CHAPITRE XX
Droit dintervention. •
L’Europe a-t-elle le droit d’intervenir dans les affaires de l’Amérique? Telle est l’importante question que nous avons à examiner dans ce moment. Si elle est grave, de plus elle est fort déli câte ; nous le savons, et nous chercherons à maintenir l’harmonie entre les droits delà vérité, et les devoirs des convenances.
Depuis i 3 i 4 a recommencé une ère sociale, telle qu’elle s’était ouverte en 178g. Les combats, l’éclatant entraînement de Vempire avaient rem pli l’espace de 1792 à i8r4,et détourné l’attention. A cette époque, le parti qui reçut la faculté dé faire 1 application des idées qu’il avait nourries pendant vingt-cinq ans sur la manière de gouverner la France, commença son travail. De leur èôté, les puissances qui avaient renversé Napo-
léou, et qui pendant vingt-cinq ans avaient donné par leurs actes propres, par leurs reconnaissances de tous les gouvernemens de la Franco, l’exemple de la soumission et de la participation active à la transformation de divers États, aux changemens des dynasties, et qui, pendant tout ce temps, s’étaient beaucoup plus occupées du matériel des sociétés que de lWre social , se sont aussi chargées de sa reconstruction : elle est ainsi devenue un travail général, objet des cabinets et de l’aristocratie européenne. Il en est résulté une espèce de dictature et de pouvoir directorial en Europe. Il ne faut pas l’accuser de ce qu’il ne fait pas : ainsi il ne dicte pas le budget, les ordonnances de police intérieure, et les autres objets d’administration locale dans chaque pays ; mais H se réserve tout ce qui tient à l’ordre général , tel que les institutions, la liberté de la presse, et les contestations qui peuvent survenir entre le prinç^ gt les sujets. Alors il accourt, alors est invoqSé et appliqué le droit d’interventionj que l’on motive sur les prétextes que les circonstances fournissent; ce droit est appuyé par une force immense, irrésistible; les faibles n’ont qu’a se taire, et les attaques qu’à subir la loi... Ce nouvel ordre de choses a partagé le monde en deux parties : il a révélé la double sociabilité entre Ja-
quelle il se divise... L’une est celle de l'Angleterre 'et de l’Amérique, l’autre celle du continent européen. Cette division s’est manifestée par trois grands faits qu’il est important défaire remarquer, 'car ils ont signalé le développement de cette opposition sociale, et les divers degrés par lesquels elle a passé. Ces finis sont, i® les congrès deTroppau et de Laybaeli; 2° la guerre d’Espagne j 3 ° la ; réedmiaissaiice de l'indépendance de-l’Amérique par l’Angleterre et par lès États-Unis. Ce sont trois monumens élevés bien haut pour signaler d’une manière claire, incontestable, la différente appréciation des sociétés humaines par. le continent et par l'Angleterre et l'Amérique; Celles- ci établissent une sociabilité de droit inhérent aux Sociétés humaines, les autres ne reconnaissent que des sociétés sans droits propres, c’est-à-dire-qu'ils ■ne reconnaissent pas de société , car la société -lie peut être conçue avec des sociétaires sans droits : ils font découler tout le droit du prince f ce qui les embarrasserait beaucoup là où il n’y a pas de prince : ils veulent bien que celui-ci n’agisse qui; pour le bien de la société soumise } mais ils refusent toute participation directe et à titre de droit à la société , et placent dans le ciel le siège de la responsabilité : chose assez commode pour ceux qui agissent sur la terre, et peu rassurante pour
«'eiix qui, ayant à ressentir leur action, ne peuvent pas assister au jugement, ni recevoir les dédomuiagemeus. En efièt.une couronne ou un supplice dans l’autre monde importent peu directement à ceux qui restent dans celui-ci. Depuis 1688 les Anglais ont donné la préférence à la responsabilité ministérielle. Le droit d’intervention est une brandie nécessaire, naturelle du système continental. La raison dit que tout être a le droit de demander la réparation d’un dommage, la cessation dès causes qui le produisent, ht qu’en cas de refus Obstiné, U est autorisé par le droit de défense naturelle à se procurer cette réparation mais i’exerciçe de ce droit est inséparable de deux conditions : la gravité avec l’évidence du dommage, et le refus du redressement. L’Angleterre etl’Amériquè ont tracé cette ligne au droit d'intCrvention :1e système continental Fu beaucoup dépassée.
