SECTION IL
Cap de Bonne-Espérance.
Nous n’avons point eu la faculté d’observer les mammifères de ce pays, et nos courses se soht bornées à l’espace compris entre les montagnes qui forment la péninsule du Cap de Bonne-Espérance proprement dit.
Au premier aspect , le voyageur est frappé de la sécheresse qui règne sur l’extrémité australe de l’Afrique, où ne s’offrent que des montagnes de grès arides et escarpées. On voit évidemment que l’art du laborieux Hollandais a tout fait pour forcer la nature à produire. La végétation y est triste dans son ensemble , quoique de belles liliacées, de brillans gnaphaliums et de superbes bruyères contribuent à jeter un certain éclat sur les détails; mais les protéâs aux feuilles soyeuses et argentées, qui, par leur abondance, forment en partie (a physionomie végétale, répandent sur le paysage la monotonie de leur teinte.
Les deux genres d’oiseaux les plus communs sur cette langue de terre , et que nous avons pris plaisir à observer, sont les souïmangas et Jes promérops. Nous ferons connoître plus loin les rapports naturels d’organisation qui lient ces oiseaux avec certaines familles de la Nouvelle-Hollande, de meme que la ressemblance des Icrcalités qu’ils habitent.
Le mois d’avril est l’époque à laquelle les souïmangas fréquentent les environs de la montagne de la Table; ils y sont attirés par la grande quantité de protéas mellifères, dont les cônes leur fournissent en abondance une liqueur sucrée ; et lorsque ces arbrisseaux ne sont pas fleuris, ce sont les virgilias qui nourrissent ces charmans oiseaux.
l'epdge de V Uranie. — Zoologie. # À
Les fleurs de ce dernier arbre ressemblent à celles du robinia pseudoacacia; elles en ont la blancheur et le parfum , mais paroissent ne contenir qu’une très-petite quantité de nectar. Aussi voit-on lès . souïmangas voltiger de branche en branche , et plonger leur langue* rétractile et plumeuse dans chaque fleur.
On les a comparés, avec juste raison, aux grimpereaux; ils sont vifs et légers comme eux, et ne restent sur un arbre que le temps convenable pour le parcourir dans tous les sens ; ce qu’ils font à l’aide de leurs ongles crochus. Soit qu'ils volent ou qu’ils cherchent leur nourriture, ils poussent un petit cri perçant qui les fait distinguer de loin. Le soir, ils ont un citant prolongé et dont les modulations sont plus agréables.
Ces oiseaux sont faciles à conserver vivans. Nous en avons eu un pendaht quelques jours, qui, du matin au soir, ne faisoit que tremper sa langue dans l’eau sucrée : d’où vient que les habitans du cap les nomment becs de sucre. L’espèce la plus commune aux environs du Cap , celle dont on pourroit se procurer une centaine dans un jour, est le souïmanga à collier. Celui à capuchon violet, remarquable par ses longues pennes, est beaucoup moins répandu et plus difficile à approcher. Nous avons observé que la dentelure du bec n’est point un caractère constant dans tous les individus.
Le second genre que nous ayons à mentionner est celui des promérops, qui, comme les souïmangas, ont une langue plumeuse, canaiiculée, et recherchent les plantes mcllifères. On les rencontre par petites troupes de cinq ou six; et, à l’époque dont nous parlons, il étort facile de reconnoître les jeunes , qui n’avoient pas encore leur longue queue. Si le plumage de cet oiseau n’est pas brillant, du moins sa forme a une certaine élégance, sur-tout quand il est posé. Il n’en est pas de même lorsqu’il vole ; par les secousses qu’il se donne, par les bonds et les ondulations qu’il est obligé de faire, on voit que sa queue l’embarrasse beaucoup , et qu’il n’a pas été fait pour cet exercice.
ZOOLOGIE. iy
Ses ongles sont crochus, et il est doué d’une force excessive dans les serres ; de sorte que si l’on ne prend pas garde à ceux qu’on a blessés , ils les enfoncent dans les chairs et font promptement venir le sang. •