‹ Œvres complètes de François AragoChapitre 62 sur 72 · V. — II · texte numérisé non relu

V. — II

514 CHAUX BT li01.TIffltS HTDKÂULIQUESL

Il est utile de remarquer qoe nous n'avons tenu aucun compte de la question de temps. Of, en pareille matière, le temps se traduit en argent et devient, financièrement parlant, d'une haute importance. Les nocFvelles méthodes de Coadation permettent d^exéeoter en un ou deux ans, ce qn^on ne pouvait autreCiHS terminer qu^en chiq ou six» Il y a donc, sous ce rapport aussi, un bénéfice considérable»

Une conclosion resscnrt avec évidence de tout ce qui précède : c'est qu'en supposant Tart des constructions tel qu'il était avant 1818, tel qu'il était avant les recherches de M. Yicat, la plupart des grandes entreprises en cours d'exécution, seraient entièrement paralysées par des considérations de temps et de dépense.

Qu'on JBgepar les économies passées, des économies futures. Celles-ci devant toujours être proportionnelles aux masses crcussantes des travaux d'art, Ton arrivera à des chiffres qui firapperont tf étonnement les esprits les plus froids.

Si nous ne sentions, Messieurs, combien la récompense demandée acquerra de prix par la manière solennelle dont elle pourra être accordée, nous aurions vraiment supprimé tous ces chiflres ^ toutes ce» remarques. An peint de vue purement financier, que sont, en effet, 6,000 fr. de rente viagère, à côlé des économies colossales dont le pays est redevable aux travaux de M. Vicat?

YL DES TRAVAUX DE 1k YIVAT, COKPAMiS' A CEUX DBS ANCIXHS.

Certains érudits professent une admiration absolue, passionnée, pour les monuments de T antiquité. A les en croire, les Grecs et les Romains avaient tout découvert dans Tari; des constructions. La solidité de certains édifices encore debout montre que les architectes modernes sont de vrais écoliers. M. Yicat a seulement retrouvé des méthodes pratiquées jadis en Egypte, à Athènes , à Rome, et dont le souvenir s'était perdu dans les temps de barbarie.

Quoique nous n'apercevions pas le tort que ces réflexions pourraient faire aux travaux de M. Ticat ; quoique la découverte d'une vérité perdue nous semble devoir être asshnilée à la découverte d'une vérité nouvelle, la commission s'est livrée à un examen minutieux de la prétendue supériorité des anciens sur les modernes dans l'art de bâtir. Nous avons cherché, surtout, si cette supériorité s^ait soutenable en présence des progrès qui sont dus aux découvertes de notre célèbre ingénieur.

€ Ues mortiers romains durent depuis dîx-huît siècles. Un grand nombre de bâtisses modernes sont dans un état déplorable. »

Ce rapprochement pèche par la base. Pour lui donner de la valeur, il faudrait ne mettre en parallèle que les grands monuments des deux époques. Mais alors les résultats seraient fort différents de ceux dont les érudits prétendent s'étayer.

Les remparts de la Bastille étaient d'une extrême soli-*

dite , même au milieu de leur épaisseur. On eut recours à la mine pour les détruire.

La poadre devint également nécessaire lorsqu*on voulut, il y a peu d^années , faire disparaître à Agen les ruines d'un pont construit vers Tan 1200. M. Yicat s'est assuré lui-même que le mortier du pont de Yalentré, bftti à Cahors en l&OO, surpasse en dureté celui du théâtre antique dont on voit les ruines dans la même ville.

