Qui rend raison
des observations de Mars faites par Tycho, avec une exactitude remarquable.
Il lui suffit, pour cela, de supposer que le Soleil occupait le foyer de la courbe, et que la vitesse de la planète était telle dans les différents points de l'orbite, que les surfaces décrites par son rayon vecteur étaient les mêmes dans des temps égaux , ou, qu'à partir d'un rayon déterminé, ces surfaces étaient proportionnelles au temps. Parmi les nombreuses observations d'Uranibourg dont il pouvait disposer, Kepler était obligé de faire un choix intelligent parmi celles qui pouvaient servir à résoudre les diverse questions liées au problème général qu'il s'était proposé, et d'inventer sans cesse de nouvelles méthodes pour les calculer. C'est ainsi qu'il trouva, par exemple, sans faire aucune hypothèse, que les lignes droites, intersections des orbites des planètes avec le plan de l'écliptique passaient toutes par le Soleil, et que les plans de ces orbites formaient avec le plan de l'orbite terrestre, des angles à peu près constants ; il supprimait ainsi la titubalion à laquelle ses prédécesseurs avaient eu recours pour expliquer les changements de latitude.
Les calculs exécutés par Kepler, comme nous le disions tout à l'heure, furent très-longs, très-fastidieux surtout, parce que de son temps les logarithmes n'étaient pas inventés. Voici en quels termes Bailly en parle dans le second volume, page 52, de son Histoire de l'astronomie:
o Kepler fit des efforts incroyables. Les logarithmes n'étaient pas inventés ; le calcul n'était pas alors si facile qu'il l'est aujourd'hui. Chacun des calculs qu'il entreprit occupe 10 pages in-folio; il les répéta jusqu'à 70 fois:
W calculs font donc 780 pages. Les catariatews savent combien on fait de fautes, combien il faut recommencer, et le temps qu'exigent 709 pages de calcul. Cet homme était étonnant; son génie n'était point rebuté de ces recherches minutieuses et pesantes, et ces recherches •'usaient point son génie. »
Au moment 4e commencer son travail , Kepler ne se faisait pas illusion sur la grandeur de la tâche qu'il s'imposait. Il raconte que Rhéticus, disciple distingué de Ceperoic, avait désiré de réformer l'astronomie; mais» (p'étomé du mouvement de Mars, il ne put jamais l'expliquer. « Rhéticus, dit-il, invoqua son génie familier, qm apparemment fâché d'être interrompu , le saisit par les cheveux, F éleva au plafond et le laissa retomber sur le plancher, en lui disant : Voilà le mouvement de Mars. »
Cette vision, rapportée par l'auteur de l'ouvrage de SkUa Mwrtis, nous donne la mesure de la difficulté dont le problème qu'il entreprenait de résoudre lui paraissait ertouré. Quant à la satisfaction que Kepler éprouva après «voir démontré que les planètes se meuvent dans des ellipses et suivant la loi des aires, je n'en veux pour preuve que le discours adressé à la mémoire du malheukqx Ramus.
Ce célèbre professeur du Collège de France, une des victimes du massacre de la Saint-Barthélémy, avait promis <f abandonner sa chaire et tous les avantages qui en dépendaient, à celui qui rendrait compte des mouvements rélestes en dehors de toute hypothèse.
«Vous avez bien fait, s'écrie Kepler, de quitter cette % car sans cela vous seriez aujourd'hui obligé de me
céder votre chaire, les conditions que vous aviez imposées étant toutes remplies dans cet ouvrage. >
On trouve dans le traité que nous venons d'analyser, les idées que Kepler s'était formées sur les causes physiques des mouvements célestes.
Si l'on se reporte à l'époque où l'ouvrage fut écrit, on reconnaîtra la profondeur et la rare perspicacité du génie de l'auteur.
Nous ne ferons que quelques citations, empruntées pour la plupart à un des historiens de l'astronomie. Toute substance corporelle, en tant que corporelle, resterait en repos en tout lieu où elle serait solitaire, c'est-à-dire hors de la sphère d'activité d'un autre corps. Le mouvement rectiligne est le seul naturel et non pas le mouvement circulaire, comme le prétendaient les astronomes. Ces deux propositions réunies constituent à peu près le principe de l'inertie adopté par tous les mécaniciens modernes.
La gravité est une affection corporelle et réciproque entre deux corps de même espèce. Elle les porte à se réunir ; mais la Terre attire une pierre beaucoup plus que la pierre n'attire la Terre.
Si la Lune et la Terre supposées de même densité n'étaient pas retenues par une force animale ou autre force équipollente, chacune dans son propre circuit , la Terre monterait vers la Lune de la 51e partie de l'intervalle, la Lune descendrait vers la Terre des 53 parties restantes; et là, elles se réuniraient.
Si la Terre cessait d'attirer ses eaux , toute la mer s'élèverait et se réunirait à la Lune. Si la sphère de force attractive de la Lune s'étend jusqu'à la Terre, à plus forte
raison la force attractive de la Terre doit s'étendre jusqu'à la Lune et au delà. En sorte que rien de ce qui est analogue à la nature de la Terre, ne peut échapper à cette force.
Rien de matériel n'est léger absolument; un corps ne peut l'être que comparativement, parce qu'il est plus rare. « J'appelle rare, dit Kepler, ce qui, sous un volume donné, renferme moins de matière. •
Il ne faut pas s'imaginer que les corps légers montent et ne sont point attirés; ils sont moins attirés que les graves, et les graves les expulsent.
La force motrice des planètes réside dans le Soleil et s'affaiblit avec la distance à cet astre.
Dès qu'il supposait que le Soleil était la cause motrice des mouvements planétaires, Kepler devait donner à cet astre un mouvement de rotation dirigé dans le même sens que celui de circulation des planètes, et c'est, en effet, ce qu'il fit. Cette conjecture a été vérifiée depuis la découverte des taches ; mais Kepler l'accompagna de plusieurs circonstances, dont des observations ultérieures ont démontré l'inexactitude.
