‹ Voyageurs et romanciersChapitre 3 sur 40 · SAINT-MARC GIRARDIN · texte numérisé non relu

SAINT-MARC GIRARDIN

Cet ouvrage, du reste, — notes de voyage prises en courant, — ne peut avoir Tintiportance d'un livre même aux yeux de son auteur, qui a, dans un talent incontestable, l'obligation d'être sévère. Sachons le dire (la vérité est un hommage I), les Etudes et Souvenirs de Saint-Marc Girardin ne sont qu'une réimpression de plus, assez insignifiante, parmi les mille réimpressions de toute espèce dont regorgent, pour le moment, les catalogues de librairie... D'un pareil homme on attendait davantage et mieux... Après cela, qu'on voie où nous en sommes et qu'on se donne la peine de conclure ! Non seulement la renommée répète depuis dix et quinze ans les mêmes noms, mais la plupart de ceux qui les portent répètent à leur tour les mêmes choses. A très peu d'exceptions près, c'est une émulation de redites! Réimpressions d'œuvres contemporaines, réimpressions d'un autre siècle, partout ce signe de la stérilité. Chose naturelle et logique, d'ailleurs, loi d'équilibre qui ne trompe jamais! Qu'y at-il d'étonnant à ce qu'une époque dont la littérature défaille se rejette aux œuvres connues? imitant en cela les mères sans fécondité qui gâtent le petit nombre d'enfants qu'elles eurent dans leur chétive jeunesse, ou qui adoptent ceux des autres mères. Les réimpressions sont les gâteries ou les adoptions des époques impuissantes à produire. Ainsi, dans les arts, quand ils tombent aussi, comme la littérature, l'archéologie vient remplacer les créations spontanées.

Dans l'ordre matériel, réimprimer les anciennes œuvres est un fait qui correspond à la reproduction des anciennes formes dans Tordre intellectuel et artistique. Hasard heureux quand ces formes sont reproduites avec le double sentiment de l'exactitude et de la vie, et quand ces ouvrages qu'on réimprime sont choisis avec discernement !

PAUL NIBELLE

Paul Nibelle est un écrivain d'imagination et de sentiment. Il a ce beau don de jeunesse qui donne au talent les fermentations que peut-être il n'a qu'une fois, et, nous le disons en le félicitant, il n'a pas taché cette fraîche jeunesse de sa pensée, il a su en conserver la généreuse innocence. Les Légendes de la Vallée (2) se recommandent précisément par ce naturel et cette simplicité qui firent de Sterne un si grand modèle, et il faut remercier le hasard de ce que nous pouvons placer à côté de ce roi des conteurs mélancoliques (3) les essais d'un jeune homme qui sent sa vocation littéraire L'entraîner du côté des récits rêveurs et touchants. Ce voisinage du doux Laurence n'effraiera pas

1. Les Légendes de la Vallée; Fin d'un songe {Pays, 8 septembre 1853).

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