1 A J roppau, la fédération a déclaré.le droit général d’intervention : elle s’est dite chargée du maintien de ce quelle appelle le bon ordre en huiope. L Angleterre, après avoir expliqué lecas de la grande alliance formée contre la France, l’a déclarée dissoute par l’accomplissement de son
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yyo'vvu muuveea tous les gouvememens.
A Laybach, b fédération a émis le principe qu’au prince seul appartient le droit d’instituer, de modifier, de juger l’opportunité des modifications, et de ne répondre qu’à Dieu. Là le droit social a été complètement détruit, et les hommes déclarés sans droits, seulement des objets de concessions.
À Vérone, a commencé l’interTention dans l’affaire d’Espagne : celle de la France en a été la suite. ' . i
L’Angleterre et les Etats-Unis ont désavoué les principes généraux de toute intervention et les allégations particulières qui y avaient été jointes pour en faciliter l’adoption. Us ont dit à b France : 11 y a absence du droit général et du dt'oit privé. La révolution d’Espagne n’a ni les caractères ni les torts que vous lui imputer.. Là, l’opposition n été directe. Dans l’affaire de l’Amérique, l’Angleterre et les Etats-Unis, procédant toujours d’après le système social, après avoir constaté la capacité sociale ded’Amérique, i° l’ont reconnue membre des associations humaines; 2° comme Etats, ayant des intérêts personnels à soigner, ils ont manifesté l’intention de s’opposer à toute attaque contre l’Amérique, tentée par tout autre que l’ancien propriétaire. Parla, le droit était toujours observé , car on ne peut pas s’opposer à un
propriétaire qui réclame ce qu’il croit être sou droit Cet historique de la création et de l’usage du droit d’intervention, est indispensable dans cette question ; on sait maintenant où l’on en est. C est d’apres l’os posé de ces principes et de ces faits, que nous allons poursuivre cet examen.
L’ordre est indispensable dans chaque société, il l’est de même entre les sociétés diverses ; il y faut des règles généralement convenues et adoptées , qui garantissent les droits respectifs, le faible contre le fort, le droit contre l’injustice ouverte ou degmsee j de la le droit public : son objet principal est le maintien de l’indépendance' réciproque des sociétés j il est fait pour enchaîner la. force aux pieds de la justice due à chaque société,.et dont la partie la plus essentielle est de. juger seule de ses besoins. Chargée seule d’y pourvoir par ses impôts et par ses magistrats, elle doit seule avoir inspection et droit de réformation sur elle-même, Si une ou plusieurs usant de leurs forces séparées, ou réunies pour être irrésistibles, se mêlent de ce qui se passe dans les autres sociétés, horsles cas extrêmes j alors l’indépendance, est détruite, ef ces soeiétés sont subjuguées, elles sont hors du droit. Si 1 on allégué la nécessité de réparer des brèches foitcs a l’ordre social, hors le cas d’évidence, il
faut craindre beaucoup pour les fausses applicSlions, car la force est sophiste habile et fécond; quand ces allégations sont contestées et détruites par des-principes généraux,' dont l’évidence est faite pour frapper tout le monde, alors il est grandement à parier que la vérité n’est pas avec elles. Faisons l’application de cette théorie au cas actuel; il est très important, et légitime les détails dans lesquels nous allons entrer.
