‹ Vrai système de l'Europe relativement à l'Amérique et à la GrèceChapitre 26 sur 35 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Étendue des républiques de. VAmérique.

La malveillance a des conseillers féconds en prér textes, en subterfuges, en allégations insidieuses, en ajonmemens de fausse prudence contre ce qifelle a intérêt et dessein .d’écarter dans le moment. Il faut donc suivre dans tous leurs détours, et comme dans leurs derniers retranchemens, les opposans à la reconnaissance de F Amérique j repoussés dans les attaques directes, ils se rejettent sur des éventualités, et on entend dire ; A quoi botr reconnaître des Etats qui ne sont pas même fixés et qui partent dans leur sein des principes visibles de changement et de division, tels que, ceux qui résultent d J ime étendue de territoire incompatible avec la forme du gouvernement qu’ils ont adoptée, ainsi qu’avec la possibilité de Fadministrer et de tenir réunies les parties trop séparées de ces associations ? Semblable# à cm monnaies de convention qu’un cou sente meut irré-

fléchi maintient dans la circulation, ces opinions circulent de même dans la société, et servent de base au jugement de beaucoup de personnes qui répètent et qui, parla répétition, accréditent la croYiincc que 1 étendue territoriale des lepubh— ques d’Amérique les portera rapidement vers IV doption de l’ordre monarchique ou vers leur séparation en un grand nombre d’Etats.

11 peut être utile de discuter et de dissiper celte opinion}' elle est Iefruitd une habitude irréfléchie.

i°Avant tout ne doit-on pas. demander: Qu’importe à l’Europe, pour reconnaître les Etats de l’Amérique, de savoir quelle sera dans les âges suivans leur forme de gouvernement et la distribution de leur ■ territoire? Il ne s’agit pas de la venir, mais du présent, non pas de ce qui sera ou qui pourra être, niais de ce qui est. I^e droit veut uil Sujet certain et connu ; il ne regarde pas aux ch»n~ gemens, aux innombrables modifications auxquelles les choses humaines sont assujetties; là mesure du territoire d’un Etat quelconque ne lait rien au droit ni au fait de son existence. Existét—il quelque type primordial auquel on soit tenu dé s’en rapporter-, et qu’on ne puisse dépasser sans cesser d’être propre à la sociabilité avec les autres États? Ge tpvte l’on pourrait dire de la irtè-

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sure du territoire ne serait-il pas applicable h îa richesse, et k tous les autres attributs locaux? Serait-on autorisé à exiger de chaque nouvelle société le dépôt de son bilan ! Quand les États-Unis ont pris place parmi les nations, a-t-il été question de leur étendue présente ou à venir? À quel titre donc formerait-elle un préjugé contre la reconnaissance de V Amérique ?

Chacune des républiques américaines s’étend sur de vastes espaces, cela est yrai; mais qu’est l’étendue sans la population et sans les affaires? et, sans la population , où sont les affaires? Un territoire borné à de justes proportions , ni trop étendu, ni trop resserré, un centre d’affaires placé d’une manière commode pour'toutes les parties de l’association, facilitent le développement de ses facultés et la satisfaction de ses besoins ; mais l’absence de ces avantages ne confère aucun droit contre ceux qui en sont frustrés. Le gouvernement russe régit une étendue immense de territoire : l’absence de la popula tion en fait encore une masse inerte et comme morte, qui, pour prendre de la vie et donner de l’occupation a ce gouvernement, attend la population ; sans elle, cette étendue est presque comme si elle n’existait pas. Quand le temps et la civilisation auront, dans ces contrées, fait leur œuvre accoutumée, il en sera tout autre-

ment. Quand la Sibérie, qui peut nourrir des centaines de millions d’hommes, au lieu d’une population faible, misérable et ignorante, renfermera vingt millions d’habilans ; quand Astracau et Odessa égaleront ou dépasseront Pétersbonrg, qui n’a pour lui que la cour, dans le temps que les deux autres ont pour eux le soleil, on verra si la domination de Pétersbourg continuera de s’étendre de la mer Bal tique jusqu’à la Caspienne ctà la Méditerranée j si elle se perpétuera au-delà de ces hauts remparts que la nature a élevés entre l’Asie et l’Europe, comme pour les avertir de la nécessité de leur séparation, et pour leur en fournir les moyens. Le tra vail des siècles fera plusieursBussies avec celle que nous voyons; en effet, quel bras d’homme, quelle main mortelle suffiraient pour soutenir et pour manier le fardeau d’un corps tel que celui de la Russie, animée par la population que comporte son étendue? Il faut doncattendre l’effet du travail du temps pour tirer quelques conclusions contre l’Amérique, de l’étendue de l’espace qu’occupent ses nouveaux Etals ; il s’écoulera beaucoup de lustres auparavant que les inconvéniens de cette étendue se fassent ressentir. Les États-Unis restent tmis, parce que leur population n’est encore agglomérée que sur le littoral de l’Atlantique; mais laissez-la prendre l’essor qui l’attend et remplir

