‹ Vrai système de l'Europe relativement à l'Amérique et à la GrèceChapitre 8 sur 35 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Origine de la révolution de VAmérique; comment elle a été Jugée et combattue:

Cette révolution est-elle le produit de calculs ambitieux , c}e complots cachés, ou de ce qu’on appelle vulgairement Vesprit révolutionnaim> à défaut de pouvoir ou de vouloir s’expliquer pliis clairement ? ou bien est-elle le produit naturel et inévitable des choses, dans leur action combinée avec. Fétat actuel du monde? Tel est l'état réel de la question. En laissant là des diffamations auxquelles il a été répondu cent fois, il faut dire sans hésiter : Qui, cette grande révolution vient de la nature des choses , elle était au fond dos choses américaines, comme la révolution de France était au fond des choses françaises : le contraire ne f peut plus être contesté que par Fintérêtqui trouve son compte à propager Ferveur, ou par la faiblesse d’esprit qui aime à s’eu nourrir. Voici ce qu’est la rcvolulion de F Amérique, C’est celle de la

force contre la faiblesse, contre les inconvémens des comraandemcns venus de loin, et des relations entretenues au loin, contre les désastres provenus d’un système de dépréciation entretenu pendant trois cents ans, contre l’inégalité de civilisation, et pour tenir compte de tout, contre Vabsence, car pendant de longues années, comme on l’a vu dans le cours de la guerre, depuis 1796 Jusqu’en 1814, l’Espagne était pour l’Amérique comme si elle n’existait pas; alors toutes relations entre elles avaient été rompues ; l’Espagne était tombée en désuétude pour l’Amérique ; pendant ce temps celle-ci avait conçu de nouvelles idées, formé -de nouvelles relations, contracté de nouveaux goûts, ressenti de nouveaux besoins; après tant d’annees dé séparation, l’Espagne a trouvé une autre Amérique que celle qu’elle avait connue ; la métropole elles colonies se sont présentées l’une à l’autre, comme des personnes qui après une longue absence sont obligées de se nommer mutuellement pour parvenir à se reconnaître; surtout un point capital les divisait.'L’Amériqueavait profilé des longues années de guerre pour rompre l'exclusif du commerce de la métropole , et Celleci tenait principalement à cet exclusif, et avec autant d’avantages pour elle que de dommages pour l’Aincrique, quand l’Espagne est revenue en 1814,

,elle a trouve cette grande innovation fortement: enracinée sur lotit le sol américain ; et son pavillon , de tous ceux de l’Europe , le plus étranger a FAmérique; cela seul suffisait pour faire éclater une révolution , comme on Fa vu à la Havanne ; l’Espagne n’y maintient plus sa domination que par la tolérance delà liberté du commerce; elle a voulu la supprimer ; mais le mal!leur de son essai lui a fait sentir le danger d’insister; elle a eu à choisir entre la tolérance de la liberté du commerce y ou la perte de la colonie ; quelque répugnance que ce nouvel ordre inspirât à FEspagne 5 il a bien fallu s’y soumettre; car c’est à ce prix qu’elle jouit encore de la Havanne; les liens de cellê-ci avec elle tiennent à cela. De plus le voisinage des Etats-Unis ? l’exemple de la prospérité de ce peuple modèle formaient devant les yeux et à la porte de FAmérique un ensemble de leçons et d’excitations dont h la longueFeffelétait immanquable y il fallait vouloir s’aveugler pour rte pas apercevoir distinctement de résultat.*. L’Amérique 5 forte de tant de moyens, excitée par tant de besoins, ne pouvait plus rester attachée à l’Espagne; la prolongation deFtmion avec elle était un suicide ; de sa main irrésistible, et d’oü ne sortent que raison, justice, infaillibilité, la nature avait rompu cette alliance mal assortie ; le divorce

entre elles était fait par les choses ; lorsque k révolution a éclaté, il était déjà fait ; la révolution n 3 a fait que le proclamer; des révolutions de cette nature ne se font pas et ceux qui se les attribuait, se vantent... La preuve de cette vérité est comme écrite dans le résultat des tentatives répétées qui, à diverses époques., avaient déjà eu lieu pour rompre le joug de l’Espagne ; avaient-elles réussies? Assurément non, et pourquoi? Farce qu’autourd’elles, rien n’était encore préparé pour le succès ; par la raison contraire, la révolution actuelle a eu le v succès le plus facile et le plus plein ; elle a trouvé toutes les voies aplanies et ouvertes, tout Fkppui de son côté , et toute la défaveur du temps contre Fopposition qu’elle pouvait rencontrer de la part de l’Espagne ; le moment a été saisi avec discernement, et les éveil emens sont venus féconder, justifier , et porter à son entier développement cette grande entreprise; placée à une autre époque, elle périssait, La faveur delà même opportunité a secondé la révolution de la Grèce ; déjà combien de fois n’avait-elle pas essayé de rompre le joug ottoman, et comment le porter sans songer à le rejeter? Toujours elle avait succombé; pourquoi? Parce que là, comme en Amérique, la préparation manquait encore au succès; quand elle s’est rencontré, au moment de la maturité, quVt-il