Napoléon soumet et irrite l’Europe;des évènemens inattendus ébranlent le colosse, l’Europe a repris ses esprits, il a croulé. L’alliance européenne était formée contre lui, c’est son premier degré; elle continue son action en i 8 i 5 et elle veille plus strictement à la conservation de son ouvrage; en son nom, un comité étranger réside à Paris,il ne faut pas se tromper sur les motifs de son institution. En ï 8 i 4 j les puissances restauratrices des trônes abandonnèrent à chacun le soin de sa direction propre, et s’en rapportèrent à eux du maintien de l’ordre dans leurs Etats, et de la consolidation de leur ouvrage. Les directions suivies a Paris, à Rome, à Madrid, purent avec raison leur paraître avoir eu une grande part aux évènemens du 20 mars; l’Europe en a jugé tout autrement que ne le font les déclamateurs et les intéressés à cacher les effets de leurs fautes. Pour parer à de
nouveaux malheurs, les' ministres des grandes puissances à Paris, formèrent une espèce de comité de surveillance et de direction. Naples et Rome reçurent aussi des directions semblables avec plus ou moins de publicité; trois de ccs puissances déclarèrent ne vouloir désormais prendre pour règles de conduite que celles de. la religion et de la morale. Rien de plus louable en soi-mème que cette déclaration , dirigée d’ailleurs contre les exemples de la révolution que Ton venait d’abat- Irc; là-, l’Angleterre se sépara de ses alliés, engagés dans des théories vagues et sans rapport à scs propres principes constitutifs. Bientôt cette fédération agrandit son cercle, et, depuis le congrès d’Aix-la-Chapelle, sous prêtes te d’arrêter ce qu’eUe appelle l’esprit révolutionnaire, elle a assuméla direction de l’Europe. Depuis ce temps sont venus les. congrès, les interventions, jusqu’aux dégoûts témoignésà la Grèce, et aux agita lions produites par la, conduite de l’Angleterre dans les affaires del’Amér. rique. Ce que nous écrivons, c’est l’histoire meme, il faut la détruire ou le reconnaître. Cequi suit, est encore de l’histoire: il n’y entre rien du nôtre : i°Que lait cette fédéra Lion partout où elle pénètre?, quel est son travail principal ? Voyez à Naples, à Madrid, à 1 iiriu, à Lisbonne, à Munich, à Francfort, partout enfin : empocher les institutions eje
naître, ou les faire réduire à leur plus simple expression, restreindre la liberté de toute manière, êt surtout celle de la presse, requérir les refus d’hospitalité, et bien d’autres choses encore ; 1 emprisonnement prolonge d’un savant voyageur dispense d’ajouter à ce tableau. De là y qu’estil arrivé ? Deux choses bien nouvelles et bien affligeantes: i°que dans plusieurs pays, le combat s’établit auprès du prince pour faire qu’il • y ait ou qu’il n’y ait pas des institutions. L’Europe assiste à cette lutte et ses oreilles sont habituellement frappées de ces attristantes paroles : tel ]*oys aura ou n’aura pas d’institutions> suivant les degrés de Vinfluence anglaise ou cdntinehtale. Fut-il jamais rien de plus désolant pour les appréciateurs de l’humanité, de sa dignité et de ses droits? Des nations ne peuvent obtenir des institutions que par permission étrangère! A Naples, On permet de substituer un conseil d’état aux institutions tant dé fois offertes ou promises. Ailleurs y ce faible dédommagement n’est pas même admis. Les étrangers sont les juges de l’état du pays et de ses besoins j les prétextes du bon ordre, del’extinctionde l’esprit révolutionnaire, sont mis en avant ; le nom des peuples, la mention de leurs droits est ■soigneusement mise de côté et tenue à l’écart Molle 4 M ta marche observée généralement
par lâ fédération continentale. II ne fout pas s’en étonner, cette conduite est conforme au principe d’existence des États qui la composent; ils sont despotiques, absolus, comment feraient-ils de la liberté ? Ils cherchent à la restreindre, à écarter son image dés yeux de leurs sujets; ils resserreront à Madrid et à Naples les liens de 'Vienne, de Berlin et deMoscow. Pour mettre cette théorie dans tout son jour, changez lés acteurs, composez l’alliance avec l’Angleterre, les États-Unis et même le royaume des Pays-Bas;' vous aurez partout de la liberté et des institutions. Mais avec une fédération absolue, formée d’élémens despotiques, vdus n’aurez que du despotisme imposé, ou bien insinué, avec des formes plus ou moins sensibles, non pas dans des vues oppressives pour les peuples, mais dans des vues d’opposilioh à leUr participation, à leur direction propre, et aVec l'intention formelle de la réserver tont entière pour les princes ; en tin mot vous aurez ce principe: pointde droits chez les peuples , et le prince source de tout droit. 2° L’intervention de la fédération continentale inchangé les cabine tsdél’oWlre inférieur en une arène où le combat s’établit tout de suite entre elle et l’Angleterre. Voyez Ce qui se passe à Lisbonne et ce qui s’est passé à Madrid et ce qu’on peut attendre à Naples. 2°' Le
poids de cette intervention détruit toute indépendance dans les États dii second ordre 5 ils se taisent devant la fédération comme ils le faisaient devant Napoléon ;■ils règlent leur contenance sur leur force propre comparée a la sienne. Transport tez-les dans des postes de sûreté , tels que celui que ^Angleterre occupe, et l’on pourra juger de leur vœu réel.
