‹ Œvres complètes de François AragoChapitre 38 sur 72 · V.-ii · texte numérisé non relu

V.-ii

fît connaître à tous les constructeurs qui peuvent avoir intérêt à les copier ; car M. Frimot a eu la générosité de ne s'en pas réserver le privilège au moyen d'un brevet d*rnvention.

Je demande donc que le million soit accordé, mais qu'il soit statué, soit par le consentement du ministre, soit par une disposition que je proposerai, que les machines seront construites dans nos ateliers qui sont parfaitement en mesure de les exécuter, je demandwai aussi que M. le ministre veuille bien répondre à M. Frimot (Marques nombreuses d'assentiment.) .

[Dans la séance du 8 mai, le débat a continué srur l'amendement développé dans le discours qu'on vient délire; M. Aragoa de nouveau pris la parole, et il s'est attaché à démontrer que lés machines à vapeur à haute pression ne présentaient pas les dangers qu*on leur attribuait. La discussion suivante est extraite du Moniteur du 9 mai 1836. ]

M. Aaago. Je demande à la Chambre la permission de lui faire remarquer... (Marques d'impatience au centre.)

Je demande à la Chambre la pennission de lui faire remarquer que des erreurs graves ont été commises à cette tribune ; je poun'ais même dire des erreurs honteuses sur ta fabrication et les propriétés des machines à vapeur. . .

M. LE Ministre de la mahine. n n'y a rien eu de honteux! A GAUCHE : Non , si TigncNrance est un honneur 1

M. Abago. Je le répète, des erreurs honteuses...

M. LE MmisTRE j>E LA MARINE. U n'a rieu été dit de honleiix.

M. Abago. Des eireurs inqualifiables sur la fabrication

des machines à vapeur ont été commises à celte tribune par les personnes qui sont à la tête de Tadministration de la marine. Il a aussi été commis des erreurs de fait que je dois relever. Veuillez, au surplus, remarquer de quelle manière une question incidentelle a été introduite dans la question générale. (Violents murmures au centre. )

J'ai proposé mx amend^nenl -: dms oet amendement se trouvait comprise nécessairement, implicitement, cette idée que Tadministration de la marine ne favorisait pas , ne voyait pas avec bienveillance les travaux de nos constmcteiirs; c'est pour cela que je suis arrivé à expKquer quelle a été îa conduite que l'administration de la marine a tm devoir tenir à Tégard de M. Frimot. Je n'ai pas proposé de déHbérer sur l'affaire de cet ingénieur. Je n'ai pas demandé que la Chambre fôt appelée è prononcer dans l'afTaire judiciaire qui existe en ce moment entre M. Frimot et l'administration de la marine. Je me suis contenté de dire et d'afiSrmer que ce fabricant , que cet homme du plus haut mérite avait obtenu des résultats excellents et parfaitemeftt constatés ; que cependant , au lieu de le traita avec bienveilknoe , le ministère s'était conduit à son égard avec .une rigueur, avec mie malveilhDce d^lorables.

Ainâ je n'ai pas dierché à introduire dans la Chambre une q/aeàtàon qui ne la conceme pas. J'ai cité des faits à Tappui de moQ ameodenfte»t Je dis «nsntenant qu'yen combattant ma proposition , M. le commissaire du roi « eooHus des eTrears matérielles, des erreurs de fait qn'il est de mon devoir de aignaier. (Marques d'impatience dans «ne p«iie de l'assemblée. )

Autres voix* Parlez 1

Plusieurs membres. Nous ne sommes pas Juges compétents I

M. Arago. Vous n'êtes pas juges compétents sur des questions de machines à vapeur, à la bonne heure; mais vous êtes juges compétents sur des questions de finances ; or, ma proposition concerne une dépense d*un million.

Les mêmes toix. Vous élevez une question de science et de

théorie.

M. Arago. On vous demande un million pour la con* fection des machines à vapeur. Je propose de déclarer que ce million sera dépensé en France. Je dis et je soutiens que nos usines sont parfaitement en mesure de satisfaire aux besoins de la marine. J'ai cité des faits ; j'ai cité des artistes qui travaillent à merveille. L'administration cependant parait être dans l'intention de faire construire ces appareils en totalité ou en partie à l'étranger. Telle est la prétention que j'ai combattue. Comment y a-t-on répondu? On ne m'a pas opposé un seul fait A-t-on seulement fait mention de perfectionnements incontestables sur le mérite desquels l'Institut a prononcé?

Plusieurs voix. L'Institut prononce sur les théories ; nous ne sommes pas ici à i'Institut

M. Aaago. Lorsque je cite des perfectionnements re* marquables qui distinguent les machines de M. Frimot, que répond-on? M. le commissaire du roi se contente de jeter vaguement de la défaveur sur le système de cet habile ingénieur.

Ce système, s'écrie-t-il , est fondé sur l'emploi de la haute pression ; or, en Angleterre comme en Amérique, il n'existe pas sur les bateaux de machines à haute pression»

L'assertion est tranchante ; eh bien , Thonorable M. Tupinier est tombé dans une erreur de fait , dans une erreur complète en ce qui concerne T Amérique.

En effet, j'ouvre au hasard, un ouvrage sur les machines à vapeur. J'entends qu'on demande par qui cet ouvrage a été publié. Je réponds qu'il a été publié par la marine elle-même, que c'est l'ouvrage de M. Marestier; je l'ouvre donc au hasard, et je trouve :

• UEtna j bateau à vapeur des États-Unis sur la Delaware, marche sous la pression de 10 atmosphères ;

« La Pensylvanie est un bateau à haute pression, etc. t

Vous voyez donc. Messieurs, que l'assertion de M. le commissaire du roi n'était pas exacte.

M. TcpuiER, commissaire du roL Je n*ai pas dit qu'H n-y en eût pas;.. Voyez le Moniteur L,.

M. Arago. Vous l'avez dit. Monsieur.

Vous avez jeté de la défaveur au sujet des machines de M. Frimot, dans l'esprit d'un très-grand nombre de membres de la Chambre de qui je le tiens, en affirmant positivement que ni en Angleterre ni aux États-Unis on u'employait de la vapeur à une haute pression. Eh bien , vous savez maintenant ce qu'il en est, et mes citations, je les ai puisées, non pas dans des ouvrages sans autorité, mais dans le traité d'un de vos anciens collègues, dans un ouvrage dont la marine elle-même a fait faire la publication à ses frais.

Je dirai d'ailleurs que cette défaveur que vous avez voulu répandre sur l'emploi des machines à haute pression n'est pas fondée, et qu'il serait très-fâcheux de voir la marine persister dans de déplorables préventions.

Youlez^ous savoir comineot il est arrivé qu'en Angleterre les machine? à haute pression ne sont pas employées sur les bateaux à vapeur î

Ces bateaux sont construits par la inal*ine marchande, et leur destination exclusive est de faine rofiice de paquebots. Or, les passagers craignant Texplosion des machines à haute pression , les constructeurs ont dCL les prosGrire.

QoELQOES Toix. Us ont raîaoïi.

M. Arago, Vous dites qu'ils ont raison ; md ; je dis qu'ils ont tort, Messieurs.

Je crois avoir le droit d'émettre une opinion sor une question de cette nature. ( Bruit aux centres. )

Comment, Messieurs, il s'agit de savoir si l'on accordera un million à la marine pour la conatmctiou de bateaux à vapeur; la marine manifeste l'intention de repousser de toutes ses forces remploi de» machines à haute pression, et je n'aurai pas droit de dire à cette tribune que la détermination de l'autorité est le résultat d'une erreur, d'un défaut de himièresî

Voix nombre oses aux extrémités. Si l si I

Voix a v centre. Nous ue sommes pas ici à TAcadéraie des sciencea

M. LE COLONEL Lamt. Nouâ 116 sommcs pas ici comme dans im

collège royal, pour suivre un cours de machines à vapeur.

M. AaAGO. Je crois avoir le droit de soumettre une opinion. •• {Voix au centre. C'est une question étrangère au budget. ) Nous traitons la question de savoir si Ton accordera un million à la marine pour construire des machines à vapeur. La marine paraît dans l'intention de repousser les machines à haute pression; n'ai -je pas le droit de dire à cette tribune que c'est un préjugé?

▲ VAPEUB. 4»§

(X. Ango deecend dala tdbune.)

NoHBRK Di TOix AUX EXTRÉMITÉS. Parfez! parlez.

H. I^TOc. Ce serait une honte que d*empêcher Torateur de parler.

H. Ar4G0, remontant à la tribune. Je suis dans la question, et complétenoent dans la question.

Adboits et a gauche. Oui! oui! continuez I }L GAïKiBfr^Afiis. Si Tcua^écoute pas nos orateurs, nous n*écouteroDs plus personne. (Exclamations ironiques au centre. ) Qdelqces membres. Attendez I0 silence.

