VU GAULER
conçue contre moi avec raison, d'un cœur sincère et d'tnt foi non feinte, j'abjure, maudis et déteste les susdit» erreurs et hérésies, et généralement toute autre erre* quelconque et secte contraire à la susdite sainte Église; «t je jure qu'à l'avenir je ne dirai ou affirmerai de vin voix ou par écrit, rien qui puisse autoriser contre moi de semblables soupçons; et si je connais quelque héràtiqat ou suspect d'hérésie, je le dénoncerai à ce Saint-Office* on * à l'inquisiteur, ou à l'ordinaire du lieu dans lequel je serai. Je jure en outre , et je promets, que je renplra et observerai pleinement toutes les pénitences qui ma sont imposées ou qui me seront imposées par ce Saut» Office; que s'il m' arrive d'aller contre quelques-unes de mes paroles, de mes promesses, protestations et serments, ce que Dieu veuille bien détourner, je me soumets i toutes pênes et supplices qui , par les saints canons tt autres constitutions générales et particulières, ont éAé statues et promulgués contre de tels délinquants. Ainsi, Dieu me soit en aide et ses saints Évangiles» que je toucfat de mes propres mains.
« Moi, Galilée Gatilei susdit, j'ai abjuré, juré, pro» mis, et me suis obligé comme ci-dessus, en foi de quoi, de ma propre main , j'ai souscrit le présent chirograpbe de mon abjuration , et l'ai récité mot à mot à Rome, dan* le couvent de Minerve, ce 22 juin 163&.
« Moi, Galileo Galilei, j'ai abjuré comme dessus de ma propre main. »
On raconte qu'après l'abjuration, Galilée, en se relr vant, dit à demi-voix et en frappant la terre des pieds» e pur *i muove (et cependant elle se meut) ; mais le fait
n'est pas avéré, c'eût été de la part de l'illustre condamné m trop grande imprudence pour qu'on doive supposer que ces paroles sortirent de 6a bouche*
Telle est, en abrégé, l'histoire de l'odieux procès qui marquera d'an stigmate indélébile le tribunal au nom duquel la sentence fut rendue, et les juges qui y apposerait leurs noms 4.
Coaçoit-on rien de plus dégradant que l'obligation Ans laquelle on plaça l'immortel vieillard de se parjurer M de dédaEer avec les formes les plus respectables qu'on fat trouver, qu'il tenait pour fausse une doctrine dont les profondes études lui avaient démontré ta vérité. Il l'est pas de torture physique. plus cruelle que la torture norale qui fut infligée à Galilée; pas une âme honnête ne ne démentira. Le souvenir de ces procédés barbares laisse à peine assez de liberté d'esprit pour examiner si le grand philosophe n'eut pas quelques reproches à se faire pendant les phases diversesdece déplorable procès. Quoi qu'il n'en coûte, j'examinerai de quelle manière il se défendit.
Pour expliquer comment, dans son Dialogue, les argutorfsen faveur du mouvement delà Terre sont présentés wec plus de force que leurs réfutations, il dit : « qu'il a cédé à l'envie que chacun a de se montrer plus fin que le commun des hommes, en trouvant pour les propositions basses, d'ingénieux et de spécieux discours de proba- MHé.
«Pour plus grande preuve que je n'ai point tenu et ne
1. Vdd les nomades cardinaux qui ont signé la sentence : d'AscoH? Bentivogtto, de Crémone, Salnt-Onufre, Gypsîus, de Varospf , tinettL
*56 Galilée.
tiens point pour vraie l'opinion susdite du mouvementée la Terre et de la stabilité du Soleil, je suis prêt à en faire un$ plus grande démonstration. »
JLes examinateurs de l'Inquisition jugèrent que ses réponses manquaient de sincérité, et, cette fois, on peut convenir qu'ils avaient raison.
