‹ Vrai système de l'Europe relativement à l'Amérique et à la GrèceChapitre 25 sur 35 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Inconvénient du retard de ta reconnaissance de l Amérique . Représailles de VAmérique.

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Qi!ANt) une chose ne peut pas durer, quand son terme est certain et comme marqué par la nature, qu’ordotine la raison? Définir au plus tôt. Elle montre les retards comme inutiles, comme dangereux, et même comme peu courageux : dans la question actuelle il faut donc rechercher, i° la durée possible du retard de la reconnaissance de l’Amérique, 2° les suites de ce retard.

i a . L’Europe est au centre du monde : elle a des relations nécessaires avec l’Amérique, celles-ci croîtront en étendue et en richesses. Comment pourrait-il se faire qu’une grande partie de l’Europe restât sans relations avec l’Amérique, pendant que l’autre partie en jouirait? La prolongation indéfinie du retard de la reconnaissance de l’Amérique n’est donc pas dans la constitution

sociale de l'Europe : ce retard ne peut donc pas durer-

2* Tous les esprits, tous les vœux des Européens s’élancent vers l’Amérique, à la suite des Anglais. Quand ceux-ci ont franchi le pas de la reconnaissance, les trois royaumes ont retenti de cris d’allégresse, qui sont devenus des appels au deuil sur le continent. Autant les Anglais ont été satisfaits, autant les babitans du continent ont été chagrins : ils ne se croient pas d une nature plus morale que les Anglais, ni d une nature plus passive, plus assujettissante aux privations. Rien n’irrite l’homme comme la privation à la Vue des jouissances qu’il pourrait, partager : il y à pour lui dans cet état privatif quelque chose'du supplice de Tantale. Il résulte de là des dispositions moroses et chagrines qui ne sont pas corrigées par la raison : au contraire, elle les fortifie, car elle apprécie leur juste fondement. On a déjà vu des és- 1 semblées allemandes exprimer le vœu que l’on ouvrît pour elles avec 1 Amérique des relations qu’elles jugent devoir leur être profitables, et délit la privation rie petit manquer de leur être très sensible. Les Européens ne voient pas avec quiétisme les ‘Ariglais s’emparer des prémices des mois- «ons américaines : ils senlèilt que les dêrtîièfftl iSlaccs leur seront seules réservées; un pareil p/iv-

tage rien de flatteur pour eux. A qui peuventils rapporter ces pertes présentes et à venir, sinon au maintien du système qui les exclut de la carrière dans laquelle un système cou traire de la part de l’Angleterre a introduit ses heureux citoyens? Les Européens veulent la reconnaissance de TA-* mérique : ce sont les cabinets seuls qui ne la veulent pas ; tout vient d’eux j et non des peuples.

3 ° Le vœu de l’Europe est pour la paix : elle ne recèle dans son sein aucun principe contraire, à ces dispositions pacifiques j mais Ü n’en est pas de même du côté de l’Amérique. C’est de la que les orages peuvent venir 9 c’est de là que sont venues déjà ces dispositions aigres qu’a fait éclater [•opposition des principes et de la conduite de ["Angleterre avec ceux du continent* Qui peut répondre qu’elles n’amèneront pas Je ces évènemens imprévus qui tiennent tant de place dans l’histoire des choses humaines? et n’est-il pas du plus haut intérêt pour le maintien de la paix en Europe d’aller au-devant de ce qui peut amener des surprises de cette nature, en détruisant dans son germe ce qui peut les causer ? la diflërence de conduite à l’égard de l’Amérique ? tant que cette affaire restera eu suspens ? la paix de l’Europe sera suspendue à un fil.

