‹ Œvres complètes de François AragoChapitre 68 sur 72 · DE PORT-TE5DRE · texte numérisé non relu

DE PORT-TE5DRE

Persomie ne s'associe plus vivement que je ne le fais au désir de la Chambre , de la France ratière , de voir les grands travaux commencés à Cherbom^ entièrement achevés. Je désirerais cependant que M. le mimstre de la marine se décidât à faire examiner par une cotmoission ad hoc une question de la plus haute inqwrtanoe, celle de savoir si la digue de Cherbourg doit être cont^ nue ou si plutôt il ne faudrait pas la tronçonner. Je sais qu'on pourra me répondre que des décisîoiis formelles enstent et qu'elles sont toutes favorables an genre de travaux qu'on exécute en ce moment Mais les travaux hydrauliques doivent être rangés parmi les plus difficiles dont les ingénteurs atent à s'occuper ; il est impossible de prévoir, sans les études les plus sérieuses, ce qui se manifestera dans une localité , en argumentant de ce qui est arrivé dansime localité différente. Et d'ailleurs, IfesâeurB^ les travaux exécutés à Cette avec l'assentiment du conseil général des ponts et chaussées, n'ont-ils pas eu des résultats déplorables? Le port de Cette s'envase journellement, et si Ton n'y porte un prompt remède, il sa-a connplétement perdu*

Eh bien , je ne suis pas sans crainte sur la cade de Cherbourg. Vous le savez, Messieurs, les eaux que les

1. Discours prononcé dans la séance de la Chambre des députés du 9 Juin 1835.

courants tranq^rtent dans les ports, y arrivent ordinairement fort troubles, fort bourbeuses. Si, par des constructions artificielles , tous amenez ces eaux à être parfaitement tranquilles, elles déposeront du sable, et te fond de la mer montera graduellement Les ancieBs avaient déjà étudié cette questicm avec un grand soin. En parcourant dernièrement les côtes méridionales de Fltalie , des ingénieurs napcditains ont reconnu que partout cà les RoEKiains cosistniisirent des môles à arceaux , les ports QDt conservé une grande praf(Hideur d'eau ; partout , au contraire , où les môles étaimt continus , l^s eaux bourbeuses des coiffants ont déposé les saïÀds qu'elles charriaient, et les ports n'existent plus ou sont inabordables. Je crains beaucoup, je le répète, que des effets de ce genre ne se manifestent à Cherbourg , si la digue est continue* Peut-être Taudtait*il mieux qu'^Ue fût tronçonnée. Je demande donc que cette question soit examinée avec le plus grand soin.

J'entends quelques personnes s'écrier : Une digue \rmr çonnée laissera aux vagues venant de la haute mer toute leur puissance ; je réponds que c'est une erreur. Une vague est comme une voûte : opères use forte solution de contîmiitè en quelques-uns de ses points et la vague entière s'abat.

Sans doirte, il resterait alors dans le port une certaine agitajtion ; mais c'est là précisément ce qae je désirerais ; je voudrais que la mer iftt constanuoeiït dapoieuse; que les eaux, troubles à leur entrée, , sertissent néccâk&airement troubles; j'appelle sur cet objet toule l'attention: ée M. le ministre de la marine; il ne faut paa que. le ioAt

des énormes dépenses qu'on a faites et qu'on fait encore à Cherbourg soit un jour perdu.

J'ai déjà eu l'occasion de parler à cette tribune d'un port situé sur la Méditerranée (voir p. 619) ; j'ai fait sentir combien il serait important de s'en occuper. Ce port, le Pori-Vendrej situé à l'extrémité d'un des diamètres du golfe de Lyon , a été récemment examiné par une commission nommée par M. l'amiral Duperré; personne ne peut maintenant douter des avantages qu'il offrira au commerce et à la marine militaire ; tout le monde comprendra combien , en temps de guerre , les communications de ce port avec Alger seront plus faciles que celles de Toulon et de Marseille. Mes anciennes observations furent favorablement accueillies par M. l'amiral de Rigny; il voulut bien déclarer que le Port -Vendre avait une grande importance, et qu'il hâterait de tous ses efforts le moment où l'administration s'en occuperait activement. (M. de Rigny fait un signe d'adhésion.) Eh bien , Messieurs, à cette époque on ne croyait pas que le Port- Yendre pût recevoir des vaisseaux de ligne ; cette possibilité est aujourd'hui établie sur des preuves irrécusables. Des travaux qui ne seront ni d'une grande difficulté ni d'une dépense qui doive effrayer, nous doteront d'un second port militaire dans la Méditerranée.

