‹ Vrai système de l'Europe relativement à l'Amérique et à la GrèceChapitre 7 sur 35 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Sort présent et à venir de l'Amérique par la do m irmt ion espagno le.

Négligeons les détails pour arriver d'emblée au principe élémentaire delà conduite deFEspagne à l’égard de FÀmérique; le voici : Son système a été celui de Philippe II pour FEspagne elle-même comme pour ses autres états d’Europe (*): Déprimer

(*) Lisez dans Us intéressants mémoires de M. le comte de Ségur, pair de France 7 sa conversation avec le chef d’une maison religieuse de Caraccm. Le moine répond à son interlocu teur, qui le presse d’argumens irrésistibles sur l’état comparatif de son pays avec les États-Unis, que si la colonie espagnole prospérait à P égal des États-Unis,

peuples sous le double joug de la superstitioîi el du despotisme. 11 a demandé à l’autel de joindre son autorité à celle du trône, pour le fortifier contre les peuples, et pour obtenir de ceux-ci une obéissance plus facile. Ce roi semble s'être méfié de la royauté, et avoir doute de sa vertu propre. Il a cherché des appuis en dehors d’elle. II n'a compté que sur la dépréciation de Vespèce, et l’a partagé en deux classes, l’une de maîtres la verge à la main, et 1 autre d esclaves a genoux. Ce prince a voulu créer une lacune dans l’humanité ; il Ta composée de deux points extrêmes, en laissant vide tout l’espace intermédiaire. Eh bien ! le régime infligé par Philippe à l’Espagne, à son tour celle-ci l a imposé à l’Amérique; elle s’en est fait en quelque sorte le Philippe II ; elle a prononcé contre elle l’anathème de Pharaon contre les Hébreux trop croissans, à son gré, sur la terre d’Égypte, et comme'lui, elle a dit : Sapienter op~

bientôt elle serait plus forte que l’Espagne, et par suite indépendante. Le Ion père dit tout le secret de l’Espagne, d ne s’en réserve rien pour lui, et ce secret consiste en deux mots: Ignorance et misère pour le peuple , afin qu'il obéisse; en France, on disait vulgairement: Il faut tenir U peuple bas.

pnmamus eos. Qtic l’Amérique soit opprimée systématiquement; arrêtons dans leur germe des progrès qui feraient la ruine de mon empire ;stérllisons, aveuglons, l’obéissance est le partage et la suite nécessaire de la pauvreté et de l'ignorance. Invoquons la nuit pour protectrice, et que ses ombres côuvtenUout, pour nous faire régner partout* Que la terre d’Amérique se refuse aux douce» invitations du climat* qnila sollicitent dé lmconii.es le soin de faire prospérer sur son sol si a bond suit, si yàrié > les produc tions des deux mondes ; que ses ports, capables dé recevoir tous lès vaisseaux do l’univers, restent dans une solitude interrompue de loin en loin par la présence de quelques navirea que m’accorderai comme dés faveurs,, que le pris des objets cédés par la métropole soit régie par le monopole, que Lima, Mexico, Buénos-Ayres soient pressurés, rançonnés par lui pour que CadtXiM* riche, et que Madrid série de la stérilité que assiège ses porles ; que l’Amérique pre nne part a tontes mesr-guerres et les paie} qu’elle soit régie par des hommes qui ne la connaissent pas, pressés de la quitter, empressés la plupart de s appropnei scs dépouilles et de les rapporter dans leurs loyers j une le sort de l’Amérique se décide à Madrid; que tes lisières propres à la guider et à la contenir soient placées dans un conseil exclusif; que de

lotîtes les parties de PAmériqne on soit tenu de venir solliciter en Espagne; mon intérêt vent que la tutelle et l’enfance de cette possession lointaine soient éternelles.aste, riche, éclairée; peuplée, elle échapperait infailliblement à mes fers. Pour ci ne mon empire dure, il faut que la pauvreté et l’ignorance , ces deux sœurs nées du même père durent aussi. Si jamais elle s’éclaire et prospère ! c en est fait de moi,et je perds ce que m’ont donné Cortez et Pizarro. Ainsi, depuis trois cents -ans, a raisonne l’Espagne à legerd de l’Àhiériqne, les stigmates des maux engendrés par ce terrible systeme eouvfent tout son corps. Jamais il ne fut u„ chaos de douleurs plus profondes ni plus prolongées j et que l’on n’accuse pas l’Espagne de ces barbaries, à defaut do lumières; au' rentrai,-r,

C est une lumière pervertie qui l’a conduit à ces barbaries. C’est la 1 ™*» appli^*, s8ulim

d un système originairement vicieux. Quand un pays ointam, petit, pauvre, peu peuplé, s’ingère d en regenter un autre vaste, t«be,'.supérieur en population, comment peut-il le retenir dans la dépendance?Est-ceen développant ^facultés, ou bleu «i les restreignant au plus-strict nécessaire, en relâchant les rênes ou bien entenant toujours ln v^ge-levée sur lui? Du jour que l’Espagoe S > est . approprie une. terre mille fois plus forte qnfollc-

même, elle s’est trouvée condamnée a l’opprimer.