La dignitéj la considération des pouvoirs pu-

Mies tiennent beaucoup à l’autorité dont leurs paroles sont empreintes : le respect ne Ta guère avec les contradictions, et il suit les degrés de celles-ci. Les gouvernemens de la fédération européenne désirent sans doute la restauration de la haute considération dont ils ont été en possession ; mais comment ce résultat serait-il compatible avec les contradictions habituelles sur les objets les plus graves qui régnent entre les gouvernement depuis îe congrès de Troppau? Tous les Européens assistent au spectacle de ces débats : des publications t officielles leur soumettent chaque jour les pièces de ce procès , et les en rendent juges. Ils y trouvent que les chefs des sociétés, ceux, dont ils reçoivent eux-mêmes la direction , ne s’entendent pas sur les principes constitutifs des sociétés; qu’on peut les opposer les uns aux autres, et que les bases de l’ordre social sont controversées entre les gouvernemens eux-mêmes. Il est impossible que ce conflit ne produise pas dans l’esprit des spectateurs des dispositions fâcheuses h la fois pour les gouvernemens et pour la société elle-même. L’affaire de l’Amérique est une source principale de ces contradictions ; elle ne peut manquer de les étendre et de les aigrir : 11 est donc de l’intérêt des gouvernemens de fermer cette porte au principe des contradictions que porte avec elle Ja

discussion de celle affaire. U faut quhl y ait une marche commune et uniforme, qui enlève aux détracteurs des gouvernemens jusqu’à leur dernier prétexte, et pour cela il est indispensable que Ton cesse de voir des gouvernemens déclarer illégitime on licite ce que les autres prononcent être légitime ou Lien illicite, 11 ne peut y avoir que déchet de considération pour les gouvernemens dans cette opposition sur des points aussi essentiels pour les sociétés.

Yoilà les mconvénieos provenant du fond même de l’Europe qui résultent du retard de k reconnaissance de l'Amérique. Voyons ceux qui à leur tour peuvent aussi provenir du côté de l'Amérique* 11 se présente d 5 abord une considération générale, qui est le fruit de ce nouvel état du monde : par lui, chose inouïe dans les annales de Funivera, le monde se trouve partagé en deux parties qui se méconnaissent réciproquement, Fut-il jamais rien de pareil! on veut, à tout prix, par le sacrifice même des libertés publiques, écarter tout ce qui peut porter de Fébranlement dans les esprits „ au moins c'est le prétexte dont on se sert pour les restreindre. Mais cette opposition directe, celte méconnaissance mutuelle des diverses parties de F univers n'offre-telle pas le spectacle le plus propre à produire cette

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attention inquiète et presque convulsive que Fon veut éteindre? La singularité, k nouveauté de cette scène, Fétendue de Fcspace qu’eUe embrassé en eUe, tout est excitant, tout est irritant, tout est principe des plus vives émotions. Tel est le résultat de la position générale , reste à voir ee que FÀ~ ibérique peut y mettre et y ajouter du sien.

Une nouvelle révolution vient de s 5 opérer dans £etle contrée par k consolidation meme de sa révolution* L’Amérique antérieure a k destruction des forces de FEspagne et a Fafirancliissemeufc de toute crainte de la part de FEurope, n’est plus F Amérique du temps de ces terreurs t alors elle combattait et craignait, maintenant elle a triomphé, et sç trouve placée au-dessus de toute crainte ; il est évident que sa conduite se ressentira de sa nouvelle situation. Elle voudra mettre un tenue à un état équivoque qui ne peut que la blesser de mille manières, et sortir d’une position fausse^ incompatible avec ses intérêts, sa grandeur et sa force* L’Amérique y emploiera les moyens qui sont en son pouvoir. Sa position est singulière : si Fou ne peut pas lui ravir son indépendance , à son tour elle ne peut pas davantage employer la force directe pour eu arracher la reconnaissance, L’Océan à la fois la protège et la borne. Elle ne peut donc agir que dHme manière indirecte. Entre