: -Si Ton ne devait faire une irè&4arge part à l'âge* m infirmités et à la situation dans laquelle on avait placé Galilée, on serait vraiment désolé de trouver dans l'acte d'abjuration qu'il souscrivit, la promesse de dénoncer tu Saint-Office, à l'inquisiteur, ou k l'ordinaire du lieu de sa résidence, toute personne, qui, à sa connaissance serait suspecte d'hérésie.
Jordano Bruno, quelques années auparavant, avait montré une bien plus grande fermeté, en s* écriant devant le bûcher qui devait le consumer :
« La sentence que vous venez de me lire, prononcée au nom d'un Dieu de miséricorde , vous fait peut-ête plus de peur qu'à moi-même. »
Certains écrivains français ont fait remarquer avec m grande satisfaction que ces actes odieux d'une superstitieuse ignorance ne se sont pas accomplis dans notre
1. Jordano Bruno avait soutenu dans des livres qui ne contribuèrent pas peu à sa condamnation par les inquisiteurs, que chaque étoile était un soleil autour duquel circulaient des planètes semblables à la Terre.
U émit la pensée qu'il y avait dans notre système plus de planètes que nous n'en voyons, et que, si nous ne les apercevions pas, cela tenait à leur excessive petitesse et & leur grand éioignement de la Terre.
pays, mais je les avertis qu'ils auraient tort de trop s'abandonner à cet honorable sentiment Les parlements et la Sorbonne renfermaient à diverses époques des juges qui, sans appartenir à l'inquisition, n'en étaient pas moins passionnés et imbus de tous les préjugés de leur âge.
J'ai dans les mains deux exemplaires d'un ouvrage, publié en 1634, par un homme très-pieux, le père Mer- Benne, religieux minime, et intitulé : Les Questions théologique*, physiques, morales et mathématiques.
Dans l'un de ces exemplaires se trouve une analyse du premier dialogue de Galilée ; dans l'autre , on n'en voit pas de traces; tout ce qui était relatif au mouvement de la Terre, fut remplacé par une dissertation concernant la force de la voix.
La suppression de l'analyse du premier dialogue de Galilée et son remplacement, à l'aide de ce qu'on appelle en imprimerie un carton, par une dissertation sur la force de la voix, ne peut s'expliquer qu'en admettant que les autorités ecclésiastiques ou judiciaires de l'époque exigèrent ce changement, et cependant le père Mersenne, auteur de l'ouvrage, avait publié à la suite de l'analyse du premier dialogue, le jugement textuel de la congrégation de l'index. Il m'a paru utile de montrer ici par une preuve matérielle qu'au commencement duxvn' siècle, on n'était ni plus éclairé, ni plus tolérant en France qu'en Italie.
Le pape, quoiqu'il eût manifesté l'opinion que l'ouvrage de Galilée était aussi pernicieux que les écrits de Calvin et de Luther, commua la peine stipulée dans la sentence en une relégation dans le jardin de la Trinità iei Monli. Bientôt après, on permit à Galilée de partir nt— m. 17
pour Sienne, où il logea pendant cinq mois- chez on 3e ses anciens élèves, Tarchevêque de cette viHe. Ensuite! obtint la permission d'habiter non loin de Plorence, à Àrcetri, une maison de campagne qui lui fut assignée pour prison, et dans laquelle, je le dis avec douleur,*» Ira refusa pendant longtemps de recevoir ses amis,
k la fin, Tlnquisition s'était un peu relâchée deTextrêne rigueur qu'elle avait mise d'abord à surveiller la retraite d' Arcetri. Le grand-duc de Toscane et quelques amfe allaient de temps à airtre consoler Pîllustre vieillard. Des étrangers eux-mêmes obtinrent la permission de le visiter; dans le nombre nouspouvwis cîterMitton.
