‹ Voygae Autour du MondeChapitre 8 sur 53 · SECTION IV · texte numérisé non relu

SECTION IV

Iles Maria» nés.

Laissant cette terre équatoriale, et continuant notre navigation vers le nord , nous arrivâmes aux Alariannes , où la quantité de malades que nous avions alors npus força de séjourner longtemps ; de sorte que nous eûmes le loisir de connoître les productions zoologiques de l’île Guajn, la plus grande de toutes, et qui en est en même temps la capitale.

Cette île n’a que quarante Jieues de tour. Son sol est élevé, montueux, en partie volcanique et en partie formé de calcaire inadréporique. Les montagnes, qui ont toutes subi l’action du feu, sont arides et peu boisées. Les forêts recouvrent le calcaire et forment une demi-ceinture à l’île, en avoisinant les bords de la mer. La végétation naturelle, peu brillante, se ressent de l’influence du sol sur fcqflll elle se développe; tandis que les cocotiers et les arbres à pain, produits de la végétation artificielle, et placés dans un terrain convenable, joignent la magnificence à l’utilité.

.Cet archipel n’a qu’un mammifère qui ne lui ait pas été apporté ; c’est la roussette Kéraudren , dont les nombreuses troupes n'occasionnent point de dégâts, parce que les insulaires ne cultivent presque pas d’arbres à fruits.

Nous avouons que nous fûmes étrangement surpris, lorsque, étant, avec M. Bérard, sur la petite île aux Cocos, nous vîmes ces animaux, bravant l’éclat du soleil, voler en .plein jour. Jusgji’à

ZOOLOGIE. j 3

cet instant nous avions cru- que, fuyant la lumière , ils' ne sortoient que pendant les ténèbres .*. Ils planent à la manière des oiseaux' de proie , et s’accrochent, dans le repos*, aux arbres ou bien sur les rochers. Les Mariannais en mangent la chair, malgré l'odeur désagréable quelle exhale. - •

Une petite espèce de cerf axis, qui a été apportée des Philippines, a tellement multiplié, qufe l’on ne connoît pas de lieu qui en contienne proportionnellement davantage; car il existe à Guam plus de mille de ces animaux. On nourrit de leur chair les équipages des navires qui touchent à cette île , et le nôtre n’eut presque pas d’autres vivres pendant Je temps que nous y demeurâmes. Cela n’empéchoit point que les habitans n’en fissent, de leur côté, fine assez grande consommation.

Ce cerf a le bois peu développé ; son pelage est noirâtre et rude. Le faon est fauve, et n’a point de taches comme celui d’Europe , à quelque âge qu’on le prenne. Les femelles doivent mettre bas vers la fin de mars, puisque, dans les premiers jours d’avril , on nous apportoit fréquemment de jeunes cerfs.

L’habitude qu’ont ces animaux de se jeter dans la mer lorsqu’ils sont poursuivis', nous- donna occasion de remarquer avec quelle vitesse et quelle force extraordinaires ils nagent, ayant tout le cou, jusqu’au poitrail, hors de l’eau. Leur frayeur est si grande, qu’ils s’élancent quelquefois dans les brisans qui déferlent sur eux avec fureur. Dans les bois, ces pauvres bêtes sont sans cesse dévorées par jles légions d’insectes, qui, déposant leurs larves sur leur peau, la c'ouvrent d’ulcères dégoûtans b.

' M. Sait a vu aussi , à Mahavilly , dans le Mysore , des chauve-souris de quatre pieds d'envergure, voler en plein jour, ( Voyage d* Valentia, tom. II , pag, 139.)

M. Cuvier décrit le crâne et le bois de cette espèce de cerf, dans ses Ossçmens fossiles. Voici ce qu’il en dit : *

u Lés bois des figures 39 et. 4° viennent des Marianne*, dont ils ont été rapportés par « MM. Quoy et Gaimard. Ils sont très-gros , très-rudes et de couleur cendrée, et l’on J «remarque, dans l'aisselle du maître andouiller, une petite excroissance qui manque aux, «espèces voisioes. Celui de la fïg. 39 tient à un crâne qui né paroil jamais avoir eu de Vtyagt de i Uranie; — Zoologie. f

Le nombre des rats s’est considérablement accru ; de même qu'â l'île de Franc.e, ils sont le fléau do certaines cultures, qu’ils ravagent avant que les fruits aient acquis leur maturité.

Les oiseaux paisibles sont d'autant plus nombrèux dans cette petite île, que, ne redoutant point de guerre, ils multiplient en toute sécurité. Nous placerons les colombes au premier rang de ces hôtes innocens'.'et nous indiquerons comme la plus belle, l’espèce kurukuru1, qui se fah remarquer par son beau plumage verdâtre mélangé de jaune et par sa calotte purpurine : elle est excessivement commune ; et dans nos promenades , nous la distinguions, sans la voir, à ses roucoulemens si plaintifs , qu’ils ressembloient à de vrais gémissemcns. Les Mariannais la nomment totot et les Papous manobo. Elle fait sa principale nourriture du fruit rouge d’un£

» canines, dont le frontal est relevé longitudinalement entre les cornes, et a, en avant des >* orbites, vers U base du nez,, deux convexités longitudinales fort remarquables. Celui de nia figure 40 appartient à*un individu empaillé, qui manque aussi de canines, et dont le «crâne a les mêmes formes : il est à-peu-prcs de la taille d’un axis ordinaire; malheureuse' »/nent il a perdu la plus grande partie de son poil. On voit cependant qu’il fa voit roide, » ondulé et d’une couleur gris brunâtre; ses fesses et les poils du dessous' de sa qûeuc sont «blancs; la queue Pst assez courte: il y a aussi quelques poils blancs au-dedans des oreilles.

