèscendre à sa prière, prétendant qu'ils ne pouvaient faire autrement que d'aller exécuter au plus tôt les ordres dont ils étaient • porteurs.

8. Quelques auteurs les appellent cruels et coupables pour n'avoir pas ramené Huascar à Caxamarca, où ils l'auraient délivré de la mort et auraient acquis de plus grandes ri-

chesses ; mais ils prouvent en cela leur ignorance. Le capitaine Soto , qui était le principal envoyé, était rempli de talent et d'humanité; il savait que Huascar devait mourir de la main de son frère ou de celle de Pizarro, et que de toutes manières ses richesses devaient tomber dans les mains des Espagnols. 11 ne voulait pas nuire à Atahualpa, pour qui il éprouvait une véritable amitié, qui avait même excité les soupçons de Pizarro et qui était en partie cause de l'empressement que celui-ci avait mis à l'éloigner. Ainsi Soto agit avec la plus grande prudence en fermant l'oreille aux plaintes de Huascar, et en donnant pour excuse la mission dont il était chargé.

9. Tandis que le malheureux Huascar-Inca se dirigeait vers sa nouvelle prison , et Soto etBarco versCuzco, ceux-ci rencontrèrent à Xauxa le général Calicuchima, qui leur remit aussitôt trente charges d'or de cent livres chacune, car il était informé du malheur de son souverain et des ordres qu'il avait donnés;

mais cette quantité paraissant trop petite aux envoyés, il ajouta cinq charges de plus, ce qui faisait en tout trois mille cinq cents livres (Xerez, Idem). Tandis qu'ils se dirigeaient vers Cuzco , Calicuchima suivit de près son prisonnier, et le trouva renfermé dans sa nouvelle prison ; ce fut là qu'il prit sur lui de lui donner la mort. Il est vrai que dès le principe il en avait reçu l'ordre d'Atahualpa , mais seulement dans le cas où une révolte éclaterait avec l'intention de le délivrer. Il prit pour prétexte l'entrevue que Huascar avait eue avec les étrangers sur sa route, et qu'il avait engagés à lui donner la liberté.

10. Calicuchima hésitait sur le parti qu'il avait à prendre ; les événements étranges et funestes de Caxamarca lui firent sentir qu'il était inutile de s'y rendre seul ; il se détermina donc à aller rejoindre Quizquiz, qui était à Cuzco, pour agir de concert avec lui. À peine se fut-il mis en route, qu'il rencontra Fernando Pizarro, qui venait à sa recherche d'a-

près ce qu'il avait appris à Pachacamac. Celuici chercha à lui persuader de venir avec lui pour visiter non-seulement son souverain, mais aussi le principal chef des étrangers.

Calicuchima refusa, mais comme il se trouvait seul , il y fut conduit de force.

1 1 . Près de Caxamarca , Fernando Pizarro rencontra l'Inca Illescas, frère de père et de mère d'Atahualpa , qui amenait de Quito trois cent mille castillans d'or et une grande quantité d'argent recueillis dans la province de Puruha , parce que l'usurpateur du royaume, Ruminahui, n'avait rien voulu donner des trésors royaux. Il remit tout à Fernando Pizarro, et s'en retourna ensuite sans voir son frère, à cause de la tutelle qu'il exerçait sur ses fils à Quito. La rencontre d'Illescas et la remise de cette rançon eurent lieu , suivant Gomara , lorsque Fernando Pizarro allait à Pachacamac, et non point lorsqu'il en revenait; mais c'est une erreur grossière ( Idem , chap. 114).

12. Dès qu'Atahualpa aperçut le général Calicuchima qu'on venait d'introduit dans sa prison , il en ressentit une vive douleur qu'il s'efforça de dissimuler. Les Espagnols demandèrent à ce général où se trouvaient les trésors de l'empire, car jusqu'alors il leur semblait que la quantité qui était entrée dans la salle était encore bien faible ; il répondit constamment qu'il n'y en avait pas davantage, malgré les menaces qu'on faisait de le brûler vif.

On l'attacha tout nu à un poteau; mais, dès qu'il sentit le feu, il dit qu'il confesserait la vérité pourvu que ce ne fut pas en présence de son maître. Il le fit en effet. D'après ses déclarations, on trouva dans la suite de grandes richesses ; mais le malheureux Indien n'échappa pas au supplice; on craignait son titre de général et son influence sur le peuple, qu'il aurait pu faire révolter; et, malgré ses

révélations, on mit de nouveau le feu au bûcher, où il subit la mort la plus douloureuse. Il paya ainsi de sa vie celle qu'il avait ôtéc

précédemment à Huascar Inca. Atahualpa, en apprenant sa mort, en éprouva tant de peine que pendant plusieurs jours la douleur remplit son àme (Gomara, Idem, ch. 115).