Ohl combien il eût été à souhaiter que des savants italiens ou anglais eussent pu nous raconter en détail ce qui se passa dans cette entrevue! De courtes réflexions calmeront nos regrets ; l'auteur des Dialogues était alors bien vieux et accablé d'infirmités. Les cruelles persécutions dont il souffrait lui commandaient la plus grande réserve; Milton , très-jeune encore, ne dut paraître à la victime de l' Inquisition qu'un voyageur instruit et plein d'imagination. Ce ne fut que beaucoup plus tard qœ l'auteur du Paradis perdu conquit l'immortalité.
Galilée avait été doté par la nature d'un tempérameit fort et vigoureux ; mais des études excessives et quelques habitudes antihygiéniques altérèrent sa santé. On raconte •entre autres qu'à Padoue, à l'âge de trente ans, il se couchait pendant l'été , ;tous les après-midi , à côté d'osé fenêtre ouverte par laquelle s'introduisait dans sa chambre de l'air artificiellement refroidi à l'aide d'une chute d'eau. De là résultèrent des douleurs très-vives dans les jambes.
; la poitrine, dans Te dos, accompagnées de fréquentas hémorrhagies et de perte de sommeil et d'appétit 11 ressentit toute sa vie, avec plue ou moto d'intensité, les Adieux effetade son imprudence.
Lorsque la vue de l'illustre philosophe commença à s'affaiblir pendant son dernier séjour à Arcetri , les médecins espérerait d'abord que c'était l'effet d'une cataracte naissante, à laquelle l'art chirurgical aurait apporté un prompt remède; mais bientôt il fut constaté que la maladie provenait d'une opacité de la cornée diaphane qui alla croissant avec une grande rapidité 9 en sorte que les yeux privilégiés auxquels il avait été donné de faire de ai aambrouaes, 4e si brillantes découvertes, ne distinguaient plus le jour de l'obscurité. Ce malheur arriva en 1637.
Galilée mourut le 8 janvier 1642, l'année même de la naissance de Newton.
Galilée était d'une taille au-dessus de la moyenne : il avait une très-belle figure, ses yeux brillaient du plus vif éclat ; mais ses cheveux étaient rouges.
Galilée ne fut jamais marié; en 1636, il fit un testamenton faveur de son fils naturel, Vincent Galilée, et de sa fille Arcangela, religieuse dans un couvent d'ArcetrL Il demandait aussi que son corps fût transporté à Florence, et déposé dans une tombe de famille située dans l'église de Santa-Groce.
Des fanatiques prétendirent que ces dispositions étaient entachées de nullité comme émanant d'un homme qui dans le moment subissait une condamnation infligée par l'inquisition. Il ne faUut rien moins qu'une consultation des légistes les plus oélèbres de Florence en droit cano-
nique pour que les volontés de Galilée fussent respectées. Dès que le corps de Galilée eut été déposé à Santa-Croce, cent quarante admirateurs de l'immortel physicien proposèrent de lui élever un monument à leurs frais. Mais Niccolini, ambassadeur du grand-duc de Toscane à Rome, conseilla d'attendre des temps meilleurs pour donner suite à ce projet. Ce n'est qu'en 1737, presque un siècle après, qu'on a exécuté dans un des lieux les plus apparents de l'église de Santa-Croce un beau monument en marbre, que les voyageurs de tous les pays ne manquent jamais d'aller visiter, et qui rappelle à la fois la gloire d'un des plus grands hommes que la Toscane ait produits, et les persécutions hideuses qui abreuvèrent ses derniers jours.
Le pape Benoît XIV annula la sentence de l'inquisition qui condamnait les ouvrages de Galilée. La théorie du mouvement de la Terre est aujourd'hui enseignée partout, même à l'Observatoire romain que dirigent les jésuites.
Voyez en preuve ces lignes, que j'extrais d'un Mémoire du père Secchi, jésuite, sur les observations du pendule, publié à Rome, en 1851.
t Le mouvement de rotation de la Terre autour de son axe, est une vérité qui de nos jours n'a pas besoin d'être démontrée; elle est, en effet, un corollaire de toute la science astronomique. »
Les Italiens, seuls bons juges en pareille matière, rangent Galilée parmi les premiers prosateurs dont leur pays puisse s'honorer; ils vont jusqu'à le mettre sur la ligne de Machiavel.