Je prie donc M. le ministre de la marine de vouloir bien au plus tôt , je veux dire l'année prochaine , faire figurer le Port-Vendre parmi les travaux hydrauliques qui s'exécutent sur les fonds de son budget Je le prie aussi de ne pas perdre de vue la commission dont je sollicite la formation , et qui aurait pour mission d'examiner

définitivement si la rade de Cherbourg peut être fermée par une digue continue , sans quMI en résulte des envasements rapides.

[Après la réponse de M. Tupinier, commissaire du roi, M. Arago a ajouté : ]

Dois-je répéter, Messieurs, que c'est avec rassentiment du conseil des ponts et chaussées et contre Tavis d'un ingénieur qui était sur les lieux , qu^ont été exécutés les travaux du port de Cette? Je n'entends pas induire de là quMl faille en toute circonstance se méfier des avis de ce conseil pour lequel je professe la plus grande estime; mais les travaux hydrauliques , ceux surtout qu'on exécute dans les ports , exigent une expérience et des connaissances dont des ingénieurs , fort habiles d'ailleurs à d'autres égards, peuvent être dépourvus. J'ose donc prier M. le ministre de la marine de bien peser les observations que j'ai eu l'honneur de lui soumettre. Il n'y aurait aucune honte à revehir sur d'anciennes décisions; ce n'est que depuis quelque temps, en effet, qu'on a senti combien il est important de laisser aux eaux dans les ports une certaine agitation; il y a là, pour Cherbourg, j'ose l'affirmer, matière à un examen très-sérieux.

AMÉLIORATION DU PORT d'aLGEH

1 Dans la séance du 27 mai 18^2, M. Arago a prononcé le discours suivant : ]

Messieurs, le port d'Alger était extrêmement mauvais lorsque j'avais le malheur d'être embarqué sur des bâti-

6S0 I^ÀViGATiON.

ments algériais, en 1808 et 1809. ( EselamatkMi wx œntres. ) C'est u& malheur dont je n^ai pas à rougir, je remplissais une mission que le gouvemeoMA français m'avait confiée, lorsque je tombai dans les mains des Algériens. Le port d'Alger était alors très-mauvais. Il y avait par certains vents un ressac considérable vivemoat qcuilifié par lui dicton africain <iui ne s'est januds effacé de ma mémoire. ( Bruit. } Toutes lees fois que le vent du nord , le vent venant de Hayorque commençait à scMifSer» les Algériens s'écriaient : « Voilà \e charpentier mat/ercain qui va travailler» » ESecti venant, les bâtiments du port, jetés les uns sur les autres, étaient mis en pièces.

Depuis les travaux de M. Peirel, depuis que la digue a été un peu prolongée par les moyens extrêmement ingénieux que la Gheambre <x>Qnait , les résuttate ont été trèsfavorables.

Je ne m'en fie pas à mes lumières personnelles pour décider quelle sera dans l'avenir la valeur du port d'Alger. On a cité tout à l'heure^ et avec beaucoup de raison, l'opinion d'un de nos collègues actuellement alèsent , de M. Le Ray ; je puis m'étayer, moi, d'une opinieia qui n'est pas au-dessous de -celle de M. Le Ray, de l'opinion de M. le capitaine de vaisseau que l'administration a chargé de la carte hydrographique de la côte d'Afrique, de l'opinion de M. le capitaine de vaisseau Bérard, de celui-là même enfin , auquel M. le ministre de la marine vient de donner le commandement de la station de la Nouvelle-Zélande. M. le capitaine Bérard m'a formellement autorisé à déclarer, ayant eu Toccasion d'aitrcr dans le port d'Alger et d'en sortir par tous les temps possibles, que la largeur

NAViGÂTIOM. «34

de 200 mètres^ conservée au musoir par M. Boirel , eBt complètement suffisante»

M. le ministre des finances disait tout à Thaure que cette entrée de 200 mètres mettrait les navires qui vou^ draient entrer à Alger dans Tobligation de longer la côte de trop près; cela n'est pas exact : j'en appelle au. meilleur juge en pareille matière, à Tofficier qui a fait la carte de r Algérie. L'entrée projetée est parfaitement suffisante, et , quand on sort du port, il est facile de doubler le cap Gaxine par une seule bordée.

