‹ Œvres complètes de François AragoChapitre 63 sur 72 · V. — ii. 3U · texte numérisé non relu

V. — ii. 3U

Nous demander» avec instance qu*on fasse disparaître les dangers de la navigation du bras droit; radministration nous répond qu'elle abattra trois ponts sur le bras gauche. En vérité on ne comprend pas un tel système.

Si Ton avait fait un projet d'ensemble, si Ton s'était à la fois occupé de la navigation du bras droit et de la navigation du bras gauche, ces ponts auraient été conservés. Je sais bien qu'on veut les remplacer par des ponts en fer élégants , légers ; je sais toute Testime que ces ponts méritent ; je suis un des grands admirateurs du pont des Saints-Pères ; mais, je Tavoue franchement, j'aime encore mieux les ponts de pierre.

Qdelques membres. Vous avez raison.

M. Arago. Ils présentent une solidité qui les rend préférables aux ponts colifichets. Demandez à M. le préfet de police si les jours de grande fête à Paris il se préoccupe le moins du monde de la circulation qui s'établit sur les ponts de pierre? N'a-t-il pas au contraire de grandes craintes touchant ce qui peut arriver sur les ponts en fer, suspendus ou non ?

En résumé, nous, membres du conseil municipal de Paris, nous demandions l'amélioration du bras droit pour laquelle se fait presque toute la navigation ; on propose l'amélioration du bras gauche. Il est vrai qu'on fera remonter les bateaux par le bras gauche ; mais de quelle manière? Par le halagef avec des chevaux! En 1846, à côté d'une force motrice immense; en !8ft6, après les perfectionnements que les machines hydrauliques et les machines à vapeur ont reçus , l'administration nous propose un chemin de halage et des chevaux I

KAVIGATIOÎT, |»31

Je le dis à regret , Messieurs, une pareille ppoposkion n*est pas de notre temps , elle n'est pas admi^sihle : ce genre de halage, M. le rapp(»iettr Ta appelé presque bar* bare. Je lui en demande pardon, le mot presque doit être supprimé; il faut Tappel^r barlsiare tout à fait. (On rit.)

L'honorable M. Muret de Bort a parlé avec beaucoup de raison du peu d'importance de la navigation montantci. Mais on suppose des changements dans les habitudes du commerce, et, comme il vous l'a dit, ces changements sont de véritables rêves. M. Muret de Bort vous a cité l'entrepôt , il aurait pu parler aussi de la gare de Grenelle. Voyez quel a été son sort : elle est déserte, entièrement abandonnée.

Avez-vous remarqué. Messieurs, comment on se propose d'obtenir le tirant d'eau de 1".6 sur le bras gauche?

Est-ce par quelques grandes retenues , par des portes d'écluses, par une de ces inventions qui frappent les yeux de tout le monde quand on parcourt les pays étrangers et quelques parties de notre territoire? Non ; on veut faire un dragage ; on va faire un chenal.

Qui oserait dire, avec quelque certitude, combien de temps TeiTet do dragage durera? Les eaux , sur ce. bras, vont être rendues presque stagnantes. D'après cette seule considération , j'ose affirmer que la navigation du bras gduobe sera fort souvent interrompue; que la machine à draguer y fonctionnera continuellement.

Il est vrai qu'on nous offre un dédommagement. La navigation du bras droit restera avec tous aes dangers, avec tontes ses difficultés, avec Ténormité des dépenees

qu'elle exige ; mais on ne touchera pas à la pompe Notro Dame. En vérité, est^e là une compensation? (Mouvement au banc des ministres. )

Cette flatteuse annonce est dans Texposé des motifs.

M. LE SOUS-SfiCRÉTAIRE D^ÉTAT DES TRAVAUX PUBLICS. NOUS ne

voulons pas Tacheter.

M. Arago. C'est la plus misérable machine qu'il soit possible de citer.

M. LE SODS-SECRiTAIRE D'ÉTAT DES TRAVAUX PUBLICS. G'est Vraî I

nous le reconnaissons.

M. ÀRAGO. Si vous voulez la conserver pour montrer combien, depuis cent ans, Tart des constructions et de la mécanique ont fait de progrès, à la bonne heure ! mais vous ne pouvez la conserver que comme échantillon de la science de nos devanciers, que comme un monument historique. (On rit. )

M. LE SOUS-SECRiTAIRE d'ÉTAT DES TRAVAUX PUBLICS. EUe est

détestable I

M. Arago. Je puis vous dire, d'après des expériences directes, à quel point elle est détestable ; je puis établir ce point par des chiffres.