Galilée était dans sa jeunesse un grand admirateur de l'Arioste; il savait tout le Roland furieux par cœur.
Il prit une part active et quelque peu brutale à la dispute qui s'éleva de son temps en Italie sur le mérite comparatif de l'Arioste et du Tasse. Il avait alors coutume de dire : t Lire le Tasse après l'Arioste, c'est manger du concombre après du melon. »
Ses opinions à ce sujet se modifièrent avec l'âge, et l'on rapporte qu'il répondait à la fin de sa vie, à ceux qui lai demandaient son jugement définitif sur la Jérusalem délivrée et l'ouvrage de l'Arioste : « Le poëme du Tasse me parait le plus beau, mais celui de l'Arioste me fait plus de plaisir. »
Les persécutions dont Galilée fut l'objet à la fin de sa vie, ont laissé un souvenir si poignant, qu'au moment de la réaction en faveur de ce grand homme, ses compatriotes en ont fait en quelque sorte un dieu. Cependant Fhistorien impartial a plus d'une observation critique à loi adresser. Pour ne pas laisser cette remarque à l'état de pure assertion, pour prouver que Galilée lui-même n'était pas infaillible , faisons quelques citations.
Dans une lettre de 1612, Galilée donne son entier assentiment aux mouvements épicycloïdaux : « Non-seulement, dit-il, il y a beaucoup de mouvement dans des épicycles, mais encore il n'en existe pas d'autres. » Cependant à cette époque , Kepler lui avait envoyé depuis trois ans sa théorie de Mars.
Kepler avait consacré son Prodrome, publié en 1596, aux développements du système de Copernic en faveur duquel ses propres recherches avaient fourni les plus puissants arguments. Galilée, par un sentiment indéfinissable, n'en a jamais parlé, pas plus qu'il ne mentionne
les admirables lois auxquelles la postérité a donné si justement te nom du célèbre astronome allemand.
On a peine à comprendre les doutes que GaJUée éleva sur les observations de Tycho, destinées à fixer la région dans laquelle se meuvent les comètes. Les idées au sujet de ces astres, consignées dans le Saggtaioret sont une ombre dans la brillante carrière scientifique du grand philosophe italien.
Nous pouvons dire, la même chose de son hypothèse sur la formation de certaines étoiles nouvelles par l'influence des planètes lorsquelles sont en conjonction.
Les géomètres et les physiciens ne se sont pas associés aux anathèmes lancés par GsalUée contre ceux qui tendaient déjà de son temps à expliquer le phénomène des marées par 1'actapn de la Lune. Galilée traite d'ineptie l'attraction de la Lune , et s'étonne que Kepler , qui venait de mourir, eût paru disposé à l'admettre.
Les vuesrde Galilée sur. ses propres travaux étaient quelquefois présentées avec une immense exagération, témoin ce passage d'une lettre à Kepler , où il déclare qu'il a dressé des tables exactes des satellites de Jupiter, t. et qu'il en peut calculer les configuration* passées et futures à. la précision d'une seconde» » Une pareille prétention serait à peine permise à celui qui pourrait se servir de la totalité des observations modernes et se guider, dans son travail, sur les. perturbations données par la théorie^
Ainsi, on doit recevoir avec quelque restriction Tassertjpn que Galilée était profondément modeste*
Au reste, je n'admets pas et je ne pense pas qu'an
GALILÉfi. 26»
poisse induire de l'exemple de Galilée que les hommes supérieurs, si bons juges quand ils sont appelés à apprécier les découvertes des autres , manquent totalement (FmtelKgence lorsqu'ils doivent se prononcer sur le mérite réel de leurs propres travaux. Quoi qufii en soit de ceer réflexions, voici comment dans l'intimité Galilée parlait de ses découvertes. Le passage que je vais citer est extrait fuse lettre à Diodati, en date du 2 janvier 1688 :
• Ce ciel , ce monde, cet univers que par mes observions merveilleuses et mes évidentes démonstrations,, j'avais agrandi cent et mille fois au delà de ce qu'avaient: au les savants de. tous les siècles passés, sont maintenant devenus pour moi si restreints et si diminués, qu'ils ne* s'étendent pas au delà de l'espace occupé, par ma pernme. • ( Ventnri ,,tom. n:, page 2&8>.)
