‹ Œvres complètes de François AragoChapitre 47 sur 72 · V.-ii · texte numérisé non relu

V.-ii

toutes les nations de TEurope pour que cet inqualifiable brigandage cessât d'exister. Je n'ai pas entendu dire que la Belgique se montrât très-empressée à entrer dans cette coalition honorable, dans cette coalition littéraire et scientifique que toutes les nations de FEurope paraissent disposées à former contre de véritables forbans. L* Angleterre, à cet égard, s'est montrée très-libérale; mais, quant à la Belgique, elle continue son système d'exploitation, au détriment de notre commerce, de notre librairie; et d'ici â peu de temps, pour peu que les choses continuent sur ce pied, vous verrez toute notre librairie complètement ruinée. ( Nombreuses marques d'assentiment )

La Belgique se dégoûtera, si nous ne lui faisons pas un chemin de fer 1 Quel est donc son intérêt?

Le transit ? Mais si nous le prenons comme le gouverment avait voulu l'envisager, sous un point de vue restreint , le transit est sans importance et la Belgique ne se dégoûtera pas pour cela. Si vous l'envisagez sous le rapport de l'influence qu'il exercera sur les ports de mer, vous ne devez pas le favoriser ; car ce sera tout au profit de la ville d'Anvers, et par conséquent au détriment de nos ports de la Manche, au détriment du Havre, de Dunkerque, de Calais et de Boulogne. Si donc c'est dans la vue de favoriser ce transit que vous exécutez le chemin de fer de Paris à la frontière de Belgique, je dis que la Ghambre ne doit pas s'associer à vos vues.

Les voyageurs? Ehl mon Dieu, quand ils auront dépassé la frontière belge, je serais étonné que le gouvernement belge leur portât une telle tendresse , une tdie sollicitude, qu'il se fâchât contre nous, si nous ne les fai-

sions pas voyager jusqu'à Paris sur un chemui de fen I!s nous abandonneront ! et où iront-ils donc ? peut-être au lieu de venir «itendre TOpéra de Paris, ils iront à TOpéra de Cologne. ( Rires et bruits. ) Je ne croîs pas que nous ayons rien de pareil à redouter.

Messieurs, examinez la question, examinez- la sous toutes ses faces ; examinez quel est l'intérêt que la Belgique peut avoir à ce que vous exécutiez tout de suite le chemin de fer de Paris à la frontière belge , et vous verrez que cet intérêt est très^minime pour elle. Et cela est si vrai que, quand on interroge les Belges sur Timportance de ce chemin, ils vous répondent qu'ils ne la comprennent pas.

Depuis que la question est en discussion , nous avons voulu savoir, puisque le gouvernement ne s'expliquait pas avec plus de clarté , ce qu'il y avait au fond de la question, et ceux d'entre nous qui ont des relations avec la Belgique ont écrit dans ce pays pour connaître l'opinion des Belges eux-mêmes. La réponse a été- à peu près unanime : on a dit qu'on ne savait pas où était la question intéressante qui se trouvait au fond d'une proposition que le gouvernement faisait â grosse d'importance; qu'on ferait bien d'avoir un chemin de la frontière belge à Paris, mais que ce n'était pas là un objet qui les intéressât à tel point qu'ils se brouillassent avec nous, si nous ne l'exécutions pas.

Au surplus, quand il serait vrai que la Belgique pût se dégoûter de son alliance avec la France , dans le cas où nous ne ferions pas le chemin de fer, nous pouvons répondre que nous ne voulons pas la priver de ce chemin de

3o6 LES CHEMINS DE FER.

fer. Est-ce qu^un chemin de fer exécuté par une compagnie ne portera pas les voyageurs , comme s'il était exécuté par le gouvernement? Est-ce qu'un chemin de fer exécuté par une compagnie ne portera pas les marchandises comme sMl était exécuté par le gouvernement? Toutes les propriétés du chemin de fer exécuté par le gouvernement sont applicables au chemin exécuté par les compagnies (Approbation à gauche. ), et par conséquent la Belgique ne se dégoûtera pas, pour revenir encore une fois sur cette expression, puisque la commission propose de faire exécuter le chemin de fer : seulement elle ne croit pas que le gouvernement doive Texécuter, quand il y a des compagnies qui se présentent, et j'espère avoir prouvé qu'il y en a.

En résumé, Messieurs, la commission a reculé surtout devant des considérations financières : elle n'a pas trouvé que les voies et moyens proposés par le gouvernement fussent en rapport avec l'immensité des projets qui étaient présentés ; elle n'a pas trouvé que les voies et moyens dont a parlé M. le ministre des finances, assurassent l'exécution des chemins de fer; par conséquent, je viens en son nom persister dans ses conclusions. (Approbation à gauche. )

[ Après une réponse de M. Martin (du Nord), ministre des travaux publics, le projet du gouvernement a été mis aux voix et rejeté par 196 voix contre 69.]

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