Les architectes anciens , comme les constructeurs modernes , bâtissaient, suivant la nature des matériaux disponibles, et aussi suivant des exigences financières, soit des édifices inébranlables, soit, avec les mêmes formes extérieures, des temples, des palais, des maisons particulières sans solidité. Les constructions de cette dernière catégorie devaient rapidement disparaître. Les autres ont seules résisté aux ravages du temps, à Taction incessante des intempéries des saisons. Les admirateurs aveugles des siècles passés auraienf-ils, par hasard, oublié ces paroles si précises de Pline : < La cause qui fait tomber à Rome tant de maisons , réside dans la mauvaise qualité du ciment. »

Si, comme on le prétend, les Romains connaissaient des méthodes certaines pour préparer du bon mortier, on devrait trouver cette matière dans tous leurs monuments publics, avec des qualités à peu près identiques. Or, il n'en est pas ainsi, tant s*en faut, même en comparant les différentes parties d'un seul édifice. La commision a remarqué dans plusieurs publications de M. Yicat, des expériences très-propres à éclaircir ce sujet : celles, par exemple , faites avec du mortier tiré de divers points du

pont du Gard ; ces expériences donnent des résistances variant dans le rapport d'un à trois.

Les personnes qui voudront se livrer à de semblables comparaisons , devront se ressouvenir que le temps ajoute sans cesse, dans les fondations, à la dureté du mortier. Le mode d'action par lequel ce conglomérat artificiel se durcit, acquiert de l'adhérence, est encore un sujet de controverse entre les savants ; mais personne ne nie cjue, dans certaines circonstances, la mystérieuse action ne puisse se continuer pendant une longue suite de siècles.

Oh paraît oublier qu'en ce qui touche les connaissances des anciens sur l'art de bâtir, nous n'en sommes pas réduits à de simples conjectures. Vitruve, contemporain et architecte d'Auguste , nous a laissé le tableau détaillé des préceptes en usage parmi les constructeurs de la Grèce et de Rome. Ces préceptes sont loin de justifier r admiration sans réserve des antiquaires.

Les anciens n'étaient en possession, cela va sans dire, d'aucune notion exacte concernant la modification chimique qu'une pierre calcaire éprouve par les soins du chaufournier, modification après laquelle sa friabilité est si grande; ils ne savaient rien, non plus, touchant le genre d'action qui restitue aux éléments désagrégés de cette pierre passée à l'état de chaux, la dureté et l'adhérence dont le feu les avait privés. Les eflbrts de Vitruve pour enchaîner ces phénomènes dans les liens d'une explication plausible restèrent sans résultat. Il en fut de même, jusqu'aux découvertes chimiques de Black sur l'acide carbonique, des tentatives des successeurs les plus illus-

très de Yitruve : des Scaaiozzy, des Philibert Delorme, des Perrault, etc.

Un seul mot désabusera tous ceux qui se persuadent que les erreurs théoriques de ces grands architectes étaient sans conséquence. Voyez Philibert Delorme : pour arriver ! au maximum de solidité dans les édifices, il croit néces-

saire que la chaux ait été extraite du baac même de pierre calcaire dont le constructeur tirera les matériaux de sa maçonnerie. Cette prescription , si elle était strictement suivie, amènerait une augmentation de dépense incalculable.

Des constructeurs qui se réglaient, dans le choix de leurs chaux, sur la couleur de la roche d'où on les extrayait; qui ne connaissaient aucune chaux hydraulique naturelle ; qui prodiguaient dans leur mortier remploi du tufleau , des briques concassées , ne sauraient sans une profonde injustice être placés en paraître avec les constructeurs modernes. Si nous mettons à part de ^ès-belles observations sur les propriétés des pouzzolanes naturelles , sar la possibilité de faire usage de cette matière pour créer d'énormes blocs factices destinés à être jetés à la mer, nous trouverons que les Romains ne nous ont appris rien d'essentiel concernant Tart de bâtir.

Au reste, tout ee qu'on tenterait pour exalter le mérite des anciens dans Tart des constructions, tournerait à ia plus grande gloire de M. Yicat. Le meilleur mortier extrait -des monuments romains avait, après deux mille ans .d'ancienneté , une dureté précisément égale à celle que U. Yicat obtient avec ses bonnes chaux, dans le court intervalle d'un an à dix-huit mois. En faisant porter la

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cooiparaisoB 3ur ks rësistanoes mdyeoanes, l'arantage reste dans de très-larges propariioiis an mortier modefDe.

