‹ Œvres complètes de François AragoChapitre 37 sur 72 · EN FRANCE · texte numérisé non relu

EN FRANCE

{Dans la séance de la Chambre des députés du 7 mai 183â, à roccasion de la discussion du budget, M. Arago a pris la parole dans les termes suivants» extraits du Moniteur du 8 mai. ]

Messieurs, le ministre de la marine demande une somme d*un million pour la construction de machines à vapeur. Je viens appuyer cette demande de mon vote , mais avec une condition : à savoir que ces machines seront exécutées dans les ateliers français, et d'après des marchés conclus avec concurrence et publicité.

Lorsqu'on voit les événements qui se succèdent, tout le monde sent Turgente nécessité de s'occuper du sort des ouvriers, de leur créer des travaux , d'étayer des industries qui menacent ruine , et d'en former de nouvelles.

Je ne vois pas. Messieurs, que le ministre de la marine soit dans l'intention de faire exécuter ces machines en France. Il y a dans le rapport de la commission quelques phrases qui manquent de clarté ; car on pourrait croire

qu'il en est autrement en lisant le passage conçu dans ces termes : • Afin d'encourager l'industrie française, la marine royale fait exécuter chaque année pour une somme assez considérable de machines à vapeur, entreprises par des mécaniciens du commerce* En 1835 on destine à ce genre de travaux un million de francs. »

On dirait par là que le ministre de la marine à Pintention de faire exécuter ces machines en France ; mais en lisant le chapitre vi, vous serez bientôt détrompés; vous y verrez en effet qu'on demande à M. le ministre de faire exécuter ces machines en Angleterre. Voici ce que contient ce chapitre : « De très * habiles constructeurs anglais, revenant aux principes de Watt et Boulton , préviennent les chances d'explosii» si redoutables dans une marine militah-e, en substituant presque partout à la fonte le fer forgé. »

Qu'il me soit permis de faire une observation sur cette assertion de M. le rapporteur, qui n^est rien moins que scientifique. Les explosions des machines ne peuvent avoir lieu que par reflet des cbaudiëres. £h bien, il i>^existe pas en Angleterre de machines dont les chau* dières soient en fonte ; ainsi Tassertion du rapporteur ne peut avoir aucune valeur, attendu que personne en Angleterre n'emploie de chaudières en fonte.. Il serait trop dangereux d'employer ces chaudières , dont l'explosion aurait de terribles effets, à cause de la grande masse des morceaux projrtés. Personne n'a même songé à établir sur les bateaux à vapeur des chaudières en fonte. Pour qu'elles offrissent la résistance nécessaire, il faudrait leur donner une grande épaisseur qui augmenterait tellement

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ie poids de la machine qu'on ne pourrait plus la foire porter par un bateau avec son combustible.

A quoi donc peut-on faire allusion par ces prétendus perfectionnements qui détermineraient la marine à s'adresser aux ingénieurs anglais ? Est-ce le corps de pompe qu'on ferait en fer forgé? Mais personne n'a pu y penser. D'ailleurs le corps de pompe n'est jamais sujet à faire explosion. Ainsi les améliorations sur lesquelles on se fonde pour nous dire qu'on commandera les Djiachines à riodustrie anglaise sont imaginaires.

Je dis que vous devez faire les madiines en France ; vous avez des constructeurs d'un talent reconnu ^ que je oe saurais jamais assez signaler à la reconnaissance publique. Parmi eux » je citerai MM. Hallette , Saulnier et Cave, qui ont travaillé déjà pour la marine et avec un grand succès.

Il est très-vrai qu'on leur a conomandé des machines à vapav pour la marine. Il est très- vrai que ces machines ont réussi ; mais M. le rapporteur ne parait pas avoir une gnuide bienveillance pour ces honorables et habiles fabricants. Les phrases d'éloges sont réservées pour des constructions exécutées au compte de la marine, pour des coostructeurs anglais et pour l'établissement d'IndreL Je dis cependant qu'il est possible en France de faire de très-bonnes machines. Et qn'on ne vienne pas argumenter de la différence du prix ; il diminue tous les jours, et il s'affaiblira de plus en plus l(Mrsque vous occuperez davantage nos ateliers^ Si vous ne commandez qu'une seule machine» le ccMistnicteur vous fait payer tous les outils dont il a eu besoin pour la confectionner» Si vous

en commandez deux, il est évident que cette mise de fonds pour les outils se répartira sur le prix des deux machines ; si vous en demandez trois, le prix des outils ne sera plus que du tiers, comparé à ce qu'il aurait été dans le premier cas.