M. Arago. La question est devenue une question générale, et je ne sais vraiment pas pourquoi Ton s^irrite lorscpe je parle des avantage» que présentent te» madûoes k hasde pveasio& sur les niacbinesr à. pression ordinaire.

IL hKATORT. Ob n'est paa & la Chambre à jag«r celai

M. Arago. Quaid vous donnez, M^ Piscatory, on conseil sur la. eotonisation d* Alger, vous avez des opinions arrftées sur la colonisatton et vous cherchez à les in«* cidquer dans Tesprit des- ministres et de la Chambre ; A bien, mm, fai une opinion arrêtée sur renq)k)i des machines à haute pression. Il y a dans le budget un article relatif aux machines à vapeur, et puisque Tadmi* BÎBtntiaii témoigne rintention de ne point faire usage des madûes à haute pression , je ne sais pas pourquoi il ne me serait pae permis d^ parler de l'emploi de ces machines.

M. PiscAToar. Je demande la perarifiBioB...

Vau BOMBRBOSES AUX EXTRÉMITÉS. Vous n^avez pas la parole I laissez parler M. Arago I

M. PiscATORT. Je ne dois pas laisser sans réponse ce que vient dédire lliooonble orateur. (Non, non !... Agitation.)

M. AftAfiOu 11 est loin de ma pensée , de mon désir et de num iiitentioKi, de soulever dans la Chambre de Tagi-

talion et du désordre ; par conséquent , je renonce à la parole.

Aux EXTRÉMITÉS. Parlcz I i)arlez l

M. Arago. Mais si Tonne veut pas m*en tendre... (Si, si! Parlez I)

M. Gharleuagne. Nous voudrions éviter de tomber dans les abus... (Bruit)

M. LE Président. Vous n^avez pas la parole.

Cette discussion 9 Messieurs, devient très-pénible. L'orateur est dans son droit, en discutant la matière qu'il discute en ce moment (Assentiment aux extrémités) et quMl connaît si bien. Tinvite donc la Chambre à lui accorder son attention. ( Très-bien 1 très-bien!)

M. Arago, Je regrette que vos fréquentes interruptions me forcent de me répéter. Je disais , Messieurs , que le commissaire du gouvernepnent , et ce commissaire occupe dana le ministère de la marine un poste élevé, s'était trompé en affirmant qu'il n'existe nulle part de bateaux à vapeur à haute pression. J'ai expliqué comment il se faisait que les machines de cette espèce ne sont pas em* ployées sur les bateaux anglais. J'en ai trouvé la raison dans les craintes des passagers.

Une voix. Ils ont raison.

M. Arago. Ils ont raison, dites -vous, eh bien, je prouverai en deux mots que cette crainte est sans fonde* ment. Mes arguments seront de deux espèces, assez clairs, je crois, pour détromper en même temps et M. le commissaire du roi et les personnes qui pensent comme lui.

M. Oliver Evans, le plus célèbre constructeur de machines à vapeur de l'Amérique du nord, fit en 1818 un relevé statistique de toutes les explosions qui avaient eu lieu aux États-Unis. Il résulta de ses recherches que pas

uDseuI bâtiment, avec des machines à haute pression, Q*avait fait explosion. Il n'était arrivé d'accident qu'à des machines à pression ordinaire.

Yoilà un fait constant, voilà un fait incontestable. Gela, Messieurs, a Tair d'un paradoxe ; mais il n'y a paradoxe en cette matière , et en général dans les questions scientiGques, que quand on n'a pas bien étudié les causes des phénomènes.

Les ingénieurs et l'administration se sont prescrit la règle d^essayer la chaudière d'une machine quelconque à une pression triple, par exemple, de celle où elle est destinée & travailler. Ainsi, pour une machine à 10 atmosphères, on ferait l'essai à âO atmosphères; pour une machine à une atmosphère , Tessai serait fait à 3 atmo- ^ëres seulement.

Or, veuillez bien le remarquer. Messieurs, dans les machines à pression ordinaire, plusieurs circonstances peuvent porter subitement la pression à une pression trois fois plus forte et même davantage. A ce moment, la machine ordinaire devient machine à haute pression ; la chaudière est insuffisante, et l'explosion arrive. Quant à la machine à pression très-élevée, quant à la chaudière essayée à 50 atmosphères , il faudrait des conditions qui sont exceptionnelles, etqu'on réunirait difficilement, même en les cherchant tout exprès pour amener T explosion.

Une expérience dans laquelle j'ai ^é moi-même acteur rendra la vérité de mon assertion évidente.

L'administration ayant çu besoin, pour régler le service des machines ordinaires et des machines des bateaux, de connaître l'élasticité de la vapeur conespon-

dantc à chaque degré da thermomètre, s'udresBà à TAcar demie des sciences. Deux membres furent chargés de faire le travail nécessaire pour répondre aux désirs du gouvernement. Le savant M. Dulong était Tun d*eux; j'étais le second. Les expériences étaient dangereuses; mais comme les artistes en désiraient.les résultats^ comme elles devaient être utiles, nous nous dévouâmes. Eh bien ,

je le déclare ; quoique nous eussions pris toutes tes pré-

cautions nécessaires pour éviter les courants refroidissants, quoique nous nous plaçassioQS coastammesft dans une cabane bien fermée,, nous ne pûmes jasaajs amener réiasticité de la vapeur de la chaudière & plus de vingtquatre atmosphères. Ainsi il n'eût pas dépendu de nous d'amener même volontairement reiq)lo»ion de cet a^ipareil, si, comme la chaudière d'une machine de dix atmosphères, on l'avait essayée à trentOr

Le résumé statistique d'Oliver Evans avait prouvé que les machines à pression ordinaire font plus souvent explosion que les. machines à haute pression. Ce fait, constaté par l'expérience, n'a plus rien de paradoxaL Il trouve une explication toute simple dans ce que je viens de dire.

Au surplus, la grande répugnance du public pour les machines à haute pression a disparu* Les machines locomotrices qui transportent lés voyageurs sur les chemins de fer sont, en efie^ des machines à haute pression. Qui cependant éprouve aujourd'hui la moindre répugnance à se placer à la suite d'une de ces machines? La marine n'aurait donc aucun motif de se préoccuper de ces auciens préjugés^ alors môme que la majorité des

rk*C5 voyageurs qui viennent (T Angleterre en France les conserverai^it.

II y a un avantage immense, un avantage incontestable et aQJoanfhui incontesté, à se servir de machines à haute presâon. Ces machines permettent d'employer la détente de la vapeur dans une grande échelle, de ne la condenser oa de ne la perdre qu'au moment où sa tension devient insignifiante. Ces avantages, la théorie les avait prévus; mille expériences les ont confirmés. Toutes les machines d*épuisement du Gomouailies en font foi. Expliqae2-moi donc , Messieurs, quel inconvénient fl peut y avoir à ^gnaler à l'administration de la marine, qui parait Pignorer , une telle source d'importantes écononiieSk

Cette question, qui vient de soulever tant de difficultés, n'avait au fond rien dMrritant. Elle était d*ailleur& inévitable, puisque les machines de M. Frimot sont à haute pression, mais à 10 atmo^ères seulemeqjt, tandis que, je le répète , certaines machines des ÉtatsrUnis marchent, sans inconvénient, à 20 atmosphères.

Je suis fècbé que les détails personnels, relatifs & V. Frimot; que des griefs destinés à trouva leur solutien affleurs; que des débats qui ne seront jamais désertés par ceux qui savent combien M. Frimot s'est fait honneur par ses travaux , combien il serait utile à l'industrie m on lui tendait loyalement la main; je suis fâché, dis-je, que ces diverses circonstances aient jeté sur la dfecufiaon une irritation qui peut-être compromettra le sort de famendement que f ai proposé. Cet amendement est ainsi conçu :

« Les noachines seropt exécutées dans les ateliers français, et d'après les marchés conclus avec concurrence et publicité, »

Le budget a souvent renfermé de semblables dispositions. Ainsi, de ce côté, point de difficulté; mais, en terminant, j'appellerai l'attention sur une circonstance qui milite en faveur de la disposition que je sollicite de la

chambre.

Le haut prix de nos machines tient aujourd'hui en grande partie à la cherté de la matière première. Nos usines à fer ne produisaient pas de fonte qui pût être employée avec avantage dans leur construction. Notre fonte perdait ses principales propriétés quand on la soumettait à deux ou trois fusions successives. Je suis heureux de dire que plusieurs maîtres de forges, parmi lesquels je cite avec plaisir l'un de nos honorables collègues de la Nièvre, sont tellement près d'avoir résolu le problème, que cette cause de différence entre le prix des machines anglaises et celui des machines françaises est sur le point de disparaître.

