‹ Vrai système de l'Europe relativement à l'Amérique et à la GrèceChapitre 28 sur 35 · CHAPITRE XXVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIIL

Brésil

Le Brésil est devenu indépendant du Portugal par les memes mobiles?qui ont fait la séparation de FAmérique avec FEspague, le sentiment de sa

foi 'cc propre et desinconvéniens de Tétât colonial lointain. L’esprit révolutionnaire est etranger à la révolution du Brésil : elle est le produit direct du passage du roi dans cette contrée. Sans la contrerévolution européenne de i8i4) c’était le roi même qui séparait à jamais le Brésil du Portugal ; mais ce qu’il n’a pas fait directement, il l’a fait par l’ordre qu’il a établi dans ce pays, en y laissant son GU, Par là, il Ta royalisé, mais il l’a séparé du Portugal. S’il n’eût pas laissé de représentant an Brésil, il devenait république, comme Ta fait F Amérique, et par la même raison , l’absence des princes, La cause la plus active de division entre le Portugal et le Brésil consistait dans le désir que chaque pays ressentait pour être le siège de la résidence royale : les prétentions réciproques étaient inconciliables, et chaque parti décidé à rie pas céder. Eu retournant en Portugal, le roi a prjs un moyen terme, celui de laisser son fils au Brésil : cette résolution a porté le fruit qu’il était naturel d’en attendre. Le prince dépositaire s’est fait souverain titulaire : là ont paru avec évidence les dispositions réelles du Brésil, car H a accueilli avec enthousiasme Tinauguration du nouveau souverain, et la seule crainte qu’il ait témoignée est celle de quelque conni* vence du nouvel empereur avec son ancienne

patrie. Il est bien évident que Pempéreur Don Pedro est au Brésil le conservateur de la royauté, et que son absence serait immédiatement suivie de riuslallaLion de la république; car le Brésil 5 sous aucun rapport, n’a besoin du Portugal; il ne lui demande qu’une seule chose, de cesser de s’occuper de lui ; au lieu que le Portugal a besoin du Brésil, et veut le retenir dans sa dépendance. La position des deux pays Ÿun à l’égard de l’autre est donc entièrement contradictoire, comme il arrive presque toujours dans le cas de la séparation d’une colonie avec la métropole. Le Portugal, avec le désir de l’union, veut une chose impossible, au lieu que le Brésil en demande une qui est dans la nature des choses. Quand le Brésil était sauvage, désert, ignorant, le Portugal le conquit facilement; devenu égal en forces, sinoü supérieur au Portugal, il ne peut plus redevenir sa conquête : le temps des conquêtes coloniales est passé pour le Portugal comme pour l’Espagne, et il ne reviendra plus pour personne. Le Portugal doit s’arranger sur ce nouvel ordre de choses, et ne plus songer à la propriété du Brésil, mais seulement à commercer avec lui : car, soit par la monarchie, soit par la république, le Brésil est et restera également indépendant. De cette première question, il faut passera une seconde, et

celle-ci est autant couverte d’obscurités que la première Pest de clarté. Le Brésil conservera-t-il la forme monarchique? Ici beaucoup de choses sont à considérer. ï° L’empereur n 7 est pas encore protégé par le droit légitimaire, Ce prince s’est placé bien en dehors de ce droit à l'égard de son père et de son pays : il a proclamé son affranchissement de ce droit, et nul libéral Européen n'a surpassé la doctrine contenue dans le manifeste qu’il publia a Poccasion de son élévation à Pern* pire, qui commençait par ces mots : Le temps de tromper les hommes est passé. En supposant que, par un arrangement amiable, le roi cède a son fils sou droit sur le Brésil, cette concession ajoutera fort peu à la considération du cessionnaire, car il ipésfc guère besoin de recevoir un droit que déjà Van a pris et déclaré être sien.

Le Brésil est placé au centre des républiques américaines ; il sépare Buenos-Âyres de Colombie et du Mexique: Pempereur occupe Montevideo^ propriété de Buénos-Àyres, dont on s’est emparé sous les prétextes les plus frivoles; ce prince a parlé fort mal des républiques américaines, il les a qualifiées d’une manière flétrissante pour elles; les sujets de querelle et d*animosité ne manqueront donc pas. De plus, comment le système républicain de PAmérique s’accommodera-

t-il de rétablissement d’une grande monarchie, au milieu de lui? A peu près comme en Europe serait accueillie par la royauté, la survenance d’une grande république. Le Brésil est d’une immense étendue; la surv eillance ne peut manquer de souffrir de la grandeur de ces espaces : toute la partie du nord a témoigné de la propension pour l’ordre républicain. L’esprit républicain a éclaté plusieurs fois à Fernambouc ; la famille royale de Portugal n’a que deux appuis; la division règne dans celte famille. Si l’empereur préférait le retour au Portugal au séjour du Brésil, que deviendrait ce pays livré à lui-même? l’avenir du Brésil est donc couvert de plus d’obscurités qu’il n’est donnéà l’œil de l’homme de pouvoir en pénétrer. On ne peut affirmer qu’une seule chose ; c’est que l’état de ce pays est précaire, et qu’il ûotte entre la monarchie et la république.

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