SECTION IV
Description des Polypes lithophytcs
Genre FONGIE. — Fungia. Lamk.
FONG1E ROUGE. — Fungia rubra. N.
PLANCHE 5 )6, fig. I et 2,
La fongie rouge que nous donnons ici, est probablement la même, pour le polypier, que i’agariciforme de M. de Lamarcjv, ainsi caractérisée :
Fungia orbicularis , subtus scabra; Stella convexâ ; la/nellis incequalibus , denticulaùs; ma/oribus radiorum longitudine.
Dans ce genre, on sera toujours obligé de prendre dans les formes diverses des polypiers, les caractères spécifiques; car les animaux ont tant de similitude entre eux, qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible , d’y trouver des différences d’organisation. Si l’on excepte la couleur extrêmement tranchée de celui que nous avons fait dessiner , et qui est fort rare , tous les autres se ressemblent, c’est-à-dire que l’ouverture elliptique placée au centre, qui est la bouche du polype , est verdâtre , et que toute sa large surface en rosette mince, plissée, accommodée enfin aux nombrgiîx sillons pierreux qu’eile-même sécrète , est blanchâtre. Dans toutes les fongies , quelques formes quelles nous aient paru prendre , soit quelles fussent alongécs, libres, fixées, ou bien gênées dans leur
développement, ces couleurs varient peu. Ce n’est qua Guam que nous fûmes surpris de l’éclat de la fongie rouge, dont nous ne trouvâmes que trois individus parmi une foule de l’espèce agariciformc.
Le polype d’une fongie doit être considéré comme un animal charnu , membraneux , aplati , affectant le plus souvent une disposition arrondie , ayant à son centre une ouverture alongée , plus épais dans cette partie qu’à sa circonférence. Quoique ce soit lui qui forme le polypier sur lequel il n’est simplement que superposé, cependant, pour s’en faire une bonne idée, ce sont les lamelles de cette masse pierreuse qu’il faut étudier. On ne peut pas dire que la fongie ait des tentacules; c'est un large polype offrant une membrane mince, plissée en rayons, légèrement frangée sur - son lymbe, ayant la faculté de sécréter par sa face inférieure une matière calcaire qui traduit toutes les formes naturelles de l’animal et celles mêmes qu’il peut prendre accidentellement. Ainsi, par exemple , en examinant les divers polypiers de fongie , on voit qu ordinairement il y a de grandes lamelles qui du centre vont à la circonférence; que d’autres ne prennent naissance qu’à la moitié , et qu’enfin il s’en trouve de bifûrquées , comme s’il avoit plu à l’animal d’augmenter ses replis. Toutes ces cloisons sont triangulaires , beaucoup plus épaisses à leur base qu’au sommet , où la portion charnue qui recouvre cette partie est tellement amincie, que lorsque le polype est blanc, elle semble n’en être pas revêtue. Mais elle est très-distincte sur les espèces colorées. Sur les côtés, les lames sont cçu vertes de petites aspérités mamelonnées qui, s’enfonçant dans les replis de l'animal, font qu’il est tellement adhérent au polypier , qu’il est impossible de l’en détacher autrement qu’en lambeaux. Il en est de même pour le centre, qui, plus consistant, ressemble assez à la chair des actinies. Cette difficulté de l'isoler, même en brisant la substance pierreuse, nous a empêchés de distinguer les organes de la digestion et ceux de la reproduc-
tion. Dans l’état naturel , la bouche plissée du polype s’érige davantage, sans cependant s’élever au-dessus du sillon transversal qui la contient. Elle s’enfonce au moindre contact, ainsi que toutes les parties les plus saillantes. Il semble alors qu’il n’y ait plus d’animal. Dans son accroissement, à mesure qu’il élève ses cloisons, il les agglutine et les bouche par la base. Cette augmentation en épaisseur est très-limitée; il en est de même de celle en largeur, qui ne dépasse guère six ou sept pouces de diamètre. Lorsqu’on le sort de l’eau , il laisse écouler une albumine limpide et ne tarde pas à périr. Le plus ordinairement les gemmules des fongies se développent sur le sable sans y adhérer ; alors elles sont planes , ou bien bombées en-dessus, concaves en-dessous. Quelquefois elles adhèrent à d’autres madrépores par un pédicule plus ou moins alongé. Ceci paroit plutôt tenir à des causes locales qu’à des différences d’espèces. Il est rare qu'il y ait plusieurs individus réunis dans les fongies orbiculaires. H n’en est pas de même dans celles qui prennent un très-grand développement en longueur, comme dans l’espèce connue sous le nom de limace, par exemple, où il arrive assez souvent que plusieurs polypes travaillent adosses; ce qu’on distingue très-bien sur le polypier par le nombre de sillons où se trouve toujours le centre de chaque individu.
