‹ Œvres complètes de François AragoChapitre 52 sur 72 · V.— II · texte numérisé non relu

V.— II

de rapporteur de la commission qui fat appelée k &'expliquer sur des expériences à tenter relativement aux chemins de fer atmo^bériques , m'impose le devoir de présenter à la Chambre quelques réflexions. Ce n'est pas uo discours que j'apporte ici ; ce sont des ot)servatioa5 trèscourtes ; je n'abuserai pas des moments de T AssemUée.

Messieurs, quel était le but de la loi en question? Ce but est défini de la manière la plus claire dans un passage de l'exposé des motifs

Yoici ce passage : « Nous pensons qn*il convient d'expérimenter les deux systèmes : aasâ nous nous proposons d'établir un chemin à deux voies , et d'affecter une des deux voks au système français et l'autre au système anglais^ »

Je ne ferai aucune réflexion sur la critique que M. le ministre a adressée, à Thonorable M. Corne ^ qui s'était servi des expressions « système anglais et système français. » La chambre voit que M. Corne avait emprunté cette expression à M», le ministre lui-même; mais je dirai que l'on ne construit pas deux voies, et, ce qui est également évident, qu'on ne fait pas d'expériences» le but manifeste de la loi est méconnu,, éfaidé.

En votant des expériences, la chambre entendait qu'on essaierait diiTà^ents modes de construction et d'aetion, de manière à constater ce qui devrait être préféré.. Faiton cela sur le chemin, de. Saint-Germain? Eaaacane manière. On exécute un chemin , entre cette viHe et Nanterre, d'après;des idées préconçues d'ingénieurs trèshabiles attachés, à la compagnie. Tout ce qui est en dehors de ces idées ne sera pas essayé.

Voici quelque chose de plus sérieux encore :

Les chambres avaient décidé que le système de M. Hallette offrait d'assez grandes chances de réussite, pour qu'on dût ressayer aux frais de l'État. Une partie des 1,800,000 fr. votés devait être employée à ces essais* Eh bien , le traité passé avec la compagnie de Saint-Germain soumet le système de M. Hallette à une expérience préalaWe.

Pour avoir droit à une part des 1,800,000 fr., pour avoir le droit de faire essayer son système, M. Hallette doit préafablement exécuter à ses frais certaines expériences : il faut que ces expériences réussissent. Est-ce, par hasard , que cela était dans la loi? est-que cette condition d*une expérience préalable avait été prévue , stipulée ? est-ce que M. Te ministre n'était pas parfaitement sûr, quand il présenta le projet de loi, que le système de M. Hallette méritait d'être essayé?

On nous dira peut-être : Ce n^est pas entièrement à ses frais que M. Hallette essaiera son système. Effectivement , la compagnie de Saint-Germain est tenue de lui prêter âOO mètres de rails.

M. Ls MisjsTRB DES TRAVA.UX FVBUGs» Je répondni»

M. âràgo. D'après les conditions du traité , je les ai très- présentes à la mémoire, la compagnie de Saint- Germain doit prêter 300 mètres de rails à M. Hallette.

On prêtera aussi quelque chose à cet ingénieur pour opérer le vide dans un tube de propulsion qu'il devra exécuter à ses frais ; on lui prêtera quoi ? messieurs , une locomotive. Mais a-t-on réfléchi que c'est peut-être la

plus mauvaise de toutes les machines » quand il s'agit de faire le vide dans une grande capacité ?

M. le ministre avait à moitié raison lorsqu'il réfutait hier Thonorable M. Corne sur ce point particulier. M. Corne, en effet, avait commis une petite erreur. Il n'avait pas bien compris quel était le but de la locomotive concédée. Mais M. le ministre lui-même n'était pas dans le vrai , ce me semble , quand il affinnait qu'on avait fait à M. Jlallette un magnifique cadeau en lui confiant une locomotive comme machine destinée à opérer le vide. La locomotive a une tout autre destination ; elle peut être excellente pour traîner des convois, et fonctionner trèsmal comme machine d'épuisement.

L'expérience préalable qu'on exige de M. Hallette, contrairement à la loi , entraînerait de grandes dépenses.

Cependant , ce serait seulement après que M. Hallette aurait réussi dans l'expérience préalable qu'on lui impose, qu'on essaierait le système français sur une étendue de 1,000 mètres, aux frais de l'État, je me trompe, aux frais de la compagnie de Saint-Germain, qui a touché les 1,800,000 fr., ou doit les toucher.

Qu'arriverait- il , Messieurs , si l'expérience préalable de M. Hallette ne réussissait pas, au jugement d'une commission nommée par le ministre ?