Je dirai, avec une égale satisfaction, que dans les forges que je viens de citer on est parvenu à donner à la fonte une propriété qui ne paraissait pas devoir appartenir à cette matière, une certaine flexibilité dont on tirera peut-être un très- grand parti dans la construction des machines à vapeur. J'ajoute, enfin, qu'on commence à essayer dans nos usines l'emploi de l'air chaud. Tout fait donc espérer que d'ici à peu de temps nous serons dispensés d'aller à l'étranger chercher les métaux employés dans la construction des machines à vapeur.

Eh bien, faites qu'au moment où Tamélioration dont je parle aura eu lieu» nos ateliers ne soient pas déserts. De soient pas détruits ; faites en sorte que les usines qui existent, qui ont déjà donné d'excellents résultats, qui nous en promettent encore de plus grands, ne soient pas totalement abandonnées lorsque les améliorations métallurgiqaes que je prévois, que j'annonce comme prochaines, se seront réalisées* Soyez persuadés qu'alors vous aurez des ateliers où l'on exécutera, aussi bien et à aussi bon marché qu'en Angleterre , toutes les machines à simple ou à haute pression dont la marine militaire, dont la marine marchande et dont les manufacturiers pourront avoir besoin*

M. PiscATORT. Je demande la parole poar un fait personnel... Je De suis pas dans l*habitade dUnterrompre personne, j'écoute avec attention tontes les opinions. J'aime les longues discussions ; je les crois utiles au triomphe de la vérité et de la raison.

J'arrivais dans la Ôiambre lorsque la discussion était déjà commencée. Je ne sais quelle parole m*a échappé, je ne sais même si j>o ai prononcé une : M. Arago m'a interpellé en disant qu'il ne conceTait pas que quelqu'un qui avait traité la question d'Alger, et qu^on avait bien voulu écouter, empêch&t de parler sur les nachines à vapeur. '

La comparaison est étrange.

Sans contredit la question des machines à vapeur est importante ; nais permettex-moi de dire qu'il y a une grande différence, quant à l*îfflportanco politique, entre la question d'Alger et la question scientifique de la vapeur à haute ou à basse pression. J'en demande bien panlon à M. Arago, dont je reconnais la science et l'esprit; mais il me semble que nous sommes venus ici pour faire les afTaires du pays, et non pour suivre un cours. (Interruption, murmures, hilarité.)

M. Arago a établi fort habilement la dilTérence qui existe entre les machines & haute et celles à basse pression. Je l'ai écouté avec grand plaisir; mais j'avoue que cela n'a pas suffi pour éclairer mon intelligence , fort médiocre, il faut le dire , en pareille matière. Comme député, j'ai donc perdu on temps utilei

206 CONSTRUCTION DBS MACHINES

Je dirai eneore qu'il me semble ^Ml n'y a pas beanicoup de générosité de la part de M. Arago à venir faire ici de la science ; car véritablement personne ici n'est en état de lui répondre ni de combattre ropinioQ qu'il émet sur les objets tcnt seieiitffîqiies, qui nous sont étrangers, et qui ne touchent en rien aux Intérêts dont nous sommes chargés.

M. ÀRiGO. Un mot. Messieurs., un seul mot sur la question personnelle. Ce n'est pas moi qui ai soulevé ici la question des machines à haute pression : c'est M* le commissaire du roi qui est venu exprimer sa répugnance pour les machines à haute pression. Plusieurs membres de la Chambre ont désiré savoir ce qu'il pouvait y avoir de fondé dans cette répugnance, et c'est à leur demande que j'ai dû donner à la Chambre des explications qui, à ce qu'il paraît, n'ont pas été du goût de l'honorable préopinant.

[Dans la séance de la Chambre des députés du 29 mai 1835, à Toccasion d'un projet de loi relatif à rétablissement d'un senice de paquebots à vapeur entre la France et le Levant, M. Arago a de nouveau pris la parole dans les termes suivants, extraits du Moniteur des 29 et 30 mai. ]

Messieurs, j'ai demandé la parole afin d'obtenir, soit par voie d'amendement , soit par une promesse de M. le ministre des finances, l'assurance que les machines qui doivent être placées dans les bateaux à vapeur seront exécutées par nos artistes. Voici , en abrégé , les motifs de ma proposition.

En fart de machines à vapeur, nous sommes encore, il faut l'avouer, dans l'enfance. Jetez un coup d'œil sur ce que ce genre d'industrie a prockût de merveilles en Angle-

terre, et vous verrez que mon vœu n'a rien que de fort natoreL

En 1819, en Angleterre, une seule manufacture, celle de Soho, près de Biroiingham, avait déjà exécuté un nombre de machines à vapeur qui, à elles seules, faisaient annuellement le travail de cent mille chevaux , c'est-Â-dire de. six % sq>t cent mille hommes. L'économie résuitaot de la substitution de ces moteurs aux moteurs ammés était, au moins, de 75 millions de francs par an.

A la même époque de 1819, il existait en Angleten-e dix mille machines à vapeur d'une force totale de sk cent mille chevaux, ou de â à &. millions d'ouvriers. C'était là rorigine d'une économie de 300 ou 400 millions de francs. Aujourd'hui on peut dire, sans être taxé d'exagération, que ces résultais doivent être doublés ; de sorte que, par rei!4>k)i de la vapeur, nos voisins obtiennent, tous les ans, sur leurs produits, une économie de main-d'œuvre de 800 millions de francs*

Consultez maintenant les tableaux officiels qui vous ont été distribués, et vous verrez qu'aujourd'hui, en France, le nombre total des machines à vapeur ne d^asse guère Dfi millier, et que leur force n'est cpie d'environ 1&,000 chevaux.

Il est donc important que la construction des machines à vapeur reçoive chez nous des enoMragements. Je demande en ccmséquence à M. le ministre des finances de vouloir bien, dans cette circonstance^ prendre devant la Chambre l'engagement de s'adresser à nos artistes, et de leur commander des travaux utiles, importants, et dc»t ils s'acquitteront à merveille.

208 CONSTRUCTION DBS MACHINES

Ici, je le sais, se présente la question de savoir si les grandes machines à vapeur, dont Tadministration a \xsoin, pourront être exécutées dans une année, et si elb auront la perfection de celles qui seraient fabriquées a l'étranger. Sur ce dernier point je n'aurai qu'à citer, qtf à vous rappeler ce que le gouvernement lui-même a dit dans un rapport qui vous a été récemment distribué. Vous trouverez dans le rapport en question que t les machines qui sortent actuellement de nos ateliers peuvent, sans crainte, soutenir la concurrence avec celles qui nous viennent de l'étranger. » Voilà, Messieurs, une décision formelle; elle n'est pas de moi, elle appartient au corps des mines.

Les machines dont il est question dans ce paragraphe ont, il est vrai, je m'empresse de l'avouer, d'assez petites dimensions; tandis qu'il en faudra d'une force considérable pour les nouveaux bateaux à vapeur. Je crois, en effet , que notre honorable collègue M. Tupinîer a eu raison en proclamant pour le service de mer l'insuffisance des machines d'une force moyenne, en réclamant une puissance de 160 chevaux au moins.

Or, il existe en ce moment, en France, divers ateliers où des appareils de cette force sont exécutés.

Ces appareils sont-ils bons? Je n'hésite pas à répondre affirmativement; on les a comparés, en effet, aux meilleures machines exécutées en Angleterre, à celle qui jusqu'ici a été considérée comme modèle, à la machine du Sphinx; et de très -bons juges, et nos officiers de marine les plus expérimentés, ont déclaré positivement que les machines exécutées dans les ateliers de M. Hallelte d'Arras.

et dans ceux d'Indret, sont aussi parfaites que celles du Sphinx. Je pourrais, au besoin, citer à Tappui de cette opinion les rapports du capitaine Favin-Lévêque, du Crocodile, et celui du capitaine Gaubin, du Vautour. Ainsi il existe en France des ateliers qui sont en mesore d'exécuter d'excellentes noachines de 160 et de 200 chevaux.

J'arrive à la question de savoir si ces grands travaux pourraient se faire dans un temps assez court. Eh bien, il paraît constant que M. Gavé exécuterait deux machines en un an; M. Hallette, trois; M. Gengembre à Indret, trois. Peut-être y a -t-il encore d'autres manufactures qui pourraient entrer en concurrence avec celles-ci ; mais Je ne dois pas les citer, parce que je ne veux articuler ici que des choses parfaitement certaines. Ainsi, en ne considérant que des usines qui me sont personnellement connues, je ne pense pas m'éloigner de la vérité en affirmant que les deux tiers des machines désirées y seraient exécutées en un an.