DIOPTRICA, ET EXAMEN PRAFATIONI5 10. PENjB GALLI IN OPTICA
eoclidis; de use optices m philosophia. — Francfort, 1611; réimprimé à Londres en 1653.
Il semble que, pour écrire un traité de dioptrique, il eut été nécessaire de connaître la loi suivant laquelle s'opère la réfraction de la lumière lorsqu'elle passe d'un milieu rare dans un milieu dense, ou d'un milieu dense dans un milieu rare; loi qui, comme nous l'avons rappelé,
a été révélée, pour là première fois, au monde savant par Descartes. Cependant, comme pour de petites incidences'rapportées à la perpendiculaire, l'angle de réfraction est à peu près proportionnel à l'angle d'incidence, Kepler se sert de cette règle approximative pour étudier les propriétés des lentilles plano-sphériques ou des lentilles dont les deux surfaces appartiennent à des sphères de même rayon. C'est à lui qu'on doit les formules, encore m usage aujourd'hui, pour calculer les distances des foyers de semblables lentilles*
On trouve dans cet ouvrage qu'il a imaginé le premier de former des lunettes, à l'aide de l'accouplement de deux lentilles convexes, tandis que Galilée employa toujours UB6 lentille oculaire concave et une lentille objective convexe. C'est donc à Kepler qu'il faut faire remonter la combinaison qui constitue aujourd'hui les lunettes astronomiques, les seules qu'on puisse appliquer avec avantage aux instruments gradués destinés k mesurer des angles. Quant à la règle suivant laquelle on peut déterminer les grossissements de ces lunettes et qui consiste à diviser la distance focale de l'objectif par la distance focale de l'oculaire, elle ne fut pas donnée par Kepler. Cette découverte était réservée à Huygens*
Kepler, qui cimnaissaH déjà la découverte faite par Galilée des satellites de Jupiter, au moment où il publiait sa Diopkique, tire de la courte durée des révolutions des satellites la conséquence un peu aventureuse que la planète doit tourner sur elle-même dans un temps très-court» certainement inférieur, dit-il, à vingt-quatre heures. Cette conjecture n'a été vérifiée que longtemps après.
IOTA STtftEOMETRIA BOblOlSlI VliniliaKUM. — - CÎDZ, £<6i5.
(Test un ouvrage de pure géométrie, dans lequel l'auteur examine particulièrement les solides produits par une ellipse tournant autour de ses divers axes. Ce traité contient aussi un procédé pour le jaugeage des tonneaux.
HAAMOlIfiXS MUIfDI I.IBM «fUSQUa,. GEÔMHTRBGOS, AHCHIIBÛTOICÏ- CTS, HARMONICUS, PSYCHOLOGICUS, ÀSTRONOMICUS, CDM APPKÏ- DI€B COÏITINEKS MYSTERIUM COSMOGRÀPHICUM. — LÎI1Z, 1619.
Tel est le titre de l'ouvrage dans lequel Kepler rend compte dé la découverte de la troisième loi qui porte son nom : que les carrés des temps des révolutions sont entre eu comme les cubes des distances*
C'est le 18 mars 1618 qu'il lui vint la pensée de comparer les temps des révolutions a<*x cubes des distances; mais il trouva, à la suite d'une erreur de calcul , que la foi ae se vérifiait pas. Le 15 mai , il- recommença ce même calcul, et cette fois le résultat s'accorda avec les fait».
Kepler rapporte qu'il crut un moment qu'une nouvelle sieur de calcul lui avait fait iltasion; mais, ajoute-t-9, toute vérification faite, la loi représente si bien les observations de Tycbe que la découverte est certaine.
Cette découverte est, malfteureusemeiLt mêlée à des idées bizarres, et qui plus est, totalement inadmissibles» Les rapports qu'il avait trouvés entre les mouvements et les distances ramenaient son esprit vers les conceptions pythagoriciennes des harmonies.
Dans la manque des corps célestes, dit-il , Saturne et
Jupiter font la basse; Mars, le ténor; la Terre et Vénus, la haute-contre, et Mercure, le fausset
Une autre chose qui dépare également un ouvrage à jamais immortel , dans lequel est énoncée la belle découverte de la troisième loi , c'est la confiance de Fauteur dans les rêveries astrologiques.
On y voit par exemple cette assertion, que Pair est toujours troublé quaûd des planètes sont en conjonction, qu'il pleut quand elles sont à 60 degrés exactement, et autres rêveries pareilles.
DE COMETIS LIBELLI TRES, A6TA0N0MICUS , PHYSICCS, ÀSTROLOGI- CCS ET COMETARUM PHTSIOLOGIA NOVA ET PÀJUDOXOS. — AUg-
sbourg, 1619.
Ce qui frappe d'étonnement en lisant les trois chapitres dont l'ouvrage se compose, c'est d'y voir que Kepler, l'auteur des lois du mouvement elliptique des planètes autour du Soleil, se soit obstiné à faire mouvoir les comètes en ligne droite. L'observation du cours de ces astres, disait-il, mérite peu de fixer l'attention, puisqu'ils ne reviennent pas. Et c'est à l'occasion de la comète de 1607, c'est-à-dire d'une comète qui était déjà revenue trois fois, et qui depuis est revenue deux autres fois, que le grand astronome débitait de pareilles assertions, si peu dignes de son génie. Toutefois, il déduisit de son système erroné des conséquences précieuses sur l'immense distance de la comète à la Terre.