U a fgjln violer l’humanité et la justice pour réparer la violation primitive des proportions entre la métropole et la colonie, et compenser l’inégalité tes f orCes par la répression de leurs développemens. Yoilà tout le secret du système de l’Espagne à l’égard de l’Amérique. Elle a vécu d’ombrages envers sa superbe colonie; c’était s^beauté même qui l’intimidait et qui lui donnait le sens intime des conséquences ' cachées sous ^ somptueuses apparences. Ce qui se passe aujourd’hui était de puis trois cents ans au fond de la pensée de l’Espagne ; elle devait sentir que retarder était la seule chose en son pouvoir, mais empêcher le surpassait. C’est ainsi que l’Espagne a fait le sort. * « l’Amérique, dansles âges" passés. Pouvait-elle lui en faire un meilleur dans les âges avenir? évidemment

non ; car il n’y avait rien de changé dans la position respective des de us pays. Loin de la, elle ne

pouvait que s’aggraver : l’Amérique ne pouvait pas

s’élever sans que l’Espagne ne baissât. L Amérique n’est pas plus l’Inde que l’Espagne n’est l’Angleterre. Dans l’Inde se trouven t à la fois des êtres placides, sans bouillonnement dans le sang, enchaînés

a l’obéissance par les lois de la religion et celle des castes, et le gouvernement énergique, éclairé et protecteur de l’Angleterre. L’Espagne a stérilisé

!’Amérique par système; l’Angleterre a ajouté à la fécondité naturelle de l’Inde par des lois favorables à riiumanité, à la propriété, à la liberté. L’Espagne a fait de l’Amérique quelque chose de pire encore qu’elle-même, l’Angleterre lait de l’Inde une autre Angleterre; l’Espagne ferme l’Amérique, l’Angleterre ouvre l’Inde; l’Espagne, en temps de guerre, ne peut ni pourvoir ni défendre l’Amérique; roi des mers, le pavillon de l’Angleterre écarte de l’Inde jusqu’au bruit des orages formés en Europe. Pendant des siècles, l’A mérîque passa des mains des ducs de Lerme, des Alberoni, des princes dé la Paix à celles des Camartlla , le dernier terme, le plus bas, le plus ignoble où puissent aboutir des gouveriiemeus humains, et l’Angleterre conduit XInde par les inspirations des Chatam, des Pi», des Fox et des Canning. Ainsi, voyez les résultats des deux cotés, et dites si XInde peut être pressée de con gédier l’Angleterre, comme l’Amérique l’a été d’éliminer l’Espagne : et loin que l’Éspague put relâcher la chaîne de l’Amérique, les nouvelles circonstances du monde lui prescrivaient de la renforcer. Parmi ces circonstances, arrêtons-nous aux principales : ce sont les progrès de la raison universelle, ceux du commerce, et le voisinage des Etats-Unis. Dans chacune de ces circonstances, ne découvre-t-on pas un commandement fait par

elle ù l’Espagne , de redoubler de surveillance à l’égard de l'Amérique, car parmi elles, il n’en est pas une seule qui ne soit propre à développer l’Amérique, à lui faire déborder sa métropole et à lui faire mieux sentir les épines de sa liaison avec elle. Les gouvefnemens, placés dans des positions menaçantes pour leur autorité propre, sont forcés de se resserrer et d’ajouter aux contraintes déjà existantes. L’Espagne était donc amenée par la nature des choses, par le résultat de l’état général du monde, à redoubler de pression sur l’Amérique, car tout ce qui pouvait favoriser celle-ci menaçait la domination espagnole. Avec les progrès de l’industrie, le régime exclusif devait s’aggraver pour • protéger le fisc de l’Espagne ; avec les progrès des lumières dans le monde entier, il fallait épaissir les ténèbres et redoubler la séquestration j avec le voisinage des Etats-Unis, il fallait élever de nouvelles barrières contre des communications propres à faire ressentir plus douloureusement à l’Amérique sa position, et à lui en faire désirer le terme. Comme l’Espagne n’avait pas eu le choix de son premier système envers l’Amérique, elle n’avait pas davantage le choix du second. Celui-ci provenait de la nature des choses, comme avait fait le premier, et dans les deux cas, l’Espagne était tombée dans les excès de la tyrannie pour avoir obéi

à une cupidité qui lui avait fait adopter un empire disproportionné avec ses forces propres. Dans F univers, tout ne se soutient que par l’observation des lois de la proportion ; tout ce qui y déroge, péril.