VII. OPINION DES CHIMISTES ET DES CONSTRUCTEURS SDR LES TRAVAUX DE m. VICAT.

Les décevn^ertes de IL Yîcat «mi tfaBe ûnportancc palpat>le. Depuis environ an quart de siècle, tous les coDstructeafs en font leur profit ; or, en pareille matière, chacun doit le cosrqprendre , c^est aux praticiens à prononcer définitivement. Néanmoins, pour ne n^liger aucun genre d'information , la comoaissioo a cru convenable de recueillir aussi les opinions des chimistes, des ingénieurs, qui se sont occupés arec le plus d'habileté et de profondeur des applications des sciences aux arts.

Dans cette recherche , nous n*avoBs trouvé que des appréciations très-flattetnes des travanx du cél^e iogéffieur ; personne ne nous a para avoir contesté leur noaveauté.

Le prmiier Mémoire de II. Yicat sur la production de la chaux hydraulique artificielle est41 présenté à l^Âcademie des Sciences , ce corps savant décide , sur la proposition de MM. de Prony, Girard et Gay-Lussac, que le Hém(Hre paraîtra dans la coHedion célèbre intitulée : Recueil des Savants élrungert. A cette approbaJtion , la plus considérable que donnetrt jamais les commissions académiques, vient se joindre bientôt un témoignage d'estime fort re(*erché dans le inonde entier ; TAoadémie nomme M. Yicat un de ses correspondants.

Le conseil des Ponts et Chaussées appelé, ao conH

mencement de Tannée 1818 , à dire son avis sur la formation artificielle de la chaux hydraulique , déclare , par l'organe de l'austère et très-habile M. Bruyère, t que les avantages des nouveaux procédés seront innombrables ; qu'ils dispenseront de l'emploi ruineux des véritables pouzzolanes , et de celui des pierres de grandes dimensions, prodiguées dans les édifices modernes, malgré tant d'exemples contraires offerts par les Romains et les Goths, On peut même prévoir, ajoutait l'habile inspecteur général , que d'ici à quelques années il ne sera plus permis d'employer d'autre mortier dans les constructions publiques. §

Lorsque M. Yicat fait connaître la première partie de son travail statistique sur les chaux hydrauliques de France , l'Académie lui décerne une des médailles fondées par Monthyon.

Écoutons M. Berthier, le juge le plus compétent des découvertes de M. Vicat qu'il eût été possible de trouver dans le monde entier :

t Le travail de M. Vicat sur les chaux et les mortiers doit être placé au rang des plus beaux ouvrages qui soient dus aux membres du corps des Ponts et Chaussées. Sa découverte relative à la fabrication des chaux hydrauliques artificielles est de la plus haute importance.. ». En la rendant publique, M. Vicat a agi d'autant plus noblement qu'il aurait pu en tirer un parti considérable, soit en la vendant, soit en s'en réservant l'exploitation par un brevet d'invention. »

M. Dumas , nous ne voulons citer que de très- grandes notabilités scientifiques, M. Dumas déclare dans sa

Chimie appliquée auœ arts , que la solution pratique de la question, longtemps débattue, des chaux hydrauliques , est due tout entière aux remarquables travaux de M. Yicat. En parlant des pouzzolanes artificielles, Fillustre chimiste ajoute : « Ce sont pourtant des essais de laboratoire qui ont conduit M. Yicat à l'importante découverte dont il a enrichi les arts. L*état dans lequel il avait trouvé la question » rend cette découverte d'autant plus remarquable. »

Nous pourrions emprunter des témoignages également flatteurs à une foule d'écrits , et particulièrement à deux beaux articles de M. Ghevreul , insérés dans le Journal des Savants. Ces jugements, malgré les sources élevées d'où iU émanent, ne devaient pas, sans doute, empêcher la commission de se livrer au travail minutieux dont la Chambre a entendu les résultats ; mais , lorsque par ses propres lumières, elle a été conduite aux opinions professées à l'Académie des Sciences, et aux jugements des Gay-Lussac, des Berthier, des Chevreul, des Dumas, des Bruyère, il semblera naturel qu'elle ait désiré se prévaloir d'une circonstance qui prouve qu'elle ne s'est pas égarée.