Dans la seconde partie de l'ouvrage, intitulée Physiologie des comètes, on trouve ce passage qu'on ne croirait pas sorti de la plume d'un si grand homme :
t L'eau, et surtout l'eau salée , donne naissance aux poissons; Pétber la donne aux comètes. Le Créateur n'a pas voulu que l'immense étendue des mers fût dépourvue d'habitants; il a fait de même pour les espaces célestes. Le nombre des comètes doit être très-considérable ; si nous en voyons si peu, c'est qu'elles ne s'approchent pas assez de la Terre; elles se dissipent facilement. »
À côté de ces rêveries, fruit d'une imagination que rien n'arrête dans sa course vagabonde, se trouvent des idées qui ont eu cours dans la science parmi les plus habiles, celle par exemple que les rayons du Soleil en traversant les comètes, entraînent sans cesse des particules de leur substance et forment ainsi la queue.
Sénèque, d'après le témoignage d'Éphore, parlait d'une comète qui se partagea en deux portions, lesquelles suivirent des routes différentes. Le philosophe romain croyait cette observation mensongère. Il est, à ce sujet, traité par Kepler avec une extrême rigueur. Nous devons avouer que tous les astronomes étaient de l'avis de Sénèque; mais voilà que, de nos jours, les observateurs armés de lunettes ont pu assister au partage d'une seule comète en deux astres distincts, et voiries deux moitiés s'engager dans des routes différentes. Les prévisions d'un homme de génie ne doivent jamais être entièrement dédaignées.
L'ouvrage dont nous parlons, quoique de 1619, porte dans le dernier chapitre surtout, l'empreinte des opinions astrologiques de l'époque sur l'influence que les comètes exerceraient à distance sur les événements du monde sublunaire. Je dis à distance, car, lorsque l'auteur sou* lient que la peste peut être produite par les comètes dont
*tf KEPLER.
la queue enveloppe la.Tenre, il émet une idée dont on ne pourrait démontrer la fausseté, dans l'ignorance où dm sommes de la nature des matières dont tes comètes son! formées.
EPITOME ASTRONOMIE COPERNICANjE, IN SEPTEH LIBRIS CONSCRJPTA; LIBRI TRES PRIORES DE BOCTRINA SPfLERîCA, IN QBA, PRjETM PHYSICAM ACCURATAM, APPLICATION EH MOTOS TERRA BIDAM, ORTUSQUE EX EO CIRCDLORUM SPHjERjE, TOTA DOCTRINA SPH4- RICA NOVA ET CONCINNIORI MÏTHODO AUCTIOR TRADITCRJ ADDI- TIS EXEMPLIS OVNIS 6EITEU8 COMPUTATIDlITni AAT90BMI1CJUM)I ET CEOGRAPHICARUM, QUJE INTEGRARUH PBjECEPTIÛNOJI VOf STNT GOHPLEXA.
Cet ouvrage se compose de deux volumes qui ont pan à Linz, à des époques différentes, 461&, 1621 et 1621 Nous allons citer en abrégé ce qu'il.renferjne de vues ou de découvertes astronomiques ayant étendu, le dons» de la science.
LeSoleil est une étoile flxe; il ne nous paraît plus grand que les autres étoiles qu'à raison de sa distance, cric* beaucoup moindre.
On sait que le Soleil tourne sur loi-même (par l'obser^ vation des taches) , il doit en être de même de tontes les planètes..
Les comètes. sont formées d'une matière susceptible de dilatation et de condensation r d'une matière q» P68* être transportée au loin par l'action des rayons solaires.
Le rayon de la sphère des étoiles est au moins égal à 2,000 fois la distance de Saturne.
Les taches du Soleil sont ou des nuages, ou <f épaisses fumées qui sf élèvent de ses entrailles et se consument à si surface.
Le Soleil tourne, et dan son mouvement sa faculté attractive se dirige Tara les différentes régions du ciel, comme ferait cette d'un aimant qui tournerait Lorsque, à l'aide de cette force, le Soleil a saisi une ptanèteponr l'attirer ou la repousser, il la fait tourner, avec 1«L
La centre du Soleil est le centra de& mouvements planétaires»
On sait que Copernic plaçait le centre du mouvement hors de cet astre,
Kepler attribue la lumière dent la Lune est entourée pédant les éclipses totales de SoteilT à r atmosphère de ce dernier astre. 11 (fit que cette atmosphère est visible qariquefdis après le coucher du Soleil. On a cm voir dus cette remarque que Kepler avait découvert le premier la lumière zodiacale; mais comme il ne dit rien de la forme allongée qu'affecte cette lumière, il ne parait pas possible de lui attribuer l'observation dont on priverait gratuitement, ce me semble , Ghildrey et Dominique Cassini.
JO. XEPLERI TABULA RUDOLPHIN jE , QUIBUS ASTRONOMIE SCIEN- TL£* TEtfPOROH LOKCTOQmTATfi COLfcAPSift, HEBTAUlLAVie COttlUETBE, À TYCHOW BRAHE PHIMÙM AMHO GOKCEPTA. ET DES- TUfATA ANRO CHRISTI £564, EXINDE OBSERVATION I BU S SIDERUM ACCCKRATTSSTM15, POST AUffCM PRACIKJE 1571, 8ERIO AFFEC- TA**, TAliDKV TRABIOTA IN OERMAMIAM IIIQfiE AGUM ET NOMES ECDOLPH1 IMP. AHNO 1598» — Ulm, 1627.
Ces tables avaient été commencées par Tycho ; elles forent achevées par Kepler, qui y travailla vingt-six ans. Le nom qu'elles portent est celui <ïe Pempereur Rodolphe, qm fut à la fois le protecteur des deux artranomee.
On trouve dans cet ouvrage une histoire de la décou-
verte des logarithmes qui, examinée sans préjugés nationaux, n'enlève rien absolument au mérite de Néper. Celui-ci est incontestablement le premier inventeur, puisque ses titres à la priorité reposent sur des documents imprimés.
Les explications jointes aux Tables Rudolphines renferment les premières indications de la méthode des longitudes, fondée sur l'observation des distances de la Lune aux étoiles.