Et que, pour se donner le droit d’infirmer le ta* bleau qui vient d’être tracé, on ne dise pas : l’Espagne a fait pour VAmérique telle et telle chosej celle-ci s’est améliorée sous ses lois. Qu’est-ce à dire? Le bien-être de l’Amérique vient-il de, l’Amérique ou dè l’Espagne? Est-ce l’Espagne qui a bâti les villes, qui a fécondé le sol, qui a créé quelques préliminaires d’industrie ? Tout cela ne vient-il pas du fond même de l’Amérique? Qu’a fait l’Espagne dans tout cela? elle a moins empêche 3 et puis c’est tout, La question véritable est donc celle-ci : l’Amérique libre citt-eÛe fait autant et plus? L’Amérique exonérée de l’Espagne, ou cequi valait encore mieux, ue layànt jamais connue, aurait-elle souffert tout ce qu’elle a supporté de la part de l’Espagne? et avec la liberté et lés communications modernes, que serait-elle a ujourd’hui ? Et s’il est vrai que l’Espagne ait fait •quelque bien a F Amérique } ce faiblq bien fait-il que les maux n’aient aussi existé; et dans quelle proportion avec le bien ! De plus, ce bien a-t-il été fait en vue de l’Espagpc ou bien de l’Amérique? Quand, en 1778, Charles III, ouvrit douze ports

de la Péninsule au commerce de l’Amérique, le commerce de l’Espagne avec l’Amérique doubla dans l’espace de dix ans. Pour qui était le bienfait? était-ce pour l’Amérique ou pour l’Espagne? Ou est sujet à rencontrer les expressions emphatiques de bienfaits pour les moindres choses faites en faveur des gouvernés. Ne dirait-on pas que leur bienêtre ne soit pas un devoir pour les gouvernemeus, que ceux-ci y mettent du leur, et qu’ils ne participent pas aux avantages? En vérité, l’habitude du commandement d’un côté, et celle du mal-être de l’autre, ont créé de singulières locutions!

L’aggravation du sort de l’Amérique était surtout le résultat nécessaire de la compression de sa révolution et du triomphe de l’Espagne. L’abtme allait s’élargir et s’approfondir, et cette perspective douloureuse pour l’hunianité faisait ajouter aux vœux qu’il était si naturel de faire pour celte malheureuse Amérique, si long-temps opprimée et si digne d’un meilleur sort. En cas de défaite, elle était réservée à subir toutes les conséquences des insurrections réprimées par la force, des craintes qu’elles inspirent et des précautions qu’elles dictent. L’Espagne se fût armée de nouvelles rigueurs au nom de ses dangers passés et de sa sûreté à venir; et quelque chose de pire que les décrets du port Sainte-Marie , et que le régime restauré de l’Es-

pagne menaçait l’Amérique, et ne pouvait pas manquer de fondre sur elle5 et que l’on ne rejette pas cette prévoyance sur la malveillance, qu’on ne lui oppose pas des paroles de conciliation déjà émises et plusieurs fois répétées. L’exemple de l’Espagne est là pour répondre. On sait ce qui s’y est passé en 1814 et en 1823, ce qui avait été annoncé et ce qui a été tenu ; on a réduit les promesses à représenter des clefs empruntées pour ouvrir les portes qu’on ne peut pas enfoncer. Quand vingt faits ont démenti les promesses, celles-ci retombent au nombre de ces appâts que le désir de tromper ouïe besoin d’être trompé font présenter et accepter, mais que la raison, éclairée par l’expérience, repousse. Ainsi a fait l’Amérique ; avertie par sa destinée passée, elle n’a voulu remettre qu’à elle-même celle de son avenir. Son bras a fait triompher le calcul de sa raison, et l’univers applaudit toujours au courage et aux lumières, car leur réunion est le plus noble spectacle qui puisse lui être présenté.

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