M. Legrand. Je le sais bien !

M. Abago. J'entre dans la voie que vous m'ouvrez : la machine en question dépense 100 fr. , et produit 7 fr.

Voilà la valeur en chiffres de la machine que vous ne voulez pas détruire; voilà les hauts faits de l'appareil dont la conservation nous est citée comme un avantage attaché au système de travaux proposé.

La commission a demandé l'ajournement ; moi je suis persuadé, comme le dit le rapport de la commission, que

(les travaux sont nécessaires dans Tintérieur de Paris. Je crois qu'il est indispensable de mettre Tamont et Taval de la Seine en communication directe ; je désire aussi vivement, aussi fortement que personne, que des travaux tendant à ce but s'exécutent; mais je m'appuie sur les raisons que je viens de donnée pour solliciter un délai. Je demande que d'ici à l'année prochaine , car je ne voudrais pas un plus grand retard, on rédige un projet d'ensemble sur l'amélioration de la navigation de la Seine dans la traversée de Paris, embrassant à la fois le bras droit et le bras gauche.

Ne compromettez pas , Messieurs , cette grande question. Je vais prouver tout à l'heure que le mot grande dont je viens de me servir n'est pas hors de propos. Ne compromettez pas, dis-je , cette grande question par des travaux insignifiants, je dis plus, par les travaux nuisibles qu'on vous propose de faire sur le bras gauche.

Au BANC DBS MI1II8TKES. NnisiblesT

M. Arago. Oui , nuisibles , c'est le terme dont je me sers, et je vais le justifier. Sans doute vous n'engagez pas l'avenir par ces travaux , si vous entendez qu'à l'époque où on exécutera le projet d'ensemble, on pourra en détruire une partie. (M. le ministre des travaux publics fait un signe de dénégation. )

M. le ministre fait un signe de dénégation ; eh bien , j'entrerai, sur ce point tout à l'heure, dans quelques développements qui , j'espère , le frapperont.

Il y a une question d'argent que l'honorable M. Muret de Bort a traitée en détail. H a dit que le commerce, je vais même ajouter quelque chose à ses chiffres, ne tire-

53i NAVIGATrON,

rait de la navigaticm montante de la Seine , en supjiosaiit ({u'elle îdt complètement améliorée , qii'ane écononûe d'une centaine de mille franes.

J'admets ce résultat, et je vais le mettre en présence des bénéfices immenses qu^on obtiendrait pour la vflle de Paris et pour le pays, si Ton eicécotait le travail en totalité, au lieu de le prendre par parties ; an lieu, permettez* moi cette expression, de Vamorcer dans une raanvaise voie.

Pourquoi se presse-t-on tant? i*t-(3Q tout calcalé? a-t-on tout examiné ? Peut-on assurer que la dépense qu'on vous indique s^a la dépense réelle ?

Messieurs, comme censeiller mcraicipal de Paris , comme président de ta commission d'enquête, j^ai pu savoir où l'on en était pour les projets. Eh bien , je le ëéclare,^ il 31'y W9aii pas même d'avani-prqj«t pn^prement dit. On n'avait pas encore adopté desystèaK pour la fermeture de l'écluse ; on parlait du banage à aiguilles ; Mtts aurons roccasîon de l'apprécier plus tard. Je me eontente de dire en ce moment qu'il y a cfae)(|ue chose de très-étrange à vouloir mettre des aiguilles là où pourrait sSétablir une navigaUoB à vapeur. (Dén^ations au .banc des ministres, )

Je sais que depuis on a proposé de ferm^ recluse avec ua batea^-^yoste. Il n'y a rien d'arrêté, il. s'y a rien de certain ; ren^)laceiltent même de l'éclaae n'eust pas déterminé! Il a été que^ion de la mettre kès-pcès du pont des Arts; on aurait fait une arche oxœptionneHe, mais des difficultés sans nombre surgira.

Tous savez combien h^ ingénieurs ae trtunpent dans

leors évaluations, même torsqu'il s'agit de travaux en terre ferme. Ici les travaux seraient tous dans le Ut d'une rivière ; pouvez-vous avoir uiie gramle confiance dans des évaluations qu'on vous présente, dans de simples aperçus? Si vous accordez le crédit demandé, vous courez graaidemeot le risque d'entendre à cette tribune, d'ici à peu de temps, le raisonBement qui, dans plusieurs circonstances, vous a déjà été présenté. On vous dira : Giuq millions ont été dépensés, il faut continuer pour ne pas tout perdre.