Mous pourrions, pour compléter no&agrprétiatitms, indiquée ici l'insuffisance de quelques recherches géométriques de Galilée.
Mais il nous est beaucoup pUifr agréable d'interrompre, cette énumération pour déclarer que, suivant nous, les lâches que noua avons mentionnées dans ses Œuvres» et ttfes'que nous pourrions, encore citer, n! empêchent pas. <pe Ton doive considérer Galilée; comme un des plus pffida génies: qui aient honoré les sciences*. Ses travaux, immortels porteront jusqu'à nos derniers, neveux, le nonr delà contrée qui l'a vu naître.
DATES DES PRINCIPALES PUBLICATIONS DE GALILÉE ET APPRÉCIA TH>5 DE LEUR CONTENU.
En 1606, Galilée publia un ouvrage intitulé : Le Operazioni del compasso geometrico e militare.
L'invention décrite dans cet ouvrage, qui a été réimprimé en 1612 et 1635, fut l'occasion du procès que l'auteur intenta à Balthasar Capra; celui-ci fut déclaré plagiaire par les tribunaux de l'époque. Simon Marks n'avait pas été étranger dans cette circonstance aux mauvais procédés de Capra envers Galilée.
1609 est le millésime de l'année dans laquelle Galilée construisit pour la première fois des lunettes d'approche, c'est-à-dire des instruments avec lesquels des objets éloignés se voient comme s'ils étaient près. Galilée était alors professeur à Padoue. On remarque avec regret que dans la lettre qu'il écrivit au sénat de Venise pour lui annoncer sa découverte et les avantages qi\e la république en retirerait, il ne fait aucune mention des travaux antérieurs des Hollandais, et qu'il annonce que si le sénat le désire, il ne construira aucun des instruments nouveaux que pour l'usage des marins et des armées de la république : le secret promis était évidemment inutile, puisque dès cette époque on fabriquait ces instruments en Hollande à des prix assez modérés 4.
1. Les lunettes hollandaises se vendaient publiquement chez les lunettiers de Paris, avant le mois de mai , date des premiers travaux de Galilée à ce sujet Voici en effet ce qu'on lit dans le Journal de Tierre TEstoile. remprunte cette citation au Magasin Pittoresque du mois de février 1853 :
c Le jeudi 30 avril 1619, ayant passé à Paris sur le Pont-Mar-
Galilée ne manque-t-il pas quelque peu de sincérité en présentant sa découverte, ce sont ses propres expressions, comme ayant été pour lui la conséquence des principes secrets de la perspective?
Les écrivains qui ne parlent de Galilée qu'avec enthousiasme (ils ont été, ils sont et ils seront toujours trèsnombreux) disent qu'il parvint en une seule nuit et par une application des principes les plus subtils de la réfraclion, à deviner les bases sur lesquelles devait reposer la lunette hollandaise ; mais tout cela manque de vérité ou est énormément exagéré.
Nous avons sur ce point des arguments décisifs, nous avons le récit fait par Galilée lui-même, longtemps après 1609, de la série de déductions à l'aide desquelles ce grand homme produisit ses premiers instruments.