VIIL RÉSUMA

En résumé :

M. Yicat a démontré, le premier, que les propriétés des chaux hydrauliques naturelles dépendent de l'argile disséminée dans le tissu de ces chaux , c'est-à-dire d'une action particulière que la silice réunie à l'alumine exerce

6S2 CSATTX ET MORTIBUS HrDBAnUQUES.

sur k thavoL , tpiand ces matières o»t été «fsenées par la t^seoQ à on état t^onvenaUe.

M. Yicat a fait , le premier, de la cbaox hyijhraaiiqae de tdirtes pièces, non pas aeulemrat en petit dans un laboratoire, tuais très en grand sur ses chantiers du pont de Souinac, Les piles de ce beau pont reposent sur des masses de béton formées avec de la chaux hydraulique artîfiOTeHe. D^uis les travaux de M. Vicat, on peut se procurer de la chaux faisant promptement prise dans Teau, partout où oette nature de chaux devient fiécessaire.

M, Vicût a libéralement livré sa découverte au public, îl est certain tpi'en s^assurant , à faide d'un brevet d'invention , la fabrication privilégiée de la chaux hydraulique artificielle, cet ingénieur aurait fait une fortune immense.

La première découverte de M. Vicat, malgré soa importance , a pâli , si Texpression nous est permise , à côté des conséquences capitales qu*eHe a ^eoes. Wous avons vu cet ingénieur infatigable , parcoupanl la France pas à pas, recherchant les couches ca4oaire8 marneuses, les bancs argileux dans lesquels pouvaient se trouver naturellement réunis en proportions convenables , les éléments constitutifs des chaux hydrauliques ; nous Pavons suivi pendant douze années dans celte exploration devenue tellement fructueuse que Ton connaît maintenant sur le sol français, par les seules indications de M. Vicat, neuf cents carrières propres 'à fournir des chaux hydrauliques , tandis qu^auparavant on en comptait tout au plu.^ huit à dix, M. Vicat a si bien apprécié tout ce qu'il y

CHAUX ET tfORTIERS HYDRAULIQUES. «13

aura derglorieax poor lui à avoir révélé, à avoir mis aux mains des constractears tant de riches matériaux enfouis dans les entrailtes de la terre ou mênae délaissés à la surlace, qu'afin de compléter cette œuvre , il a renoncé à Tavancement auquel soa anctenneté ^t son mérite éminent lai donnaient des droits ineontestés et incontestables K

Les travaux de M. Vicat «nr les pouzzolanes ont été également clairs et décisifs. Il en est résulté que les laiigiles les plus pares peuvent donner des poezzoknes «rtificieMes, fiqpéneures, ouau moins égales attxpomzolanes d'Italie ; or, comme la nature a déposé de l'argile wec une sorte de profusion à la sorface du globe , rien n*eiiipêcbera aujourd'hui d*obtemr à bon marché des pouzzolanes énergiques, en quelque région du pays qu'ion «etrotive.

La France qui , avant M. Vicat , était tributaire de r Angleterre poor le ciment romain, pourrait aujourd'hui satisfaire è tous les besoins de TËarope entière.

liO système général de fondations par voie de bétonnenoent date des découvertes que nous avons analysées , et particulièrement des beaux travaux du pont de Souillac. Les ingénieurs instruits et consciencieux ne manquent jamais de faire une large part à M. Vicat dans les succès qu'ils obtiennent , alors même que les drconsbinces teur ont permis de recom'ir exclusivement aux chaux hydrauliques et aux pouzzolanes naturelles. C'est

i. M. vicat, nommé icspecteor divisioimaire sous le ministère de M. Dufaure, a demandé à rester attaché, avec son grade d*ingénieur en chef, à Texploration qu'il avait si heureusement commencée.

ainsi , par exemple, qu*à Toccasion de la réussite complète et vraiment extraordinaire du nouveau bassin de radoub à Toulon, fondé à 13 mètres au-dessous du niveau de la mer, Thabile directeur de ce travail, M. Noël, écrivait le 24 avril dernier à M. le sous-secrétaire d'État des travaux publics : « Au moment où la loi relative à M. Vicat va être discutée , j'ai pensé quMl ne serait pas inutile de porter à votre connaissance un fait qui , en montrant ce qu'on peut obtenir pour les bétonnages, donne une nouvelle importance aux travaux de l'illustre ingénieur qui a fait faire de si gands progrès à notre art. »

Grâce aux veilles laborieuses et persévérantes de M, Vicat, des travaux réputés jadis impossibles s'exécutent aujourd'hui à coup sûr dans toutes les parties du royaume, et sans exiger nulle part des dépenses ruineuses.