Les Tabks pmténiques, ainsi appelées parce qu'elles étaient dédiées à Albert de Brandebourg, duc de Prusse, furent publiées par Reinhold , en 1551. Elles avaient pour base les observations de Copernic et de Ptolémée. Lorsr que Kepler publia les Tables Rudolphines, fondées sur les observations de Tycho et sur ses nouvelles théories, les tables de Reinhold présentaient des erreurs de plusieurs degrés.
JO. KEPLERI SOMNIUM, SEU OPUS POSTHUMUM DE ASTROROMtÀ
ldnari. — Sagan et Francfort, 1634.
Dans cet ouvrage posthume de Kepler, publié en 16â4 par son fils, on trouve une description des phénomènes astronomiques pour un observateur placé sur la Lune. Quelques auteurs de traités élémentaires écrits postérieurement se sont attachés à décrire de même les phénomènes du firmament pour des observateurs situés dans différentes planètes. C'est un exercice très-utile pour te commençants, mais il est juste de dire que la première idée de ces déplacements imaginaires appartient à Keplec
Les autres écrits de Kepler portent les titres sui-
vants; la liste complète de ses œuvres que nous donnons, témoigne de la vie laborieuse et de l'indomptable persévérance de l'illustre astronome :
Nova dissertatiuncula de fundamentis astrologiae certioribus, ad cosmotheoriam spectans. — Prague, 1602.
Epistola ad rerum cœlestium amatores universos , Hispaniae potissimum citerioris et Galliae ulterioris, insularum queCorsicae et Siciliœ incolas, de Solis deliquio mense octobri anni 1605. — Prague , 1605.
Sylva chronologica. — Francfort, 1606.
Histoire détaillée de la nouvelle comète de 1607 et de ses indications , avec un nouveau Discours bien fondé sur la nature et le mouvement des comètes et leurs significations. — En allemand ; Halle en Saxe, 1608.
Phœnomenon singulare, seu Mercurius in Sole; cum digressione de causis cur Dionysius abbas christianos minus justo a nativitate Christi Domini numerare docuerit De capite et anni ecclesiastici. — Leipsig, 1609.
Dissertatio cum Nuncio sidereo nuper ad mortales misso à Galileo. — Prague, 1610; réimprimé la même année à Florence et à Francfort en 1611.
Narratio de observatis à se quatuor Jovis satellitibus erronibus quos Galilaeus medicea sidéra nuncupavit. — Prague, 1610.
Exhortation à quelques théologiens, médecins et philosophes, principalement à Philippe Feselius, de ne pas
idft KEPLER.
jeter V enfant avec le bain, pour qu'en rejetant les erreur» de l'astrologie, ils n'aillent contre leur intérêt; avec plusieurs Questions qui n'avaient jamais été proposées ai discutées par les vrais amateurs des secrets de la nature, par Jean Kepler , mathématicien de l'empereur. — En allemand; Francfort, 1610.
Jo. Kepleri strena , seu de mve sewrogulà. — Francfort, 1641.
Kepleri eclogae chronicae ex epistolis doctîssimorum aliquot virorum et suis mutuis. — Francfort, 1615.
Ephemerides novae motuum cœlestium ab anno 1617, ex obaervatienibus potissimuna Tychonis Brahei, hypothesihus physicis et tabulis Rudolphinis, ad meridianuiB Uranopyrgicum in freto dmbrico, quem proxime circumstant Pragensis, Lincensis, Venetus, Romanus. Pnemittitur : l°Explicatiofundamentorumephemeridis, ubiin motibus Lunœ a libro Progymnasmatum Brahei recessum, ubi respondetur ad crebras interpellations Davidfe Fabricii astronomi Frisii, ejusque opiniones circa umbram Terrse et alias jucundas materias examinantur; 2° Instructio super nova ephemeridis forma , et causas imitate fonnœ consueUe, ex sanioribus astrologiae fundamentjs. Adjectae sunt prim« epheraeridi anni 1617, observations météorologie© ad dies singulos, et astronomie» non nullae, autore Joanne Keplero. — Linz, 1616, — Les éphémérides de Kepler ont paru pour les années suivante jusqu'en 1628, mais elles ne furent imprimées qu'après les années écoulées. Elles ont été continuées ensuite par Bartschius, gendre de Kepler.
Des Annonces de malheurs pour les gouvernements et les églises, principalement de la comète et du tremblement de terre, en 1618 et 1619, — En allemand, ,
Éclipses des années 1620 et 1621. — En allemand , Clm, 1621.
Kepleri apologia pro suo opère Harmonices mundi, «hersas Dcmonstraiionem analyticam Roberti de fluc- 8>as,medici oxoniensis. — Francfort, 1622.
Discursus conjunctionis Saturni et Jovis in Leone. — Iinz, 1623.
Jo. Kepleri chilias logarithmoram. — Marpurg, 1624.
Jo. Kepleri hyperaspistes Tychonis contra anti- Tycbonem Scipionis Claramontii, quo libro doctrina FBfistantissma de parallaxibus, deque novorum siderum ■ subliim aethere discurslonibus, repetitur, confirmatur, tostrator. — Francfort, 1625.
Jo. Kepleri supplementum chiliadis logarithmorum. -Aspurg, 1625.
Admonitio ad astronomos rerumque cœlestium studioâos de miris rarisque anni 1651 phœnomenis, Veneris puta et Mercurii in Solem incursu. — Leipsig, 1629.
Besponsio ad epistolam Jac. Bartschii pnefixam ephe- "aeridi amri 1629, de computatione et editione ephemeridum. — Sagan, 1629.
Sportula genethliacis missa de Tab. Rudolphi usu in
computationibus astrologicis , cum modo dirigendi novo
et naturali. —Sagan, 1529,
Hansch a publié en 1718, sous les auspices de l'empereur Charles VI , un volume contenant une partie des manuscrits laissés par Kepler; Hansch ne put obtenir les fonds nécessaires à l'impression d'un second volume qu'il avait promis de donner. Il reste encore dix-huit cahiers de manuscrits inédits ; ils ont été acquis par l'Académie de Pétersbourg vers 1775.