Il est extrêmement important que vous vous adressiez à nos constructeurs , parce que dès que vous leur assurerez un travail annuel , leurs prix deviendront de jour en jour plus modérés.

Veuillez remarquer ensuite, Messieurs, que le prix élevé des machines françaises provient en partie de circonstances qui dépendent entièrement de vousrc*est que vous interdisez l'entrée de la fonte , du fer et de la houille, que les constructeurs obtiennent en Angleterre à bien* meilleur marché.

Il est très- vrai que les machines anglaises sont frappées d'un fort droit à leur entrée en France ; mais ce droit n'est que pour les petites machines destinées aux particuliers , et presque jamais pour celles commandées par le gouvernement. A tort ou à raison , le gouvernement trouve toujours une amélioration considérable dans les machines qu'il veut introduire , et je dois vous dire que les règlements des douanes portent que lorsqu'une machine, par son genre de construction, présente une amélioration, qu'elle est destinée à servir de modèle, elle n'est pas soumise aux droits»

Eh bien , on ne citerait aucune grande machine qui ait payé les droits. La machine du Sphinx ^ la grande machine soufflante commandée pour l'établissement de M. Decazes, la grande machine de la gare de Saint-Ouen,

et en on mot toutes les grandes machines dont il me serait facile de compléter rénumération, ont été exemptes de droit parce qu^on trouve toujours moyen d*y faire apercev(ttr un perfectionnement.

Je disais que nous avons de très-habiles constructeurs. Je voudrais, d* après cette considération, qu'il fût bien stipulé, bien convenu , soit par Tassentiment du ministère, soit par un vote de la Chambre, que les machines s'exécuteront en France.

Je dis que les précautions que je réclame ne sont pas superflues. En effet, je vais citer une circonstance où Ton a fait éprouver une grande injustice à un constructeur que j'oserais dire un homme de génie, à un homme de beaucoup de talent , qui a apporté dans Temmanchement des différentes parties dont une machine à vapeur se compose des améliorations capitales. Il a été traité par le ministère de la marine d'une manière qu'il me serait inen péniUe de qualifier, mais qui le sera suffisamment par les faits eux-mêmes que je vais exposer.

Il s'est trouvé un ingénieur des ponts et chaussées, homme de talent , de patriotisme, de persévérance, qui a eu la pensée de faire à la porte d'une très-petite ville de Bretagne, à Landemau, un établissement de machines à vapeur. Il s'est établi dans un champ; il a, en très-peu de temps, construit une manufacture, et dès le début il a voulu lutter avec les premiers constructeurs anglais. C'est M. Frimot. Il a construit d'abord une machine pour la marine dans cet atelier établi sans le secours d'aucun ouvrier anglais, avec des ouvriers qui jamais n'avaient entendu parler de machines à vapeur, ni

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VU les outils très-compliqués qui servent à ce gaire de construction*

Cette machine, que M. Frimot a construite pour un service d'épuisement, a été reçue avec applaudissement; elle fait à Brest un service journalier excellent. Quelque temps après (c'était sous le mini9tère de M. Hyde de Neuville), !*• Frimot, encouragé par ces succès, demanda la permission de faire deux machines, chacune de 80 dievaux , pour un bateau à vapeur. Ce sont les plus grandes machines qu'on ait encore vues^

Il demanda à entrer en liCe avec les plus célèbres constructeurs anglais. A cette époque, le ministère de la marine avait fait acheter en Angleterre, d*un halûle constructeur de Liverpool, M. Sawcett, une machine qui , encore aujourd'hui , fonctionne sur le Sphitix , bâti* ment qui jusqu'ici a été à la tète de notre marine à vapeur, et qui sous tous les rapports peut soitibenir la comparaison avec les meilleurs navires anglais.