On prétend que les travaux proposés n'engageraient pas l'avenir ; je dis. qu'ils l'engagent oomplétement. Je me diarge, par exenople, de démontrer que, si on exécutait un plan général, dont je vais dire quelques mots tout à l'heure, un plan qm embrasserait à la fois la navigation du inraft gaucbe et la navigatîDn du bras droit, on n'aurait pas besoin d'abattre un seul des trois pmts que l'on veut détruire* Détruire des pottU sans nécesBité, n'est-ce pas engager l'avenir?

Vous n'engagea pas l'avenir, et cependant vous allez construire des ponts dont La hauteur sera réglée pai* un mouillage qui, j'en ai la conviction, paraîtra insuffisant quand vous discuterez le projet complet Ces ponts ne se eoordomieraient en aucune manière avec le système général

Bans oe système, vous auriez au Pont-Neuf une machine, une force niécanique avec laquelle on ferait cheminer les bateaux depuis le Pont-Royal jusqu'au pont d'Àusterlitz ; que deviendraient al(»rs les chemins de halage?

On prétend ne pas engager Tavenir» quand on n'a rien d'arrêté sur la grandeur de Técluse du bras gauche, sur son rôle en regard du barrage du bras droit. Gela n'est pas soutenable.

Je dis. Messieurs, qu'il faut barrer le bras droit II résultera de ce barrage, d'abord une navigation facile, une navigation parfaitement régulière en tout temps : les bateaux n'auront plus besoin de stationner sur les rives des ports supérieurs; ils pourront continuer leur route en toute sûreté entre l'amont et l'aval de Paris. C'est la solution complète de la question qu'on s'est toujours proposée. Voyons les autres avantages qui se rattachent à cette solution : il me parait impossible que la Chambre n'en soit pas frappée.

Si vous faites le barrage du bras droit, comme je vais l'indiquer, vous aurez au Pont*Neuf , en temps d'étiage, une force de 3,000 à &,000 chevaux, de chevaux travaillant, non pas comme les chevaux ordinaires, seulement huit heuçes par jour, mais de chevaux travaillant vingtquatre heures sur vingt-quatre heures, de chevaux ne coûtant rien, auxquels vous pourrez faire exécuter des travaux immenses, dans l'intérêt de la navigation et de la ville de Paris.

La Seine parait très-petite pendant l'été ; elle semble alors une rivière insignifiante. Eh bien , nous l'avons fait jauger avec le plus grand soin ; elle débite par le bras droit, de 100 à 10/i mètres cubes d'eau par seconde. C'est encore un débit considérable.

Faites tomber cette quantité d'eau d'une hauteur convenable, vous aurez la force de 4,000 chevaux que j'ai

annoncée; celte force, à quoi Tappliquerez-vous? Ah! f avoue que je ne me servirai pas d'une roue analogue à celle du pont Notre-Dame; je me servirai d'une machine appréciée par Texpérience, par les plus grands ingénieurs; je me servirai de la turbine : oui, Messieurs, de la turbine, peut-être avec les améliorations que notre honorable collègue M. Kœchlîn lui a fait éprouver.

Je vous parlais tout à Theure des produits de la machine du pont Notre-Dame : c'était 7 p. 0/0. Vous vous rappelez cette grande machine de Marly, qui faisait plus de bruit que de besogne, c'est l'ordinaire : elle donnait un trente- sixième de ce qu'elle dépensait. Savez -vous ce que vous obtiendrez avec la turbine de M. Foumeyron, ou avec celle améliorée par M. Kœchlin? Vous obtiendrez de 70 à 80 p. 0/0. J'espère que vous reconnaîtrez que le bénéfice est considérable.

Vous le voyez, l'État, la ville de Paris, ont au Pont- Neuf, en temps d'étîage, une force de 4,000 chevaux dont ils ne tirent aucun parti. Je le demande, est -il raisonnable que, dans Tétat actuel de la civilisation, qu'en 1846, et en présence de tant de besoins pressants, on ne fasse rien dans la capitale d'une force de 4,000 chevaux?