Galileo Galilei , un des plus grands philosophes des temps modernes, naquit à Pise le 18 février 1564 !. Le père de Galilée, Vicenzo Galileo, était originaire de Florence et d'une famille noble, mais sans fortune. Cest dans cette dernière ville que Galilée passa sa première jeunesse. L'enfant manifesta de bonne heure une grande prédilection pour la mécanique ; il construisait de ses doigts des modèles de toutes sortes de machines. Son père le destinait d'abord au commerce ; néanmoins, 3 lui fit apprendre le latin et le grec. Les progrès rapides du jeune Galilée dans ses premières études, la grande habileté qu'il montra en s' occupant à la même époque des arts du dessin et de la musique, changèrent les idées
1. On a prétendu qu'il était enfant naturel, mais un examen attentif des registres conservés à la paroisse où il vit le jour, ont prouvé que cette assertion était sans fondement.
de ses parents; il fut décidé qu'il serait médecin, et, dans cette vue, on renvoya à Pise à l'âge de dix-sept ans, pour suivre les cours de l'Université, où presque tous les professeurs étaient alors péripatéticiens.
Son esprit observateur se révéla , dit-on, un jour que, étant à l'église, il vit une lampe, suspendue à la voûte * dont les oscillations lui parurent sensiblement de même durée, soit qu'elles fussent petites ou qu'elles eussent ose grande amplitude. Ceux qui ont vu dans cette remarque, vraie ou imaginaire, de Galilée, l'origine des découvertes que fit plus tard Huygens sur le pendule, ont prétendu que le jeune observateur se servit des batte* mente de son pouls pour constater cette égalité de durée des oscillations de diverses amplitudes. On sait, du reste* que rigoureusement parlant, une telle égalité n'existe pas K
L'aptitude de Galilée pour les mathématiques se développa bientôt après. Il se rendit maître en très-peu de
1. Dans les Dialogues, écrits et publiés si longtemps après (voyez toi Œuvres de Galilée, édition de Milan, tome XII, page 328), Salfîati, an des trois interlocuteurs, s'exprime ainsi :
■ Je dis que si nous écartons le pendule de la verticale de 1, de i on de 3 degrés seulement; que si ensuite nous récartons de 70, de 80 et même d'un quart de cercle entier, il fera, quand on le laissera en liberté, des oscillations avec une égale fréquence dans lesdeax cas, j'entends quand ce pendule parcourt des arcs de 2 à 4% et lorsqu'il décrit des arcs de 160 et plus. On le verra manifesteront si, après avoir suspendu deux poids égaux à deux fils de même longueur, on les écarte de la verticale, l'un très-peu et l'autre beaucoup. Ces poids, abandonnés à eux-mêmes, iront et reviendront dans des temps égaux, celui-ci par de petites amplitudes, celui-là par des amplitudes très-grandes. »
Ce moyen expérimental eût été très-exact si, dans l'état de repos IIL — IIL 16
temps des vérités contenues dans les ouvrages d'Euclide et d'Archimède. Ce qu'on raconte à ce sujet de leçons données aux pages du grand-duc par le professeur Hostilius Ricci et écoutées de la porte de la salle où Galilée n'avait pas la permission d'entrer, pourrait bien n'être qu'un roman conçu à plaisir à l'époque où la réputation du philosophe toscan s'était répandue dans le monde entier. Il parait, en tous cas, évident qu'un esprit si perspicace ne dut avoir nul besoin du secours du professeur Ricci pour comprendre la géométrie d'Euclide.
Faute de ressources pécuniaires suffisantes, Galilée se vit forcé de quitter l'Université de Pise, où par la protection du marquis del Monte il rentra quelque tempe après, en 1589, à l'âge de vingt-cinq ans, comme professeur de mathématiques aux appointements de 60 écas, environ un franc par jour.
Les leçons qu'il rédigea alors pour l'usage des élèves ont été perdues. On sait seulement que l'auteur y combattait Aristote sur divers points. Les historiens de Galilée regardent cette circonstance comme une grande hardiesse , mais ils auraient dû se rappeler que des savants
et vas de la place de l'observateur, les deux pendules se projetant Pun sur l'autre, on avait pu juger de leur arrivée simultanée on non simultanée à la verticale , si la méthode moderne des coïncidences avait remplacé l'examen vague dont il est question dans le passage cité. Mais alors, on doit le dire, Galilée se serait aperçu que Tisochronisme des grandes et des petites oscillations circulaires n'exi6te point, et il n'aurait pas doté les mouvements de cette espèce de propriétés qui n'ont de réalité, comme Huygens l'a prouvé, que dans le cas où le fil de suspension ne conserve pas la môme longueur pendant toute la durée des oscillations et s'enroule sur des ares cycloïdaux.
GÀLILfiE. **3
intérieurs à l'immortel mathématicien de Florence, avaient déjà pris la même liberté * et que Tycho, entre autres, combattit par le raisonnement et par l'observation presque tout œ que l'école péripatéticienne offrait d'erroné en astronomie»
C'est à l'époque de son premier professorat à Ptee qu'on fait remonter les recherches de Galilée sur la chute des graves et la découverte des lois suivant lesquelles la pesanteur s'exerce sur tous les corps de la nature. A cette occasion on a cité les résultat» auxquels Benedetti, de Venise > était arrivé antérieurement * ; celui entre autres • que dans le vide tous les oorps doivent tomber avec la même vitesse, »
Mais comment a-t-on oublié de faire remarquer que cette opinion , car du temps de Benedetti ce n'était qu'une opinion, était déjà consignée dans des Vers de Lucrèce dont voici la conclusion :
« Ainsi tous les corps, quoique de poids inégaux, doivent marcher avec la même vitesse au travers du vide , et les atomes les phis lourds ne pourront jamais tomber fur les atomes les plus légers qui les précèdent. » (Lucrèce, finen.)