Nous ne reproduirons pas les nombres que nous avons donnés, concernant les économies qui, dans les seuls travaux publics, peuvent être attribuées à l'invention principale de M. Vicat. Ces nombres ont dû se graver dans tous les esprits. On citerait, en effet, difficilement, une découverte qui dans le court intervalle de vingt- six années, ait eu de si colossales applications, de si utiles résultats.

La commission pense, à Tunanimité, qu'en votant sans aucune modification la loi qui a été présentée par M. le ministre des travaux publics , on ne rendrait pas à M. Vicat une justice complète. Elle désirerait que la pension viagère de 6,000 fr. fût accordée, plus explicî-

teinent , à titre de récompense nationale. Tel est le seul changement dont le projet du gouvernement nous ait paru susceptible. Nous espérons que la Chambre, adoptant nos opinions sur les services rendus au pays par M. Yicat, voudra bien donner son adhésion à Tamendément que nous avons Thonneur de lui présenter. M. le ministre des travaux publics Ta déjà accepté.

[Sur ce rapport, le projet de loi du gouvernement, amendé par M. Arago, a été adopté sans discussion le 16 juin i8/i5.

Du reste, dès le 5 juin 1837, M. Arago avait appelé Tattention de la Chambre des députés sur les immenses services fendus par M. Vicat Après avoir été conduit à reprocher à Tadministration de la marine le dédain qu*elle avait manifesté plusieurs fois pour les hommes de science, il ajouta les paroles suivantes, relatives aux travaux de M. Vicat:]

Les reproches que je viens d'adresser à la marine, je pourrais les généraliser. Il y a dans d'autres administrations des inventeurs qui , eux aussi , ont rendu au pays d'éminents services , des services qui , évalués en argent , seraient incalculables , sans qu'on ait songé à les récompenser. Qu'il me soit permis , dans un moment où nous sommes saisis de tant de projets de constructions , de citer ici, parmi ces inventeurs dédaignés, M. Vicat. Quand on bâtit dans un terrain humide , quand on bâtit sous l'eau, on a besoin d'une espèce de chaux particulière, d'une chaux à la solidification de laquelle la présence de l'eau ne fasse pas obstacle. Cette chaux, on l'appelle hydraulique. Gomment autrefois la faisait-on? En mêlant de la chaux ordinaire avec de la pouzzolane de Naples ou avec du trass recueilli sur les bords du Rhin. Ainsi jadis, pour construire solidement en terrain humide,

&26 CHAUX ETT tfORTIBRS IIYDR.4ULIQUBS.

il fallait aller ae p<mr¥oir d» certaiiies' matières- à rVaples et sur les bords du Hbio. Aujourd'hui, graœ aux travaux de liL Yicat, il n'est pas de pays où on ne* puisse faire des cbaux hydrauliques de toutes pièces ; il en est même peu où Ton n'en: trou^vede^natoreltes. Dans Tart des constructions c'est une révohition totale r eh bien , celui qui a fait cette révolution, celui qui procure aux particuliers et au gouvernement une économie que je n'exagérerais peut-être pas en la portant à 50 ou 60 inilUons pour chaqpie période de dix ans, n^a pas même reçu dans son corps un avancement auquel son mérite lui donne des droits incontestables^

AITÉXIORATION DD COCRS DT5 LA SEINE D'ATfï PARIS

[Dans la séance de la Chambre des députés (tu % mars iSùG, à l'occasion d'un projet de loi sur la navigation intérieure de Fa France, M. Ara^ a prononcé le diseours suivant, dans lequel il traite des nu)yens d'améliorer le concs de la Seine dans Paris. ]