tous les moyens dont elle peut disposer, on eu distingue deux principaux : i° opposer refus de reconnaissance à refus de reconnaissance; ne reconnaître que ceux qui la reconnaîtront. Le moyen est puisé dans le droit : coque l’un peut, l’autre le peut aussi, surtout dans im ordre né~ gatif, d’on il ne suit aucun acte directement'offensif. Si les monarchies de l’Europe croient ne pas devoir reconnaître les républiques de l’Amérique, quel droit interdit a ces républiques de ne pas reconnaître ces monarchies? Les deux actes résultent de part et d’autre d’une voïcmté libre et égale en droit. Si Ton était tenu de regarder comme illusoire la nouveauté et la singularité delà mesure, qu’on se rappelle lesortdu systèmecontmentnl. Lorsqu’il apparut sous les auspices de Napoléon, à son début il en imposa peu , on lui insultait presque : on a vu quels effets il a été à la veille de produire. Si les monarchies se fient sur leurs forces pour se rendre juges et appréciatrices des républiques, pourquoi cellesKÛ, se sentant appuyées par une force suffisante, n’useraient-elles pas du même droit à regard des monarchies? Celles-ci ont Phabitudc du commandement, parce qu’en Europe elles sont les plus nombreuses , les plus fortes', et d’un usage général; mais, quand dans d’autres climats, des républiques s’élèvent en force et en nombre, qui

peut leur dénier chez elles les droits que les monarchies exercent sur leur propre terrain? L’Europe u a pas plus le droit de régenter l’Amérique, qu’elle n’avait eu celui de la conquérir à son profit* Si l’Amérique eût égalé l’Europe en force, sa conquête n’aurait pas eu lieu : eh bien! la force existe aujourd’hui en Amérique 7 et la régence européenne n’y aura plus Lieu.

L’Europe se conduit comme si elle était la souverairie de l’Amérique : elle pourrait se dire être celle du monde 3 mais l’Amérique a dans sa main, et l’aura toujours, mie arme puissante qui lui donne de grands avantages sur quiconque la blessera 5 c'est sa richesse. Elle ne l’ignore pas, non plus qu’elle est considérée commet objet de profit; par conséquent > s'ouvrir ou se fermer , est pour elle un moyen certain de se faire considérer* Une partie de sa politique est renfermée dans ces deux mots ; il y aura richesse et prospérité suivant que j’admettrai ou que je repousserai* Il lui appartient de tenir ce langage ; elle n'a pas besoin d’autres armes contre ceux qui voudraient la blesser; bientôt le désir de participer a sa richesse les ramènera vers elle. En partant de ce principe, qui est certain, 011 voit qu’il est au pouvoir de F Amérique d’attacher cette participation k son lucre, à la condition de I» reconnaissance de sa nouvelle existence, et de ta

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mesurer sur les degrés de Ferapressentent que Ton lui montrera. Ce moyen est puisé dans le droit ; il tient delà naluredela peine du talion, qui permet à chacun d’user des moyens de punition correspondons à Tin jure qu’il reçoit.

L’effet de cette défensive d’un ordre nouveau retomberait particulièrement sur la France, seconde puissance maritime et commerciale : ses alliés du Nord et du Midi n’auraient pas à en éprouver des conséquences aussi directes, car leur commerce et leur marine sont inférieurs au commerce et à la marine de la France- Cette inégalité dans les effets deFaltiance prouve le vice de sa formation première, et devrait suffire pour avertir la France de sa véritable position, et de son poste véritable.

Il n’y a jamais d’intérêt bien entendu dans ce qui peut irriter : les retards de la reconnaissance de FÀraérique ne sont propres qu’à Firriter, ils ne peuvent plus avoir que cet effet; car FEurope ne peut plus agir sur le fond meme des choses américaines ; de plus, les mêmes retards son t des principes d’irri talion dans Fin teneur de FEurope. Ses intérêts intérieurs et extérieurs doivent donc la porter à mettre un terme, par une pleine et entière reconnaissance de FAtnérique, aux inconvéniens graves et nombreux que renferme la dilation de cette reconnaissance.

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