«C’est incontestablement une espèce particulière, bien qu’assez voisine de la précédente » ( cervut syuinus ). M. Desmarest a donné cet individu, dans sa Maramaiogie, pag. , >» sous le nom de cervus mariantes, que nous lut conservons.

» Un faon rapporté des mêmes Iles par ces voyageurs, et considéré comme de la meme espèce, » est généralement d’un roux de cannelle foncé, sans taches. Le dessous du corps et le dedans des » cuisses de devant est d’un roux plus pâle ; la gorge est blanchâtre ; il y a une tache blanche au >• bout de 1a mâchoire inférieure, et une sous la hase de chaque oreille. Le dedans et le bord anté- « rietur des- cuisses de derrière sont blancs, ainsi que les fesses et le dessous ale la queue qui est »* courte; les quatre jambes fauves. » ( Ossem. foss. seconde édition , tom. IV% pag. )

* Dans l'ouvrage qui fait suite aux Oiseaux'de Butfon , par M. Temminek ( livraison , planche 2^4 ) , ce naturaliste fait figurer -une colombe qn*il regarde comme la femelle de l’espèce kurukuru. Elle a le dessus de la tere cendré, avec une bande jaune au-dessus del’oril. S! c'est une femelle, nous ne pensons pas qu’elle doive appartenir à cette espèce. Ces oiseaux sont très-communs dans l’ile de Guam ; nous en avons tué un grand nombre ; nous avons meme possédé assez long-temps- un couple, mâle et femelle, pris sur le nid, dont les individus ne différaient pas le moins du monde l’un de l'autre, tant pour la couleur que pour I* grosseur; et tous ces oiseaux avoient l'élégante calotte purpurine qui les distingue. Vôilâ bien certainement ce qui existe dans cette Ue4 peut-être ailleurs la femelle présente-t-elle quelques différences. * . • ;

orangffle épineuse [timonia trifoluita !, quelle transporte par -tout ep contribue par ce moyen à multiplier d’une manière fort incommode. '

La colombe Dussuraier y est aussi très-nombreuse ; vient ensuite l’érythroptère à gorge blanche, et enfin une nouvelle espèce, de couleur rousse, si rare qae nous ne pûmes en avoir que deux individus.

Le martin-chasseur à tête rousse infeste les forêts. Les habitam le chassent d’auprès de leurs maisons, parce qu’ils le croient capable de dévorer les petits poulets, opinion que nous ne partageons pas. On trouve le chlorocéphale à- Rota, île distante de dix lieues.

Le merle de* "colombiers, sali des Mariannais, conserve ici les mêmes habitudes familières qu’ôn lui reconnoît à Manille. Aussi agile qu’inquiet, il ne peut demeurer, sur un arbre sans en par- * courir toutes les branches, autant pour être en action que pour y chercher sa nourriture. Son chant tient de son caractère et a beaucoup de variété; il siffle, il se plaint, il gazouille, ou bien chante’ un petit air de courte durée. * r

Des souïmangas rouge et noir sans reflets métalliques habitent entre les larges feuilles des palmiers et pompent leur sève sucrée. Le moucherolfe à queue- étalée en éventail se tient dans les buissons, et le râle tiklin, qui ne voie pas, dans les fourrés Jes plus épais. 1) y a aussi des corbeaux noirs. Les bords de la mer sont couverts de hérons noirs et de hérons blancs, de corlieux.de tourne-pierres.de pluviers dorés , de chevaliers. Dans les marais on chasse les canards, la poule d’eau et le petit héron aux ailes noires : ce dernier est nommé kakag par les insulaires. La chouette commune appartient aussi à cette île, où elle elle est connue sous le nom tfe monmou; mais nous n’y avons rencontré ni aucun autre oiseau de proie ni perroquets.

Tinian a fourni une nouvelle espèce à notre genre mégapode , beaucoup plus petite et d’une couleur différente de celle de Vaigiou. La tradition rapporte que très-répandue autrefois dans l’archipel ,

j <S> ' VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

les anciens peuples Mariannais l’élevoicnt comme on lait à présent

des volailles. .. •

Enfin, nous pouvons assureT que, sous lerapfiort de l’omitho- Jogie1, comme de toutes les autres parties de l’histoire naturelle , il n’existe pas, dans le grand Océan , d’île qui soit maintenant mieux connue que celle de Guam , naguère ignorée ; nous aurons .occasion de le prouver ailleurs , en traitant de* chaque classe d’animaux séparément.

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