Tenons maintenant aux prix. Je reconnais que les machines qu'on exécute en France sont beaucoup plus chères que les machines anglaises. Mais vous en savez la principale raison : c'est qgie la matière première est chez nous d'un prix plus élevé. Or, la matière première entre pour une part considérable dans le prix des machines. Quand vous aurez supprimé les droits des douanes, fl sera tout naturel de demander que nos appareils industriels ne coûtent pas plus cher que ceux de nos voisins ; mais tant que ces droits existeront, il faudra bien se résider à payer les machines françaises à des prix élevés. V. - II. 14

Xe irf empresse de ^connattré que, pour favoriser nos^ artistes, T administration a frappé le» machine» qui viennent de Fétranger, d'un droit de 30 pour cent.

M. LE Ministre des finances. De 83 pour cent, et le décime I

M. ÂBAGO. De 3â pour cent, si vous voulez ; eh bieu^ ajoutez au prix qu'a coûté le Sphinx en Angleterre ââ^ pour cent, et vous trouverez à très-pea de chose près les prix ({ui ont été payés par M&L Hallette et Gavé pour leurs dernières machines. I^e iharcbé ne vous sera donc pas onéreux, car il aérait injuste que voua, gouvernement, vous ne payassiez pas les droits qxie vous exigez, des particuliers.

Je sais très-bien (pie Ton cherche sans cesse à se soustraire à cette obligation.; je sais, très-bien que la loi qui a frappé de 3â pour cent les machines venant de Fétranger a décidé que si ces machines pouvaient servir de modèle, cUes ne seraient pas passibles du droit, et que les moindres changements de forme sont présentés comme des améliorations importantes ; mais ML le ministre des finances est trop juste pour vouloir dans cette circonstance recourir à ce moyen, q^uoiqu'U ait été d^jà tenté par la direction, des postes elle-même.

M. LB HlNXSIBB DES^FINXBCEff; BNml

M. Arago. Permettez-moi, M. te ministre, pour répondre à votre dénégation, de dire que j*aî été chargé de faire un rapport sur une demande en franchise de droits présentée par la direction des postes; je crois même me rappeler qu'elle avait reçu votre assentiment.

Au surplus, je regrette bien vivement que Tadminis-

A VAPEITR. ÎU

tratioa tf ait pa& proAté de cette circonstanee poar faire exaomier à foaé la question capitale de. reii4)k)i des mareUnes èi haute preseion daas^ tes bâtime&te de rÉtat.

Dans la deraiëre séance» M. Tiqpkiier a émis sur cet objet des opioions trop an?êtécs. Il a dit, par exemple,, qiie ces machines B'oŒraient pas d^économte ; qœ théoriçieiaent q& devait en e^éf er, mais qu'expérimentale-* ment elles n*en donnaient pas.

Théoriquem^ad;^ Itfessieurs, on ns sait pas grand' chose anjourd'hui dea avantages dt la haute presaoa snr hr pression ordinaire; nuiis expérimentalement, la grande infériorité de cette deriôère ne semble pas douteuse^ dts moins quand oa feit uaage de la détente. Deux ou trois chiffres que je rais tous citer ne laiaôerant aucun doute, à cet égard»

Dans- le comté de Comouailles on n'emploie guèane aajoitfd'hui que de& machines à haute pres^on ; eh bien,, plusieurs doment des résultats quadruples de ceux qu'oa (d)tenait avec les aneiaanes machines d^ Watt. M. John; Taylor^ le plus célèbre ingénieur de cette contrée industrieuse, m'écrivait naguère que, suivant lui, ces im^ mensea efiets étaient le résultat de l'emploi de la haute pression comUnée avec la détente. Les rapports des officiers de notre marine vous conduiraient à la même conséquence. M. Gaubin obtenait de l'emploi de ces deux moyen» im sixième d'augmaîtation sur la vitesse du YaïUour.

On répète sans cesse que les machines à haute pression présentent de très-grands dangers. L'expérience justifiet-elle ces craintes? En aucune manière. On a dit aussi

qu*elles effrayaient les passagers. Voici ma réponse : Nous avons aujourd'hui sur la Seine un grand nombre de bateaux à haute pression ; l'un d'entre eux qui s'appelle le Théodore j fait le service entre Paris et Melun ; il marche à cinq atmosphères. J'ai voulu savoir si les craintes dont l'honorable M. Tupinier parlait étaient réelles ; j'ai été au quai de la Grève demander quel était le nombre des voyageurs : on m'a répondu que dimanche dernier on en avait compté quatre cent vingt-quatre. Vous le voyez. Messieurs, si des craintes ont existé, il n'en reste plus de traces aujourd'hui ; j'affirme, au surplus, que les machines à haute pression ne sont pas plus dangereuses que les autres, A Paris, sur cent soixante-seize machines à vapeur, il y en a cent trente-trois à haute pression. Depuis dix ans que les constructeurs sont astreints à des règlements bien combinés, il n'est pas arrivé un seul accident. Les bateaux qui, depuis six ans, font sur la Seine le service de Paris à Rouen, ont tous des machines à pression élevée : est-il jamais arrivé aucune explosion? Dans une autre circonstance j'essayai de démontrer, et nous hommes d'étude, nous ne prodiguons pas ce mot, qu'il y avait moins de chance d'explosion dans les machines à haute pression que dans les machines à pression ordinaire, et cela attendu la nature des épreuves auxquelles on soumet les chaudières.

Je n'y reviendrai pas aujourd'hui ; je me borne , et cette preuve en vaut bien une autre, à faire remarquer qu'à Paris et dans ses environs, un grand nombre de machines à haute pression sont depuis longtemps employées, sans qu'il y ait eu une seule explosion.

N'y eût-il aucune économie à faire usage de ce genre de machines , ii faudrait encore les recommander. Quand OD veut imprimer une vitesse considérable à un bateau à vapeur, il faut un appareil puissant ; or cette puissance, avec la basse pression, on ne l'obtient qu'en augmentant les dimensions du corps de pompe. Un grand corps de pompe absorbe à chaque oscillation du piston une grande quantité de vapeur qui ne peut être fournie que par une énorme chaudière. Une chaudière est aujourd'hui une véritable maison qui emploie près des trois quarts du volume du bateau à vapeur. Cherchez la même force dans une machine à haute pression, vous gagnerez un eq)ace considérable, et cela, je le répète encore, sans aucun danger ; car il est telle de ces machines où l'explosion, à peu près impossible, ne pourrait pas H'aiUou«> entraîner des accidents de quelque gravité.

On a insisté avec beaucoup de raison sur les avantages que l'administration trouverait en cas de guerre dans les bateaux à vapeur, dont aujourd'hui elle demande la construction pour le transport des voyageurs ; on vous a dit qu'ils seraient transformés en bâtiments de guerre ; mais pour cela l'espace est nécessaire, et vous en auriez trèspeu avec des machines à pression ordinaire. J'exprime de nouveau le regret que M. le ministre des finances n'ait pas profité de cette occasion pour soumettre cette question capitale à une discussion approfondie. Il aurait trouvé dans les lumières des ingénieurs, de divers professeurs, et des membres des corps académiques, les moyens d'arriver à une solution définitive.

Chaque jour on parvient à concentrer, à l'aide de la

2U CONSTRUCTION DES Itf ACHINES

haute pression, une puissance immEnse danfi des espaces de plus en plus restreints, fiécenuneat on a pu -voir sur le chemin de fer de liverpool à Manchester^ une voiture locomotive de MM. Sharp et Roberts qui parcourait un mille en 57 secondes, une lieue en 2 minutes SS -secondes, et 25 lieues à Theure. La machine marchait avec une telle rapidité , que^ p«r parenthèse^ la cheminée tua dans sa course un coilieau qui traversait la route en volant (On rit )

Hàtons-noufi d'appliquer ces merveilleuses concentrations de force à la navigation*

Pour le moment, je ne m'oppose pas toutefois à oe qu'on suive k route ordinoare^ mais jepxieM. le monstre des finances de déclarer si son Intention est de fiaipe esé-

\e la totalité ou du moÎDs une ^ande paurtie des machines demandées. Après k léponse de M. Se ministre, je verrai si je dok âonmettne vsà amendement à la Chambre, si je dok iui propûaer de {mendia eUB-même une détermination à ce sujet

[Après la réponse da ministre des finances, M. Arago s'est eoqiniiné ainsi : ]

Je ne propose pas d'amendement, après <5e que M. le ministre des finances vient de dire; j'ai la certitude qu'il n'oubli^a pas des artistes français qui sont dignes de toute sa confiance , et qui font honneur à notre industrie^

▲ VAPEDfi. 245

ly

[Dans la séance du 16 juin %8A0, à propos vie i& discussion dn projet de k>i sur rétatdtaHBment de divers chemiiis defer» M. Arago a proposé on artiole additionnel ainsi conçu :

I Les neuf dixièmes au moins des machines. locomotives dont Ja compagnie fera usage, devront être exécutés en France ;

« Celte prescription eessenrit^'dtre oUigaKrïre, 4aiis le eas oûie prix des machines françaises surpasserait le prix mpy^n des machines anglaises de plus de 15 pour 100. »

M. Ârago a développé sa proposition dans le discours suivant « extrait da Moniteur du 17 Juin.]

Messieurs, ranoi^idement que je propofie doit. avoir des £0iiséqii6ii£eB importanteB* l'espère cependant qu'il me aéra pofis&Ie de le justifier ea très-peu de paroles. Jecomaieiice d'abord par faii'e .remarquer que cet amendement 6'applique exclusivement aux chemins subveationnés, aux j^bwÛDB* dûat le gc^Lyememeut est devenu le plus fort actîoniiaire. Cette réflexion r^ondra à plusieurs crittqpoR que j'ai ^entendues sur nos bancs. En tout cas, je me réserverai le droit de répondre avec plus de détail dans le cas où par erreur on trouverait dans la prescription impérieuse qui est contenue dans mon amendement une atteinte à la liberté commerciale.