Dans notre espèce rouge, comme dans toutes les autres, l’animal tapisse chacune de ses lames, et sur le sommet des plus grandes la teinte passe au jaune. La seule différence de forme qu’il nous ait présentée d’avec ceux qui n ctoient pas aussi vivement colorés, sont des languettes d’un rouge plus foncé, comme triangulaires, placées en rayonnant à quelque distance de la circonférence. Lorsqu’on touchoit ces appendices , ils s’affaissoient brusquement. Sontce de vrais tentacules! nous ne le croyons pas, parce qu’ils sont susceptibles de varier en nombre.
Nous ne connoissons que Forskal qüi ait donné, jilanche 42> une bonne figure du polype d’une fongie, sans dire de quelle
couleur il étoit. Les nombreux mamelons dont il est recouvert correspondent à ceux qui sont représentés ici, excepté que leur forme est arrondie , au lieu d etre triangulaire.
Les animaux des fongics, des caryophyllies, des oculines, des astrées, de certaines méandrines et de quelques autres encore, doivent être considérés comme ayant entre eux les plus grands rapports d’organisation, et tous voisins des actinies, dont plusieurs ont la forme et la consistance. Les fongies vivent ordinairement séparées; mais nous venons de voir qu’on en trouve de réunies, et dont les animaux se touchent. En s’élevant peu à peu , ou en descendant, comme on voudra, on arrive par les oculines et certaines caryophyllies à étoiles excessivement rapprochées, jusqu’aux méandrines, qui ne présentent plus qu’une masse continue , et pour ainsi dire confluente , de polypes.
Genre CARYOPHYLLIE. — Caryophyllia. LamL
CARYOPHYLLIE ANGULEUSE. — Caryophyllia angulosa.
Lamk. Ânim. sans vtrt. t. i, pag. 229, n." r 3.
PLANCHE p6 , flg. p, I O et I I.
Caryophyllia cespitosa; ravit s brevibus , erectis , Creberrimis; s te/lis. orbiculato-sinuaûs , irregularibus.
Apres les fongies, viennent clans l’ordre naturel les cary ophyl lies, dont les animaux ont tant de rapports avec elles , ainsi qu’on peut le voir en comparant les parties du polypier sur lesquelles ils sont implantes. Dans quelques espèces, il semble voir des fongies agglomérées et longuement pédiculées. Les polypes sont de même membraneux, charnus et étendus à fa surface des étoiles terminales. Mais ils diffèrent autant les uns des autres par les couleurs que par les dimensions qu’jls sont susceptibles d’atteindre.
L’espèce de carjophyllie la plus remarquable par sa gentillesse, est la fasciculée, qu’on nomme vulgairement l'œillet, et dont les animaux dépassent les rosettes pointues. Cela doit être ainsi pour qu’ils puissent déposer entre les faisceaux, la substance calcaire qui sert à les unir les uns aux autres , comme dans le tubipore musique. On eh trouve de verdâtres à l’Ile-de-France, de vertes, de brun rougeâtre et d’autres teintes encore , aux Mariannes. Nous croyons même que des espèces, semblables pour la forme des po- . lypes et des polypiers, varioient dans les couleurs.
La caryophyllié de la planche <)6 , figure 1 1 , n’est qu’une variété de l’anguleuse ; elle en diffère seulement en ce que le pédicule qui
supporte chaque étoile est moins long, et que les rosettes ont des lamelles moins profondes. M. Taunay l'a dessinée dans l'eau , lorsque ses polypes , d’un beau vert de pré et ne dépassant point le limbe de l'étoile, étoient dans la position dans laquelle ils sont représentés. La réunion en groupe de ces animaux, formant des masses légèrement arrondies, produisoit sous les eaux un très-joli effet.
