CHAPITRE m
Guerre contre ? Amérique.
Elle peut être faîte de deux manières: i° par •l’Espague seule ; 2 " par l’Espagne souleuue par des auxiliaires, c’est-à-dire par k Sain te-Alliance et la France. Dans ce cas, celle-ci serait appelée .k.
jouer le même r61e que dans la guerre de la ‘ Pé¬
ninsule ; il est bien évident que le fardeau retoinr herait encore sur elle, car elle a ce qui manque à sés-associés, de l’argent et des vaisseaux. Toute cette question peut èlre tranchée en
Jeux mots: i° l’Espagne ne peut point faire la guerre contre l’Amérique^ , 2 ° k Sainte-Alliance le peut, mais l’Angleterre ne le permet pas, et sans sa permission l’on ne passe pas. La guerre contre l’Amérique est Jonc impossible, et ne se fera pas. Nous nous en tiendrions là, s’il ne s’agissait pas d’extirper de tous les esprits une idée à laquelle un grand nombre tiennent par trop de motifs pour céder à un premier upereu, quelque décisif qu’il puisse être. Il faut aller plus loin, et leur démontrer la vanité d’un espoir auquel ils n’ont pas renoncé, même après les sévères leçons que les faits leur ont données.
i° L’Espagne a-t-elle des hommes, de l’argent et des vaisseaux? Une guerre d’Amérique se faitelle sans ces trois conditions ? Eu quelle quantité une guerre efficace contre l’Amérique exige-t-elle l’emploi de ces moyens? À quoi servirait une armée peu nombreuse? N’est-ce pas une pitié véritable que ces envois de un ou deux mille hommes que l’on voit faire en Amérique, avec un égal mépris de la raison et Je f huma ni lé; car quelques milliers d’hommes lancés au hasard sur le vaste continent de l’Amérique sont des victimes dévouées à la mort ou à la captivité, et non pas des appuis pour l’Espagne? Que peut donc faire l’Espagne contre l’Amérique? Elle n’a pas un
homme à y envoyer par chaque vingt lieues carrées du sol de l’Amérique, Déjà n’y a-t-elle pas envoyé ses meilleurs soldats? Qu’ont-ils fait, et combien en est-il revenu? A-t-elle des généraux plus habiles, plus dévoués, plus persévérans que Font été les Morillo, les La Sema, les Kaldez, les Canlerac ? Comment donc renouveler la guerre? car, après les derniers évèncmens du Pérou, c’est une guerre à recommencer sur de nouveaux frais. S’il a fallu vingt mille hommes en la commençant, il en faudrait cent mille après les victoires des indépendans. Novices, ils ont triomphé des premières armées de l’Espagne ; aguerris, formés par dix années de combats, ils les écrase^ raient. De tant de royaumes et de provinces que l’Espague a possédés en Amérique, que lui restet-il? un donjon, le château de Saint-Jean-d’Ulloa. Les indépendans tiennent tous les points fortifiés, Carthagène , Porto-Cahello, Porto-Bello, Panama ; tout est à eux. Où l’Espagne porteraitelle la guerre? A Buenos-Ayres? Comment aborder, l’attaquer, s’avancer dans le pays ? Au Chili, au Pérou? 11 faut transporter uue armée au-delà du Cap de Horn. A Colombie? où prendra-t-on terre? La côte est défendue, l’armée et la population borderaient le rivage, AuTVIexique? Le point d’abordage, la Vera- Cruz, est oceu | >é par les Mexi-
cains. L’armée américaine est nombreuse, aguerrie. Tous ces États commencent à former une marine; clic protégerait l'approche des côtes. Toute la fédération américaine accourrait au secours du point attaqué. On ne serait point aidé par l’ancien parti espagnol qui a favorisé la métropole dans la première guerre; il a péri, ou il craint cl n’oserait passe montrer, averti qu’il est par les revers de l’Espagne, et redoutant les vengeances du pays. Une grande expédition prendrait beaucoup de temps en préparatifs, par là mémo l’Amérique aurait celui de Lire les siens; et, pour le Lire court, il n’y a plus rien à préparer, lorsque, comme eh Espagne, il n’y a ni soldats., ni argent, ni vaisseaux : l’Espagne n’a trouvé rien de cela dans sa restauration ; jusqu’ici elle n’a recouvré que des moines et des absolutistes,, et ces gens-là ne lui rendront pas l’Amérique,
, La Sain te-Alliance a de reste ce qui manque à l’Espagne pour attaquer avec fruit l’Amérique. Une grande expédition, préparée et conduite avec les moyens et l’art qui appartiennent aux grandes puissances de l’Europe, pourrait produire un elTet profond sur l’Amérique; mais ilfaut passer, et l’Angleterre refuse son passeport : l’Amérique ne sera donc pas attaquée parla Sainte-Alliance. En admettant meme la possibilité de cette guerre,
(juc tic difficultés, de dangers et de charges éternels! La soumission partielle do l’Amérique uc serait d’aucun effet, il la faut entière, car partielle elle n’est d’aucune valeur. Dans ce dernier état, la guerre devrait continuer: pendant combien de temps? Le pays devrait être occupé militairement: combien de bataillons seraient nécessaires pour former la garnison de l’Amérique? Qui les recruterait sous ce ciel dévorant? Que deviendrait une armée dans ces immenses contrées dépourvues de tout ce que les armées en Europe trouvent ou portent avec elles; poursuivant un ennerm qui, nouveau Pnrlhe, placerait sa force dans la fuite, dans un éloignement méthodique, empruntant son appui à la dévastation, et résolu do ne combattre que Jorsque le climat et la disette lui livreraient des ennemis affaiblis? II en serait en Amérique, pour les armées delà Sainte-Alliance, comme il en a été à Saint-Domingue et en Russie pour les armées françaises : que ces deux tragédies servent donc de leçon! -Qui fournirait les sommes énormes que cette expédition exigerait ? Celle de la Péninsule, dans un espace de liuit mois, a absorbé plus de deux ceuts millions; que ne coûterait pas celle de l’Amérique? les frais des expéditions maritimes sont toujours plus grands que ceux des guerres continentales. La
France occupe l’Espagne depuis près de deux ans} qu’a produit son occupation, dans un pays dont son peu d’étendue permet de surveiller toutes les parties, pays situé à la porte de la France, connu de tout le monde? Que serait-ce dans un pays tel que l’Amérique, où tout est neuf, où l’on n’est guidé par rien , où l’on ne peut recourir que de loin en loin aux. conseils? Dans ce projet de guerre contre l’Amérique par la .Sainte-Alliance, même libre de la faire, tout est donc absurdité, ruine, inconvénient et impossibilité de résultats; et ce qui doit achever d’en interdire jusqu’à la pensée, c’est riiommr d’une pareille guerre, car on ne peut douter qu’elle ne tournât tout de suite à l’extermination des partisans de l’Espagne, a la destruction des villes et des campagnes, et que le résultat final de tant de sacrifices d’hommes et d’argent, ne fut de rendre à l’Espagne quelques ruines détrempées dans du sang. La politique est peu sentimentale, on le sait; cependant il ne faut pas désespérer qu’à force d’enfoncer on ne puisse lui trouver des entrailles; et si nous ne parlions pas à dos hommes éclairés, il nous resterait la ressource de parler devant des hommes que nous ne pouvons pas renoncer à croire sensibles. Depuis uu quart de siècle n’a-l-il pas été livré assez de combats, fait assez d’hécatombes ? le glaive ne peut-il
donc jamais se reposer? et ic sang de l’homme estil un élément indispensable des calculs politiques, et comme le ciment de tous les projets que la politique peut concevoir?
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