Vous avez vu , Messieurs , que le gouvernement vous propose de faire le halage des bateaux avec des chevaux. Vous avez vu que , si vous votez le projet de loi , (fue si vous n'ajournez pas la question à l'année prochaine , il va construire au pied des murs des quais un chemin de halage, un chemin qui recouvrira un égout (on rit), un chemin qu'il serait plus économique de pla-

538 KAVIGITION.

GGi* ailleurs* Mais ce checDiD est ûiutile; il se trouvera reinplacé avec avantage par une petite dérivation de ta force considérable que vous possédez au Pont-Neuf, par une petite dérivation que vous feriez sur les /i.,000 chevaux de force qui résulteront du barrage : reniarquez que celte force sera disponible quand vou& aurez amélioré la navigation; remarquez i|ue vous aurez satisfait, en établissant ces barrages, aux besoins du commerce, aux i>esoins exi»-imés par toutes les comoiiâffions d'enquête, que vous y aurez salisfait complètement, tandis que votre petit projet ne satisfait à rien. Remarquez encore qu'au moyen de cette force de 4^000 chevaux^ vous pourrez en temps d'étiage, lorsque la .rivière est le plus basse, jdans la saison chaude, dans le moment où Ton a le plus besoin d'eau , vous pourrez élever 10,000 pouces d'eau à la hauteur de 50 mètres.

Je n'ai pas pds^ en faisant ce calcul, le coefficient de revient qui appartient incontestaUeraent aux laacbines de MM* Fourneyron et Kœcblin , placées dans les meilleures conditions; j'ai pris un coeffioirat plus petit, et avec un coefficient réduit, nous arrivons aux 10,000 pouces d'eau que j'ai annoncés. Sachez que 1 pouce d'eau, c'est 20 mètres cubes par vingt -quatre heures, et vous verrez quelle masse éffiorme de liquide vous pouvez élever dans tous les quartiers de la capitale.

Examinez les ouvrages classiques sur k distribution des eaux^ de M. Eymery, et vous y trouverez que, dans une vUle administrée avec intelligenoe., il doit y avoir deux sources d'alimentation distinctes. On a à Paris une première .source d^alinaeniatiûn dans .le oanal de l'Ourcq.

NAVIGATION^ ft3»

Vété j eHe est bien réduite ; or, c'est prédaéiTient l*été que vous aurez le plus d'eau avec les machines du Pont* Neuf. Les deux sources, en se combinant, fourniront une quantité d'eau à peu près constante ; quand le canal de rOurcq fournira beaucoup, la Seine vous en donnera un peu moins, et, réciproquement, lorsque le canal sera réduit comme le sont toutes les rivières pendant la grande chaleur, vous aurez une quantité énorme d'eau de Seine.

A Paris, la dépense moyenne d'eau vendue est, dit-on, de sept litres par personne. Savez-vous ce qu'elle est dans les principales villes d'Angleterre? soixante à soixantedix litres.

11 y a des personnes qui par des raisons d'économie , il y a bien des pauvres , qui sont obligés de réduire ce chiffre déjà si petit.

A quel prix , après l'établissement de barrage , pourraît^on donner l'eau 7 Voici ma réponse :

Un pouce d'eau , à cause du transport par porteurs, coûte par an , rendu À domicile , 3ât,000 fr. Or, tout le monde trouvera que la ville ferait un bénéfice de 2 initiions, si elle vendait ses 10,000 pouces à SOO fr. chaoun.

Ce qu'on nomme une -voie d'eau de vingt-deux litres, coûte maintenant 20 centimes. Vous pt)urriez, pour 3 centimes , donner mille Jitres. Quand on aura un barrage dans l'intérêt de k navigation^ le prix de l'eau pourra être réduit à la cent ^souantiènae partie du prix actuel.

Il y a peu de jours , un illustre orateur disait à cette tribune : € Messieurs , irotons la vie à bas prix I >

Mdi, je vous dis que vous serez entrés dans les vues

philanthropiques de M, de Lamartine, lorsque vous aurez conduit dans l'humble réduit des pauvres de Teau en abondance et à bas prix.

Je vous en conjure. Messieurs, ne perdez pas cette occasion de rendre à la classe pauvre un si immense service. ( Approbation, )

Vous aurez remarqué que je vous parlais de Teau comme aliment , et je puis vous en parler aussi au point de vue de la salubrité.

Un grand écrivain, c'était un Père de l'Église, appelait la propreté une vertu. Un voyageur célèbre disait qu'il avait pu, presque partout, juger du degré de civilisation des peuples par leur propreté.

Si vous introduisez de l'eau à bon marché dans la maison du pauvre, si vous la faites parvenir jusqu'aux étages supérieurs où il réside et souffre , vous aurez rendu un service immense à la population parisienne, à une partie de cette population qui doit plus particulièrement exciter notre intérêt.