13. Soto et Barco, en arrfvant à Cuzco, furent reçus par le général Quizquiz autrement qu'ils ne s'y attendaient. Il les aurait sacrifiés à sa fureur s'il n'eût pas eu des ordres contraires de l'Inca. Il obéit donc, mais avec un tel dégoût et un tel mépris des deux envoyés, que l'un d'eux en fut si fort offensé qu'il l'eût percé de son épée s'il n'eût pas eu peur de l'armée nombreuse qu'il commandait ( Xerez ). Il leur dit avec résolution qu'ils ne devaient point demander beaucoup d'or, et que s'ils ne se contentaient pas de celui qu'il leur ferait donner, il irait en personne délivrer son seigneur par la force des armes. Il leur laissa cependant prendre dans le palais impérial une grande quantité de cruches, de jarres, de marmites, et toute espèce d'ustensiles de cuisine qui étaient en or, car ils ne

prenaient pas même la peine d'enlever les objets en argent.

14. Il leur livra aussi les immenses trésors du temple de cette capitale, dont le toit était formé de plaques d'or. Ils y prirent encore une infinité de bijoux et un nombre considérable d'objets précieux, parmi lesquels était un autel qui servait aux sacrifices et pesait dixneuf mille castillans. Us dépouillèrent aussi lePanthéon ou le sépulcre des Incas, qui était très-riche, car le sol et les murs étaient tout couverts de plaques d'or. Les cadavres de Huayna-Capac et de Tupac Inca avaient dans les mains des sceptres précieux, et leur corps était couvert de riches joyaux ; ils en laissèrent seulement quelques-uns sur celui de Huayna- Capac, parce qu'Atahualpa les en avait instamment priés. Ils trouvèrent près de lui une femme assise, qui avait la figure couverte d'un masque d'or et un éventail à la main , pour empêcher la poussière et les mouches de s'attacher au corps de son maître. Us reti-

rèrent aussi de là , parmi d'autres objets de mille espèces , une fontaine d'or construite de plusieurs morceaux, et qui pesait douze mille castillans, ne s'inquiétant pas, comme je l'ai dit, de recueillir l'argent que Ton trouvait de tous côtés ( Xerez , Idem ).

15. Il paraîtrait que ces trésors et ceux qu'on avait déjà apportés à Gaxamarca , devaient non-seulement égaler, mais même dépasser de beaucoup la somme fixée pour le prix de la rançon de l'Inca ; elle n'était cependant pas complète à la fin de juin 4533.

On en employait beaucoup à ferrer les chevaux , et ceux qui l'apportaient en dérobaient une grande quantité. Xerez, qui fait mention de ce dernier fait, raconte que deux Espagnols, ayant été chargés de faire transporter une certaine somme, se disputèrent en route pour savoir à qui devait appartenir un des plus riche&objets, et que l'un coupa le brasà l'autre.

16. Beaucoup d'Espagnols réclamaient le partage, craignant de tout perdre s'il venait

à éclater une révolte, et ne voulant pas consentir à ce que les compagnons d'Almagro , qu'on attendait à Caxamarca avant peu, en eussent leur part. Francisco Pizarro ordonna donc de tout fondre. On trouva deux cent cinquante-deux mille livres d'argent, et un million trois cent vingt-six mille cinq cents pesos ou castillans d'or, suivant Gomara, qui ajoute que, jusqu'alors, on n'aurait pu, dans tout l'univers, rassembler une si grande quantité de richesses {Idem, ch. 117). Il revint à l'empereur, pour son quint, plus de quatre cent mille pesos d'or, sans compter l'argent; chaque cavalier eut huit mille neuf cents pesos d'or, et six cents livres d'argent; les capitaines eurent trente à quarante mille pesos d'or, sans compter l'argent.

1 7. Francisco Pizarro , comme capitaine-général , eut une part beaucoup plus considérable, sans compter la grande table sur laquelle on plaçait le trône d'Atahualpa, et qui pesait vingt-cinq mille pesos d'or. Il prit sur

la masse de quoi faire des gratifications ou des présents de cinq cents à mille pesos d'or à chacun de ceux qui venaient avec Almagro, son principal associé dans cette entreprise.

Avec ce qui restait, il donna à chaque fantassin quatre mille cinq cent cinquante pesos d'or, et deux cent quatre-vingts livres d'argent.

Il envoya son frère Fernando porter à l'empereur ce qui lui revenait pour son quint.

Les anciens établissements de l'Amérique en furent effrayés. La Bourse de Séville se remplit de trésors, et le monde entier d'envie par la renommée qui s'en répandit de toutes parts (Gomara, Idem).

