Amyot
j.-j. ampère; a. REGNA i;lt; Edouard Salvador 51
deux qualités qui semblent s'exclure et qui peuvent faire un jour d'un homme un des maîtres de Texpresgion : la concentration et la transparence. Son histoire de Marseille, qui comprend tant de faits et à laquelle il sait rattacher tant de choses, est écrite avec une rapidité pleine d'éclairs. Évidemment, l'esprit qui se joue avec cette aisance dans les difficultés d'un résumé où les événements et les hommes s'entassent, ne manque ni de force ni de souplesse. Malheureusement, s'il est toujours écrivain et peintre, Edouard Salvador est aussi presque toujours un penseur plus ingénieux que solide, qui touche de P Histoire en artiste, au profit d'intérêts et d'idées que nous ne pouvons accepter dans l'éclat de leur prétention. Sans doute Marseillais de naissance, Salvador, ainsi que nous l'avons déjà dit, considère un peu trop le monde à travers Marseille. A ses yeux, c'est un de ces points où TOUTE la vie d'une nation reflue^ quand l'activité nationale, fatiguée de chercher en vain la sève qui lui mayique, s'efforce de se répandre au dehors et d'atteindre des puissances nouvelles. En vérité, ceci est bien gros. Pour notre compte, nous ne savions pas que la France eût besoin de chercher, en ce moment, une sève qui lui manque^ et que toute notre vie d'État dût refluer dans le port de Marseille, parce qu'il est un des plus brillants entrepôts de commerce que nous ayons sur la Méditerranée. Et s'il n'y avait dans cette idée que l'influence d'un patriotisme exalté, nous ne
relèverions pas une telle illusion ; nous la laisserions tomber d'elle-même... Mais le livre n'est, au fond, que l'expression éloquente, et par conséquent dangereuse, do cette forte tendance que Bonald, avec son génie positif, condamnait déjà il y a une trentaine d'années (1), et qui consiste à sacrifier la France interne et agricole à la France externe et commerçante. A travers l'histoire, très variée et très piquante, de Marseille et des Échelles du Levant comme l'a écrite Edouard Salvador, on reconnaît cette préoccupation de notre âge qui prend, selon nous, notre pays à rebours de son instinct et de son génie. La France est, avant tout, agricole, militaire et artiste. C'est un champ, un camp et un musée. Quand on voudra en faire une boutique, fût-ce la boutique du monde, la Providence, qui est bien aussi spirituelle que nous dans les leçons qu'elle nous donne, lui enverra la nécessité d'une guerre ou la menace d'une famine, et on sera averti.
1. C'est-à-dire plus de quatre-vingts ans maintenant. (Note de l'éd.)