Galilée confirma, diVon» les résultats de ses brillantes spéculations par des expériences faites sur la tour pen- <*ée de Pise*
A la suite d'un rapport sur une mauvaise machine à
1. Moleto, prédécesseur de Galilée à Padoue, avait déjà établi, coatrairwneDt à l'opinion d'ArMote, 4jue de» corps de même ma- #1* et de poids différents se ouvrent par Faction de la pesanteur avec la même vitesse. (Voyez Venturi, tome î, page S.)
draguer, inventée par Jean de Médicis, enfant naturel de Côme I", et dans lequel il fit preuve de la plus noble indépendance , Galilée se vit au moment d'être renvoyé de Pise. Il céda à l'orage' et obtint de la république de Venise, toujours par la protection du marquis del Monte, la place de professeur de mathématiques à l'Université de Padoue.
Les auteurs italiens louent son enseignement de Padoue sans aucune restriction. 11 est permis de croire qu'ils ont cédé au juste enthousiasme que les découvertes ultérieures de Galilée leur ont inspiré. À l'époque dont nous parlons, l'illustre philosophe n'avait pas encore rompu tous les liens qui le rattachaient aux erreurs de l'antiquité. Galilée, anti-copernicien, professait le système de Ptolémée, si toutefois il est vrai que le Traité de la sphère publié sous son nom, dans l'édition de Padoue, soit son ouvrage, car le fait a été révoqué en doute.
Mœstlin, le fameux maître de Kepler, lequel, tout en professant l'immobilité de la Terre comme attaché à une université, avait au fond une opinion toute contraire, se vantait d'avoir converti Galilée aux idées coperniciennes1.
On a conservé dans l'édition des Œuvres de Galilée, publiée à Padoue, le fragment d'une leçon faite en 1604 sur l'étoile nouvelle de cette année, et où l'on trouve énoncées, comme article de foi, les opinions les plus étranges. On y lit en effet :
• On pourrait croire que l'étoile a été formée par la
1. Ceci résulte d'une publication de Gérard Vôssius, qui ne cite aucune autorité. L'assertion de cet auteur a été jugée peu digne de confiance»
rencontre de Jupiter et de Mars, et cela avec d'autant plos de raison qu'il semble que sa formation a eu lieu à pea près au même endroit où les planètes ont été en conjonction et à la même époque. »
Ces citations, je le prévois, déplairont à certains biographes et deviendront le texte de violentes récriminalions, mais je ne saurais qu'y faire. Mon amour pour la vérité me commande de prendre pour maxime : Fais ce que dois, advienne que pourra.
C'est à l'époque du premier professorat à Padoue qoe certains historiens font remonter l'invention du thermomètre qu'ils attribuent à Galilée. Ce point de la science ne peut malheureusement point être éclairci par des titres écrits, car il n'en est pas question dans les ouvrages de Galilée. Ce qu'il y a de plus certain, c'est que le compas de proportion, invention si utile aux dessinateurs, prit naissance vers le même temps dans cette vaste intelligence.
Galilée était encore professeur à Padoue, lorsqu'en 1609, la nouvelle se répandit que l'on venait d'inventer en Hollande un instrument qui avait la propriété de faire voir les objets éloignés comme s'ils étaient près. Galilée le reproduisit, le dirigea vers le ciel, y fit des découvertes que nous mentionnerons bientôt et dont la science ne perdra jamais le souvenir. Des personnes incompétentes ont représenté ces découvertes comme le fruit d'une ardeur sans exemple, et elles s'émerveillent au sujet de la rapidité avec laquelle elles se succédèrent. Sans prétendre amoindrir les justes sentiments de surprise et d'admiration qu'elles excitèrent, disons, pour rester dans les limites de
la vérité, que cette rapidité n'avait rien d'étonnant : quelques heures auraient pu suffire à toutes les observations que fit Galilée dans les années 4610 et 1611. Le sénat de Venise, croyant qu'avec les ressources que fournirait l'instrument nouveau, ses marins pourraient toujours éviter ou surprendre les ennemis, décida,, en témoignage de reconnaissance pour Galilée, qui, d'après les règle* mçnts, n'avait été engagé que temporairement, qu'il conserverait sa chaire à Padoue, sa vie durant, avec 1» appointements de mille florins.
Cette fois, le grandniuc de Toscane ne fut pas nwps libéral envers celui qu'on proclamait l'inventeur de* lanettes. Le 10 juillet 1610, Galilée fut nommé premier mathématicien et philosophe de son souverain. Séduit par ces prévenances, il eut la fatale pensée d'abandon»» Padoue où il jouissait d'une grande liberté d'opinion, pour rentrer dans son pays natal qui subissait alors l'influeiwe presque indéfinie des moines.
Les savants de notre époque ne verront peut-être pas sans, surprise» dans, le diplôme grand-dupal de 1610b à la suite duquel Galilée se détermina à quitter Venise et à rentrer à Florence, quelques expressions, qui leur sembleront blesser l* dignité de l'homme de lettres? celles paj exemple dans lesquelles, le grandniuc cite au nombre des titres qui l'engagèrent à conférer à Galilée de nouvelles faveurs, le vasselage et la servitude {vassallaggio e servitù) dont la philosophie, dit le diplôme, avait toujours fait profession- (Venturi, tome i, page 158. )
Nous devons dire que Galilée se plaignait du temps que lui faisaient perdre ses leçons de Padoue, et dans sa
lettre au grand-duc avant de rentrer à Florence, il le soppiiait par-dessus tout de lai donner un peu de loisir, afin qu'il pût travailler à l'achèvement des ouvrages qu'il avait déjà commencés.
