CHAPITRE VI
État positif de
VAmérique à l'époque de sa révolution*
Cet état se composait de deux choses: i a des facultés de PAmérique; 2* du sort que lui avait fait FEspagne, Nous en traiterons dans deux chapitres séparés.
L’étendue, la population, les moyens de richesse et les lumières forment les facultés des nations : qui en était le mieux pourvu, de F Amérique ou de FEspagne ?
L’arrêt de FEspagne est écrit sur la carte de géographie. Quelle immense disproportion entre
elle et 1 *Amérique I L 3 ceil en est offensé, et le seul aspect des deux contrées fait dire involontairement : C'est celle-là qui commande à celle* cL La population de PEspagne était bornée à onze millions if habituas > celle de PAmérique dépassait quinze millions ; le Mexique seul en possédait sept * Le sol, rétendue des états de P Amérique , Firnmensité de la reproduction sur ce soi le plus fécond de Ptmivers, prêtaient à un accroissement de population que PEspagne ne pouvait pas atteindre. La richesse de FAmérique provenait d 3 ellc-mêmc , au lieu que celle de FEspague provenait en grande partie de FAmérique, Quant aux lumièreéjMe^icOjLimâ, Buenos- Ayres, Caraccas, en savaient autant que Madrid, Cadix et Salamanque. Le créole américain est généralement ingénieux * propre aux arts et aux sciences. Les moyens destruction existent en Amérique à un degré égal et même supérieur a celui qu’elles avaient atteint en Espagne- L'Amérique possédait des arsenaux, des chantiers, des; académies, des hôtels de monnaies j elle notait étrangère à aucun moyen de lumière et de perfectionnemeni qui se rencontre dans FEurope lessavans et véridiques écrits de M. de Hmnboldl sont le monument de cette participation de FAmérique k la civilisation générale! Le vice-roiGalvez
avait beaucoup préparé l’éduéation de l’Aîné rique- et. quand la grande lutte est venue, qui a succombé, qui a montre le plus de courage, de lumières, de science politique et militaire, de maturité dans le conseil, d’élévatiou et d’éloquence à la tribune et dans les actes publics ? En quoi les chancelleries des divers états de l’Amérique le cèdent-elles à celles de l’Europe? il n’est aucune de celles-ci qui n’y trouvât des modèles bons à suivre, et des titres d 5 honneur. Quelle tète en Europe s’élève au-dessus de celle de Bolivar ? qui a jugé, combattu, et parlé mieux que lui ? À quel Européen aujourd’hui ne pourrait-il pas prêter quelque branche de cette immense moisson de lauriers dont il est chargé?
Tous les genres de supériorité sur l’Espagne militaient donc en faveur de l’Amérique. Comment alors aurait-elle continué de servir sous une métropole qu’elle sentait lui être inférieure en tout? Dès comoment une révolution ne se trouvait-elle pas tonte laite ? ÎNe 1 était-elle pasdes mains même de la nature? et accuser des révolutions sorties d'une source aussi légitime, u’est-ee pas accuser la nature elle-même 7
De plus, si à ces inégalités relatives vient se joindre le sentiment de grands maux, et la perspective indéfinie de leur durée, alors la nécessité de la ré-
votation se fait sentir plus vivement, elle devient inévitable, elle se fera, elle est déjà faîte,.;.
\oyons donc le sort que l’Espagne a fait à rAmérique, et l’avenir qu’elle lui réservait.
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