La question que mon amendement soulève, .s^ait appréciée d'nae manière oiesquine, si on la traitait seu- Jernenidu pduat de vue de la liberté commerciale. Au fond, ce dont il s'agit dans les conséquences de la proposition que je fais, ^'est d'ind^ndance, de force nationale.

Les machines à vapeur seoit des armes; c'est à coups de madûnes k vapeur qu'on se battra, si jamais, ce q«e

je regarderais comme un malheur , nous avons à lutter avec r Angleterre. Nos voisins ont aujourd'hui 800 bateaux à vapeur ; tous , je le reconnais , ne porteraient pas une puissante artillerie , mais tous pourraient pénétrer dans nos rades , dans nos ports, dans les anses les plus cachées, et enlever jusqu'à la dernière de nos barques de pêcheurs, si nous n'avions moyen d'opposer bateau à bateau, machine à machine.

Que diriez-vous. Messieurs, d'un gouvernement qui confierait aux étrangers la fabrication de la poudre , des canons et des fusils ? Vous diriez qu'il manque d'intelligence, peut-être même lui adresseriez-vous un reproche plus sévère: eh bien, je le répéterai à satiété, les machines à vapeur joueront dans une guerre maritime un rôle aussi essentiel que les fusils, les canons et la poudre. Ce que je demande, c'est qu'en temps de paix vous formiez , vous encouragiez les ouvriers , * les contre-maîtres qui fabriqueront nos machines lorsque les Anglais ne nous en fourniront plus ; c'est qu'en temps de paix vous songiez que des mécaniciens sont nécessaires à bord des navires, et qu'ils y jouent un rôle capital.

C'est une chose heureuse , Messieurs , pour notre pays, que cette transformation que la marine doit subir , qu'elle subira d'ici à peu de temps, et dont M. Paixhans vous entretenait récemment avec tant d'autorité; c'est une chose avantageuse , car, dans nos conflits maritimes avec les Anglais, notre infériorité, quand elle a eu lieu, a dépendu , non pas assurément d'un plus grand courage des matelots ennemis , mais d'une plus longue expérience. Eh bien , cette plus longue expérience sera sans gravité

dans la marine à vapeur. Nos officiers entrent dans cette nouvelle voie avec un admirable dévouement , avec une remarquable habileté. Préparez , messieurs , préparez de longue main , les quatre ou cinq mécaniciens qui devien-dront dans chaque navire les auxiliaires indispensables des capitaines. Remarquez-le , messieurs , beaucoup de DOS bateaux ont des mécaniciens anglais. Disons-le à leur honneur, ils nous quitteraient tous le jour où nous serions en guerre avec leur pays.

II y a peu de jours encore , vous avez failli à sacrifier une industrie nationale, l'industrie du sucre indigène, au désir bien naturel d'encourager et d'étendre notre marine marchande. Ce que je vous demande , moi , n'exigera de sacrifice d'aucune sorte ; je désire que le temps présent ne vous détourne pas de songer que la guerre peut lui succéder; je demande que, sans négliger la marine à v(Hle , vous réunissiez les éléments d'une marine à vapeur.

J'ai dit que je ne demande , que je ne sollicite aucun sacrifice. Remarquez en effet que la loi du 2 juillet 1836 avait établi un droit de 30 p. 0/0 sur les machines à vapeur étrangères. Ce droit , avec le décime , conduisait en définitive à une prime de 33 p. 0/0; elle a été depuis réduite de moitié quant aux locomotives.

Vous dire par quelle interprétation , par quel jeu d'imagination , on est arrivé à trouver que les locomotives ne sont pas des machines à vapeur, est au-dessus de ma portée.

Quoi qu'il en soit, le droit d'entrée se trouve réduit à Ib p. 0/0. En ce moment , les machines anglaises entrent en France au droit de 15 p. 0/0. Je ne demande pas,

qoaxit à moi^ que ce droit soit augmenté ; je ne désire nullement qu'on revienne aux dispositions de la loi du 2 juillet 1836 ; je ne sollicite, enfin, aucun aocroisBerorat 4e droit.

Nos constructeurs ont asBurément de très4x»mes rai* ifions pour soutenir que ks. locomotives sont des machines à vapeur , et pour demander qu'on lea comprenne de nouveau dans les prescriptions de k loi du 2 jmllet 18â6. Cette prétention , toute légitime qu'elle soit , je ne Tap- •pode pas ; je ne demande même le maintien du droit >a£tuel de 16 p. 0/0 , qu'afin que les ccmâtructeurs français aient la, matière preinièi^e au même prix que les constructeurs anglais,, et qu'ils puisae&t lutter contre eux à armes égales.

Mon an^ndement réduira le prix des machines françaises aux prix des machines anglaises ; les icompagnies jie perdent rien de leur position actuelle; je n'entends .leur imposer aucun nouveau sacrifice.

Mais, dira-i^on, quel est, en ce cas, le but que vous Jifixaa proposez? Messieure, œ but , le voici., je l'ai déjà indiqué : je vçux affranchir nos constructeurs des conaéquences fâcheuses d'un préjugé très-enraciné dans notre pays. On croit g^éralement que nos ingéoieuis ne £ont •ni aussi habiles ni aussi expérimentés que lefi ingénieurs anglais.

Qu^ils ne soient pas aussi expérimentés, je le rocoiuiais; quoique cependant, au prix d'énormes sacrificee., ils iQlent aicquis depuis peu de temps ufie grande .halûleté. fCoci n'entraine cependant pas la conséquence que .les locomotives anglaises sont noeiUeures que les loeemotives

A VIPEUB. ^9

baiçakiesL Yonsfientezi, Measieurs, qu'avant de vous pro-^ poser mon amendement^ j'ai dû fortement me préoccuper de cette question. C'est donc après un examen approfondi que je déclare sans hésiter que Les constructeurs frangalB sont en mesure d'exécuter les mai^ines locomotives tout aussi bien et au même prix que les constrocteuis anglais, locsque vous aurez fait la défalcation du j^riK de la mar* tière première.

Lorsqu'il se manifeste un accident, et il en «rive fréquemment aux locomotives , si la machine est iinglaise» QD range Faficident parmi les événements inévitahles ; la machine est-elle française, on en parle trois aentsoiuutecmq fois dans les années ordinaires et trois cent soixantesix fois dans tes années bissextiles. (On rit. )

Voyez ce qui est arrivé ces jours derniers à une locomotive de la comp^gnie d'Orléans. Elle conduisait^ je crois , une commission de la chambre À Choisy. Un des tuyaux de la chaudière fit explosion. Grande rumeur aussitôt contre les machines françaises. Il n'y avait qu'un malheur à cela : la machine était anglaise.

Ce n'est pas seulement en lait de locomotives qu'on a eu des préjugés dans notre pays. Remontons à une époque éloignée , et vous y trouverez l'idée très-errêtée de notre insurmontable infériorité en fait d'instruments de précision et d'instruments d'optique.

J'ai été forcé de combattre, d'anéantir cette £ausse opinion ; pour arriver à un résultat national et éminemment désirable, j'ai été quelquefois obligé d'engager ma responsabilité. Où en sommes-nous maintenant? il oe viendrait à personne l'idée de commander en Angle-

terre un instrument de précision , un instrument d'astronomie , un instrument de marine.

Jadis une lunette anglaise était un bijou précieux, un instrument qu'aucun artiste du continent ne devait égaler. Allez aujourd'hui à l'observatoire de M. Edward Cooper, en Irlande , à l'observatoire de Renzîngton , à l'observatoire royal de Greenwîch , à l'observatoire de Cambridge, et vous les trouverez meublés de lunettes françaises ; et vous reconnaîtrez que les plus grandes sont sorties des ateliers de M. Gauchoix.

