‹ Vrai système de l'Europe relativement à l'Amérique et à la GrèceChapitre 24 sur 35 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Vrai système de l } Europe à Végard de l*Amérique.

Tout système qui suit évidemment de la nature des choses est bon; alors il doit être considéré comme Fœuvre même de la nature, et tenant de sa main une solidité que celle de Fhomme ne peut pas lui donner. C’est sous ces rapports que le système relatif a F Amérique se présente, et doit être* analysé. L’Amérique entière est indépendante, elle Fest pailla force des armes ; elle peut défendre celte indépendance contre la métropole, et meme contre toute autre attaque; elle ne ren- ^ ferme aucun principe anti social ; elle ne demande rien à FEurope ; elle lui prépare des biens au-dessus de ses vœux et de ses espérances. La séparation haineuse et hostile avec elle renferme de graves inconvenions, et de natureas’aggraver encore. L’At

mériquc n est pas au nombre de ces États que leur peu d’étendue prive d’importance , et que l’on peut laisser comme inaperçus; c 7 est un inonde entier, destiné à attirera lui le reste du globe* On ne peut j pas combattre FÀm crique, on ne peut pas Yé\ \ ter * on ne peut pas s’en passer ; dans une position aussi

singulière que grave, à quoi se résoudre, et que faire? Rien n’est plus simple* Suivre l’indication de la nature, qui veut que F on reconnaisse ce qui, à la fois, est , qui ne peut être détruit, et qui profite à tous. Or, ces trois caractères sont marqués dans F indépendance de FAmérique, et militent en laveur de sa reconnaissance.

Mais ici il ne faut passe méprendre sur la nature des choses; clic veut qu’il y ait harmonie entre le mode de celte reconnaissance et la grandeur de l’objet auquel elle s’applique. Qu’il soit permis de le dire, on est frappé de la légèreté avec laquelle on entend parler de la reconnaissance de FAmérique. On dirait que faire, négliger, avancer, ajourner cette reconnaissance , est un jeu qu’on peut se permettre et soutenir sans conséquence, et comme a discrétion , comme s’il s’agissait d’une bourgade de Suisse ou d’une ville anséatique. Par la on se conduit, à la conclusion , à la clôture de Faffaire de F Amérique, comme cm Fa fuit dans son début et dans .tout son cours,

pendant lequel on a eu Fair de ne la considérer que comme une chose légère , et que Fon serait toujours à temps de maîtriser ; mais l'heure du réveil est arrivée; les choses apparaissent sous létucs formes véritables, telles qu’elles sont. Quelles contrarient ou flattent, leur nature ne change pas pour cela; et la vérité â laquelle on ne peut plus se soustraire, est celle-ci: L’Amérique a pris la haute attitude que donnent l'indépendance et le sentiment de la force; ce n'est plus cet humble colon que FEurope avait l'habitude de regarder comme un homme de labeur destiné à lui procurer des jouissances par son travail; c’est un être parvenu à sa pleine virilité, à sa majorité avec tous les attributs qu'elle confère, qui n’a plus de commandement à recevoir de personne, et qui tend à la li a ternîté, à l’égalité, la main qui repousserait toute prétention à la supériorité. Voilà ce qu'il faut bien concevoir. Par conséquent, toute reconnaissance de Fîiidépendauce américaine ne peut plus être un acte équivoque, détourné, concessionnaire et comme du suzerain au vassal; il y faut clarté, dignité et garantie,,, F Amérique ne s'abaissera plus à un autre mode de reconnaissance. II s'est fait depuis peu un immense changement dans sa position : i ° par la destruction des forces espa gnôles; 2 n parla certitude d'étre k l'abri des atta*