Les 1,000 mètres coûteraient de 200,000 à 300,000 fr. Tout le monde s'imagine, sans doute, que si l'on ne faisait pas l'expérience de 1,000 mètres, on réduirait de 200,000 à 300,000 fr. la somme accordée à la compagnie de Saint-Germain. On se tromperait ; la compagnie bencficierait des 200,000 à 300,000 fr., c'est-à-dire di?

toute la dépense qu'elle aurait dû faire , et qu'elle ne ferait pas, pour essayer le système de M. Hallette.

J'avoue que cette disposition me paraît incompréhensible. J'ai la plus grande confiance dans les intentions de M. le ministre ; je suis certain qu'il voulait que l'expérience réussit, mais je ne vois pas quels motifs plausibles ont pu l'entraîner à admettre plusieurs des dispositions renfermées dans le traité conclu avec la compagnie de Saint-Germain,

L'expérience préalable à laquelle on veut astreindre M. Hallette me revient toujours à l'esprit ; je me demande s'il serait survenu, depuis le moment où M. le ministre présenta la loi, quelque renseignement qui l'eût fait douter de la bonté du système. Pour moi , je puis produire l'opinion d'un ingénieur habile, qui est une autorité en pareille matière, M. William Cubitt. J'ai là une lettre qui a été écrite par M. Cubitt au maire de Boulogne, M. Adam. Le célèbre ingénieur déclare que le système de M. Hallette lui paraît très-digne d'être essayé.

La première détermination de M. le ministre était favorable; nous nous proposons, disait-il , d'établir un chemin à deux voies et d'affecter une des voies au système français, l'autre au système anglais. C'est après cette déclaration formelle, c'est après le vote de la Chambre, c'est après la promulgation de la loi, que nous voyons M. le ministre imposer à M. Hallette des conditions léonines. On s'y perd.

Supposons maintenant que l'expérience de M. Hallette réussisse, malgré les résistances de la compagnie de Saint-Germain I résistances qui commencent déjà à se

manifester; qu'accordera -t- on à l'ingénieur d'Arras? 1,000 mettes. Je déclare que ces 1,000 mètres sont complètement insuffisants pour résoudre les questions pendantes, les questions que nous avons signalées dans rapport de la commission.

Que fallait-il particulièrement essayer? Il fallait essayer l'effet des pentes et des contre -pentes. D n'y en a pas dans la localité désignée ; il fallait surtout essayer si la pièce destinée à écarter les deux lèvres de la fermeture de M. Hallette, si les deux boyaux ne s'échaufferaient pas considérablement lorsque la marche des convois serait très-rapide. Avec 1,000 mètres de longueur, celte question n'est pas même abordable. En effet , à peine parvenu à 500 mètres de distance ^ il faudrait ralentir la marche pour éviter les accidents qui jarriveraient à TexUémité. L'expérience se ferait donc dans des conditions de vitesse inefficaces. La commission que vqus avez envoyée à Arras, la commission, composée d'ingénieurs des ponts et chaussées, qui s'est transportée chez M. Hallette, a déclaré, je crois, que l'essai du système français méritait d'être fait; mais elle a dit en même temps qu'en n'opérant que sur 1,000 mètres, on aurait des résultats insignifiants qui ne prouveraient rien , qui ne résoudraient aucune des questions sur lesquelles l'esprit public peut être encore en suspens. Vous le voyez^ Messieurs, cette affaire n'a pas-été bien conduite. Je ne parle pas des intentions, je le déclare avec sincérité, je crois qu'elles étaient excellentes; mais les conditions qu'on a admises, que l'on a souscrites au profit de la compagnie de Saiût-Gef' main 9 ne produiront aucun bon résultat.

LES CHEiriNS Dfi F£E. .AS

La Chambre a ymia <piela qaestîon pendante entre Je système anglais et ie système ifraoçais fût résolue; vaus voyez qu'elle ae le sera pas.

M. le vsnistpe voub a présenté hkr un esposé très-élégant, je -m'empresse de le reconnaître « des questions dont 11 s'jest préoccupé; n^s, qu'il me permette de te lai dipe, il a prÊs le problème par le pddt bout. Que sont, par ex^nple, les passage à niveau dont jon a tajjit parlé? £st-oe par hasard qpie les raoy^us de les efectuer ne devraient pas exister daim te syst^ne de M. Hallette iout aussi bien que dans celui de MM. Clegg et Samuda?

