‹ Vrai système de l'Europe relativement à l'Amérique et à la GrèceChapitre 30 sur 35 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

La Grèce.

Considérations générales.

Dajss la première partie de cet écrit y il a été établi que la révolution de la Grèce n’était pas le produit de l’esprit révolutionnaire , ni de menées démagogiques, mais qu’elle était i° la continuation des tentatives qui plusieurs fois avaient été faites pour Fàffranchir du joug ottoman, tentatives excitées quelquefois par les puissances mêmes qui aujourd’hui allèguent l’esprit révolutionnaire contre la Grèce; 2° F effet naturel de la violence du gouvernement turc; 3 ° celui du retard des Turcs en civilisation; 4 * celui des progrès de la Grèce en civilisation et en population ; 5 ° celui de l’état général du monde; 6° que la Turquie perd la Grèce parles mêmes causes qui font perdre FA-*

mérique à l’Espagne; 7° que cette révolution renferme les plus précieux avantages pour l’Europe et pour l’humanité, en étendant la civilisation, et en favorisant son introduction en Asie.

Dans plusieurs écrits précédens, en traitant de la révolution de la Grèce, j’avais annoncé que si cette révolution se soutenait contre la première attaque de la Turquie, elle finirait par prévaloir contre elle ; que la Turquie était dépourvue de toute force réelle et virile; que l’expulsion des Turcs de l’Europe était un bienfait immense pour celle-ci; que la division, les perfidies et les ambitions privées, surtout parmi les militaires, étaient les ennemis les plus redoutables de la Grèce, et que cette révolution ne pouvait s’établir que par son propre bras, sans aucun mélange étranger, lequel renfermait beaucoup de dangers pour elle.

Dans ces aperçus, tout ce qui est relatif aux faits s’est réalisé. La Grèce a couru de grands dangers par des chefs ambitieux : des perfidies vraiment orientales y ont eu lieu. La Grèce a triomphé dans quatre campagnes consécutives , son épée et son pavillon ont pris l’ascendant sur ceux de la Turquie. La croix prévaudra sur le croissant dans la cinquième campagne, comme elle l’a fait dans les précédentes. La Grèce rentre dans l’arène, forte d’expérience, d’organisation et

d'argent* La Turquie, travaillée par mille principes de dissolution, se précipite vers sa ruine avec la rapidité des corps en chute : ses années ne sont plus qu’une populace, lâche devant l’ennemi; hardie seulement pour le pillage et contre des victimes désarmées, La flotte surcharge FÀrchipel d'un poids inutile, et dirigé par Figuorance : le trésor est vide, la mutinerie est dans les soldats, la rébellion ouverte ou méditée dans les .pachas, les auxiliaires sont des complices déguisés avec Fennemi qu'ils ont Fair de combattre* La Tarif aie tombe $ elle rien peut plus. Le système de I ran cqis l c< et de Louis XFV ,popr faire de la puissance ottomane le contre-poids de la puissance autrielueune, système honorable pour ces deux princes, se rapportait à des temps de grandeurs qui ne sont plus* Les Turcs ne sont plus lions quà être chassés de l*Europe , il faut en désinfecter cette contrée. Leur expulsion est la nécessité de FEur rppe: mais, de plus, elle en est ÏÈ vœu. Le seul nota do la Grèce Fa fiait .tressaillir : il semble à chaque Européen sentir dans chacune de ses fitcultes quelque chose qui lui rappelle une dette à acquitter envers cette Grèce, qui a tant fait pour 1 humanité, et pour cette Europe qui la délaisse, fit qui assiste h ses combats, oom nie Finhumaine Espagne le fait a la lutte des hommes contre des

animaux farouclies. Un Jour l'Europe aura a s'excuser devan iFhistoire de Finsensibili téqiFellea Içmuignéeaux enfans de ceux qui lui ont préparé la politesse de son esprit, et ses jouissances les plus exquises. Lord Byron a absous F Angle terre; mais qui absoflflrn le continent, et lui rendra sa gloire?