ques du continent. Avec ces avantages, FA métrique ne se contenterait plus d’une reconnaissance telle que celle qu’elle a reçue de F Angleterre, et qui différé de celle des États-Unis; celle-ci a été directe , celle de F Angleterre indirecte, résultant de précedeus plutôt que de principes* Désormais FAmérique n’admettra que des reconnaissances .explicites, car elle sera en mesure ^ de les exiger, La reconnaissance directe, pleine, sans ambiguité, sans arrière-pensée, sans inégalité, sera donc toujours condilio sine t/ua non de toute négociation avec l’Amérique, un | préliminaire indispensable. Si, pendant que la lutte contre l’Espagne durait encore avec ses rigueurs et ses incertitudes, FAmérique ne s’est pas écartée de cette ligne, comment en dévierait-elle, lorsque lu guerre est terminée, lorsque la victoire a mis lui aux dangers et aux incertitudes ? Plusieurs fois des commissaires se sont présentés à FAmérique au nom de FEspagne. Jamais négociation ue fut plus claire ni [dus expéditive: indépendance ou point do traitéi Saint-Domingue a fait de même; ses envoyés, par leqr retour, ont affermi cette résolution. Toutes les publications qui viennent de ces contrées sont autant de protestations et de manifestes contre tout autre mode de reconnaissance* Toujours le nom de Fimlépendancc

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eût place à la tète de ces actes , avec L'expression de la ferme résolution de la maintenir. Dans un pareil état de choses, la raison ne dit-elle pas que la re- ! connaissance de cette indépendance, si fortement enracinée dans les esprits et dans les choses, doit aussi être placée en tète de toute négociation j avec Y Amérique ?

La reconnaissance est une question (TÉtat? et par conséquent au nombre des questions sur lesquelles ou ne transige pas. Elle est pour T Amérique ce qu'est pour un particulier l'acte qui fixe son état dans le monde; et comme celui-ci ne peut pas composer sur un pareil article^ Y Amérique ne le pourra ni ne le fera pas davantage sur le fond et la forme de la reconnaissance, #

À la vue d ? uue position aussi nette, et à la fois aussi impérieuse, on se demande qui peut empêcher de s 3 y conformer. Après avoir tout recherché, tout examiné, ou ne trouve plus que le droit légiUmaire de l'Espagne; car on a sûrement renoncé aux motifs tirés du titre général de révolution ou de contagion morale ; cela est usé et ne peut plus être allégué avec quelque espoir de succès, il faut donc que ce soit la légitimité.

Examinons cette objection, dernière ressource des opposant

\° La reconnaissance de l'indépendance a me-

ricainé n’est pas celle d\m principe, mais celle d tin fait certain, indestructible, dent tout révèle et constate a la fois la réalité et la solidité. SI cc fait est le résultat des fautes de l'Espagne et d’une égale inaptitude à gouverner et à combattre, la reconnaissance de l'indépendance, fruit de la supériorité de F Amérique * n’est pas autre chose que la répétition de tout ce qui s 5 est passé dans le monde depuis la fondation des États: en tout temps, en tout lieu, celui qui n’a su ni gouverner ni combattre, qui a été faible et mal adroit, a succombera été remplacé par un rival supérieur en force et en habileté. Ce n’est pas là Feflct du hasard , ni son mobile empire ; c’est Fœuvre meme de la nature^l’essence des choses, i’ordre de la morale, qui attache et proportionne le châtiment aux faits. L’Espagne n’a pas su conserver son Amérique ; elle l’a perdue, voilà tout. L’Europe ne se jette pas outre les coutendans, elle ne leur demande pas pourquoi ils ont été foTts ou faibles, comment on a succombé ou prévalu ■ elle se borne h dire : Je reconnais ce qui ejjçisle. Ainsi ont fait les Etats-Unis, en donnant à leur détermination cette base indiquée par la raison et par la morale: i° Les nouveaux États ont-ils force suffisante pour défendre et maintenir leur indépendance? 2” renferment-ils des principes contraires à Fordrc social?

Ces points constatés, la reconnaissance a été prononcée; le momie n’a jamais fait attifement, ou plutôt il est rare qu’il ait procédé aussi régulièrement , car presque tontes les reconnaissances des nouveaux Etats sont venues d’intérêts politiques ou privés, soit pùur s’agrandir soi-même, soit pour affaibli? un rival. D’ailleurs, la majeure partie de ces changemens ont été provoqués, et sûrement rien de semblable n’a eu lieu de la part de l’Europe à l’égard de l’Amérique ; elle est pure de toute excitation envers l’Amérique.