Examinons la nécessité de l'eau sous d'autres points de vue.

Il y a des administrateurs qui se flattent de cette pensée que la ville de Paris est suffisamment alimentée par les eaux dû x^anal de l'Ourcq.

Voici les faits : il y a trente-deux barrières où l'eau de rOurcq ne peut pas aller, par la raison toute simple que l'eau , dans un siphon , ne peut s'élever plus haut que son point de départ , et qu'elle monte même un peu moins à cause des frottements. Ces barrières privées de l'eau de l'Ourcq, croyez-vous qu'elles ne sont pas entou-

WAVIGATION. 54!

rées d^habitations, de manufactures? Détrompez vous ; ces barrières, ce sont celles de l'Étoile, d'Enfer, de Fontainebleau , et beaucoup d'autres ; il y en a trente-deux Toutes ces barrières auront de Teau, alors que. . . je me répète souvent, parce que je ne voudrais pas qu'on m'attribuât des idées qui ne sont pas les miennes ; alors que vous aurez satisfait , par un barrage du Pont-Neuf , aux besoins essentiels de la navigation.

Je sais que l'eau de l'Ourcq se répand tous les jours par 1,800 bornes-fontaines ; on est frappé de cet écoulement ; mais quand on examine les choses au fond , on trouve que chacune de ces bornes-fontaines ne coule que trois heures par jour. Dans les rues qui sont inclinées , les propriétaires riverains ne sont pas très-satisfaits de cet arrosement ; ils disent y et je crois qu'ils ont raison , que les fontaines coulent assez longtemps pour faire de lu boue, et pas assez pour nettoyer la rue. (C'est vrai I c'est vrai ! ) Cela se présente dans plusieurs quartiers. Je crois qu'il n'y a pas suffisamment d'eau.

Les trente-deux barrières dont je parlais, et où l'eau de l'Ourcq ne fait pas de boue, ne sont pas sur des monticules isolés ; il y a tout autour des terrains qui sont à peu près de niveau avec elles. Que voulez-vous qu'on y établisse? Des manufactures? Il n'y a pas de manufacture qui n'ait besoin d'eau, qui n'emprunte son moteur à de l'eau. 11 faut donc que, près des trente-deux barrières en question , les manufactures aillent chercher leur eau dans les puits à 30, &0 ou 50 mètres de profondeur. Mais l'eau que donnent ces puits est de l'eau séléniteusc , de Tenu qui forme dans les chaudières des dépôts qui ren-

dent les comiDunicatioiis calorifiques très-difficiles et les explosions fréquentes. Si T opération dont je parla se réalise , on aura de Teau de Seine partout

Avez.- vous remarqué , Messieurs , de quelle manière se fait r arrosage de nos rues, T arrosage de nos quais, Tar* rosage de nos grandes avenues? Il se fait avec des tonneaux d'où Teau s'échappe par des plaques percées de trous. Eh bien, on fait de la boue, on interrompt lacir* culation : la méthode est barbare.

Supposez maintenant que vous ayez une quantité d'eau suffisante, qu'elle soit en charge dans les tuyaux de conduite ; alors l'arrosage se fer a rapidement et avec facilité à l'aide d'une simple lance de poraiûer, et sans porter d'entraves à la circulation. (Bruit — Escbuna* tiens sur quelques bancs. ]

Voici, Messieurs, une considération qui, j'espère, vous paraîtra plus grave, et que je livre à vos méditatipos.

On dit qu'il y a suffisanunent d'eau à Paris ; je prou* verai par des faits , quand on voudra , qu'il n'y en a pas dans les hôpitaux en proportion des besoins ; je citerai des hôpitaux où l'on n'a pas donné aux malades les bains ordoimés par les médecins, parce qu'on manquait d'ean*

Vous avez certainement remarqué de quelle manière s'opère le balayage de nos rues? à Paris, on ramasse la boue , on la met dans des tombereaux , et on la ùtit obe* miner jusqu'aux barrières; pourquoi cela? Cest qu'on n'ose pas la jeter dans les égouts, où il n'y a jamais assez d'eau, excepté pendant des averses, pour la oon» duire à la rivière. (Réclamations}. On le fait partout, Messieurs 1

Je suis fâché que ce procédé ne vous paraisse pas bon ; il serait excellent si vous aviez suffisannment çTeau. M. Granbik. Et les résultats I

M. Arago Si l'honorable membre qui mMnterrompt a eu Toccasion de passer quelquefois devant les dépôts boueux près des barrières de Paris, il aura certainement regretté que le mode d'évacuation de la boue par tombereaux soit adopté à Paris.