Ce fut alors que M. Frimot contracta un marché avec la marine. Remarquez , Messieurs, cpie je dis un marché ^ j'aurai plus tard à revenir sur ce mot.

Si la marine s'était associée aux expériences de M. Frimot , si elle avait consenti à entrer pour une part quelconque dans ses essais, je ne prendrais pas ici sa défense ; car je ne crois pas que le gouvernement doive s'immiscer dans des expériences ; il doit encourager, favoriser, récompenser largement , noblement, ceux qui ont fait des découvertes; mais il ne doit pas s'associer à des essais dont le succès paraît même certain. Enfin , M. Frimot passe un marché avec le ministère de la marine , il tra-

vaille avec des ouvriers tou9 français, pris dans la partie la plus reculée de la Bretagne, et construit une machine, f oubliais de vous dire la condition du marché. La voici :

M. Frimot devait recevoir une certaine somme s'il faisait une machine qui marchât aussi bien que celle du Sphinx^ qui eût le même poids et consommât la même (pantité de charbon qu'en consomme le Sphinx.

KL Frimot, qui prévoyait qu'avec les améliorations qu'il anrait conçues il parviendrait à obtenir plus encore qu- on ne lui demandait^ stipula que, dans le cas où il réduirait le poids de sa machine, et qu'il obtiendrait une vitesse ^ale avec une moindre quantité de combustible, il lui acsait alloué une prime. Cette condition était juste, couvenaUe, et M. le ministre de la marine qui y souscrivit ût alors un acte honorable.

IL Frimot» après avoir construit sa machme et l'avoir installée à bord de l'Ardent , demande qu'il en soit fait une expérience comparative avec le Sphinx, comme il était ccMive&u*

On lui oppose une fin de non-recevoir, on lui dit : « Des expériaices ont été faites sur le Sphinx dans la Charente. Nous devons les prendre pour terme de comparaison des épreuves qui seront faites à Brest sur PArdenL »

H. Frimot représente qu'il peut ne pas croire à la vérité des expériences de Rochefort» et persiste à réclamer une oomparaiaon directe et simultanée en pleine mer des deux bâtiments V Ardent et le Sphinx.

Je ne vous mettrai pas sous les yeux , Messieurs, la correspondance qui s'est établie emfxe M. le ministre de la marine et H. Frimot. Cette corro^xuidaDce vous affli-

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gérait M. le ministre de la marine, dont les sentiments patriotiques ne peuvent être mis en doute, a signé probablement sans les lire des dépêches dans lesquelles se trouvent des expressions que Ton ne saurait justifier lors même qu'elle seraient adressées à un valet, et c'est un homme de talent, un homme de génie que M. le ministre de la marine n'a pas craint de traiter avec cette rigueur, avec ce mépris.

Voici la suite de ce qui s'est passé : M. Frimot vient à Paris; il s'adresse au conseil d'amirauté, et ce conseil décide qu'il sera fait une épreuve comparative entre les deux bâtiments , r Ardent et le Sphinco, dans des circonstances tout à fait semblables, attendu qu'on ne pouvait pas apprécier la marche des deux navires placés dans des circonstances entièrement différentes.

Ainsi le conseil d'amirauté annula les épreuves antérieures et les rapports de la conunission qui les avait dirigées.

Voici les points qu'il y avait à constater : i* la question de poids, 2* la question de vitesse.

La machine dé M. Fnmot pèse-t-elle moins que celle du Sphinœl — Elle pèse la moitié moins ; elle gagne cent tonneaux sur le poids de celle-ci.

Or, Messieurs, c'était une amélioration immense, et devant laquelle on aurait dû presque se prosterner. Qu'at-on fait, pourtant? On n'a pas daigné y attacher la moindre importance.

Reste la question de la vitesse. On fit l'expérience à Brest. Toute la population s'y intéressa, et cet émoi d'une population maritime est naturel. L'Ardent et le

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Sphinœ sont en présence. Ils partent; V Ardent dépasse largement le Sphinx. Tout le monde en est émerveillé ; on a été si souvent inférieur lorsqu*on a été en conflit avec les Anglais, que Ton est bien aise de remporter sur eux cette victoire scientifique.