2° La part prise à un évènement règle les droits à sa direction ultérieure. Ainsi,il y a quelque déloyauté, au moins une complète absence de droit, dans la reconnaissance d’une révolution que l’on à excitée ; alors c’est son acte propre que l’on sanction tic; mais ou n’est pas tenu des mêmes devoirs, quâod on n’y a rien mis dusieo, et quand le besoin de celte reconnaissance arrive sur le cours des évènemens. Or, telle est la position de l’Europe dans cette question : elle est irréprochable dans la révolution de l’Amcrique; elle ne l’a ni excitée, ni fomentee, ni soutenue ; elle s’est bornée à assister au combat : il est terminé; elle a donc conservé tons les droits de l’innocence et ne viole aucun devoir en usant de cedroit. Si ellea témoigné faveur ou propension, si elle a exprimé des vœux, ce n’a su-

remcn t pas etc pour l’Amérique ; elle se trouve dont 1 mûrement vis-à-vis une question de fait, celle de la formation de l’Amérique en États supérieure en forces à l’Espagne, et celle de Fini possibilité pour celle-ci de rétablir son empire. Â Fimpossible nul n’est tenu, et Fon ne peut Fètre à reconnaître une souveraineté impossible. C’est le cas pour celle de l’Espagne eu Amérique, et cette impossibilité rend à l’Europe toute sa liberté sur le parti qu’U lui convient de prendre entre une souveraineté devenue caduque, et une souveraineté virile, formée des débris de la première*

3 * Quand la lutte dure, une reconnaissance qui donne de Favanlage à Fadversaire du possesseur, viole le droit légitimaire, car elle sort de la ligue delà neutralité, et, quoique indirectement, elle cause un dommage à une partie. Dans le cas actuel, il n’y a rien de prématuré, d’anticipé sur le temps, d’influant sur la solution de la contestation; elle est terminée, et, àcet égard, tout est consommé*Le triomphe de F Amérique est complet, etla domination espagnole entièrement effacée en Amérique*

4 ° La légitimité doit avoir un sujet réel, positif : elle-même n’est pas une chose idéale, il y faut du réel. Qu est une légitimité qui ne porte sur aucun objet dont elle puisse disposer, ni sur laquelle elle puisse asseoir une action quelcon-

que? Qu’est la légitimité de Gustaveson et de son fils ? Qu’était celle des Stuart relégués à Rome, ou à Avignon.

5 a La légitimité est inviolable dans son principe. La, elle est un bien pour la société . clic est destinée à la faire jouir paisiblement de ses avantages; mais il ne faut pas qu’elle lui nuise par ses effets et par ses conséquences, car alors elle deviendrait contraire à sa destination primitive. Les relations entre les sociétés existantes sont indispensables pour leur bien—etre commun 3 niais si* en vertu du droit légitima ire, on les interdisait, qui, dans cette Collision, devrait l'emporter, du droit légitimaire, ou du droit des peuples à des relations dont le sacrifice serait plein de dommages pour eux? S'il plaisait à l’Espagne de frapper cFun interdit indéfini Amérique, au nom de sa légitimité, par respect pour elle, l’Europe serait-elle tenue de subir les privations attachées au défaut de relations avec cette contrée, si, de son cote, celle-ci refusait d’admettre les retardataires de sa reconnaissance? Le cas n’est pas imaginaire, et sera réalisé peut-être plus totqn on ne le pense* Les sociétés lnimaines se soutiennent mutuellement par des lois de bon voisinage, lois de bienveillance, propres à éviter les extrêmes, et a prévenir les collisions : elles doivent être observées j mais quand

no y a obéi * les obligations sont remplies, et il Beat pas dû des sacrifiées aux intérêts d’antrui, aux pré' jugés et à Pobstination.