Voici les paroles de Galilée; je les copie, en les traduisant, dans Nelli, l'auteur de la Yie de celui qu'il appelait Fbomme divin :
« Ma manière de procéder fut la suivante. L'instrument dont je voulais retrouver la construction est composé d'un ou de plusieurs verres. Ce ne peut pas être d'un seul, car la figure serait ou convexe, ou concave ou
chaud (depuis Pont-au-Change), je me suis arrêté chez un lunettier, qui montrait à plusieurs personnes des lunettes d'une nouvelle invention et usage. Ces lunettes sont composées d'un tuyau long d'environ un pied; à chaque bout il y a un verre, mais différents rnn de l'autre ; elles servent à voir distinctement les objets éloignés qu'on ne voit que très-confusément On approche cette lunette d'un œil et on ferme l'autre, et regardant l'objet qu'on veut connaître, il parait s'approcher et on le voit distinctement , en sorte qu'on reconnaît une personne de demi-lieue. On m'a dit qu'on en devait l'invention à un lunettier de Middelbourg, etc. »
[le-
plane; e'esfc-à-dire plus épaisse ou plus mince au centre que sur les bords > ou comprise entre deux surfaces parallèles. Mais cette dernière forme n'altère d'aucune manière les objets que l'on voit S travers; le verre concave les diminue; le verre convexe les agrandit, mais les rend indistincts. Par conséquent, un de ces verres pris isolément ne peut pas produire reflet observé. Passant maintenant à la combinaison de deux verres, et sachant que les verres à faces parallèles ne produisent aucune altération dans les objets, j'en^ conclus que l'effet ne pouvait pas provenir de l'accouplement de cette dernière espèœ de verre avec l'un des deux autres. Je fus conduit à expérimenter. ce1 qui résulterait de la combinaison de deux vcerres, l'Un convexe, l'autre concave , et je vis que cet arrangement conduisait au but désiré; Tél. fut le progrès de mes raisonnements» et le résultat me* convainquit de leur vérité. »
Je demande maintenant au plus prévenu en quoi la théorie de la réfraction ou, comme le disait Galilée, en quoi les secrète de la perspective ont-ils joué un rôle dans ce que l'auteur nous- raconte lui-même de ia reproduction de la lunette hollandaise.
Qui pourrait, d'après le récit qu'on vient de lire, nous dire quel était dans une lunette, le rôle du verre convexe tourné du oôté de l'objet, et qu'on appela depuis l'objectif, et le rôle du verre concave placé à l'autre extrémité du tuyau, près de l'œil, et que, pan cette raison, on < nommé invariablement l'oculaire?
Ces rôles, j'en, conviens,, étaient très-difliciles à défiait théoriquement à l'époque où Galilée construisit sa lunette.
Chacun partagera sur ce point P opinion de Bu^gens, («qu'il disait dans sa IHoptvique : « Je mettrais sans hé~ ater au-dessus de tous les mortels,, celui qui, par 6es séries réflexions, celui qui, sans le concours du hasard, serait arrivé à l'intention des lunettes* » Quoi qu'il en sait, la lunette de Galilée produisit à Venise, malgré toutes ses imperfections, une sensation, immense. Le célèbre professeur nous raconte lui-même qu'il fut obligé pendant plus d*un mois, au prix d'immenses fatigues, de se tenir à côté de son instrument pour en montrer les effets à tous ceux qui étaient affamés d'en juger par euxmêmes.
On pourrait s'étonner en voyant que les Hollandais, les premiers inventeurs des lunettes, n'avaient pas eu la pensée de diriger un de ces instruments vers le ciel. fm faire disparaître ce qu'un pareil fait avait d'extraordinaire, on a, après coup* publié une lettre dans laquelle on entendait évidemment insinuer que la première découverte de» satellites de Jupiter avait eu lieu en Hollande ; mais on a rendu cette prétention improbable en faisant remarquer, par te rapprochement des dates, que l'auteur de la prétendue découverte n'avait que six ans à l'époque des premières observations de Galilée.