Ce résultat était écrit dam la nature des choses.' La force finit inévitablement par vouloir tout ce qu elle peut elle commence par exiger peu ; ses accroissemens amenant de nouvelles exigences*
et lui donnant le moyen de les réaliser, Faction du même principe la porte plus en avant, et mie marche continue et progressive la fait arriver loin du point d ou elle était partie, et de celui meme qu’elle s’était proposé d’atteindre C’est ce que le monde voit dans ce moment, des principes de morale fort respectables au début, et un asservissement général a la fin. L’Angleterre Fâvait prévu car elle s est .séparée de cette alliatice.au moment de sa seconde formation, de Sii proclamation mystique, a laquelle son principe d’existence propre répugnait j elle a pressenti les funérailles du droit célébrées dans les congrès, et s’est tenue à Fécart dans son île et dans ses principes, au milieu de mille remparts, suivant fièrement sa roulé, dé
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mentant tout ce qui est contraire aux saius principes de la société, offrant son exemple au monde, et attendant qu’il l’éclaire et le réveille.
Depuis 1769, l’aristocratie européenne n’a pas cessé d’invoquer les armes de l’Europe contre la révolution et contre toute révolution; son code est dans la force, elle ne reconnaît qu’elle lorsqu’elle en dispose, ou qu’elle la favorise» elle demande des armes contre l’Amérique, comme en 1790 elle demandait à la Suède et à la Russie d’envoyer leurs soldats contre la France: la force l’a rétablie .‘depuis iSi 4 - Depuis i 8 i 5 , elle a toujours formé appel à l’Europe armée; le succès contre Naples a donné courage contre l’Espagne. A cette époque le parti s’indignait que saus provocation, sans préliminaires, on ne lançât pas toutes les forces de la France contre l’Espagne ; il a harcelé le ministère de reproches, pour ne l’avoir pas fait; il vidait la France de ses troupes, et, échelonnant toutes les armées de l’Europe, il faisait garder la France, c’est-à-dire la surveiller par les soldats du Nord. Le succès de l’Espagne a donné l’appétit d’une attaque contre F Amérique ; là était une révolution, et toute révolution est à détruire ; l’esprit révolutionnaire est à poursuivre partout; il fallait attaquer l’Amérique pour que l’Europe fut préservée de révolutions. L’Amérique
est faible, l’Europe est forte, et la soumission ne l'Amérique devait être aussi facile que celle de Naples et de l’Espagne. Alors, comme Pyrrhus, victorieux, contens, on jouira de la paix, et tout orage sera écarté pour jamais. Le plan était fort beau; malheureusement l’Angleterre et les États-Unis n’en ont pas tenu compte, et revenant toujours à leur contrariété de principes sociaux , ils ont fait connaître leur intention de s’opposer à toute intervention de la part de la fédération continentale) Quels motifs celle-ci pouvait-ellè alléguer, i 0 dans l’ordre matériel, a® dans l’ordre moral? i° L’Amérique a-t-elle fait éprouver quelque dommage à la fédération? elle ne lui demande que de se laisser fiiire desbiensiinmenses par elle.Pourla guerred 5 Espagne,’la France crut devoir joindre l’allégation'de griefs de l’ordre matériel, à ceux de l’ordre moral qui motivaient primitivement sa guerre : assuré** ment; ilsétaient de peu d’importance, et ne valaient pasee que la réparation a coûté. Muis rien de pareil ne peut être objecté à l’Amérique; elle est si
loin, elle a eu encore si peu de rapports avec les Etats de la fédération, qu’il est impossible à ceux-ci de-former contre elle un sujet légitime dè plainte positive et résultant des faits dommageables.
Reste donc le- droit conféré par les griefs de
l’ordre moral- C’est l’état de révolution, et la contagion morale.
