Librairie nouvelle
quoi nous croyons que les contes en question auraient gagné à avoir une origine plus obscure et moins savante ; car, en fait de récits merveilleux et de légendes, tout ce qui nous vient par les livres nous vient diminuant. Au lieu donc de ces MM. Grimm les philologues, à travers les recueils de qui ces contes ont passé, nous eussions beaucoup mieux aimé, par exemple, quelque servante, comme cette servante de Perrault dont Feuillet nous a parlé dans son livre actuel, en supposant qu'elle ait existé, en supposant que, pour s'excuser d'avoir fait des contes d'enfants, cette petite chose, dans un siècle qui n'aimait que le grand et qui l'aimait jusqu'à l'hypocrisie, cette servante en faveur de qui Perrault, bêtement honteux, a donné la démission de son génie, n'ait été de sa part qu'une invention de plus.
Nous sommes, nous, de ceux-là qui croient que rien ne vaut, pour un conteur, le premier récit, le récit immédiat, cueilli n'importe où, mais en dehors des livres et de leurs abominables coquetteries, sa« vantes ou littéraires. Nous tenons pour le morceau de gigot froid de Fielding, bravement mangé au cabaret avec des mendiants et des joueurs de violon aveugles, et pour tous les coucous écossais où Walter Scotti frottait son vieux carrick jaune contre la houppelande des fermiers et la balle des colporteurs. Là surtout, dans de pareils milieux, est le conte, la vive racine du conte, qu'on l'écrive, du reste, pour les enfants ou
pour les hommes. Mais quelqu'un d'aussi littéraire que Feuillet de Conches, quelqu'un qui passe sa vie en habit de soie dans le détail d'une fonction de cour qui demande un perpétuel sous les armes, ne pouvait pas aller chercher le conte où il est réellement le plus, et où de mâles observateurs comme Fielding, le juge de paix, et Walter Scott, le greffier, sont allés le chercher, au péril de leurs habitudes de gentlemen tirés à quatre épingles, de la délicatesse de leurs sensations, et parfois de leur dignité.
Ainsi, voilà le reproche à faire à ces Contes d'un vieil enfant, que les enfants sentiront peut-être, avec leur imagination vierge et le velouté sensible de leur ignorance, mais qui doivent être, en définitive, jugés par des hommes. Intéressants pour ces derniers, mais d'un intérêt qui n'a pas le poignant de la nouveauté, ce sont des créations de deuxième et de troisième main, ressemblant à tous ces contes dans le surnaturel et le merveilleux dont le monde féerique est la base, ce monde qui n'existe que pour les imaginations à leur aurore, que ce soient des enfants de peuples ou des marmots d'enfants. Seulement, tels qu'ils sont, il faut bien le dire, ils n'ont ni les développements.
94 VOYAGKUHS ET I{O.MAM;ii:I{S
pleins de grandeur de ces Mille et une Nuits qui sont les épopées de l'enfance, ni le dramatique et le concentré de Perrault, — ce Shakespeare en raccoui'ci s'il avait du style et les grâces riantes ou mélancoliques de cette fée des Contes de fées, la ravissante madame d'Aulnoy! Excepté peut-être la Trempe miraculeuse, Tun des plus réussis du recueil, français d'origine, celui-là, et net de tout ce que le prince de Ligne appelait « l'allemanderie », tous ces contes ont une physionomie commune. Ils se ressemblent entre