manqué au succès ? Cette règle est générale et troine partout son application. Cent ans plus tôt, les États-Unis auraient-ils prévalu contre l’Angleterre? La Hollande aurait-elle réussi à échappera la main habile et puissante (le Chorlfis- Quint? Avant Montesquieu ét Yoltairé, avant les excès du règne de Louis XIY, recouverts par la splendeur personnelle dn prince , et par l’éclat inusité de sa cour, avant les saturnales de la régence , et cette partie du règne de Louis XY qui dans la déplorable famille des faiblesses humaines accuse le nu t avant la double suppression des 1 parlemens en 1770 et 1788, ce qui a constitué deux fois en dix-huit ans le despotisme légal, et l’eûaeement de toutes les libertés nationales, chose trop peu remarquée, avant toutes ces scènes et bien d’autres encore que je tais, car je ne tends qu’à instruire et à prouver* et non pas à inculper par des rappels chagrins et inopportuns, avant toutes ces causes, la révolution française était impossible j avec elles * elle a été facile, complète, rien 11’a pu l’arrêter, elle a duré, elle dure encore, elle durera, elle a rempli la France, elle oouvrira le monde, cela tient toujours au même principe : l’absence ou la présence des élémens propres à favoriser ou à contrarier une révolution. J’insrsto' sur ces principes : i° à cause de leur vérité ;

a D à cause de leur importance; S*? à cause de ce que l’on Fait pour les obscurcir. Si, dans l’histoire entière des révolutions, il se trouve quelque chose de bien certain, de bien démontré, d’accepté par tous les esprits sensibles aux charmes de la vérité, c’est que la grande révolution américaine est le produit évident de la nature des choses, et ne participe en aucun point àTcssprit révolution^ naire, ni aux ambitions privées. L’esprit révolutionnaire accuse l’inquiétude de l’esprit, l’impatience do la règle, la tendance à des perturbations lucratives; rien de cela ne se rencontre dans la révolution américaine, et en la considérant sctis les rapports de son étendue, de ses effets, do ses motifs légitimes, et de tous ses accessoires, où sent qu’il n’est nullement besoin de-recourir à des causes détournées ou bien occultes, quand il y a abondance, de mobiles évidens et puissans ; malheureusement ce penchant à demander à la nuit ce que donne le jour, à l’homme, ce que les choses* suffisent bien à faire, se rencontrent trop souvent : on dirait que la Vérité avec sa clarté ne flatte pas assez l’orgueil de l’esprit de Fhomme, et qu’il manque quelque chose là où il n’a pas Cré& Dans le'cas actuel, quelle proportion peut-on apercevoirentre un mouvement tel que celui de l’Amérique,et les menées de l’esprit révolutionnaire, ou les

F ébranler ci le transformer* depuis les frontières du Mexique Jusqu’à la terre de Magellan ?

Main tenant faut-il dire comment cet évènement * le plus grand que le monde ait encore yu, le plus plein d’avenir de tout ceux qu’ait encore éclairé le soleil, a été aperçu* apprécié et combattu; jamais sujet n’invita davantage à réfléchir* Eh bien ! dans Tordre moral ou poli tique, à quelles considérations a-t-il prêté? Fut-il jamais un spectacle plus pitoyable* plus dénué à la fois de calcul, de virilité* de prévoyance et d’humanité* que celui qu’a offert la conduite de l’Europe dans toute la durée de cette contestation ? D’abord, et c’est Fusage, on a crié : c*est impossible t Autant en avait-il été dit pour la révolution des Pays-Bas* pour celle des États-Unis, et dans les derniers temps pour celle .de la Grèce* C'est le refrain oblige dans le début de toutes ces scènes. On dirait que les hommes n’ont des yeux que pour voir ce qui tombe sous leurs sens, et que tout le moral échappe k leur vue; d’où provient celte exclamation vulgaire, cette propension à s’arrêter a la surface des choses et à s’y borner* Dès qu’une lutte s’engage entre des athlètes inégaux en forçes apparentes , aussitôt de crier : l’inégalité est trop

explosions de quelques ambitions privées ? Quel levier pour soulever un continent tout entier,

marquée, on ne réussira pas; et pourquoi parle-ton ainsi?Parce qu’on ne compense pas les inégalités d’une nature par les inégalités d’une autre espôeu; chaque chose a son côté faible; des inégalités de diverses natures peuvent finir par produire une égalité véritable, et même une supériorité en faveur de celui qu’un premier aperçu peut montrer comme le plus faible; e’est ce qui a paru distinctement dans la querelle de l’Amérique avec l’Espagne. Au premier coup d’œii on a vu l’Espagne’avec toutes ses forces vis-à-vis de l’Amérique avec toutes ses faiblesses. Mais d’un autre côté, on oubliait de voiries forces de l’Ainérique vis-à-vis des faiblesses de l’Espagne, et rétablissant l’équilibre entre elles. Aussi, quand ellesse sont heurtées, de quel côté s’est trouvé la force réelle? A l’appui de ce judicieux jugement, a marché dès l’origine d^’débat un cortège’d’insultes, de moqueries , d outrages vils et bas, tels que ceux que l’on se permet à peine vis-a-vis d’une populace agissant sans frein et sans but. Le courage le plus éclatant, le plus éprouvé, ses victoires, le but le plus noble, le plus élevé, les hommes et les choses, tout a été souillé par les imputations les plus flétrissantes, tout a été l’objet d’insultes aussi dégoûlantes qu’heureusementelles étaient impuissantes: quel sort annonçait-on à ceux qui étaient l’objet

