‹ Vrai système de l'Europe relativement à l'Amérique et à la GrèceChapitre 17 sur 35 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Cuba.

Cuba peut-il rester espagnol, ou bien devenir anglais ou américain? Aucun des trois; il sera indépendant de gré ou de force.

Il ne peut plus être espagnol ; l’indépendance du continent américain crée la liberté dans Cuba, i° par les excitations de l’exemple, a" à leur défaut, par la force des armes. Les Etats du continent américain ne peuvent pas laisser au pouvoir de l’Espagne une pareille place d’armes ; il faut que Cuba entre dans le grand système de l’indépendance américaine, et soit détaché de celui.de l’Espagne j l’existence des deux systèmes parallèles dans ce rapprochement, forme une véritable incompalibilité.ïant que Cuba sera espagnol, le système américain ne sera pas complet : cet état renferme trop d’in convenions pour l’Amérique, pour qu’ci Je le tolère; il ne sera pas toléré par elle, et comme les Elorides ont fini par entrer dans le cadre tracé par les Etats-Unis, et par faire corps avec eux,

de même Cuba finira par être indépendant j ce sont de ces résultats que la nature des choses indique d’une manière irrésistible. A mesure que la liberté s’affermira en Amérique et y portera ses bons fruits, cette vue agira plus puissamment sur les yeux de Cuba. Déjà des mouvemens indicateurs d’une forte tendance vers l’indépendance so sont manifestés dans cette île3 leur répression ne peut être éternelle, elle dépasse les moyens de l’Espagne j celle-ci baisse, et l'Amérique hausse. L’obstacle le plus réel à l’émancipation de Cuba, est la population noire, que l'accroissement de la culture a fait beaucoup multiplier depuis quelques années. L’Amérique ne se présentera pas a Cuba comme conquérant, mais comme libérateur. Le premier titre là ferait repousser, le second fera courir au devant d’elle. Porto-Rico est une succursale de Cuba, ét suivra le sort de la métropole. Aiosi sera complété le grand système américain ; il- ne restera plus à l’Europe dans ces contrées que quelques points isolés, et c’est alors que sera apprécié à sa juste valeur le système colonial établi, poursuivi et maintenu à si grands frais (*).

Par son étendue, par sa richesse, par sa population, Cuba suffit pourformer un État important.

(*) Voyez ce que viennent d’en dire les ministres anglais.

Sa situation entra les deux Amériques, au centre de l’archipel américain, à portée de la côte.ferme, en face du golfe du Mexique , lui donne des avantages immenses dans le monde commercial; c’est un des premiers points du globe dans cet ordre. Quant aux accroissemens de sa prospérité, on a, pour juger ce qu’ils deviendront, l’état de ce qu’ils sont dèsaujourdhui. Sous le régime espagnol, Cuba ne recevait pas trente vaisseaux; en i8a4> sülts I e régime libre, il en a reçu ia5o, et les quatre autres ports de l’île en ont reçu dans la même proportion:

Cuba ne peut pas ^tre anglais, l’Europe et les deux Amériques s’y opposeraient. Il y a déjà assez de chaînes de la façon de l’Angleterre, et assez de supériorités eu sa faveur. L’Angleterre a bien assez de milliers de nègres et de milliers de milles carrés à garder. L’Angleterre n’est pas catholique et Cuba l’est. L’Angleterre a d’autres mœurs et un autre langage. Cuba repousse donc l’Angleterre comme conquérante, et l’appelle comme agent de relations commerciales. L’Angleterre n’a plus besoin de la propriété ni de la souveraineté d’aucune colonie, elle n’a plus besoin que de son commerce. Le roi de Macédoine père d’Alexandre disait, que toute ville dans laquelle un mnlet chargé d’oj’ pouvait être introduit, lui apparie*-

fiait; i Angle terre peut dire de même de tout pays dans lequel son commerce pénètre.

Cuba ne sera donc pas anglais. U ne sera pas davantage à l’une ou bien à l’autre Amérique; l’Angleterre s'y opposerait, l’une des deux Amériques s’y opposerait aussi; l’in dépendance de Cuba repose donc sous la jalousie exclusive de 1 Angleterre et sous la jalousie réciproque des deux Amériques, Cuba repousserait l’Amérique conquérante, Cuba fraternisera avec l’Amérique coin* merciale.

Cuba ne sera donc ni auglais ni américain, mais il sera indépendant. Encore quelques jours, et I on verra si la nature des choses ne le veut pas, et ne le fait pas ainsi.

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