‹ Œvres complètes de François AragoChapitre 58 sur 72 · III. POCZZOLAXES ET TRASS · texte numérisé non relu

III. POCZZOLAXES ET TRASS

Les pouzzolanes naturelles avaient joué un rôle trc^ important dans les mains des anciens architectes, le trass sous la truelle des constructeurs du moyen âge, pour que M, Vicat pût se dispenser d'étudier leur mode d'action. Malgré toutes les diflicultés du sujet, le succès, au point de vue des applications, a couronné oomplétemeot les patientes et laborieuses investigations de Tingénieur.

On donne le nom de pouzzolane à une matière d'origine volcanique qui existe en grande abondance près de la ville de Pouzzole et aux environs de Rome.

Le trass est un conglonoérai, également volcanique, exploité sur les bords du Rhin, et, partioulièrement, dans les environs d'Andernach.

Pour rendre une chaux grasse hydraulique, il suffit de la gâcher avec des proportions convenables de pouzzolane ou de trass.

Qu'imaginer de plus simple , de plus commode ? Mais, dans une multitude de localités, le prix du transport devait rendre impossible Tusage du trass, tout aussi bien que celui de la pouzzolane. De là, mille tentatives pour préparer des matières qui possédaeeent les mêmes

propriétés. Chaptal crut avoir résolu le problème en calcinant très-fortement certains schistes, ou quelques argiles ocreuses. Mais en supposant les propriétés du trass et de la pouzzolane reproduites ainsi, la difficulté n'aurait été que reculée : les schistes essayés par Chaptal ne sont pas communs en France ; il y avait d'ailleurs dans l'opération recommandée, même en employant l'argile ocreuse, une circonstance, la très -haute température, qui devait inévitablement faire manquer le but.

M. Yicat reprit la question dans ses éléments. Voici Ja solution qu'il trouva :

On peut obtenir des pouzzolanes artificielles, supérieures , ou tout au moins égales aux meilleures pouzzolaneS'd' Italie, par une moxlification particulière de l'argile la plus pure possible. Cette modification s'obtient en calcinant légèrement l'argile; en se bornant à lui enlever son eau de combinaison; en ne portant sa température qu'entre 600 et 700 'degrés centigrades.

L'esprit se repose avec satisfaction sur les solutions des problèmes industriels, quand elles ont cette admirable simplicité. D'autre part, on reste émerveillé en voyant une opération tellement facile que les ouvriers l'appellent un t&ur de main , doter un royaume , disons mieux , le monde entier, d'une matière éminemment utile et qui semblait devoir rester la propriété privilégiée de quelques coins de terre, jadis le siège d'éruptions volcaniques.

Nous croirions manquer à un devoir si, après avoir cité les découvertes capitales de M. Yicat touchant la question si délicate des pouzzolanes, nous ne disions pas

qu'un officier du génie, M: le général Treussart, dont l'amiée tout entière a vivement déploré la mort prématurée, a laissé sur ce sujet un ouvrage rempli d'utiles observations et de remarques précieuses.

Les publications de M. Vicat avaient depuis longtemps satisfait à tou? les besoins de Tart, pour les travaux à exécuter dans l'eau douce, le long des canaux, sur les rivières et les fleuves. L'eau de mer vient de faire surgir des difficultés très-graves que personne ne soupçonnait. M. Vicat aura le double mérite d'avoir signalé le mal et indiqué le remède.

D'après des études récentes de îff. Vicat, l'eau de mer a quelque tendance à décomposer tous les bétons possibles. Elle peut attaquer indistinctement ceux dans lesquels il entre des chaux grasses ou des chaux hydrauliques , des pouzzolanes naturelles ou des pouzzolanes artificielles. Cette tendance résulte de lô présence, dans l'eau de mer, de certains acides qui ont une grande affinité pour la chaux et l'enlèvent aux bétons. M. Vicat a trouvé les moyens de combattre une action si funeste et de la vaincre. 11 est actuellement en mesure d'indiquer les chaux, les pouzzolanes , les ciments qui , préparés par ses anciens procédés , résisteront naturellement à l'action destructive de l'eau de mer, et quant aux autres, de caractériser les modifications qu'elles devront subir pour acquérir cette même force de résistance. On concevra que, dans une question si délicate , M. Vicat ne se soit pas hâté de faire connaître ses découvertes. Nous pouvons annoncer qu'elles seront prochainement livrées au public. Il est même jusle de dire qu'on leur est déjà redevable du rejet d'une nature

CHAUX ET MORTIERS HYDRAULIQUES. oOÎV

particulière de pouzzolane proposée pour le port d'Alger, et dont remploi eût été suivi de déplorables événements. La réserve dans laquelle M. Vicat s'était sagement renfermé, lui permettra de s'étayer, en faveur de ses méthodes, d'une expérience capitale et décisive : les pouzzolanes artificielles, employées avec tant de succès à Calais par M. l'ingénieur en chef Néhou, se trouvent satisfaire fortuitement aux conditions de conservation des maçonneries dans l'eau de mer, posées dans le nouveau travail de M. Vicat.

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