Peu de temps après son arrivée à Florence, il se rendit à Borne pour montrer à des personnages éminents, qui eD avaient témoigné le désir, les remarquables nouveautés qu'il avait observées dans le ciel.
Ce voyage ajouta beaucoup à l'auréole de gloire dont le philosophe toscan était justement entouré, mais l'envie commença dès cette époque à s'agiter sourdement contre ko.
Peu de temps après son retour en Toscane et avant Fumée 1612, Galilée inventa, dit-on, te microscope* Pour établir le fait, on cite le passage suivant d'un ourage, publié à Venise en 1612, intitulé Ragguagli di tmm di Trajano Boccalhti.
< Des occhiati sont faits avec une telle habileté que ipelques-uns font paraître les puces comme des éléphants, les pygmées comme des géants. Ils sont assidûiwt recherchés de plusieurs grands, qui les posant sur fe nez de leurs courtisans, altèrent la vue de ces pauvres diables. >
Ce passage est une véritable plaisanterie de l'auteur * ne prouve nullement ce qu'on a cru y trouver, que le microscope existait à la date de la publication de l'ouvrage. Boccalini n'avait certainement pas vu de microscopes proprement dits, car ces instruments ne se posent Pas sur le nez.
Le microscope qui aurait servi à faire voir une puce
grande comme un éléphant, appliqué à l'observation tfuB pygmée, n'en eût montré dans retendue de son champ qu'une partie insignifiante, telle que l'image des cheveux d'une autre très-petite partie du corps. Boccalini sachant que les lunettes, que les occhiali augmentaient les dimensions apparentes des objets éloignés, a cru qu'ils pourraient également servir à l'agrandissement des objets voisins, et s'est livré, à ce sujet, à des plaisanteries dont on ne peut rien déduire, car elles n'étaient certainement fondées que sur des analogies imaginaires et nullement sur l'observation d'un fait.
C'est vers l'époque où nous sommes arrivés que Galilée publia son ouvrage si remarquable sur les corps flottants. On trouve dans ce traité le principe des vitesses virtuelles, dont les géomètres, dont Lagrange surtout, ont tiré un si grand parti. L'auteur de 4a Mécanique analytique se prononce sur l'invention de Galilée dans des termes si catégoriques, si positifs, qu'ils ne laissent aucune place au doute.
Les leçons dans lesquelles Galilée soutenait le système de Copernic donnèrent lieu à une vive polémique de la part des péripatéticiens, partisans du système de Ptolémée, et, ce qui était bien plus dangereux, de la part des théologiens qui prétendaient que la doctrine du chanoine de Thorn était contraire aux saintes Écritures.
Les adversaires de Galilée, aussi ignorants que superstitieux, ne cessaient de répéter le Terra in œternw stat de l'Écriture, et le passage où il est dit que Josué commanda au Soleil de s'arrêter.
En réponse h ses ennemis, Galilée écrivit, en 1615,
une lettre à la grande duchesse Christine de Toscane, dans laquelle, prenant la question au point de vue théologique, il s'efforçait de prouver que la Bible avait jusquelà été mal interprétée. Cette prétention d'un savant non engagé dans les ordres religieux à expliquer les saintes Écritures, excita à Rome une grande rumeur, et fut considérée comme l'empiétement le plus dangereux sur les prérogatives de FÉglise.
Pour essayer de dissiper l'orage, Galilée se rendit une seconde fois dans la ville éternelle ; mais il y trouva des préventions beaucoup plus vives qu'il ne l'avait supposé. Les moines, ses antagonistes, avaient circonvenu tous les cardinaux. Les démonstrations savantes et lucides de Galilée n'eurent enfin pour résultat que la publication d'un décret du saint-office par lequel les ouvrages de Copernic et de Foscarini, religieux carme, furent censurés et prohibés. Quant à lui, s'il échappa à une censure explicite, c'est qu'il n'avait rien publié jusque-là à l'appui do double mouvement de la Terre.
L'inquisition avait dans ses décrets établi une différence essentielle entre l'ouvrage de Copernic et celui de Foscarini ; ce dernier était totalement supprimé , l'ouvrage de Copernic devait être corrigé. Entre autres corrections, on devait effacer tous les passages dans lesquels la Terre est appelée Sidus (astre) 4.
L la dissertation de Foscarini est de 1615 ; elle a été reproduite dus l'édition des Œuvres de Galilée qui parut à Milan en 1811. le moine carme napolitain cherche à concilier le sens littéral de divers passages de rÉcriture avec le système de Copernic, en faiaat remarquer que la Bible, que la Genèse ne sont pas des ouvrages do science, et que pour être compris U fallait bien se conformer en
Le Saggiatore, qui parut en 1623 f est un écrit de polémique scientifique publié par Galilée, contre le Père Grassi, jésuite, à l'occasion des trois comètes de
Dans Tannée 1623, le cardinal Barberini fut élu pape sous le nom d'Urbain VIII; Galilée, qui l'avait connu auparavant, se rendit à Rome pour le féliciter. Le nouveau pontife le reçut avec de grandes démonstrations d'intérêt.
Galilée profita de ce troisième voyage pour demander la permission d'imprimer des Dialogues dans lesquels trois interlocuteurs sous les noms de Salviati , Sagredo et Sunplicius discutent les questions coperniciennes qui, dans ce temps, étaient à l'ordre du jour. La permission fut accordée, puis retirée* De retour à Florence, Galilée obtint des agents de l'inquisition en cette ville, qu'il n'instruisit pas de ce qui s'était passé à Rome, l'autorisation d'y imprimer ses Dialogues.