Ce que j'ai pu obtenir , moi simple individu , pour des instruments de sciences , je demande à la chambre de le faire pour les locomotives.

Savez-vous, Messieurs , pourquoi il faut inévitablement aller en Angleterre pour avoir de bonnes locomotives? C'est , dit-on , qu'elles y ont été inventées et que les inventeurs en savent toujours beaucoup plus que les imitateurs.

Je nie d'abord la première partie de cette assertion. Il n'est pas vrai que les machines locomotives, dans leurs parties les plus essentielles, aient été inventées en Angleterre. Qu'est-ce qu'une machine locomotive? C'est tout simplement une machine à vapeur ordinaire fort ramassée , dans laquelle le mouvement de va-et-vient du piston est transformé en un mouvement de rotation. Les artifices par lesquels cette transformation s'opère ont été trèsingénieusement disposés par M. Stephenson, mais, on doit le dire, ils étaient connus et décrits dans des ouvrages imprimés.

Il n'^y en a pas un qui ne figure avec tous ses détails dans Touvrage de MM. Lanz et BéthencourU

A VAPEUR. 22t

Que remarque-t-on de particulier, de capital, dans une machine locomotive ?

On y remarque une chaudière à évaporation très-rapide; on y remarque une manière toute spéciale d'y souffler le feu : la chaudière et le moyen de ventilation sont iocoDtestablement Tun et fautre d'invention française.

Qu^on ne vienne donc plus nous dire que les machines locomotives appartiennent à P Angleterre, afin d'avoir, contre toute vérité , un prétexte pour les faire exécuter de Fautre côté du détroit.

Il faut bien le remarquer. Messieurs, nous avons sur ce genre de machines un. tel engouement, de tels préjugés ; on attribue , j'oserais presque (Ure , à l'atmosphère de la France une influence tellement délétère, que quand on ingénieur étranger vient s'établir chez nous, on n'accepïe plus ses machines, n'eût-il employé d'ailleurs, pour les construire , que des ouvriers anglais.

S'il fallait citer des exemples, le nom de M. Taylor, le nom de l'ingénieur préposé à la réparation des bateaux à vapeur de la Méditerranée , sortirait naturellement de ma bouche*

Messieurs, il faut nous affranchir de ce préjugé, il ne faut plus faire construire en Angleterre ce que nous pouvons exécuter chez nous, surtout quand il s'agit d^ armes de guerre*

Ferait-on un assez grand nombre de bonnes machines dans notre pays , pour satii^aire aux besoins de toutes les compagnies de chemins de fer? Oui, Messieurs, on exécute un grand nombre de bonnes machines en France. On les exécute avec d'énormes sacrifices, par des moyens

m CONSTRUCTION DES MACHINES

Après une enquête sérieuse, j'ai trouvé que la compagnie d'Anzin pouvait faire 10 machines par an; que la compagnie du Creuzot pourrait en faire 2/i. dans le même temps ; que M. Stehelin s'engagerait à en fabriquer 2 A ; M. André Kœchlin, de Mulhouse, 2/i ; M. Gavé, de Paris, 24 ; la compagnie de Sainfr-Étienne à Lyon, 12 ; M. Cazalis, de Saint-Quentin, 10; M. Pauwels, 18; l'atelier de la Ciotat, sous la direction de M. Stephenson, 10.

Messieurs, la classe des mécaniciens, que concerne plus particulièrement ma proposition, doit exciter au plus haut degré l'intérêt de la Chambre.

Une de vos commissions a maintenant dans ses mains des pétitions qui devaient conduire , comme conséquence nécessaire, à l'amendement que j'ai l'honneur de soumettre à votre bienveillance et à vos lumières. Ces pétitions sont signées par plus de 1,000 ouvriers de Rouen, par 1,500 ouvriers de Paris, par 500 ouvriers du Havre et par 800 ouvriers d'Arras. Ces braves gens n'ont pas d'ouvrage; ce sont cependant des hommes d'élite, des hommes d'une intelligence très-remarquable, très-développée. Ces hommes, vous les trouverez toute la journée travaillant avec ardeur, avec courage, avec habileté ; le soir ils suivent des cours publics.

Je parlerai , au besoin , de leur moralité. M. Pauwels vous dira que naguère il fut obligé, comme tant d'autres chefs de nos ateliers, de renvoyer la moitié de ses &00 ouvriers. « Je garderai , leur dit-il , les plus habiles et les plus anciens. » Le lendemain il reçut une lettre que tous les ouvriers , que tous les 400 , sans exception , avaient souscrite. Ces ouvriers demandaient que personne ne fût

A VAPEUR. 2t5

raivoyé , et qu^on réduisit leur journée à moitié de Tan* cien prix. Ils s^étaient coalisés, comme je Tai dit dans ime autre enceinte ; ils s'étaient coalisés pour souffrir en commun. C'était , vous le voyez , un genre de coalition que la loi pénale n'avait pas prévue.

Savez-vous ce que deviennent maintenant ces hommes d'élite, ces hommes qui , pour la plupart, ont déjà appartenu à Tarmée, aux armes du génie et de Tartillerie? Ils deviennent terrassiers , humbles terrassiers sur vos chemios de fer.

Feu conjure la Chambre, qu'elle réfléchisse sur la portée de mon amendement ; elle verra que les chemins de fer ne souffriront pas de son adoption , et que le pays y gagnera beaucoup.

Je ne devine pas comment, en présence de ces résul* tats, on pourrait hésiter à organiser chez nous la fabrication d'une arme qui nous sera indispensable en cas de guerre maritime , tout aussi indispensable que la poudre et les canons. (Très-bien, très-bien I)

[Après la réponse de M. Gouin, ministre du commerce, et les olnenratioDs de quelques députés, M. Arago a ajouté : ]

Je ne propose en aucune manière des modifications dans le tarif des douanes. Les compagnies de chemins de fer ne paieront pas, si mon amendement est adopté, leurs machines un centime plus cher qu'elle ne les paient sous la législation actuelle.

Ce que j'ai demandé, c'est qu'on encourage la fabrication des machines à vapeur, comme on encourage la fabrication de la poudre, la fabrication des fusils. C'est une

question d'intérêt national, de force nationale, d'indépenv.-ii. 15

' dance nationale , et non pas une question de douanes.

Je me suis mis en rapport avec nos constructeurs de machines ; f aï reconnu quMls pourraient lutter avec T Angleterre et à armes égales. Ce que je vous demande est une chose très-facile ; il n'est pas question de liberté du commerce , car, je le répète, je n'ai proposé mon amendement que pour les chemins subventionnés, pour les chemins qui , comme le disait M. DuchAtel , ont abdiqué une partie de leur liberté.

Je n'ai pas proposé qu'on reportât les droits de 15 à 30 p. 0/0. Ce serait grever les entreprises de chemins fer d'une dépense considérable dans une loi où il s'agît précisément de venir à leur secours. Un vieux dicton dit : Donner et retenir ne vaut. Je demande seulement que nos constructeurs français luttent à armes égales avec les constructeurs anglais.

Les constructeurs français, ayant la certitude qu'on s'adressera à eux , s'outilleront ( qu'on me permette cette expression) comme sont outillés les mécaniciens anglais, et alors ils feront aussi bien que les étrangers. Je ne demande pas l'augmentation des droits. M. le ministre s'est trompé quand il a cru que mon amendement se combinait avec celui de M. Pauwels. Je demande que l'on ne confie pas l'exécution de nos machines à des étrangers, pas plus que je ne voudrais voir livrer à des étrangers la fabrication de la poudre et des armes de guerre. Je reviens sur cet argument, car c'est celui qui m'a déterminé h proposer mon amendement.

[ La Chambre prononce le renvoi de ramendement de M. Arago à la commission des douanes. ]

A VAPEUR. t27

(Le 17 juin i8&0, M. Ango est refênn dâ&i les termes tniivMits SOT s^ imposition, à Toccasion d'un projet de loi relatif à l'établissement de paquebots à vapeur entre la France et TAmérique. J

MesBÎeurB, la Chambre cofloprendra que Tamendement que f afaîs présenté hier était rayantrcourettr d*un amen-^ denent que je voulais proposer sur la loi des paquebots La Chambre ayant paru désirer que ces questions-là fussent résolues dans la loi des douanes, je n'insisterai pas; mais je demanderai au gouvernement s'il trouverait quelque inconvénient à s'expliquer dès ce moment-ci sur des projets qQ*il a relativmient au mode de construction des bateaux à vap^ir.