Messieurs, il y a dans le projet de loi sw lequet nom sommes appelés à délibérer , des questions, très-diversesi J'admets, sous le bénéfice de quelques observttlîens par* ticulières, les solutions qai ont été proposées par le gouvernement. Je donnerai mon assentiment à la plupart des améliorations qu'on propose pour no& rivières; Mais il y a un point spécial sur lequel je suis en désaccord coi»* plet avec le projet ministériel : c'est le système- de travaux qa*oin nous propose pour rendre la Seine navigable dans l'intérieur de Paris. Ces travaux me paraissent mesquins, insuffisants ; ils ne répondraient pas aux besoins du commerce , et compromettraiewl un projet qui , sans être très-dispendieux, aurait de la grandeur e* pour*rait être substitué avec avantage à celui que Fadministration a adopté.

Voilà la thèse que je traiterai ; j^'espère rendre mes arguments assez clairs pour ne pas abuser de Tattention de la Chambre.

5t8 NAVIGATION.

Il y a , Messieurs , dans la traversée de Paris , une navigation importante : c^est la navigation descendante. La navigation montante, comme on vous Ta dit, est beaucoup moins considérable ; c'est donc la navigation descendante quMl faut particulièrement encourager.

L'honorable M. Temaux vous a fait une peinture animée et trè&-juste des obstacles que rencontre la navigation descendante, navigation active, car 1,700 trains de bois , 1 ,000 bateaux chargés de diverses marchandises descendent la Seine.

Dans le passage du Pont-au-Ghange au pont Notre- Dame, il existe un véritable danger. Il y a là une forte chute qu'il faut franchir. Par une négligence impardonnable de nos pères , des ingénieurs qui ont construit ces deux ponts, T arche marinière du pont Notre-Dame se trouve précisément en face de la première pile du Pontau-Change ; il résulte de là que , dans le court intervalle d'un pont à l'autre, on est obligé de faire des manœuvres serpentantes, difficiles, qui exigent le concours, les efforts de mariniers expérimentés. Souvent l'expérience, la force et l'habileté de ces hommes d'élite ne suiOsent pas. Aussi voit-on bien des fois des bateaux en travers des arches du Pont-au-Change , des trains de bois rompus sur les piles ; tout ce qu'a dit à cet égard M. Ternaux est parfaitement exact. 11 est évident qu'il faudrait rendre sur ce point la navigation de la Seine facile, sûre et économique.

Le projet de loi satisfait-il à ces conditions ? Après l'exécution des travaux qu'on vous propose , le passage du pont Notre-Dame au Pont-au-change sera-t-il facile,

sans danger» économique? Nullement, Mes5ieui*s, nullement. On vous dit dans Texposé des motifs que la navigation descendante continuera à se faire par le grand bras droit; ainsi tous les dangers dont je viens de parler subsisteront.

J'admets « quoiqu'on ne le dise point , que quelques bateaux descendront exceptionnellement par le bras gauche. Je ne sais pas, en vérité , s'il serait juste et convenable que la Chambre s'occupât de ces quelques bateaux privilégiés lorsque les inconvénients et les dangers continueraient à subsister pour le grand nombre et pour tous les trains.

On a beaucoup parlé à la tribune du conseil municipal, de ses délibérations; on a parlé de la commission d'enquête ; on m'a fait l'honneur de me nommer. Oui , partout j'ai entendu voter pour qu'on améliorât la navigation, mais surtout la navigation du bras droit , la navigation descendante, si active et si dangereuse; oui, partout, j'ai vu émettre le vœu qu'on trouvât le moyen d'effacer le Niagara de la Seine qui existe entre le pont Notre-Danîe et le Pont-au-Change. De tout cela il n'en est pas question dans le projet de loi. On n'améliore pas ce qu'il faut améliorer d'abord, on ne cherche pas à rendre la navigation descendante sûre, facile, économique; on s'occupe de la seule navigation montante. Je lui accorde aussi mon intérêt ; je ne lui refuserai pas mon concours. Je ne demande pas mieux que de voir la Chambre voter des améliorations pour la navigation ascendante, mais il est évident que c'est oar la navigation descendante qu'il faut commencer.

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