Il y a^ dans les vues qui ont présidé à la rédaction du traité cpie je critique^ use erreur jcapitale , et la voici: M. le ministre parait avoir cru que la véritable question è résoudre ^ei celle de savoir si on pourra gravir de fortes pentes. Cetlte question «st résolue , oompiétement résolues J'ai eu rhonneiir de dire à M. le ministre, dans une c<m* férence qu'il a bien voulu m'accorder, que je ferai tout ce qaMi cherche , «vec 15 fr« de dépense, prix de la table de logarithmes, ou même sacns rien dépenser, car les tables de Gallet existent dans toutes les bibliothèques. Pour avoir le poids qu'on pourra soulever sous telle ou telle pente, on n'a qu'à consulter une table fort connue, la table de logarithmes ; il suffit de prendre dans cette table de amples connus , pour avoir les effets utiles sous toutes les inclinaisons possibles.

En résumé, je me r^>ète, car je voudrais bien que la Chambre œ pensât de mon objection , en (^ligeant M. Hallette à une expérience préalable , en soumettant aon système à une des épreuve dont cet luibile ingénieur

devra supporter les frais » M. le ministre a fait une chose qui n'était indiquée dans le projet de loi ni implicitenient ni explicitement. Le système de M. Halletté, Texposé des motifs est là , j'en ai lu un passage très-catégorique, devait être examiné concurremment avec le système de MM. Clegg et Samuda ; ils devaient être essayés tous les deux parallèlement sur des longueurs égales , sur deux voies toutes semblables ; cela se fera tout autrement.

On s'étonne beaucoup en Angleterre de la manière dont les expériences sont dirigées.

Lorsqu'on proposa le projet de loi , il n'y avait , chez nos voisins, qu'un seul chemin atmosphérique : celui de Kingston à Dalkey. Ce chemin était fort court; il n'avait pas une longueur développée de cinq kilomètres. Maintenant les ingénieurs anglais construisent des chemins atmosphériques plus étendus. M. Gubitt en exécute un entre Groydon et Epsom. Probablement on procédera bientôt à celui qui réunira Londres à Portsmouth.

Les Anglais feront sur une grande échelle l'expérience du chemin anglais ; il devait donc suffire d'envoyer des ingénieurs sur l'autre rive du détroit pour en être témoins. De notre côté , nous aurions fait sagement d'expérimenter le système de M. Hallette, le système français.

On fait précisément le contraire , et même avec cette circonstance , que les essais grandioses de Saint-Genïiain ne décideront rien , n'éclaireront aucune compagnie.

On ne veut évidemment rien essayer de français, et, cependant , il y a eu chez nous des inventions dignes d'intérêt, celle de M. Pecqueur, par exemple.

Sur cette matière , nos compatriotes ont été plus fé-

conds en inventions ingénieuses et d*un succès probable, qu'on ne l'a été dans aucun autre pays. S'il le fallait, je citerais le système si remarquable de M. Ghameroy, la fermeture purement métallique du tube, imaginée par M. Hédiard, et qui parait avoir tant d'avenir. Résignonsnous, Messieurs, tout cela ne sera pas essayé; la corn* pagnie du chemin de Saint-Germain a absorbé les fonds. Au reste , elle en consacre maintenant une notable partie à faire un pont sur la Seine. (Rires à gauche.) Est-ce bien là, je vous le demande, ce que vous entendiez voter?

La commission d'ingénieurs que M. le ministre a envoyée à Arras , tout en proposant de rejeter comme insuffisant l'essai projeté sur 1,000 mètres, propose, je crois, de faire exécuter aux frais de l'État et d'après le système Hallette, iine portion du chemin destinée à joindre les différentes gares, le chemin qui irait de la gare de Rouen à la gare du chemin du Nord. La dépense a été évaluée à 1 million.

Messieurs , personne ne désire plus que moi qu'une grande expérience se fasse d'après le système de M. Hallette. Gependant j'hésiterais à voter la somme que la commission propose.

Je le dis pour la troisième fois et en toute sincérité , je crois que M. le ministre a les intentions les plus loyales ; mais en vérité, après tout ce qui est arrivé, j'aurais pour que le nouveau million n'allât aussi s'engloutir dans la caisse de la compagnie de Saint-Germain.

[Le ministre des travaux publics ayant répondu qu'il s^agissait de faire non pas des expériences scientifiques, mais des expériences exécutées au point de vue industriel , M. Arago a répliqué en ces termes:]

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Je demande la permission de faire qielques obaervatioAS BUT le discours qpe vous venez d'eateadre.

M. le ministre a établi uoe distinctiofi perpétuelle eaixe ce qu'il appelle mae expérience scâentifique et une expérience industridle. Je aiNnaifi f Acfaé que M. le ministre donn&t son approbation à des expérienoes industrielles, s'il affile ainsi celles qui ne sont pas éclairées par los lumières de la science.