Le gouvernement, je le sais, a consulté une autorité

fort compétente; il a demandé un rapport au comité

consultatif des arts et des manufactures. Je crois être

certain que ce comité a répondu que nos constructeurs

Paient parfaitement en mesure (C'est vrai!) de fournir

les paquebots des machines de A50 chevaux dont on

îieot de parler. Je sais que l'administration de la marine,

à laquelle on doit s'en rapporter pour la construction de

ces machines à vapeur, est très-bien disposée pour la

i^opart de nos usines. Mais je sais aussi qu'il y a dans

la lèglements de la marine, dans ses habitudes, des exi-

genoes qui placent nos constructeurs dans une position

otrêmement défavorable, dans une position non-seule-

iBeat défavorable pécuniairement parlant, mais encore

àaoB une poeHion très-défovorable sous on rapport auquel

%iH CONSTRUCTION DBS MACHINES

nos compatriotes doivent être très-sensibles, sous le rapport tf honneur.

Voici quels sont les règlements de la marine, quelles sont ses habitudes avec les constructeurs, que d'ailleurs elle traite avec beaucoup de bienveillance à d* autres égards.

Elle paie par tiers. Eh bien, qu'elle paie par tiers aux mêmes conditions aux Anglais, nous n'aurons rien à dire; mais quand c'est un constructeur anglais auquel l'administration de la marine s'adresse, elle donne, le jour de la signature du contrat, le tiers de la somme convenue. Au contraire, nos constructeurs ne sont payés de ce tiers-là que fort tard.

Quand un constructeur français traite avec l'administration de la marine , on prend sur le prix concédé 3 p. 0/0 au profit de la caisse des Invalides. Ces 3 p. 0/0 ne sont pas ordinairement pris s'il s'agit d'un constructeur anglais.

Quand le constructeur est français, on exige de lui un cautionnement, et le cautionnement n'est jamais exigé de la part d'un constructeur anglais.

Enfin, quand le constructeur est un de nos cooipatriotes, on demande qu'un banquier signe solidairement l'acte qui l'engage envers l'État ; et tout cela ne s^obtient pas sans de très- grands sacrifices.

Je demande , si le gouvernement s'adresse à nos constructeurs, comme je l'espère, comme l'avis favorable du comité consultatif des arts et des manufactures me le fait supposer, je demande que les constructeurs français soient traités aux mêmes conditions que les constructeurs

anglais, et que les prescriptions dont je viens de parler ne leur soient pas imposées, car elles dinoinuçraient les bénéfices de manière à rendre impossible la propagation de cette industrie dans notre pays.

Je prie H. le ministre de prendre en considération les observations que j'ai faites, et les règlements maritimes qui placent les constructeurs français dans une position défavorable avec les constructeurs anglais, non-seulement sous le rapport pécuniaire, mais encore sous le rapport moral. Je viens de parler de la position de nos constructeurs relativement aux constructeurs anglais. Je suis heu-^ reux de pouvoir vous donner un renseignement qui émane .d'une autorité compétente, d'un des ingénieurs de la marine royale les plus distingués, actuellement employé à Toulon, et qui montre que les constructeurs français, même pour la force à laquelle ils ont atteint, n'ont rien à craindre de la comparaison avec les constructeurs an* glais, quand on met les machines entre les mains d'ingénieurs expérimentés, et qu'on ne vise pas à faire des économies. Voici la lettre :

• Les machines du FuUon (c'est un constructeur fran* qui a fourni le Fulton) sont encore dans un état parfait, ainsi que ses chaudières, les plus anciennes de toutes celles en fer de nos bâtiments y compris le Sphinœ , par Fawcett, qui est à son huitième jeu. Ces faits montrent évidemment une supériorité de fabrication et de précision dans le montage , et ils me semblent un argument sans réplique contre les préventions de l'anglomanie. Votre Achéron^ plus moderne, promet de marcher sur les mêmes traces que le Fulton^ son aîné ! »

tao CONSTRUCTION DBS MACHINES

C'est ring^ieur de la maiiae royale de Toulon qui écrivait œs lignes flatteuses à IL Hallette, d'Àrras.

[ Lors do vote de la loi de concession du ckemin de fer de Paris à Strasbourg, dans la séance de la Chambre des députés du 2 Juillet iWif M. Arago est encore revenu sur sa prqM)6ition. Voici les paroles qull a prononcées à cette occasIOB, extraites du Moniteur du 8 juillet ]

Je propose tm amendement qui intéresse au plus haut degré rboimeur national , la défense du pays» Je desMiide que» dans tous les cheoûns subventionnés par TÉtat , on «onploie au xdxâds neuf machines sur dix exécutées dans nos ateliers.

Je demande cette disposition avec instance parée qu'il est établi à mes yeux que nos mécamciens travaillent aussi bien que les étrangers. Je le demande aussi par un niotif d'humanité. J*affinne qu'il y a dans ce moment, dans la seule ville d'ÂrraSt trois ou quatre cents noécaniciens qui n'ont pas d'ouvrage. Je n'ai fait une exception sur dix qu'afin qu'on puisse , au besoin , se procurer des modèles. Songez , Messieurs» songez que les machines à vapeur sont des instruments de guerre ; que si }a guerre éclate , ce sera à coups de machines à vapeur qu'on se battra. Vous devez réserver soigneusement au pays le moyen d'exécuter ces machines. Dans les combats de bateaux à vapeur , l'inteltigence et l'habileté des mécaniciens et des chauffeurs joueront un grand rôle. Gréez donc sans retard des chauffeurs et des mécaniciens» Il y a va de l'honneur du pays.

Messieurs » la marine recrute ses équipages de navires à Toiies parmi les matelots. Il faudra bien qu'elle compose en partie ses équipages de bfttimaits à vapeur de mécaniciens. Elle sera obligée de former de nouvelles dasses nautiques. La situation qu'on fera ainsi aux ouvriers mécaniciens deviendrait intolérable, si Imir nombre ne s'accroissait pas considérablanent.

[Après la réponse de M. Laplagne, ministre des finances, H. Arago ai^té:]

Messieurs , il y a dans notre pays , et particulièrement dans les conseils des compagnies de chemins de fer, des personnes qui ont des préjugés enracinés sur une préten*due infériorité de nos mécaniciens. (Non! non I) Messieurs, ne me forcez pas de citer des noms; si voos l'exigiez , j'en citerais beaucoup.

La première de toutes les forces est la confiance en soi-même. Si le gouvernement ne montre pas clairement cette confiance , en déclarant que dans tous les chemins de fer qu'il dirigera, qu'il subventionnera, qu'il exploitera, on emploiera les neuf dixièmes de locomotives fal»riquées en France , vous pouvez être assurés que les compagnies s'appro\isionn^^nt de machines hors de France.

La séance est trc^ avancée, et MM. les députés sont trop impatients, pour que je tente de prouver en détail qu'il y a , sous ce rapport , dans notre pays , des préjugés absurdes et invétérés.

Je reconnais , j'en ai été averti , que dans la loi de douanes on a porté le droit d'entrée des machines loco* motives à 30 p. 0/0 , tandis qu'il n'était jusqu'ici qu'à 15 p. 0/0. Voulez-vous que je vous dise comment est arrivé

ce changement de tarif? J'ai soutenu ici une lutte trèslongue et tr^vive pour faire établir que les locomotives sont des machines à vapeur ; elles étaient portées dans la loi de douanes comme machines à dénommer. Vous voyez donc, M. le ministre, qu*il n'était pas tout à fait exact de dire que vous n'aviez pas attendu mes avertissements pour faire cette modification*

Rien n'est plus important que de faire exécuter les machines à vapeur dans nos ateliers. Je sais de science certaine, que des membres de certaines compagnies sont imbus de préjugés sur cette question, et il faut les faire disparaître. Je sais quelle lutte j'ai eu à soutenir pour faire prévaloir parmi des officiers pleins de mérite , l'opinion que nos artistes pouvaient exécuter les instruments de précision, ceux dont la marine fait usage , par exemple , aussi bien que les artistes anglais. J'ai été dix ans à faire prévaloir cette opinion ; avec le temps et la persévérance, j'arriverai au même résultat pour les machines. 11 est d'une importance extrême d'exécuter les machines à vapeur de toute nature dans nos ateliers, parce qu'il est indispensable d'augmenter en France le nombre des mécaniciens. Je le répéterai à satiété, la marine en a besoin ; souvent le résultat d'une bataille dépendra de l'habileté du chauffeur et du mécanicien. Je sollicite dans un intérêt national (Aux voix, aux voix!) Je vois que c'est

un parti pris Je profite d'un moment de silence pour

répéter qu'il est question dans mon amendement de ce qu'il y a de plus précieux au monde , de la défense de notre pays. Voilà une vérité évidente. Votez maintenant comme vous voudrez I

[M Arago a exercé une grande influence sur la direction imprimée à rétablissement des chemins de fer en France. Les discours qo*i] a prononcés, les rapports qu'il a rédigés à cette occasion forment, SOT les diverses questions que le sujet comporte, de véritables Notices scientifiques réunies ici dans Tordre chronologique.]

lÉCtSSnÈ D^EMPÉCHEK LBS G0HPAGNIS8 DE RELEVER LEORS TARIFS IMMéDIATEHDNT APRÈS LES AVOIR ABAISSÉS

[A roccasion du vote d'une loi portant concession du chemin de fer de Montpellier à Cette, M. Arago a proposé Tamendement suivant :

m Tontes les fois que le concessionnaire aura cru devoir réduire les tarifs pour les personnes et les marchandises, il ne pourra plus les élever sans le consentement du conseil municipaï de Mont» pellier. »

M. Arago a développé son amendement dans le discours suivant, extrait du Moniteur du 12 juin 1836. ]

Messieurs, je suis partisan des chemins de fer, tout autant que qui que ce soit au monde ; mais je suis partisan des chemins de fer, à la condition que la masse du public y trouvera quelque profit.