Ce n’est pas que les Cabinets aient encotmi tous les reproches qui leur ont été adressés : il faut fuir les exagérations, et, quand il y a à blâmer, ne s’en prendre qu’à ce qui mérite de Fétre^ Si Fon n’avait pas le droit de so déclarer contre les Grecs, on né Favait pas davantage de le faire contre le§ Turcs : ils n’avaient pas fait d’olîenses, leur souveraineté était reconnue. De quel droit leur ilifè : nous vous lotirons notre reconnaissance j et nous la portons à # autres? Dans le droit général, il n’y a rien à assigner conlre là conduite des Cabinets * mais il n’en est pas de même pour Iii malveillrtncé ouverte, constante, qui a été montrée à la Grèce;’ pour les empêëhèmens et les efat raves mis aux démarches qui poiïvaifcnt favoriser la Grèce ; pour la faveur accordée aux Turcs, et pour ime éspèèê de connivence avec eux. De tous tes rôles qui 'ié présentaient à çllê, FEurope a précisément choisi celui qui eühVeftàitTë ÈnOins ïVsà grandeur : im cri de surprise douloureuse à 5 est élancé dé toutes ses parties, quand après lès massacres de Scia, et les

triomphes de Tbismé, à Vérone , à Rome, on a Vu refuser une simple audience.

Sûrement les ministres européens ne se sont pas manqué à eux-mêmes, ainsi qu’aux pays dont ils manient le pouvoir, au point de négliger de porter le Divan à s’abstenir de procédés qtd font frémir T humanité, et à tempérer la rage de ceux dont il emploie le bras* Les forces navales de la France et de l’Angle terre, dans le Levant , auront prêté leur appui aux victimes de cette lutte cruelle* Autant il aura été fait en humanité pour les Grecs, autant il a été peu fait en politique* Le gouverneur des lies Ioniennes, Maitiaud, a laissé après lui un nom anti-grec; une escadre anglaise a fait devant JNapoli de Romanie des significations de ce ton impérieux que la force sait si bien prendre vis-à-vis de la faiblesse* Une partie des arméniens turcs ont été formés par des sujets des puissances européennes : les fonds grecs n’ont encore d’existence légale que dans le grand rendez-vous des trésors de l’univers, le libre parquet de la bourse de Londres ; car c’est toujours vers Londres qu’il faut se tourner , quand il s’agit de liberté. Ailleurs, ils sont repoussés, ainsi que ceux de FAmérique, L r Obseivateur autrichien a poursuivi la Grèce de ses outrages, de ses récits cou trouvés, delà peinture des forces ottomanes, d'imputations

directes ou détournées : il ne lui a épargné aucun signe de la malveillance de ceux dont il est Forgane. Les écrivains-aristocratiques de Paris n’onl pas fait mieux contre F Amérique : de part et d’autre, poids ignoble et faible tout-à-la fois, qui iFa pa s a rrê té un seul instant la cour se du cb a r de triomphe de F Amérique et delà Grèce. La conduite des Cabinets à Fégartl de la Grèce est la répétition exacte de celle qu’ils ont tenue h Fégard de FAmérique : aussi leurs embarras ne sont-ils pas moins grands tFtm côté que de Fautre; on dirait que partout où ils ne peuvent atteindre avec leurs baïonnettes, F esprit les abandonne, et que la terre leur manque partout où la nature de Faction se refuse à Inapplication matérielle de la force, celle des soldats. Les Cabinets se trouvent dans une position singulière et toute neuve. A FOcciden tet à FGrient, ils sont placés entre deux révolutions à la fois cle sociabilité et de politique. Sous le rapport de la sociabilité, cette révolution les alarme uniformémentj mais, sous celui de la politique, elle les divise sur plusieurs points. Ainsi FA u triche et la Prusse concourent avec la Russie sur Fartiele de la sociabilité; mais sûrement elles diffèrent sur la politique de FOrient. L’affaire de la Grèce offre donc plus de complication que ne peut le faire

celle de l’Amérique, qui est une^ c’est-à-dire tonte de sociabilité.