Dans la discussion, que la guerre d’Espagne a fait ouvrir entre.la France et l’Angleterre, les ministres de celle-ci ont repoussé le droit contraire •à toute révolution : ils ont établi des distinctions, -et avec raison. Combien d’Etats résisteraient à •l’application de:Ia proscription générale des révolutions , au seul titre de révolution ? Presque tous ue leur doivent-ils pas leur origine? Quelle amnistie étemelle donnée à la violence établie sur le temps et la possession ! Quelle horrible perspective ouverte devant l’hutnanité ! La voilà sans espérance 1 Hâtons-nous de le dire, l’état social est ennemi des révolutions, il vit de paix ; elles en lémieut la destruction; mais, dans de certains cas, elles en' sont la préservation. Que les sociétés soient exemptes d’agitations et de mouvemens violons, mais qu’elles ne soient pas opprimées-: des deux côtés il y a des droits respectifs, et ceux des sociétés doivent passer les premiers, car elles préexistent aux gouvernemens, qui ne sont pas autre chose .que les formes et moyens d’administration de leurs intérêts, convenus et institués par elles dans la vue de leur prospérité.- Les gouvernemens existent pour les sociétés, et non pas les. sociétés pour, les gouvernemens : Fénelon
l’a dit devant Louis XIV. Il faut donc commencer par s’assurer de la nature deces révolutions, et faire précéder les attaques par les examens. On doit même aller plus loin ; car si les révolutions 11e portent pas avec elles des principes antisociaux, ou des faits attentatoires manifestement à l’humanité, elles rentrent dans la classe des affaires intérieures, des débats privés. Si l’on peut attaquer la révolution de l’Amérique à titre de révolution , on peut, au même titre, attaquer toute province, toute ville, toute bourgade qui tomberait en révolution. Ces principes, qui sont ceux de la raison, conduisent à examiner la nature de la révolution de l’Amérique : alors c’est une question de fait. Elle fait rentrer dans la discussion générale del’ordre colonial, dans la discussion particulière des rapports réciproques de l’Espagne avec l’Amérique.: Un tribunal doit être élevé, et les parties citées et entendues.
, Quant à la contagion morale, cette doctrine familière à l’aristocratie, et son enfant chéri, est encore bien obscure, et l’on n’a pas jusqu’à ce jour pris la peine de la définir. Consiste-t-elle dans la proclamation de principes antisocaux ? qu’elle soit repoussée. On ne saurait trop prendre de précaution contre elle ; cependant il y faut des formes. Ainsi la contagion physique a des dangers plus
certains, plus inévitables que ceux de la contagimi morale. Tout homme sc suffit à lui-même par sa conscience et par son esprit pour se préserver de celle-ci; cependant, eu temps de peste, .cliaque Etat borne son système défensif à ses frontières, et ne fait pas inspecter d'autorité les .lazareths des autres Etats. Il doit en être de même dans le cas de la contagion morale; toutes les fois qu’on ne s’en sert pas comme d’un moyen d attaque, on ne peut y opposer que des moyens .intérieurs de répression morale, tels que les avertissemens, les bonnes doctrines, les bonnes mesures pour corriger les sujets de plaintes, prévenir les mécontentemens, et s’assurer ainsi l’appui des lois, de la raison, et de tonte la partie éclairée ries peuples. Celte méthode est aussi conforme aux lumières qu’à la justice; mais il semble que ce système si simple, si naturel, est dépassé dans le système continental. Ceci mérite une attention particulière.
