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SECTION III

Iles Timor, Rawak et Vaigiou.

L"île Timor, située vers la partie la plus méridionale de l'archipel d’Asie, à distances presque égales des îles de la Sonde et des Moluques, est pauvre en mammifères, mais assez bien peuplée d’oiseaux. •

Le sol de Coupang, madréporique et schisteux, n’offre pas cette brillante végétation que le voyageur devroit s’attendre à rencontrer par le treizième parallèle , etqui se fait remarquer même <lans la partie Nord de l’îie.

A quelques lieues des bords de la mer, les arbres, en général, n’ont pas cet énorme développement que nous retrouverons bientôt; leur teinte est blafarde; elle est même toute blanche là où dominent les mélaleucas.

Les tourterelles et les perroquets sont les espèces les plus communes. C’est de là que viennent la jolie colombe kurukuru, la colombe Maugé et le colombar unicolor. On y voit le petit kakatoès blanc, beaucoup plus gentil et plus susceptible d’éducation que la grosse espèce de la même couleur, du port Jackson; la belle perruche érythroptère ; celle à face bleue , qui habite aussi l’extrémité Sud-Est de la Nouvelle-Hollande, et qu’on ne peut conserver longtemps, parce quelle succombe facilement aux convulsions.

Nous vîmes là, pour la première fois, le philédon corbî-calao, qui se montrera aussi au port Jackson. Cet oiseau , dont la langue est échancrée et les serres excessivement fortes , se nourrit de baies.

Coupang est la patrie des langrayens, dont le vol est semblable à celui des hirondelles, et qui ont la faculté de planer des journées entières dans les régions élevées ; des choucaris verts; des petits drongos, friands de la liqi^pur qui découle du latanier ; de diverses espèces de mouchcrolles ; et comme il y a beaucoup d’arbrisseaux et de sous-bois , dans lesquels se plaisent les petits oiseaux , on y trouve le padda ou calfat, quelques souïmangas, diverses espèces de bengalis', et, sur les casuarinas de la petite île de Kéra, le guêpier à longs brins.

En laissant Timor et s’élevant vers le Nord, après avoir traversé les Moluques et navigué parmi plusieurs îles dépendant de. ce nombreux archipel , connu sous le nom d’/7« des 'Papous , on arrive à celle de Vaigiou, directement placée sous l’équateur. A proprement parler, notre navire n’étoit point mouillé sur cette grande île, mais tout auprès, à un demi-quart de lieue, dans la ‘jolie petite baie de l’île Rawak, d’où nous faisions de fréquentes excursions sur Vaigiou.

De tous les lieux que nous avons parcourus, aucun ne nous a oflèrt une végétation plus vigoureuse et plus belle que les îles qui nous occupent; par-tout, depuis la sommité des montagnes jusqu’au bord de la mer, dans laquelle des arbres entiers inclinent leurs rameaux, elle nous rappeloit la majesté et la richesse de ces forets profondes que nous avions admirées au Brésil. Sur beaucoup de points, la plage est ainsi envahie par le règne végétal. Bien plus, nos canots voguoient souvent au travers de forêts marines, dont les grands végétaux croissent au sein des eaux salées.

Ailleurs, malgré les plus grands efforts , on ne peut pénétrer dans ces sombres retraites. Arrêté à chaque pas par des lianes tortueuses, embarrassé dans les débris des arbres que le temps a détruits, accablé par la chaleur, on ne tarde pas à préférer des routes plus faciles et plus silres : mais on ne peut oublier l’impression profonde que font éprouver le calme et la majesté de cette belle nature.

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Les oiseaux qui habitent ce séjour, semblent, parleurs proportions, participer de sa grandeur : on n’y voit presque point de ces espèces naines au brillant plumage; comme perdues dans ces vastes forêts, qui d’ailleurs manquent de graminées et de petits insectes, elles ne sauraient y vivre, et recherchent de préférence les endroits pîus découverts et mieux accommodés à leur existence. En revanche; c’est le refuge des calaos , des grosses colombes muscadivores , des pigeons couronnés plus grands encore , des perroquets verts , de l’ara noir microglosse.des cassicans, de la nombreuse famiile des loris , des gros martins chasseurs , et de quelques oiseaux de proie.

Les défians calaos occupent presque toujours la cime des arbres élevés, des muscadiers sur-tout, dont ils recherchent les fruits qu'ils avalent tout entiers et qui donnent à leur chair un excellent goût. Quoique leurs ailes soient peu développées , on les entend voler de loin, ainsi que l’a remarqué Dampier; cè qui tien* à ce que leurÿ longues pennes , écartées à l’extrémité , font vibrer l'air avec force. Cet oiseau est un exemple de ce que peuvent les localités sur les mœurs des animaux. Ici, environné de fruits, il en fait sa nourriture, tandis que, s’il étoit né dans les déserts- de. l’Afrique, il se repaîtrait de la chair des cadavres, comme font les calaos d’Abyssinie.