Eh bien, vous savez ce que font les concessionnaires des chemins de fer ; la loi fixe un prix maximum ; il y a quelquefois des moyens de communications plus écono«

miques que celui que présente le chemin de fer ; momentanément, la compagnie du chemin fer abaisse les prix de manière à tuer tous les moyens de communication économique qui sont dans les environs; et aussitôt que ces moyens de communication n'existent plus, on revient au prix maximum, de manière que le public, loin d^avoir tiré quelque profit de l'exécution du chemin de fer, se trouve n'avoir plus à sa disposition les moyens de communication peu coûteux dont il pouvait précédemment tirer parti.

C'est là ce qui est arrivé pour le chemin de fer de Saint-Étienne à Lyon ; on a abaissé les prix pour tuer toutes les diligences, et faire que les habitants de ces deux villes ne pussent plus aller de l'une à l'aatre que par le chemin de fer ; et aussitôt que les compagnies rivales furent anéanties , leur matériel dispersé, on est revenu à des prix excessifs.

Nous aurons aussi cette question à résoudre pour le projet qui vient immédiatement après celui-ci; pour le chemin de fer de Paris à Versailles, mon but deviendra très- clair.

Nous avons maintenant, pour communiquer entre Parias et Versailles, des voitures qu'on appelle des Gondoles, et d'autres voitures à volonté qu'on désigne par le nom buriesque de Ccmcous.

Ces vdtures portent les habitants de Paris à Versailles à des prix très- minimes; les deux tiers de la population de Paris qui vont à Versailles se servent de ces coucous à 75 cent. Maintenant le maximum du tarif pour le chemin de fer est 1 franc 80 centimes. Il n'y a pas de doute

que la compagnie commencera par abaisser ses prix de manière à faire disparattre toutes les entreprises de transport rivales, et reviendra ensuite à des tarifs exagérés. C'est cela que je veux éviter par mon amendement.

Je D*ai pas voulu non plus que la compagnie qui aurait fait un mauvais calcul, qui dans ses prévisions se serait imagioé, par exemple» que les rails résisteraient pendant longtemps, que les machines locomotives ne donneraient pas lieu à de grandes réparations» je n'ai pas voulu qu'elle périt pour avoir fait un mauvais calcul. Je n'ai pas voulu qu'elle portât la peine de diimnutions légitimes» natu* relies, faites dans un but d'amélioration. Le conseil mu«nidpal de la ville principale sera juge de la question ; il dira si la réduction doit ôtre maintenue» ou bien si elle doit être modifiée ; mais dans le cas où la réduction de prii aurait eu pour but de tuer des moyens de commucatioD économique qui existaient entre une ville et l'autre, il n*y aurait pas de loyauté à permettre à la compagnie de revenir à des tarifs très -élevés; car la masse de la po]mlation, loin d'avoir profité de Tétablfesement du chemin de fer, se trouverait y perdre beaucoup.

h le répète , les deux tiers des habitants de Paris qui K tranfip<»ieiit à V^sailles y vont pour 75 centimes. Eh bieD, ausâtôt que ta compagnie sera autorisée, elle abais* sera ses prix au-dessous de ceux des autres voitures , de BMBiière à les faire diq>ara!tre, et reviendra ensuite h des prix plus élevés^

Dans les dispo»tions de mon amendement, la compagnie ne portera point la peine d'un mauvais calcul , et en l'ad^ant, vous aurez garanti les intérêts de la

masse de la population, et c*est, ce me semble, à la masse de la population que nous devons surtout porter intérêt

( Après la réponse de M. Legrand, directeur général des ponts et chaussées, IL Arago s^est exprimé en ces termes : ]

Messieurs, lorsque j*ai vu M. le directeur général monter à la tribune, f ai cru qu*il avait la bonté de venir appuyer mon amendement. En effet , M. le directeur général, il y a trois jours, m'a dit qu*il était arrivé à la même conséquence que moi sur les inconvénients de cette concurrence qui peut détruire les compagnies rivales, qu'il avait à cet égard les mêmes idées que moi. Je Tavais même prié, comme ayant plus Thabitude que moi des rédactions administratives, de rédiger T amendement.

M. LE DIRECTEUR GÉNÉRAL DES PORTS ET GHAUSSÉES. Je TOUS demande pardon. •• Je demande la parole pour un fait personneL

M. Aaago. Il a ajouté qu'une considération l'avait empêché de présenter cet amendement dans le projet de loi, et que cette considération était qu'il n'avait pas trouvé de sanction pénale*

M. le directeur général nous a parlé de la liberté du commerce. Aussi, je ne demande pas que la Chambre prenne aucune disposition analogue à ce qui a lieu quand il s'agit de compagnies tout à fait libres, qui ne demandent au gouvernement aucune espèce de privilège. Mais quand il s'agit d'expropriation, lorsqu'on demande à l'autorité un véritable privilège, lorsque vous vous croyez autorisés, malgré le principe de la liberté du commerce, à fixer le prix maximum du péage , je ne vois pas pour-

quoi VOUS n'interviendriez pas lorsqu'il s'agit de quelques modifications h apporter à ce prix.

M. le directeur général a parlé de ce qui existait en Aagleterre. En Angleterre, il y a une mesure appliquée à beaucoup d'entreprises de cette nature, que je n'aurais pas osé proposer à la Chambre , parce qu'elle jetterait dans nos habitudes des éléments de discussion : je veux parler du droit de révision. En Angleterre, le gouvememeDt se réserve le droit de modifier les tarifs lorsque les bénéfices atteignent un certain taux, et en général c'est 10 p. 0/0* Le gouvernement peut alors diminuer le tarif imposé dans l'acte de concession. Qu'arrive -t-il? c'est qae toujours les dividendes sont de 9 francs 99 centimes. Aussitôt qu'on est arrivé à ce taux, on applique le surplus à raroélioration du matériel, du chemin, etc. Si l'on voulait admettre ce mode dans notre pays , pour moi, je n'y sds nullement disposé ; si l'on disait que l'administration aura le droit d'examiner les comptes de doit et avoir d*une compagnie, pour diminuer le tarif quand les bénéfices auraient dépassé un certain taux, ce serait à peu près l'équivalent de la stipulation que je propose à la Chambre ; mais je crois que cette surveillance de l'administration sur les comptes d'une compagnie particulière ne conviendrait pas à nos mœurs, à nos habitudes, et c'est pour cela que, pour parer à un inconvénient qu'on ne peut méconnaître, je demande que la compagnie ne puisse tuer à sa guise, quand elle le voudra , les entreprises de transports rivales qui sont à côté d'elle.

Si vous n'admettez pas cet amendement, voici ce qui arrivera pour Paris. Les Parisiens, qui vont à Versailles

23a LES CHEMIN!) DE FER.

pour 15 SOUS, ne pourront plus y aller que pour SO. Voilà le bénéfice qu'ils auront trouvé dans le chemin de fer voté par la Chambre.

[ M. Salyandy, rapporteur de la commission de la Chambre, ayant déclaré quMl ne voyait dlnconréaient à Tamendement de M. Arago, que dans l'attribution au conseil municipal de Montpellier du jugement de la question de Topportunité de relever les tarifs, M. Arago a ajouté : ]

Eh bien, mettez t sous le consentement de l'administration. • Cela répondra à l'argument de M. le ministre du commerce, qui craint les susceptibilités municipales.

[M. deSalvancJiy déclara alors n'avoir plus d'objection à faire, mais M. le ministre du commerce prétendit ne pouvoir accepter la responsabilité que Tamendement imposerait à radmJnistrati(Mi.

La Chambre a rejeté la proposition de M. Arago. Plus tard tous les cahiers des charges de concessions de chemins de fer à des compagnies, ont porté que les taxes ne pourraient être réduites que d'après le consentement de Tadministration, et que, les réductions étant approuvées, les tarifs ne pourraient être relevés avant un délai d^un an. ]

SUR LES IZIGONVÉNIENTS DE L'élABUSSEMElIT DE DEUX CHEMINS

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