Le continent s’est établi sur des principes contradictoires de sociabilité avec l’Angleterre, et les Etals-! nis. L’Amérique espagnole suit ces deux bannières ; la voilà donc en opposition directe avec le système, continental. Cette opposition gé- -uéralisée. sur toute l’Amérique effraie le conti- Jient ; il parle de contagion morale : qu’csl-çe à
dire ? Un peuple a-t-il le droit de sc donner des institutions à la face de peuples qui en manquent, ou d’en adopter qui diffèrent de celles que ceuxci peuvent avoir? voilà la question. Où placet-on la contagion morale? où s’en trouve le siège? est - ce dans les principes évidemment antisociaux, ou bien dans l’adoption de principes très favorables aux sociétés, d’institutions très propices à leurs membres, mais que leur excellence même peut faire désirer par les hommes qui n’ont pas le bonheur d’en posséder de semblables, et que la comparaison peut disposer à vouloir les acquérir ? J1 semble que ce soit là le point auquel on est arrivé, et qui motive les allégations de contagion morale. Ainsi, eu 1815, l’Autriche stipule avec Naples qu’il n’y sera pas formé de nouvelles institutions; elles étaient promises et offertes depuis long-temps : la raison de cette exigence est que l’Italie, tombée au pouvoir de l’Autriche, verra ces institutions et les désirera. Ainsi, il faut qu’il y ait pouvoir absolu à Naples, pour la tranquillité du pouvoir absolu à Milan. Des institutions libérales sont promises à l’Allemagne au temps des besoins; ceux-ci satisfaits, il n’est plus question d’institutions ; et là où il en échappe quelques débris, on les surveille, on les amincit, on restreint la publicité, afin que les yeux
4fS voisins no SG&nt pas frappés d’un spectacle étranyor pour eux, et que leurs cœurs ne soient pas remués par des paroles de liberté qui feraient, ressentir la servitude établie. Dans ce système, un pa\s est enchaîné à un autre : l’Italien doit manquer d institutions pour que le Hongrois ou TEselavon ne soit pas porté à les désirer. A Munich à Stuttgard, à Baden, il faut délibérer à buis clos ’ pour qu’à Vienne,:à Berlin, à Moskow, aucune’ parole n’arrive. Ce système est incomplet, et doit continuer de Entre dans l’état de l’Europe et do l’Amérique ; mais sa nature est telle qu’il admettrait le droit d’adresserà ! Angleterre et auxÉtatslinis des sommations pour mettre constitution bd*i pour fermer leurs tribunes et arrêter leur prospérité; car le spectacle de ces trois choses est rempli dé contagion morale pour toute la partie de rEurope qui n’est,pas aussi favorisée dans ses institutions et clans son bien -être. Dans ce système, voilà l’Amérique subordonnée à l’Europe mais par le même droit, voilà l’Amérique èt l’Aagleterré autorisées à demander aussi au continent d adopter des institutions, pour éviter de porter par leur absonce^a contagion morale'dans les esprits ennemis des institutions libérales. Quelles étranges réquisitions ee sysÉème autorise toutes les parties .du monde à s’adresser mutuellement ! Ce
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droit n’est donc qu’une convenance; et une convenance, chose relative, ne constitue pas un droit, et n’oblige personne.
L’Europe n’a donc pas le droit d’intervenir dans les affaires de l’Amérique, i° ni à titre de dommage, 2 ° ni à titre général de révolution, 3° ni à litre de contagion morale. H y a donc absence absolue de droit de sa part.
Nous croyons ces principes sains, seuls conformes à la raison, propres à raffermir l’ordre social au Heu de l’ébranler, formant la croyance de tout ce qu’il y a d’éclairé en Europe, et destinés à devenir la loi de l’univers, pensée dans laquelle se complaît tout ami de Fbunianilé.
Quant au simple retard, au refus de î-econnaissance sans actes hostiles, ils sont dans le droit : chacun est juge des motifs qui peuvent lui dicter celte détermination. C’est à lui de juger les suites, et de voir jusqu’à quel point il lui convient de renoncer ou de participer aux avantages qiï’offrent les relations avec l'Amérique, i ant qu’il se tient dans cette ligne, il est hors de tout reproche ; car chacun est le maître de faire son choix, à la charge d’en subir les conséquences.
Là pourrait s’élever une autre question, celle de savoir quel droit confère le besoin du maintien d’égalité entre les États : ainsi l’Angleterre a ouvert
vies relations avec J'Amérique; elles ne peuvent lui être que très profitables; sou pouvoir va s’en agrandir. Quel droit cet accroissement confère-t-il aux biais qui peuvent en ressentir les effets? Le besoin d’un accroissement relatif esl-il le principe de quelque droit, et peut-on attribuer à ce cas la théorie du parallélisme politique appliqué en *77^ ® ^ Pologne, lors du premier partage entre les trois puissances? Ou bien conférerait-il le dt;oit de dire a 1 Angleterre : Suspendez, cessez des relations qui vout donner à votre pouvoir une extension fâcheuse pour le mien, et que vous devez à des moyens qui me sont interdits ? Ou bien encore le besoin de ne pas déchoir à côté de sa rivale, autorise-t-il la France à imiter l’Angleterre dans sa conduite a l’égard de l’Amérique ?
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