M. le ministfcn'a pas répondu à une œnaidératioii^ur laquelle j'avais cru devoir insister. Le systècoe an^glaisest maintenant à Fessai en Angleterre sur une grande échelle; il semble donc inutile que nous Tessayiosis nous-ménes: BOUS profiterons de la peine qu'on prend et de la dépaose considér<able que les expériences extraineront. Il semblexait, au contraire, très-convenable d'essayer, chez nous le système français, dont les Anglais ne ^'occupent pas. Ne croyez point qu'ils le dédaignent : M. (Uibitt, m des hommes les plus éminents en matière de chemins de fer, s'est prononcé calégoriquement k ce sujet ; il attendait avec impatience les expériences du système franç«& Au lieu de cela , nous iui renverrons des essais du système Samuda , sur lequel nous n'avons rien à lui appi^ dre. Ces remarques scmt restées «ans réponse.

IL LE MiRisTU. Les Anglais apèteat avdes temioBà aivesn.

M. Abago. Youb me permettrez, Monsieur le naÎDisire) de n'être pas de votre avis sur Timportance des pentes. Vous avez insisté sur une condition qui n'est nullement nécessaire 9 ^lle de monter des pentes rapides avec une vitesse égale à celle du parcours horizontal. Cette confr tion , je ne pense pas que personne y tienne. Je ne crois

LES CHEMINS DE PIESl. 459

pas qtfon fût disposé à dédaigner le chemin de fer de Saint-Germain , alors même que , dans Tascensîon , on aurait gravi la colline avec une vitesse tm peu atténuée. Dans tous les cas, des moyens de donner, le long des pentes, de plus grandes dimensions aux tuyaux propulseurs, ont été proposés par M. Hallette, et c'est préciséaient tîela que vous n'essayez pas.

M. le ministre place sans cesse dans un jour secondaire Tessai de la soupape longitudinale ; c'est là au contraire ioute la question. Si la soupape garde bien le vide, le chemin atmosphérique aura des avantages incontestables sur tes chemins de fer ordinaires. On dédaigne le point culminant du problème.

Parmi -tous les essais énumérés dans le rapport, j'avais phicé ht nécessité de s'assurer que, quand on marcherait i des vitesses de vingt à vingt-quatre lieues, la navette qui ouvre les deux lèvres du tube , dans le système de M. H«ltette, ne s'échaufferait pas outre mesure. J'ai affirmé que cette expérienee ne pourrait pas se faire sur un parcours de 1,000 mètres. Qu'a-t-on répondu? Rien.

Vous avez dû remarquer, Messiem^, que les deux Chambres, que les trois pouvoirs de l'État, avaient décidé que le système de M. Hallette serait essayé; que M. le ministre Savait nullement parlé de l'obligation qui pourrait être imposée à M. Hallette de faire à ses Trais une expérience préalable. L'objection est restée sans réponse.

J'ai clairement établi, je crois, qu'on ne fait pas ce que la loi a voulu. La loi a voulu une expérience, et l'on ne fait pas d'expérience ; on exécute un chemin dans une idée préconçue qui pourrait bien ne pas réussir.

sans qu'on eût le droit d'en tirer aucune conséquence contre les chemins atmo^ériques construits plus mode^ tement, avec des machines de moindre dimension, plus ou moins espacées.

M. le ministre a fait allusion à une idée qui lui avait éié soumise dans le sein de la commission. Cette idée n'émanait pas du rapporteur ; je prie M. le ministre de rfen plus parler que comme d'une proposition de la commisâon tout entière. Elle a été formulée dans le rapport; je vais en donner lecture à la Chambre. La conlpagnie dont il est question est celle des canaux de Paris; tout le monde sait qu'elle est en mesure de faire honneur à sa signature :

« Si l'expérience est faite par le gouvernement sur la berge du canal , nous nous engageons à reprendre aux prix d'un million les travaux et le. matériel, qu'il nous sera peut-être possible d'utiliser pour le service de la navigation et des voiries. »

Notez , Messieurs , que la compagnie s'engageait à faire l'essai de tous les systèmes.

Voilà les remarques que je voulais présenter à la Chambre. Je n'ajoute plus qu'une réflexion.

M. le ministre aiBrmait que l'expérience de Saint^Germain dirait le dernier mot sur les systèmes de chemins de fer atmosphériques. Il aurait été plus vrai et plus prudent de ne parler que du système adopté par les ingénieurs de la compagnie de Saint-Germain. Le système atmosphérique, considéré en général , pourrait avoir un bel avenir, même après l'insuccès complet de ce qu'on tente près de Paris.

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