‹ Vrai système de l'Europe relativement à l'Amérique et à la GrèceChapitre 32 sur 35 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Plans proposés pour la Grèce .

1 /affaire de la Grèce rappelle le cheval de Troie : elle porte une armée dans son sein,, Cette

affaire a ete très contrariante pour FEuropej car elle est venue se placer au milieu des soins qu’elle se donnait pour maintenir la paix au milieu d’elle. Or, cette affaire renfermait des germes de divisions très propres à ramener la guerre. En effet, d apres le nouvel état de l’Europe, î’interven^ tion d’nne puissance amenait aussi l’intervention de 1 autre, La constitution politique de l’Europe a rapproche les grandes puissances de manière à leur imprimer «a mouvement parallèle : dés que l’une s 'ébranlé, les autres doivent marcher. L’An** gletcrre, par sa position et par sa puissance, plane.

pour aiilsi dire, au-dessus d’elles, et vient se placer toujours en présence de celle qui montre le plus de dangers. Dans le cas actuel, c’était la Russie. Son intervention dans l’affaire de laGrèceappelait sur-le-champ celle de l’Angleterre; les autres

puissances pouvaient se trouverobligées dé prendre part à ce débat, et cette perspective a dû les cha¬

griner beaucoup. Le succès d’une guerre entre la Russie, la Turquie et la Grèce, n’était pas douteux : la Turquie s’était compromise envers la Russie par sa conduite dans l’affaire des principautés; si l’empereur Alexandre n’eut usé de modération , et retenu l’élan de ses soldats, la guerre éclatait en Orient, et p&uvait embraser l’Europe. De plus, cétle affaire forçait les Cabinets à partager leur attention, et à détourner vers l’Orient les regardé qu’iÏB tenaient attachés sur l’Occident, devenu l’objet de leur surveillance. Les menées démagogiques) l'esprit révolutionnaire > Us peuples les occupaient tout entiers. Peut-être aussi qtte les Cabinets, qui Se hâtent lentement, imbus

des anciennes idées sut le génie de la Grèce mo¬

derne, et la jugeant pat son état antérieur, au lieu dp le faire par son état présent, de plus, se rappelant le mauvais succès des entreprises déjà tentées dans lé même but, s’étaient flattés qu’une

prompte victoire de la part des Turcs les débar-

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lasserait de cette fâcheuse survenance, et les rendrait à leur quiétisme et à leur contemplation de 1 Occident* Les Cabinets ont appliqué a la Grèce le jugement et les procédés dont ns avaient usé à l’égard de PÀmériquè : le succès a été égal des deux côtés* Pendant qu’ils tâtonnaient, qu’ils échangeaient des notes, qu’ils montraient égale aversion et malveillance à la Grèce et à FAmérique, ces deux pays marchaient, faisaient leurs affaires à part , et triomphaient de leurs ennemis directs* L’Amérique était garantie par sa position et par l’Angleterre; aujourd’hui die le seraitpar elle-même, et se défendrait contre l’Europe* Mais la Grèce est moins heureuse, elle ne peut pas s’affranchir de PEurope comme elle l’a fait de la Turquie : elle Teste â la merci de voisïris pulssans; et, chose singulière et à la fois bien pénible à tous les coeurs droits et généreux, après avoir brisé le joug de ceux qui avaient des droits sur elle, elle pourrait être sujette â recevoir des lois de ceux qui n ? en ont pas. Sa révolution ne les blesse pas, et ils peuvent prétendre la borner, la modifier; elle leur apporte d’immenses avantages , et ils peuvent vouloir l’ordre qui les en prive.

Nous avons démontré surabondamment l’absence absolue de tout droit d’intervention dans cette affaire; les combaltans seuls doivent en dé-

cider. Toute intervention, sans appel de leur part, est une violation manifeste du droit , et l’application nue delà force, et par conséquent un acte de violence, uniquement fondé sur la force, et antisocial, quelque sophisme que l’on emploie, suivant l’usage, pour colorer cette agression : celleci serait double, faite à la fois contre les Grecs et contre les Turcs.

Quels sont les plans proposés et répandus jusqu’ici dans le public? Us se bornent à reconnaître la fin de l’ancienne domination turque sur la Grèce, à partager celle-ci en Grèce orientale, méridionale et occidentale, à lui donner un régime équivalent à celui de la VaOachie et de la Moldavie, et à placer cet. établissement sous la garantie de quelques puissances. Voyons ce que reiiiferme ce plan : i° pour la Grèce; a° pour l’Europe; 3° pour sa solidité propre.

i° La Grèce est unie dans la même cause;.'elle l’est dans scs sacrifices, dans ses combats, dans ses triomphes, dans son gouvernement actuel, et dans son voeu unanime pour une existence nationale ; c’est une régénération complète qu’il lui faut, et à laquelle elle a eu le noble courage d’éleVer ses pensées et d’immoler une partie de ses enfans; et l’on viendrait lui dire ; Vous n’irez'que jusque là! Qu’auraient à lui répondre ceux aux-

quels elle dirait à son tour: Et qui éLes-vous pour me dicter des lois ? Avez-vous partagé les maux dont le sentiment m’a fait courir aux armes ? Avez-vous assisté à mes combats, subi mes sacrifices ? A quel titre suis-je donc l’objet de vos spéculations? Tout ce que je possède, par la loi de la guerre, peut échoir à mon adversaire; par la même loi, tout ce qui lui appartient peut aussi devenir mon partage. Qui vous a donné le droit de vous placer entre lui et moi? Suis-je subordonnée aux calculs de votre politique ? Celle-ci ne se raesure-t-elle que sur les degrés de la force, et peut-on tout vouloir contre ceux contre lesquels on peut tout ce que l’on peut vouloir?