18. Il est bon de remarqua* que le partage que nous venons de détailler se fit à Caxamarca, le jour de saint Jacques, 25 juillet 1 533. Mais qui pourrait calculer les trésors qu'on découvrit après la fonte de l'or, ceux qu'on avait dérobés pendant qu'on remplissait la salle, et ceux qui avaient été pillés de toutes parts? Si l'on ajoute foi à Fray Marcos Niza ,

témoin oculaire de tout, et qui, étant exclu du partage et animé de l'esprit véritable de saint François, n'avait aucune raison d'augmenter ou de diminuer la rançon, ce que donna Atahualpa dépassa douze millions de pesos d'or , ce qui revient à quarantehuit millions de piastres fortes (Information en las obras del obispo Casas ).

1 9. Au lieu de mettre le malheureux Inca en liberté, puisqu'il avait donné plus qu'il n'avait promis, et qu'il s'en manquait peu de chose pour que la ligne fût atteinte (déficit qui provenait seulement des soustractions dont j'ai parlé), quatre causes différentes détruisirent toutes ses espérances. La première fut l 'incroyable méchanceté de l'interprète Filipillo , qui s'étaitaveuglément épris d'une des femmes d' Atahualpa, et qui, voyant que tant que le monarque vivrait il ne pourrait obtenir l'objet de ses désirs, l'accusa faussement défaire lever en secret des troupes pour le délivrer et massacrer tous les Espagnols. Les compagnons

cT Al magro encouragèrent ces faux bruits dans l'espoir que, par la mort cTAtahualpa, ils au raient plus de droit au partage qu'on leur refusait pendant sa vie(Goraara, Ibid., c. 118).

20. La seconde fut l'isolement dans lequel se trouvait Atahualpa, qui était privé de ses deux seuls amis, puisque Fernando Pizarro était parti pour l'Espagne , et queHernandode Soto avait été chargé d'une autre expédition dans le seul but de l'éloigner. Francisco Pizarro n'avait jamais eu l'intention de donner la liberté à Atahualpa, ni de remplir sa promesse, mais bien de le garder prisonnier jusqu'à ce qu'il se fût emparé des trésors qu'il livrait pour se racheter. Cette intention est reconnue par tous les historiens ; tous en ont parlé, car il n'en faisait aucun mystère et le disait hautement à ses compagnons. La quatrième circonstance, enfin, qui fît prendre à Pizarro la dernière détermination, fut une certaine marque de mépris que l'Inca lui donna et que l'on raconte de la manière suivante :

21. Atahualpa avait remarqué, pendant sa détention, que les Européens connaissaient certains arts et certaines sciences dont les Indiens n'avaient aucune idée. 11 portait pardessus tout son attention sur la manière dont ils lisaient et écrivaient. On lui avait dit que cet art s'apprenait dans l'enfance, mais il en doutait et croyait que c'était un art inhérent aux Espagnols et qu'ils apportaient en venant au monde. Pour sortir de ce doute, il voulut qu'un des soldats écrivit sur son ongle le mot qui représentait le nom du Dieu des chrétiens. Il le montrait à tous ceux qui entraient, demandant à chacun en particulier sa signification ; et, très-étonné de ce que tout le monde lui donnait le même sens, il le montra en dernier lieu à Francisco Pizarro. Celui-ci, tout confus, avoua qu'il n'y comprenait rien, et cela suffit à l'Inca pour qu'il le regardât avec un œil de mépris et le considérât moins que le dernier de ses soldats. Ce mépris le détermina à exécuter, plus tôt qu'il ne l avait

pensé d'abord , le dessein qu'il méditait depuis longtemps. L'Inca l'ignorait; mais il apprit d'une autre façon le sort qui lui était réservé.

22. Il apprit que le 4 août au soir les Espagnols étaient accourus pour voir un signe extraordinaire dans le ciel; il demanda et pria instamment, se considérant comme un fort grand astrologue, qu'on lui permît de sortir pour voir lui-même le signe qu'on annonçait. On lui accorda sa demande, et il vit,

comme tous les autres, dans le ciel et vers le septentrion, une lance de couleur verte, grosse en apparence comme le bras d'un homme. On peut dire que cette lance le perça de part en part, car depuis cet instant une profonde mélancolie s'empara de lui. L'un des Espagnols qui le gardaient . lui ayant demandé le jour suivant la cause de cette tristesse, il lui répondit que quinze jours avant la mort de son père Huayna-Capac, il avait lui-même observé dans le ciel un signe entièrement semblable, et que pour cette raison il était persuadé que

sa mort était aussi très-prochaine ( Gieça de Léon, Crôn. del Peru , c. 66 ).