de ces publications tour à tour furibondes ou grossières? Quel avenir mon trait-on à l’Amérique toute entière? Si les armes de l’Espagne eussent prévalu, que devenait - elle sous l’empire de pareilles inspirations? Les impmdens auteurs de ces provocations, oubliant qu’elles peuvent devenir des appels au courage rendu indispensable, ne s’epercevoient pas que chacune d’elles imposait a ï Amérique la nécessité de nouveaux efforts pour se soustraire au joug et à l’opprobre suspendus sur sa tête. C’est ainsi que dans la révolution française on a placé les hommes entre les excès, l’héroïsme et le besoin de se placer au-dessus de la crainte d’avoir à rougir. Or, dans des positions de cette nature, le choix des hommes de cœur est bientôtfait. Si l’Amérique peut de voir quelques remercimens à ceux qui lui ont fourni des motifs de s’affermir dans sa détermination, de son côté, l’Espagne est exempte de la même obligation envers ceux qui ont fait ressentir à sa rivale ces puisons aiguillons. Eut-il jamais rien de plus ridicule que cet état embrassé depuis dix ans par tous les écrivains d’un parti, de controuver des nouvelles démenties quelques heures après, de dénaturer les faits, de nier l’évidence, et le lendemain d’une défaite, de reprendre le cours de leurs impostures : ces viles manœuvres suivent leurs cours depuis

i8i5. Encore hier, on annonçait te triomphe de l’Espagne et l’anéantissement de Bolivar, tandis «que déjà depuis plusieurs mois, armée, généraux de l’Espagne, tout avait passé sous les fourches caudines, et que sa domination avait fini en Amérique; mais voilà comme sont ces hommes; insensibles aux charmes de la vérité, indifféreus pour tous les intérêts hors les leurs, servant qui les paie, erreur ou vérité, que leur importe ; qu’ils fournissent à la déception de la journée, cela leur suffit,chaque jour apporte son pain avec son mensonge; on dirait que pour l’Espagne, faire publier une victoire imaginaire était l’avoir remportée, avoir détruit l’ennemi. L’Espagne ne peut plus avoir de triomphes ailleurs que dans ses gazettes; elle ne possède plus en Amérique que ce que dont lui font présent les folliculaires de Madrid ou les journaux de Paris, sous la rubrique de lieux divers, tels qué Lima, Cadix et Bordeaux. Personne n’est pris à ces jongleries décréditées, elles ne produisent qu’incrédulité et mépris; mais elles ne continueront pas moins sous les mêmes inspirations qui les ont creees. Qnant à la prévoyance, aux plans quelconques dont la révolution d’Amérique pouvait faire sentir la nécessité à l’Europe, on n’en aperçoit aucun vestige. Hors l’Angleterre, on regarde,

on ne calcule, on ne résout rien, on attend ce

qui n’est, pas possible, on désire ce qui contrarie l’ensemble d’une position, c’est jusqu’à ce jour tout ce qu’on a su faire ; aussi qu’est-il arrivé? pendant qu’en Europe on se perdaiten idées sans bases, sans possibilité d’exécution, la révolution américaine poursuivait son cours, doublait le pas, et arrivait au terme; elle y est, qui l’en arrachera?

Quant à la guerre, une partie de l’Europe la voulu sans le pouvoir; l’Espagne aussi l’a voulu, et a eu le malheur de la faire. Le monde, témoin de ce triste drame, a vu deux choses : 1' comment l’Espagne fait la guerre ; 2° comment la guerre peut se faire en Amérique; la guerre de l’Espagne dans cette contrée a été aussi instructive que celle de la France en Russie : toutes les deux renferment de forts grands enseignemens. Maintenant on sait à quois’cn tenir sur les guerres lointaines, et dans ces climats extrêmes, où tout dépasse les forces humaines. S’il n’est pas un homme sensé qui ait hésité sur le résultat inévitable de la guerre de l’Espagne en Amérique, il n’est pas non plus un homme sensible qui ne donne des larmes à chaque soldat envoyé dans ces climats meurtriers, triste victime d’une politique aussi aveugle qu inhumaine, incapable à recouvrer, à conserver le sol de l’Amérique,et fait uniquement pour l’engraisser de sa dépouille. C’est là ce qui est arrivé jus-

et le bon sens, d’accord avec l’humaiiitéj J!’àlirait-il pas dû en avertir? Qui a pu faire dédaigner leurs conseils?

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