‹ Vrai système de l'Europe relativement à l'Amérique et à la GrèceChapitre 5 sur 35 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Oidre colonial .

Qüe sont des colonies? Des enfans portés hors de la maison paternelle , sous toutes sortes de formes et par toutes sortes de causes. Négligeons les petites colonies; elles sont condamnées à une tutelle éternelle; ce sont des enfans qui n’arriveront jamais à la virilité, et nous n’avons a nous occuper que des effets de celle-ci. Laissons également ces colonies dont on a créé la population avec des légions d’esclaves accumulés par les imprévoyances de la cupidité; car rien n’est plus imprévoyant que l’avarice, qui toutefois a l’air de la prévoyance même. Quand on fait dépasser sans mesure le nombre de ceux qui sont condamnés a servir, sur ceux qui ont à commander, alors on

TaU des Saint-Domingue, et ce frémissement sourd qui ébranle périodiquement le sol des Antilles placées ou centre de l’esclavage noir, comme Naples Fest au pied du \ éstive, Bornons-nous donc aux colonies espagnoles et portugaises.

Au début, ces colonies étaient faibles; elles avaient besoin de protection contre les indigènes ; c est l’enfant marchant appuyé sur la main de sa meiCj et fixé à ses côtés, À cet âge, il n’y a pas encore de volonté; car vouloir c’est connaître, 11 n’a pas davantage d’intérêts; car, pour avoir des intérêts, il faut pouvoir juger, discerner, gouverner et défendre. Hors de la, que sont des intérêts? Quand Fage a développé les facultés cachées dans 1 organisation de tous les êtres, alors le temps des volontés et des intérêts est arrivé ; l’homme complet veut, et s attache a ce qui lui est bon, à son intérêt ; il peut le juger et le diriger; comme il se trouve semblable eu tout à ses pareils, il veut autant qu’eux et comme eux. L’ordre colonial procède de même, car ses lois sont également dans l’ordre de la nature. Jeunes, les colonies subissent les lois de 1 enfance, et, comme elle, sont sans volonté propre, sans intérêt distinct de celui de la métropole.,, \'iriles > fortes, développées, majeures, elles aspirent a F exercice des droits que la majorité conféré dans 1 humanité : tout s?y passe ah-

solument comme dans les familles humaines. Si, pour celles-ci, la loi a ménagé des recours aux enfans contre les refus illégaux des pareus, de même la nature a ouvert devant les colonies les tribunaux auxquels sont inévitablement portées les contestations entre les sociétés humaines. Ces contestations ont pour l’ordinaire deux causes principales : 1 ° la séparation comme droit; 2" les mauvais traitemens de la part de la métropole.*. Les deux causes agissent également dans l’ordre de la nature : la première a fait la séparation des États- Luis, séparation purement rationnelle, car les traitemens de la métropole-à leur égard notaient pas tortionnaires; et il n’est pas de colonie <pù ne composât son bonheur avec un état pareil à celui dont les États-Unis ont cessé de vouloir. Mais ils sentaient que la liaison avec l’Angleterre: empêchait et retardait le développement dont ils sentaient le principe actif en eux-mêmes... C’est moins contre des maux présens que pour l’acquisition de tous les biens qu’ils apercevaient, que les Américains du Nord ont rompu avec 1 Angleterre- La seconde de ces causes, quand elle atteint un haut degré de gravité, rompt de nieme 1 union -coloniale; car c’est rompre une union que de s’opposer à cc qui peut satisfaire aux besoins qui l’ont fait former,.. Lesol digations sont synallagmatiques ;

quand une société n’engendre phi s que des déeastres, lorsqu’elle est constituée de manière à contrarier le but de toute association, qui est le Lien-être des sociétaires, alors cette société viciée tombe d’elle-même ; la partie qui se borne à se retirer sans rien exiger de celle dont elle s’éloigne, est dans le droit tracé par la nature; et celle qui, dans des vues d’intérêt, prétend la retenir, manqué au droit, et n’en a pas d’autre que celui que crée l’intérêt... Or, personne 11’cst tenu de subordonner soii intérêt à celui d'autrui.-?. Quand ort appelle la force à le défendre, bn autorise, on appelle aussi la force à en préserver. Or, voilà la position respective de l’Espagne et de l’Amérique...

L Espagne a été forte et l’Amérique faible; an temps de sa force, 1 Espagne dominait l’Amérique; avec la force que le temps lui à donnée, l’Amél-îque repousse là domination de l'Espagne. G’est ail enfant parvenu a sa majorité, et demandant à jouir des droits que la nature y a attachés. Mais {dus juste que 1 Espagne, elle ne lui demande rien que là séparation ; l’Espagne feu contraire veut la continuité de la sujétion, qui entre dans ses intérêts, L’Amérique joint donc la générosité au di'oil; c’est le combat de lanainre et dn désintéressement,' Contre le droit fiotd et l’a vidite. L Amérique demandé a cesser de perdre, l’Espagne demande à continuer

de gagner : laquelle des deux se présente avec le plus d’avaJütages ? L’Amérique serait bien fondée à demander des indemnités à l’Espagne ; elle ne lui en demande qu’une seule, celle de cesser de 1 écraser par une union mal assortie, et par un régime tout calculé pour son malheur. Dans un langage frappant par sa vérité, touchant par sa simplicité, l’Amérique dit à l’Espagne : oc Ce qui se passe entre vous et moi, n’est que l’image de tout ce qui a Heu dans la nature: regardez tous les êtres; voyez-Ies naître faibles, en grandissant se séparer graduellement, et se séparer lout-à-fait de leur berceau ; chercher chacun leur bien-être dans les routes créées par F ordre de la nature > ou frayées parleur industrie respective* Je ne vous demande que de me laisser imiter en pais ces modèles irrécusables, Le passé vous fut propice, vous exigeâtes beaucoup de ma faiblesse ; je ne vous en faits pas de reproches, je n’exige rien pour les perles passées. Substituons les liens de l’ami lié à ceux de la dépendance; ma majorité m’a mise au-dessus d’elle, m’a donné des forces supérieures aux vôtres, et m’appelle à ne m’occuper désormais que de mes destinées propres» Elles vous seront propices autant qu a moi; vos avantages ne périront pas dans cette séparation, ils ne feront que changer de moyens* et gagneront à le faire. Comme l’oiseau capable de

se soutenir dans les plaines de l’air, s’élance en saluant le nid paternel par un dernier chant, à mon tour, je m’élance, en vous adressant ces paroles qui seront les dernières, au milieu de cetunivers qui m’attend, et que je suis destiné à embellir et à vivifier. »

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