G 6 Les Etats ont à remplir vis-à-vis d’euxmêmes des devoirs de conservation et de préservation : ifs sont tenus de veiller à l’équilibre avec les pouvoirs qui pourraient leur nuire. Dans cette occasion j l’Angleterre, par sa reconnaissance de l’Amérique, s’ouvre la voie vers des avantages qui peuvent lui donner une grande supériorité sur la France* La crainte légitime de cette supériorité et de ses conséquences n’autorise-t-ellepas JaFronce, dans un intérêt de préservation, à imiter PAngïeterre, surtout lorsque cette imitation , par k force des évènemens, est devenue hors de danger pour PEspagnc? Dans ce cas, le droit ne se formet-il point autant par les conséquences ^ que par les principes? Celte doctrine a été celle des trois puissances du Nord qui forment la grande fédération européenne; elle ks a portées, depuis soixante ans, à n’admettre que des accroissemens parallèles; le congrès de Vienne a procédé d’après les mêmes principes : pourquoi les mêmes motifs n’agiraient^ ils pas avec la meme efficacité dans une cause bien plus favorable > puisqu’!ci il n’y a pas action dit recte sur un changement à faire, mais seulement actiou indirecte sur un changement consommé ?

On ne partage pas rÀmérique pour se I/adjuget, comme on n fait pour la Pologne'; seulement on prononce sur un fait effectué , con sommé, celui de la séparation de l’Amérique avec l’Espagne, sans en prétendre aucun avantage personnel.

7 0 La légitimité d’un pays sur un autre, surtout lorsqu’il a été acquis par des moyens fortuits et violons, est-elle de la même nature que la légitimité d’une propriété patrimoniale, ou acquise par les moyens en usage ordinaire dans la société? Allons plus loin , et demandons si la légitimité coloniale ressemble en tout à la légitimité que Rappellerai indigène et concentrique . Ainsi l’Amérique appartient-elle à l’Espagne comme TAragon et la Castille? La séparation de P une avec l’Espagne bl&sse-t-elle l’esprit- et presque les yeux comme le ferait inévitablement celle du royaume de Valence ou de la Catalogne? 11 y a raison à tout : les sociétés sont des êtres fort compliqués, et qui dans leurs infinies variétés ne peuvent être assujettis à l'action rigide d’un principe uniforme. Si la mobilité ou plutôt la versatilité est le fléau des sociétés-, à son tour l’in flexibilité peut leur causer les plus grands dommages ; car la résistance aux changement nécessaires n’est pas * plus dans leur nature, que l’instabilité : les sociétés ne peuvent être privées de mouvement,

et toute son efficacité consiste dans sa mesure, 8 ®, Il n’y a jamais de temps perdu pour reve* nir au bien* Dans tout ie cours de la révolution , le droit légitimnire a été écarté, ou soumis à de 'grands déchets : vouloir lui rendre une solidité dont il ne peut point se passer est fort bien j mais celle vue d’ailleurs très saine ne doit pas faire oublier que le rigorisme n’aura son efficacité morale qu’à une distance un peu plus reculée de l’époque qui a comporté de si graves atteintes. L’esprit des hommes ne se familiarise pas avec les brusques transitions : leur efficacité morale se dissipe dans le passage, et l’on éprouve quelque peine à concilier l’accepta tien 7 et la coopération aux cbaugemens qui pendant vingt ans ont en Europe substitué les états aux états, les dynasties aux dynasties, avec les scrupules que Ton témoigne pour une chose aussi naturelle que l’est la reconnaissance de Tétât qui s’est formé en Amérique par des moyens analogues à ceux qui ont contribué à former le plus grand nombre des étals connus* On peut conjecturer que le rapprochement si facile à faire entre les deux lignes de conduite suivies à des époques si rapprochées, pas plus que le contraste qu’elles offrent , n’ont échappé à T Amérique, et qu’ils n’y sont pas jugés comme ils peuvent Fêtredans quelques parties de l’Europe*

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