Donati, qui a eu connoissance du polype de la caryophyllie en arbre de la Méditerranée, en a donné une figure qui, bien qu’el^ soit défectueuse en quelques points, indique cependant la foriic générale qu’il doit prendre sur le polypier. Mais sur-tout il ne faut pas s’y méprendre, et croire que l'auteur ait voulu figurer un polype saisissant sa proie : il l’a tout simplement représenté très-grossi , occupant l’espace qui existe entre le centre et la circonférence de l’étoile.
La figure u de la même planche est, pour la fotyne du polypier seulement , la vraie caryophyllie anguleuse de M. de Lamarck. La lettre A représente une étoile dépourvue de polypes, afin quon puisse plus facilement distinguer sa forme.
Les animaux qui occupent les rosettes du polypier, sont si singuliers, si differens de ce qu’ils devroient être, que, bien qu’ils aient été examinés à plusieurs reprises et dessinés sur les lieux mêmes avec beaucoup d’exactitude, nous les donnons avec la restriction •que l’on doit toujours mettre dans un lait qui paroît extraordinaire et contrarier l'ordre d’organisation établi dans ces lithophytes. En effet, un polypier lamelleux ne peut être produit que par un polype de même forme que lui. Ici, point du tout; la substance pierreuse est bien lamelleuse, mais les animaux qui sont fixés dans ses anfractuosités, sont cylindriques, très-alongés, d’un vert foncé, arrondis chacun à leur extrémité libre, qui est marquée d’une foule de petits points , et tellement pressés que ,»ptalgré les séparations qui existent entre les étoiles, iis se touchent par leur sommet et
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ne forment qu’une sorte de surface unie, d’un velouté admirable, sur lequel on se plaît à promener la main. Comme ils dépassent de plusieurs lignes les bords du polypier, ils retombent sur euxmêmes lorsqu’on les tire de l’eau. Dans cet état, on peut les prendre et en arracher des poignées.
Nous avons soumis à un savant et profond anatomiste , les dessins de ces animaux tels qu’ils sont représentés : mais d’après la forme du polypier qui les supporte et qui doit toujours traduire celle de l’ani-
Sl qui l’a sécrété, M. de Blainville ne peut pas concevoir que ce ent eux qui l’aient formé , et pense que ce sont d’autres espèces qui, en parasites, se sont implantées sur cette caryophyllie, dont les animaux étoient morts. Aujourd’hui la science de l'organisation des formes extérieures d’un bon nombre de polypes, est assez avancée pour que cette judicieuse supposition puisse être considérée comme vraie. Si ce sont des polypes parasites, il est bien particulier qu’ils aient toujours choisi des caryophyllics parmi tant d’autres madrépores qui se trouvoient abandonnés autour d'eux. Nous n’en avons jamais trouvé ailleurs que sur cette espèce, dont' ils recouvraient si exactement les masses, qu’il n’y avoit aucune rosette de vide *.
* Cet article et la planche qui s’y rapporte étoient fait*, lor*que nous a von* eu connaissance d'un mémoire de MM. Chamisso et Eysenhardt, inséré dans les Actes des curieux de la nature \ de Bonn, page 369.
Ce mémoire est relatif aux animaux pélagiens que ces naturalistes ont découverts dans leurs voyages, parmi lesquels nous avons reconnu un individu absolument semblable, pour» la forme des animaux, à notre caryophyllie anguleuse; et dans le dessin que ces. Messieurs • ont joint à leur travail, planche JJ * figure j , A, on remarque, comme dans le notre, que Je polypier est lamellcux, tandis que les nombreux polypes qui le surmontent sont cylindriques.
MM. Chamisso et Eysenhardt ont donné le nom de caryophylita glabrescens à leur nouvelle espèce, dont les animaux sont d'un jaune brunâtre, tandis que les nôtres -ont une belle couleur verte. Leur localité diffère d’environ cent lieues.
Sans nous communiquer, sans meme nous connaître, nous avons vu, ou du moins cru voir de la même manière; ce qui n'indique’ pas que nous n’ayons bien pu nous tromper les uns et les autres sur l'organisation du zoophyte qui nous occupe : ou bien, si le fait que nous avons observé est rigoureusement vrai, si des polypiers lamelleux peuvent être formés par des polypes cylindriques, il faut admettre que certaine* caryophyllie* ont, de meme que les
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actinies, avec lesquelles elles ont beaucoup de rapports, des tentacules excessivement longs, comme ceux que nous représentons.
Nous rapportons ici le texte des naturalistes que nous venons de citer :