Eh bien , ce résultat si national semble avoir contrarié ia marine. En effet, un article du 3Ioniteur du 6 novembre 1833 dit, et c'est honteux, que c'était une affaire de parti; qu'il n'était pas probable que P Ardent allât aussi Titequete Sphinx; en d'autres termes, qu'il n'était pas probable, malgré le résultat de l'expérience constaté par tous les officiers de la marine de Brest et la population tout entière de cette ville, qu'un bâtiment construit en France sous les inspirations d'un ingénieur français mar* chat aussi bien que le Sphinx ^ c'est-à-dire qu'un bâtiinent anglais.

Hesâeurs, ces expressions-là ont montré jusqu'à quel point l'adoiinistration était malveillante pour M. Frimot. Cette malveillance n'a fait que se développer dans la suite; en effet, M. Frimot ayant demandé qu'on lui délivrât un certificat constatant que dans la première épreuve son bâtiment avait marché mieux que le Sphinx, on le lui refusa ; et cependant le ministre de la marine regardait cette expérience comme décisive, du moins quant à la vitesse; car dans une dépêche qu'il adressait à M. Frimot, 3 convenait que cette vitesse ne différait pas beaucoup <fe celle du Sphinx; elle avait été en fait plus grande.

M. Frimot demande ensuite que l'on fasse une expérience pour la vitesse et la consommation du charbon, niais en présence d'une commission supérieure. Là-dessus

survinrent des difficultés et une correspondance trèsfâcheuse.

La première fois, comme je Tai dit, le bâtiment français r Ardent avait dépassé le SphifioOy c*est-à-dire le meilleur bâtiment de notre marine. La seconde fois, FArdent perdit quelque chose de sa vitesse.

Je dois rappeler que M. Frimot s'était engagé à obtenir la même vitesse que le Sphinco.

Eh bien, cette dernière expérience est la seule dont on ait voulu tenir compte.

Mais je vais dire quelques mots pour expliquer comment r Ardent a perdu la seconde fois un peu de sa vitesse. Le jour où l'Ardent n'a pas suivi le Sphinx j on s*est écarté d'une condition capitale que je dois signaler à la chambre.

Vous savez, Messieurs, que lorsqu'on alimente les chau* dières avec Teau de mer^ on est obligé de se débarrasser de Teau avant qu'elle soit trop chargée de sel , de peur que la précipitation des 8cd>stances salines ne détermine des dépôts, Tune des principales causes d'explosion. II avait donc été convenu que l'eau serait renouvelée. Quand on effectue cette opération, la vapeur étant plus difficile à former, la force des machines est diminuée, et la vitesse du travail singulièrement réduite.

Eh bien, il était convenu que, sur le Sphinx j on renouvellerait l'eau comme sur F Ardent. Or, M. Frimot, qui a scrupuleusement exécuté la condition de son côté , sait par son agent à bord du Sphinx, qui à cet égard a présenté son procès-verbal écrit, que l'eau n'a pas été renouvelée dans les chaudières de ce bâtiment ; ce qui confirme

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le mieux la vérité de cette protestation , c'est que M, Frimot a demandé à diverses reprises communication du procès-verbal oflSciel, et qu'on la lui a refusée. M. Frimot, en discussion avec Tadministration de la marine, qui par humeur pouvait ne pas accueillir ses justes réclamations, a pensé qu'une demande appuyée par des députés appartenant à toutes les nuancée d'opinion de cette Chambre , aurait plus de succès.

M. Frimot a demandé, sans obtenir de réponse, communication du procès-verbal officiel , de Texpérience faite à bord du Sphinx le jour où le Sphinx a eu un petit avantage de vitesse sur V Ardent Eh bien, on place M. Frimot dans rimpossibilité de demander justice même au conseil d'État ; c'est là quelque chose de monstrueux ; la législation n'a pas prévu qu'un ministre ne répondrait pas ; 1. FrinM)t ne peut donc pas s'adresser au conseil d'État pour se plaindre d'un déni de justice.