A Galilée appartientincontestablementle mérite d'avoir bit servir les lunettes à l'avancement de Pastronomte, d'avmr découvert le premier les satellites de JUpiter. Je m'éloigne avec regret, à cette occasion, de l'opinion qu'un auteur célèbre a émise récemment à ce sujet, en faeat de son compatriote Simon Marins. On peut voir dans mon Astronomie populaire, dans le chapitre consa-
cré à l'histoire de la découverte des satellites de Jupiter, que les prétentions de V astronome allemand n'avaient pas de base réelle, et que Galilée, aux yeux de tout homme impartial qui saura se dégager des préjugés nationaux, doit être considéré comme Punique auteur de cette découverte.
Mars 1610. — SIDEREUS NUNCIUS, magna longeque admirabilia
8PECTACULA PANDENS SUSPICIENDAQUE PROPONENS UNICUIQUE, PRJESERTIM VERÔ PHILOSOPHIS ATQDE ASTRONOMIS , QUM À GALILEO GAULEO, PATRICIO FLORENTINO, PATAVINI GYHNASII PUBLIGO M ATHEMATIGO, PERSPICILLI NUPER À SE REPERTI BENB- FIGIO SUNT OBSERVATA IN LVKM FACIE, FIXIS INNUMER1S, LAG- TEO CIRCULO, STELLIS NBBULOSIS, APPRIMÈ VERÔ IN QUATUOR PLANETIS CIRCÀ JOVIS STELLAM DISPARIBUS INTERVALLIS ATQUE fc PERIODIS GELERITATE MIRABILI CIRCUM VOLUTIS , QUOS NEMINI IN LEONE USQUE DIEM GOGNITOS NOVISSIMÈ AUGTOR DEPREHEN- DIT PRIMUS ATQUE HEDICEA SIDERA NUNCUPANDOS DECREVIT.
On trouve dans cet ouvrage des observations faites par l'auteur, avec une lunette qui grossissait environ trente fois: sur la constitution physique de la Lune, sur les nébuleuses, la Voie lactée et sur les quatre lunes de Jupiter.
Galilée compare la Lune à la queue d'un paon , à cause de la quantité d'yeux ou de cavités rondes qu'on y remarque ; pour expliquer plusieurs phénomènes il a recours à une prétendue atmosphère de la Lune.
Après avoir examiné diverses explications de la lumière cendrée, il s'arrête à celle qu'on a trouvée depuis consignée dans un manuscrit du peintre célèbre Léonard de Vinci.
Il compte 80 étoiles dans le Baudrier d'Orion, où l'œil nu n'en discernait que 7. Les Pléiades, où l'antiquité
s'était accordée à n'en voir que 6 à 7, lui en offrent 40. La Voie lactée et les nébuleuses lui paraissent des assemblages d'une multitude d'étoiles que l'œil ne peut discerner.
Cet ouvrage renferme un historique détaillé de la découverte des satellites de Jupiter. Le premier soupçon de Galilée sur l'existence de ces satellites remonte au 8 janvier 1610.
Il explique les changements d'éclat que les satellites lui offrirent par l'influence d'une diaphanéité plus ou moins grande dans l'atmosphère de Jupiter ; ce qui , pour le dire en passant, eût donné à cette atmosphère des dimensions énormes et inadmissibles.
L'ouvrage se termine par l'annonce d'une découverte qu'il désirait vérifier, et qu'il donne» pour prendre date, sous la forme de logogriphe. Il s'agissait de la figure singulière de Saturne.
Yoici l'ensemble des lettres dont se composait l'anagramme publié par Galilée :
SMAISMRMILMEPOETALEVMIBVIfElSIVGTTAVIRAS.
Ces lettres, arrangées dans un ordre convenable, signifiaient :
. ALTISSIHYM PLAHETAM TEBGEJUIHVM OBSERTAYI.
Kepler, qui n'était arrêté par aucun problème, quelque difficile qu'il fût, chercha avec opiniâtreté ce que pouvait renfermer l'anagramme de Galilée, et finit par en déduire un vers latin très-peu orthodoxe, grammaticalement par-