De plus, l’Angleterre reparaît encore dans cette question ; mais son rôle y est contraint, et ne peut pas se développer comme elle l’a fait dans celle de l’Amérique, Là, comme tout se passe sur mer, il y a omnipotence pour elle. Au contraire, dans FOrient, elle rencontre une autre omnipotence^ celle cle la Russie, qui a sur le continent autant d’avantages qu’elle-meme en a sur F Océan. L’Angleterre peut bien surveiller la Russie, mais elle évitera sûrement de l’irriter; car enfin, avec ses mille vaisseaux, comment chasserait-elle de lu Turquie un simple détachement du million de soldats dont la Russie dispose?Ces deux puissances sont si grandes, qu’elles s’en imposant mutuellement par leur masse et. par la considération des suites que leur collision ne pourrait manquer d*avdit\

L’objet principal de Falteotion des gouvernemens est le maintien de la paix. L’affaire de la Grèce est le seul sujet de division présente qui existe eu Europe : on peut croiré à de grands sacrifices pour éviter toute rupture. Depuis quatre ans, Feiùpereur de Russie donne un exemple soutenu de magnanimité : maître de renverser d\m

seul souffle la puissance ottomane, il a toléré avec une inépuisable longanimité les détours insolens par lesquels des barbares bien informés de ses dis* positions pacifiques, éludent les traités et leurs engagemeus relatifs aux principautés de Valacbie et de Moldavie. A mesure qu’Alexandre a voilé sa puissance, le sultan a fait éclater un orgueil tenace, et depuis quatre ans on voit le terrain réclame par la force maîtresse de le saisir, retenu par la faiblesse. A Constantinople, on sait que Pétersbourg veut, la paix : on se règle sur celle connaissance j toute la politique turque roule sur ce point. Les Turcs, il est vrai, sont des barbares couverts de la lèpre de toutes les ignorances; mais ils ont à leur service des hommes qui ne sont pas des barbares, mais des poli tiques de l’ancienne école italienne du moyen âge, greffée sur les traditions du Bas-Empire. Ce mélange forme une diplomatie d’un genre à part, mi-partie de l’Eu-: rope et de l’Asie, de la barbarie et de la civilisation, et dans laquelle des Machiavel d’Europe prêtent leur mauvais génie à des hommes qui n’ont que des mains pour manier des sabres ; et comme, chose honteuse, une très grande partie de l’esprit du monde est à vendre, iis en achètent à ceux f qui en ont à vendre; et malheureusement il ne / manquera jamais de ces geus-là. ‘

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Tel est le tableau de l’état général dans lequel la Grèce se présente à l’observation, au moment de l’ouverture de celte nouvelle campagne. 11 est possible qu’elle soit la dernière. Le sultan croit peüt'être qu’il n’a qu’à suivre contre les Grecs la tactique qüe ses prédécesseurs observaient dans les batailles : tout leur art consistait à faire périr le plus grand nombre possible des ennemis par le sacrtüce de leurs propres soldats, jusqu’au moment qui, les trouvant affaiblis, permettrait à des corps de réserve de les accabler. Ce calcul inhumain pourra bien être trompé : le sultan, comparant la population dont il dispose à celle des Grecs, se ligure qu’à force de faire tuer des siens, il verra la lin îles Grecs. Ce barbare réduit ses combinaisons à deux mots : au dernier vivant; mais il s’abuse. D’abordil n’aura pas même ce nombre: de plus, ce nombre ne se fera pas ttier ;il fuira, il portera le désordre partout. Qui sait même sür quoi ils porteront ou ne porteront pas la main? Le temps est donc vertu de s’occuper de la Solution de cette question : elle a beaucoup marché depuis 1S21. Alors il n’élail question que d’anathèmes contre la Grèce : aujourd’hui on demande, qu’en fera-t-on? C’est le second degré de là question; Je premier est épuisé. Mais ici il faut aller au-devant des erreurs qui de rtouvean pourraient a voit lieu

dans la marche que celte nouvelle position exige. Tel sera l’objet des trois chapitres suivans.

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