Les tourterelles muscadivores et à tubercule font entendre de sourds roucoulemens, effrayans pour celui qui n’en devinerait pas d'abord la catfse; en même temps que des troupes légères de loris rouges et tricolors passent#avec rapidité en poussant des cris perçans. Il nous étoit facile de nous procurer de ces derniers , qui revenoient sans cesse à un arbre dont ils mangeoient les fleurs. Nous avons remarqué une singulière particularité dans ces animaux; c’est que leurs couleurs sont infiniment plus éclatantes après la mort que lorsqu’ils sont vivans.

L’existence de ces brillans oiseaüx, que les naturels façonnent à la donïffesticité , semble exclusivement liée à leur terre natale ;

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car ils mouroient, malgré tous nos soins, dès que nous avions

perdu les côtes de vue.

Il existe une petite espèce de kakatoès noir , semblable au blanc pour la forme et le cri, et tellement défiant, que nous ne pûmes nous le procurer. .

Sur la petite île de Rawak seulement, on rencontre beaucoup de cassicans Sonnerat; oiseau vif, agile, rusé, susceptible de vivre familièrement avec l’homme; possédant une variété de chant qu’il seroit difficile de rendre; tantôt criant très-fort, sur-tout le matin, d’autres fois sifflant d’un ton grave et par coups, ou bien avec rapidité ; et imitant avec une rare facilité le chant des autres oiseaux.

Les cassicans fréquentent habituellement les sommités des cocotiers, pour y trouver des insectes; mais nous n’avons point remarqué qu’ils poursuivissent les petits oiseaux, comme on le pense généralement. *

Une belle espèce de martin-chasseur, que nous avons dédiée à notre collègue, M. Gaudichaud, chargé de la partie Botanique du voyage , se trouve aussi sur cette île ; nous ne l’avons rencontré que là. On doit à M. Levaillant la division naturelle de ces oiseaux en chasseurs et pécheurs. Cette distinction , fondée sur des caractères peu saillans, tirés de la forme du bec, est bien mieux établie d’après leurs mœurs. Nous l’avions déjà faite pour nous avant de connoître l’opinion de notre compatriote. En effet, les martins-chasseurs, qui sont tous, en général, très-gros, habitantle milieu des1 bois, dans les lieux humides, où ils fouillent pour trouver des insectes et des vers; aussi ont-ils presque toujours le bec terreux; c’est du moins ce que nous avons vu sur ceux que nous avons tués à Rawak , aux Mariannes et à la Nouvelle-Hollande, où on les trouve fort avant dans les terres loin des ruisseaux. Si quelquefois ils fréquentent les bords de la mer, c’est pour s’emparer des petits pagures qu’ils enlèvent avec la coquille.

Dans les marécages de l’île de Bony, nous vîmes un gallinacé qui nous a présenté des caractères suffisans pour en formef'un genre

noy veau , et que la longueur de ses pieds nous a fait nommer mégapodc. Il n’est qu’à demi sauvage, vole à peine et en effleurant la terre. Le pigeon couronné vit en domesticité à Vaigiou ; les insulaires lui donnent le nom de mambrouc. Nous avons trouvé, dans des cabanes abandonnées, des ceintures et des émouchoirs faits de plumes de casoars, qui semblent jndiqucr que ces oiseaux habitent aussi cette île.

Les oiseaux de paradis ne sont point rares ; mais il est difficile de se les procurer. Nous en vîmes deux dans l’aiguade d’Entrecasteaux , sans pouvoir les atteindre. Ils volent par ondulations, à la manière des promérops à longue queue du Cap de Bonne-Espérance. Alors leurs belles plumes sont réunies en un seul faisceau.

Nous terminons ce que nous avons à dire sur ce pays par les phalangers, seul mammifère que nous ayons, pu nous procurer.

Ces animaux , que les naturels nous .apportoient pour être mangés , semblent remplacer ici les paresseux de l’ Amérique. Stupides comme eux, ils passent une partie de leur vie dans l’obscurité; et lorsque trop de lumière les fatigue, ils s’y soustraient en se blottissant la tête entre les jambes. Ils ne sortent de cette position que pour manger, ce qu’ils font avec beaucoup d’avidité. Dans les bois , ils se nourrissent de • fruits aromatiques , comme nous l’avons vérifié ; et à défaut , les nôtres dévoroient de la chair crue. Leur peau est tellement fine et teneflx-, tju'en se battant ils s’en arrachoient des lambeaux. La même chose arrivoit, lorsque, se fixant à l’aide de leurs griffes aigues , on vouloit les enlever de force par leur fourrure. Ordinairement, deux de ces animau*, habitués dans une même cage , vivoient en bonne intelligence : en ajoutoit-on un troisième , ils se battoient à outrance en grognant et poussant des cris perçans.

Que de beaux oiseaux , que de mammifères encore inconnus habitent ces admirables contrées, et où l’on pourroit se les procurer et \y séjournant beaucoup plus long-temps qu’il n’est permis de le

faire à des navigateurs , dont la mission se borne à explorer une partie des côtes ! L’île de Vaigiou a plus de quatre-vingts lieues de circonférence, et l’on nous donna à entendre que, dans l’intérieur, se trouvoit une nombreuse population rassemblée dans une sorte de grande ville.

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