l’espacé sans terme compris entre les grands lacs du Canada et la pointe des Floiides, et celai qui s’étend de la chaîne des montagnes Ailegahnis jusqu’à la rivière Colombia * et vous verrez si les innombrables générations qui naîtront dans ces espaces, seront toutes représentées dans le eapUqle de Washington, Mais les républiques américaines du Sud seront beaucoup moins affectées par l’aecroissement de leur population,; car il s’en faut de beaucoup que Pétendue de leur

territoire corresponde à celle des Etats-Unis, Ai nsi , le Mexique n’a pas uue étendue ingouver nahle : la capitale est heureusement située, et les côtes sont resserrées de manière à ce que la communication entre elles et avec la capitale, n’oürè pas de difficultés, Colombie est très vaste , mais elle est loin d’égaler les Etats-Unis; en quelques lieux, les côtes sont fort rapprochées et les cours d’eau s’y trouvent disposés de manière à faciliter les communications. Au Chili, au Pérou*, rétendue n’a rien de contraire au maintien dé rUuion, et la position des capitales la favorise, Xhîénos-Àyres est fort grand, maïs sans exagération,; et là encore , car dans cette admirable Amérique tout se trouve comme fait pour le bien*, les cours d’eau donnent une grande aisance pour le maintien de PUnion* en se confondant tous dans

le fleuve superbe qui baigne les remparts de la capitale de F Union; cet avantage est immense* et garantit à FEtat de Buenos-À y res un long cours d’années dans Fétat de famille, N’est-on pas au* torisé à regarder les jtigeraens portés sur la destinée de F Amérique , comme Ir suite de Fhabitude de prononcer sur ce qui sera > par la considéra* tion de ce qui a 4 tè> sans tenir compte des rences qui mettent tant de dissemblances entre des choses semblables eu apparence ? Ainsi * parce que les grandes républiques de Rome et de Grtr*ihage ont pris fin * parce que la Grèce ne comp* tait que des républiques d’une étendue fort bornée, on conclut que l’existence des grandes républiques est impossible; en cela* on oublie ua grand nombre de choses; i ô que la république romaine a duré pendant plusieurs siècles ; 2 * qu’elle était formée d’un faisceau incohérent de peuples conquis* maintenus dans F union par la force militaire, divers d'origine, de mœurs, de langage, d’intérêt, de liens d’habitude ou tle consanguinité: pour ces divers membres de là république, tout le lien était formé par le pouvoir de Rome et dépendait uniquement de la force des armes; 3 ° la civilisation romaine et ancienne rFa^ valent rien de commun avec la nôtre; 4* abri Fesclavage était Fétat d# la presque totalité de la

population ; quelques grands citoyens ne pouvaient manquer de disposer de cette population j ce qui n’est pas possible dans les sociétés dont tous les membres ont des droits égaux; 5 e * le système fédératif, qui est très propre à atténuer une partie des inconvénient» attachés a la trop grande étendue des États républicains; cette heureuse introduction , on plutôt cette découverte , car c’en est une d’un genre très précieux , en bornant les devoirs de Fanion aux choses d’un intérêt général , a créé un moyen puissant de débarrasser les grandes républiques des obstacles au maintien de leur union ; dans cet ordre, la décision des intérêts privés appartient à chaque Etat, ce qui évite les sujets ordinaires les plus actifs de collision, et ce qui restreint Faction et Fintervention commune a des cas rares par leur nature même. Plusieurs républiques de FAniérique se sont approprié cet heureux préservatif contre Fexcès de leur étendue; ainsi ont fait le Mexique et Buenos- Àyres. Ce qui a si bien réussi aux Etats-Unis pourra leur être tout aussi propice; et qui les empêchera de s’approprier encore tout ce que le besoin de leur conservation leur montrera nécessaire ou simplement utile, tout ce que le génie, F observation et l’expérience pourront encore Imr suggérer gu leur faire trouver de moyens dans le

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but de leur préservation ? Qui a le droit d’assigner les bornes de l’esprit humain ou de lui en marquer?

Les allégations employées contre Yé tendue du territoire des Etats américains, n’ont donc aucun fondement, on ne peut les considérer que comme des lettres de change tirees sur l’avenir par la malveillance, et protestées d avance par la raison,

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