23. Il n'entre pas dans mon objet de discourir sur la nature physique de ce phénomène, ni sur la possibilité, de la part de l'Inca, de prévoir un événement futur que Pizarro lui avait soigneusement caché, quoiqu'il le méditât depuis longtemps. Ce qui est digne d'admiration et ce qu'on ne sait à quelle cause attribuer, c'est que la prédiction de l'Inca, touchant ce signe mystérieux, se vérifia en effet au bout de quinze jours, comme cela avait eu lieu à l'égard de son père.

24. Pizarro, sentant l'injustice de l'action qu'il allait commettre, voulut au moins la colorer aux yeux du monde, pour sauver son honneur et celui de sa nation. Il forma donc une espèce de tribunal composé de personnes qu'il croyait dans les mêmes sentiments que lui, et les chargea de juger l'Inca, se réservant d'approuver ou d'infirmer la sentence qu'elles rendraient.

25. Voici quelles étaient les accusations portées contre le malheureux Atahualpa :

1° Quoique bâtard d'Huayna-Capac il avait usurpé l'empire au mépris des droits de son frère Huascar;

2° L'Inca Huascar avait été assassiné par son ordre ;

3° Il était idolâtre , et avait non-seulement permis, mais il avait ordonné d'immoler des victimes humaines ;

4° H avait un très-grand nombre de concubines;

5° Depuis qu'il était prisonnier, il avait employé à son propre usage les trésors qui appartenaient par droit de conquête aux possesseurs actuels du pays ;

6° Il avait donné des ordres secrets pour que ses vassaux prissent les armes contre les Espagnols.

Voilà quels étaient les principaux chefs de l'accusation, dit Robertson, et quelques-uns sont si ridicules et si absurdes, qu'ils nepeu-

vent avoir été inventés que par l'effronterie de Pizarro, qui voulait juger le souverain d'un grand empire sur lequel il n'avait aucune espèce de juridiction (ffist. (TJmér., liv. 6, f. 210). Ce qui est certain, c'est que même les accusations qui ont une apparence de vérité, sont démontrées entièrement fausses, par le récit des auteurs les moins partiaux en faveur de l'Inca.

26. Il répondit si bien à toutes les charges portées contre lui, que toute la malice de Filipillo ne put obscurcir ses réponses, dit Collahuaso ( Guerras civiles); car Atahualpa , ayant reconnu depuis plusieurs mois sa méchanceté et sa perfidie, avait demandé dans cette occasion que le soldat Mora, qui avait fait son portrait pour Fernando Pizarro , fût présent à ses réponses; attendu que ce soldat parlait la langue des Indiens mieux que Filipillo ne pouvait parler et comprendre l'espagnol (Ibid. ). Voici les réponses claires et concises de l'Inca.

27. D'abord qu'il était fils légitime de Huayna-Capacet de la reine de Quito, avec laquelle celui-ci avait été uni par les liens du mariage, comme tous ceux de son royaume le savaient et pouvaient l'attester, démentant ainsi les calomnies de ses ennemis de Cuzco; qu'en raison de cette légitimité, son père lui avait donné en héritage un royaume qui n'était pas sa propriété, mais bien celle de sa mère.

2 e Qu'il avait dépossédé Huascar de son royaume , non parce qu'il était illégitime ou bâtard , mais à cause de la guerre qu'il avait été forcé de lui faire, ne pouvant par aucun autre moyen conserver ce qui lui appartenait.

3 e Qu'il n'avait donné aucun ordre pour qu'on mît à mort son frère Huascar, et qu'il n'avait appris cette mort que de la bouche de Calicuchima, son général, qui avait fait cet acte par suite de ses premiers ordres pour le cas où ses vassaux tenteraient de délivrer son frère. Que son dessein avait été de lui conserver

la vie pour lui faire accepter le traité qu'il lui avait depuis longtemps proposé.

28. 4° Qu'il n'avait jamais pensé à conspirer ni à réunir secrètement des troupes pour attaquer les Espagnols, mais bien à remplir la promesse qu'il leur avait faite, comme ils avaient pu en être témoins partout où ils avaient été. Que cette accusation n'était qu'une calomnie deFilipillo, qui n'était appuyée d'aucune preuve.

5 e Qu'il ne pouvait comprendre de quelle manière il aurait pu dissiper les trésors , tandis que c'était lui qui les réunissait pour accomplir sa promesse.

6 e Que sa religion, bonne ou mauvaise, n'avait pas été inventée par lui; qu'elle était celle de ses ancêtres, auxquels il fallait s'en prendre si elle était mauvaise; que, quant à ses concubines, c'était un crime commun à tous, et dont ses prédécesseurs lui avaient transmis l'usage.

7 e Que ni lui , ni aucun de ses ancêtres , tant

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