Les censeurs florentins du saintroffice/ accordèrent la
apparence aux idées et aux préjugés de la multitude. C'est ainsi que les astronomes nos contemporains disent que le Soleil se lève et se couche, quoique aucun d'eux ne doute que ces deux phénomènes tiennent au mouvement de rotation de la Terre sur son centre. Tout cela était très-raisonnable; néanmoins, il est permis de douter que la dissertation de Foscarini, dont on ne peut méconnaître la prolixité , eût acquis une aussi grande célébrité si elle n'avait été l'objet de la sévérité des inquisiteurs.
Il est vrai que l'auteur se livre à diverses recherches quelque peu étrangères à son objet principal et relatives à la place qu'on doit donner à l'Empyrée, à la question de savoir si l'Enfer est an centre de la Terre ; au rapport qu'il peut y avoir entre les diverses branches des chandeliers qui existaient dans le temple et le véritable système du monde, etc., etc.
Tout cela est plein d'érudition, mais aujourd'hui très-peu digne d'intérêt.
gaulée* m
pviwott désirée, trompés sans doute par l'avertisseméat doit l' auteur avait fait précéder cet ouvrage , et qui est conçu en ces tenues ;
« Ou a promulgué à Rome, if y a quelques années» un édi salutaire» où pour obvier au* scandales dangereux de notre sciècle, on imposait silence h Y opinion pythagotmm du mouvement de la Terre. Il y eut des gens qui aiincèrent avec témérité que ce décret n'avait pas été le résultat d'un examen judicieux» mais d'une passion mal nfanoée; et l'oa a entendu dure que des conseillers tout àfaitioexperts dans les observations astronomiques» ne duraient pa&> par une prohibition précipitée, couper les aies aux esprits spéculatifs. Mon zèle n'a pas pu se taire (o entendant de telles plaintes; j'ai résolu, comme pleinement instruit de cette prudente détermination, de pwaître publiquement sur le théâtre du monde» pour ladre témoignage à la vérité, l'étais alors à Rome, où je fe entendu et même applaudi par les plus émments prêtas :. ce décret ne parut pas sans que j'en fusse fttan& Hou dessein, dans cet ouvrage» est de montrer «x nations étrangères que sur cette matière on en sait <* folie» rt particulièrement à Rome» autant qu'il a été pûsabte d'en imaginer ailleurs. En réunissant mes spéculations sur la système de Copernic , je veux faire savoir Celtes étaient toutes connues avant la condamnation , et <pe l'on doit à cette contrée , non-seulement des dogmes four le salut de l'âme » mais encore des découvertes ingé- A»»eg pour les délices de l'esprit »
L'ouvrage de Galilée fut reçu avec des applaudisseflfcnts presque universels , ce qui irrita au dernier point
les ennemis du grand philosophe. Ils le dénoncèrent à Rome, et Galilée, âgé alors de soixante-dix ans, malgré l'état très-précaire de sa santé, malgré une maladie contagieuse qui avait fait établir un cordon sanitaire sur les frontières de la Toscane, fut obligé de se rendre dans te capitale du monde chrétien.
Il y arriva le 13 février 1633 , et fut reçu chez Niccolini, l'ambassadeur du grand-duc de Toscane. Mais, an mois d'avril , on le contraignit de se rendre pour quelque» jours dans les prisons de l'Inquisition, après quoi on hi permit de rentrer chez l'ambassadeur Niccolini; enfin, (a sentence définitive fut rendue le 20 juin suivant
On trouve dans la relation originale du procès, cet mots, que les juges, dans une des phases de l'instruction, curent recours à un rigoureux examen. Un grand nombre de personnes ont conclu de cette formule que Galilée fut soumis à la torture; heureusement la vérité de cette interprétation n'est pas démontrée, en sorte que rien n'autorise à ajouter cette affreuse barbarie à la série d'actes injustifiables qui marquèrent ce scandaleux procès1.
La sentence des inquisiteurs portait que l'auteur des Dialogues était condamné à la détention dans les prisons du Saint-Office, suivant le bon plaisir du pape.
On lui dicta aussi une formule d'abjuration qu'il fut
1. On s'est appuyé, pour soutenir l'opinion que Galilée fut mis à la torture, sur ce fait qu'au moment où il quitta définitivement Rome il était atteint d'une hernie, dont il ne se plaignait pas antérieurement Je donne cet argument pour ce qu'il vaut, et sans y ajouter une foi absolue.
tara de prononcer à genoux, et qui était conçue en ces termes, que j'emprunte à V Histoire de F Astronomie de Ddamhre:
t Moi, Galileo Galilei , fils de feu Vincent Galilée , Florentin, âgé de soixante-dix ans, constitué personnellement en jugement, et agenouillé devant vous, érainentiaàmes et révérendissiines cardinaux de la république tmiverselle chrétienne, inquisiteurs généraux contre la malice hérétique, ayant devant les yeux les saints et acres Évangiles , que je touche de mes propres mains ; je jure que j'ai toujours cru, que je crois maintenant, et que, Dieu aidant, je croirai à l'avenir tout ce que tient, prêche et enseigne la sainte Église catholique et apostolique romaine; mais parce que ce Saint-Office m'avait juridiquement enjoint d'abandonner entièrement la fausse opinion qui tient que le Soleil est le centre du monde, et qu'il est immobile; que la Terre n'est pas le centre, et qu'elle se meut; et parce que je ne pouvais la tenir, ni la défendre , ni renseigner d'une manière quelconque , de voix ou par écrit, et après qu'il m'avait été déclaré que ia susdite doctrine était contraire à la sainte Écriture , j'ai écrit et fait imprimer un livre dans lequel je traite cette doctrine condamnée, et j'apporte des raisons d'une grande efficacité en faveur de cette doctrine, sans y joindre aucune solution ; c'est pourquoi j'ai été jugé véhémentement suspect d'hérésie pour avoir tenu et cru que le Soleil était le centre du monde et immobile, et que la Terre n'était pas le centre et qu'elle se mouvait C'est pourquoi , voulant effacer des esprits de vos Éminences et de tout chrétien catholique cette suspicion véhémente