Un partage de la Grèce fait systématiquement dans les cabinets, appliqué à un peuple indépendant de ces cabinets, rouvrir oit toutes les blessures qu’a laites au droit public le fatal partage de la Pologne, dont Burle a dit que l’Europe se ressentirait long-temps.

Le partage de la Grèce tuerait la Grèce cucorc plus que ne l’a fait la conquête par les Turcs; au moins par celle-ci restait-elle unie, quoique asservie; c’était une esclave, mais la meme chaîne unissait des captifs qui pouvaient sevoîr et s’entendre, au lieu que dans ce partage, l’unité cesse, et toute la force qui en provient se perd, avec elle. Rien de

plus falal pour la Grèce ne pouvait être imaginé} c’est un génie ennemi de la Grèce qui a inspiré ce plan propre à la détruire, et à l’ensevelir à jamais.

Les Grecs ne se soumettraient pas à ce plan, s’il était présenté par la lorce; s’il l’est par la persuasion , sous les couleurs d’un intérêt bienveillant, les lumières de la Grèce lui en révéleront et lui en feront sentir les inconvéniens et les dangers ; s’il est combiné au nom de la politique, comme c’est celle des intéressés à la fabrication de ce plan, la Grèce ne lui doit aucune attention; et si on allait jusqu’à réclamer les intérêts de la paix générale, l’hypocrisie du prétexte ne tromperait personne. La guerre des Grecs et des Turcs bornée à eux seuls, n’a pareillement aucune influence sur la paix européenne ; elle n’en prend que par l’intervention ; cette querelle se passe au loin; son siège est presque excentrique à l’Europe; aucun intérêt direct de l’Europe ne s’y trouvé compromis: les puissances voisines, l’Autriche et la Russie, sont trop fortes pour la ressentir en aucune manière ; le reste de l’Europe est absolument étranger à ce débat; il n’ÿ a donc ni droit ni intérêt politique à intervenir dans cette affaire, et encore moins à partager la Grèee.

2 * La Grèce, partagée en deux ou en trois pàr-

lies, sera utile' à l'Europe à peu près Comme le sont la Moldavie et la Valacbie ; elle aurait la même impçrtancc politique : or, cette insignifiance, cette nullité est contraire aux vrais intérêts de l’Europe, surtout du côté de l’Orient ; là se trouvent les plus grandes masses de puissance; par conséquent, pour obtenir quelque efl’et, il faut former des masses qui aient quelque l’apport avec celles qui existent dans cette région de l’Europe. Le partage de la Grèce fait précisément le contraire; il place l’impuissance où il faudrait de la force, et du morcellementlà où il faudrait des réunions bien compactes: ce plan, si toutefois il mérite ce nom, est mesquin, sans rapport avec les besoins dé l’Europe; il rentre dans les idées delà vieille diplomatie, jalouse, cupide, et ambitieuse de s’entourer de faibles quelle peut dominer. Cela est bien peu fait pour le temps dansjeqnel nous vivons; il n’a pas fallu le cerveau de Jupiter pour enfanter cette Minerve.

3“ Les garanties seraient illusoires en temps de guerre*-si les chances tournaient en faveur des Turcs, ils pourraient en exiger la suppression ; un second traité du Pruth est peu probable; cependant ce fut Pierre le Grand qui signa le premier; pendant la guerre, les Grecs resteraient exposés à tous les sévices des Turcs, comme le sont les Mol-

davcs et les Vainques; quand les puissances garantes se combattraient, la garantie serait affaiblie, et plus susceptible d’ètre violée. Le système de garanties est donc illusoire à l'égard de la Grèce; de plus il est humiliant, car il renferme Tétât du protégé envers le protecteur, celui du-vassal au suzerain, et de Tinférieur au supérieur : cet état est indigne de la Grèce; elle a deux garanties bien supérieures à Celle-là , son courage et son épée. Qu’elle périsse plutôt que de passer sous les fourches çaqdines des garanties et des amnisties. De la part des étrangers, le&garaolies font une cosouveraineté qui me tic souverain nominal sous une surveillance étrangère; les Turcs nés’ en accommoderaient pas; déjà ils sentent assez les épines des garanties de la Moldavie, de la Yalachie et de la Servie; en y ajoutant celle de la Grèce, il se trouvera qu’une grande partie de leur empire, à force d’être garantie par les étrangers, Unirai L par ne plus dépendre d’eux; et remarquez que cette partie d’une propriété équivoque, est précisément celle qui touche de plus près à Constantinople.

Le plan de partage et de garantie est donc injuste envers la Grèce, insuffisant pour les besoins de TEurope, inefficace pour la sûreté de la Grèce , et offensif contre les Turcs.

Voyons si,dans celle grande affaire de la Grèce, Ili ne se trouve pas quelque germe d’un plan plus noble et à la fois plus conforme aux vrais intérêts de l’Europe.

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