Les égouts sont une excellente chose , mais à la condition qu'ils soient lavés régulièrement. Vous êtes-vous arrêtés quelquefois par hasard, pendant Tété, sur les trottoirs, près d'une bouche d'égout? Avez-vous remarqué quelle odeur nauséabonde s'en échappe? Vous savez d'où provient cette cause d^insalubrité.

La vue de certains lavoirs flottants sur la Seine ne vous a-t-elle pas douloureusement affectés? Ne souffrezvous pas de voir de malheureuses femmes dans ime position où elles sont encore plus certaines de gagner des maladies que de laver leur linge ? ( Approbation. ) Soyez assurés que les personnes qui , par leur misère , sont obligées de faire un usage habituel de certains de ces établissements flottants , figurent souvent dans les registres des hôpitaux.

Quand la ville aura une quantité d'eau suffisante, elle pourra créer des lavoirs intérieurs où la population pauvre trouvera le moyen de laver gratuitement son linge , sans compromettre sa santé.

Si l'on vous dit que 10,000 ponces tfeau sont une quantité trop considérable, répondez qu'on en trouvera un très-utile emploi , non-seulement en citant tout ce que je

viens de dire , mais en parlant encore des incendies ; remarquez que maintenant Teau que les bornes-fontaines fournissent ne s*élève pas, tandis que si Teau est en charge dans les tuyaux, il suffira d'ouvrir une clef. « . Je ne parlerai pas de ce qui poun*ait de nouveau exciter l'hilarité de la chambre; il suffira d'un appareil trèssimple pour projeter l'eau jusqu'au troisième étage d'une maison, même avant l'arrivée des pompiers. Qui pourrait dédaigner de pareils avantages?

Les tuyaux de conduite de Paris ont été choisis dans la supposition d'une distribution mesquine de l'eau. Supposez que les besoins de la population augmentent, que le besoin de donner de l'eau à bon marché vous mette dans l'obligation de conduire plus d'eau dans les différents quartiers, vous serez contraints de renouveler tout le matériel ; il ne sera plus suffisamment considérable ; à l'aide d'une forte pression» ce matériel suffira pendant des siècles.

Je vais aborder une question délicate (Écoutez t écoutez I) Je sais qu'on n'aime pas ici qu'on parle beaucoup de cette question , je crois même que la Chambre n'aime pas à m'en entendre parler. ( Réclamations. — Si I si ! parlez I )

Je suis bien aise de la dénégation, je veux parler des fortifications. (Bruit. — Parlez ! parlez I)

Messieurs, on a fait autour de Paris une enceinte continue.

Je suis très-grand partisan de l'enceinte continue, j'en ai toujours été partisan ; on l'a faite dans la supposition qu'elle serait un moyen efficace de défense contre une

armée ennemie. Ce moyen de résistance est excellent, à la condition que la garde nationale seule pourra suffire à la défense de tous les bastions.

Je crois, moi, que la fortification continue exécutée est susceptible d'une grande résistance, je le crois ; parce qu'il a été dans ma destinée d'étudier le mode d'action des fortifications; mais, consultez les gardes nationaux, ils ne croient pas l'enceinte très-forte, ils s'imaginent que la hauteur des murs , la profondeur des fossés sont insuffisantes; que des murs très* élevés sont nécessaires, indispensables ; mais ils conviennent tous que si l'on faisait arriver deux mètres d'eau dans les fossés, les fortifications acquerraient une puissance énorme. Mettons-nous donc en mesure d'inonder les fossés de l'enceinte , vous lui donnerez ainsi une puissance d'opinion importante; en temps de guerre vous auriez dans les machines placées au Pont-Neuf, dans les turbines de M. Foumeyron ou de H. Kœchlin, le moyen de remplir les fossés des fortifications dans un intervalle de trois jours.

Enfin, trouvez-vous que cette immense masse d'eau dont je vous entretiens depuis si longtemps, n'aurait pas en totalité une application utile dans l'intérieur de la ville de Paris, vous pourriez l'employer en arrosages. Il serait très-facile de faire des réservoirs à une hauteur considérable, d'où l'on répandrait l'eau dans des terrains qui maintenant ont très-peu de valeur et qui deviendraient des jardins comme ceux des maraîchers.

J'arrive au terme de ma tâche.

M. le ministre des travaux publics et H. le sous-secrétaire d'État croient, comme moi, à la possibilité d'éta-

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