Enfin le procès-verbal n'a pas été communiqué ; toutes les sollicitations des députés siégeant dans diverses parties de la €hambre ont été sans résultat. Vous voyez qu'il y a eu, de la part de l'administration^ je le dis avec regret, mais enfin il y a eu, de la part de l'administration, envers un homme de mérite qui a créé, dans une localité presque sauvage, une fabrique superbe de machines à vapeur, une partialité qui a rendu indispensable la discussion qui a lieu aujourd'hui, et l'insistance que je mets à obtenir du ministre ou d'un vote de la chambre Fassarance que la somme d'un million servira à alimenter la fabrique française.

J'ai cité beaucoup de faits pour montrer que l'admî-

nistration n'avait aucune bienveillance pour M. Frimot Je vais en citer un plus monstrueux encore. Vous savez qu'à la Révolution de juillet, toutes les branches de l'industrie et du commerce en général eurent beaucoup à souffrir. M. Frimot avait fait faire un bateau à remorquer; ce bateau était à Brest, il n'y avait aucune possibilité de l'employer à une nouvelle entreprise de remorquage sur la Seine. M. Frimot l'offre à la marine ; l'amiral Roussin, qui sent combien il est utile au port de Brest d'avoir un remorqueur, fait l'acquisition de ce bateau au prix de 160,000 francs. Ce bateau est-il utile? il n'a pas servi beaucoup ; mais il suffit d'une circonstance pour montrer qu'il pouvait rendre des services importants. Effectivement, il y avait, hors de la rade une frégate, qui faisait de vains efforts pour y pénétrer ; le remorqueur alla à sa rencontre et la fit rentrer dans le port avec une vitesse de quatre milles à l'heure.

L'appareil de ce bateau paraissait si bon, si bien construit, que l'amiral Roussin, quand il partit de Brest pour aller dans le Tage, eut la hardiesse de sortir de la rade avec des vents contraires, se confiant à la puissance de ce bateau remorqueur. Il sortit, mais à sept ou huit lieues de la rade de Brest, le vaisseau le Suffren aborda le remorqueur, et fit quelques avaries dans le bâtiment et dans la machine ; ces avaries furent évaluées à 10,000 francs par messieurs les ingénieurs de la marine de Brest. M. Frimot offrit de réparer son appareil ; on ne le voulut pas. Ne vous imaginez pas qu'on l'ait installé à bord d'un autre bâtiment, ou qu'on l'ait soigneusement conservé dans un magasin ; non, on l'a laissé en plein air, de sorte que

toutes les parties de la machine, qui étaient polies comme un miroir, comme si elles sortaient des mains d'un optideo, sont tellement détériorées, corrodées, qu'on ne pourrait plus vendre la machine que comme de la ferraille.

Je le répète. Messieurs , vous voyez d'après toutes ces circonstances, je n'en accuse pas M. le ministre, mais vous voyez qu'il y a dans l'administration de la marine une partialité en faveur des constructeurs anglais que nous devons combattre.

Il y a capacité, capacité très-grande chez nos constructeurs ; il y a dans les ateliers même de M. Frimot des moyens excellents de satisfaire à tous les besoins de la marine; et cependant vous voyez comment les constructeurs français , si dignes d'encouragement , sont traités dans les bureaux du ministère de la marine.

Messieurs, en parlant des résultats obtenus par M. Frimot, j'ai signalé la diminution de poids de la machine de plus de la moitié ; une diminution notable sur la dépense en combustible ; il n'y aurait de douteux que quelques circonstances relatives à la vitesse comparée des deux bâtiments, si on s'en rapporte aux résultats de la dernière expérience.

Je dois ajouter qu'il y a, dans les bateaux de M. Frimot, des inventions très-remarquables. La Chambre les considérera comme telles quand elle saura que l' Académie des sciences, appelée dernièrement à les examiner et à donner son avis, s'est écartée de ses règles ordinaires, de ses habitudes, pour adresser la description des appareils de M. Frimot à M. le ministre du commerce, afin qu'il les

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