Jetons un coup d'œil sur des ports célèbres. Quelle est rentrée du port de Marseille? 100 mètres. Des rochers la réduisent considérablement. Quelle est l'entrée du port du Havre? Une cinquantaine de mètres. Quelle est l'entrée du port Mahon, ce port si célèbre? 300 mètres, avec notable réduction par des roches.

Gomment, en présence de tous ces chiffres, pourraiton soutenir que 200 mètres ne suffiront pas à Alger ?

Messieurs, on a parlé de rade. Il n'y a qu'à regarda un atlas pour voir que ni le projet Baffeneau ni le projet Bernard ne procureront de rades proprement dites.

Une rade, c'est un espace immense.

Le projet Raffeneau donnerait au port d'Alger une étendue de 3/i. hectares; le projet Bernard de 18 hectares.

La surface de la rade de Cherbourg est de 500 hectares; celle de la rade de Toulon de plusieurs milliers d'hectares. Voilà des rades véritables; à Alger, vous n'aurez jamais rien de pareil.

Messieurs, il y a entre les trois projets des différences immenses , mais elles tiennent seulement à la profondeur

de la mer daDS les pointe où l'on se propose de travailler. Cette profondeur, pour peu qu'on s'écarte de la direction tracée par M, Poirel, devient très-grande, et l'on se trouve tout à fait en dehors du cadre des travaux exécutifs jusqu'ici.

Dans le projet Poirel , la profondeur de l'eau , au musoir, serait de 20 mètres ; le long de la jetée de 15 à 17. C'est déjà énorme, et si M. Poirel n'avait pas employé des procédés de fondation par blocs en béton extrêmement ingénieux , de son invention, et pour lesquels l'Académie des sciences, sur un rapport de M. Coriolis , lui a rendu pleine justice, il n'aurait pas réussi.

Dans le projet Bernard, vous avez des profondeurs de 20, de 23 et {u^obablement de 80 mètres. Le projet de M. RaffeneaU vous offrira, dans la longueur de la jetée, 22, 27 et â3 mètres. Vous voilà dans l'inconnu ; vous niiez désormais tenter des aventures.

Il y a une considération dont la chambre ne fait jamais abstraction, c'est celle de la dépense. M. Bernard, au mérite duquel tout le monde rend hommage, a bien senti que , si l'on voulait faire sa jetée économiquement , on serait obligé d'employer des pierres de petit échantillon. Ce noyau , on le revêtirait ensuite de gros blocs, d'après le procédé de M. Poirel. Mais ne serait-il pas possible qu'avant l'opération du revêtement, le noyau fût enlevé, et toutes les pierres disperséeé dans le port et dans la rade? (Dénégations au banc des ministres.) Les dénégations qui m'arrivent du banc des ministres m'imposent le devoir de montrer que mes préoccupations ne sont pas srms fondcmei t.

La plupart des ingénieurs croient, je le reconnais, que la mer n'est jamais agitée à une grande profondeur. L'expérience de Saint-Jean-de-Luz aurait dû cependant les détromper. J'afiirme , en tous cas , que la mer est agitée , que même elle éprouve de grands déplacements à des profondeurs énormes.

Les courants n'étaient jusqu'ici , aux yeux des navigateurs, que des rivières superficielles. Il y avait dans cette opinion une immense erreur. En discutant les observations recueillies pendant le voyage de la Vénu^y sous le commandement de M. Dupetit - Thouars , nous avons reconnu , M. de Tessan et moi , que, sur la côte du Chili , la mer touC entière , la mer jusqu'aux plus grandes profondeurs, s'avance majestueusement du midi au nord.

La Méditerranée a des courants du même genre. Je vais le prouver par un fait.

Nous étions sous Louis XIV en guerre avec la Hollande. ( Interruption au centre. ) Je ne comprends pas l'interruption. Je me propose de prouver que M. Bernard, malgré son talent , malgré son mérite reconnu de tout le monde, a pu se tromper essentiellement dans les évaluations d'après lesquelles il a peut-être entraîné l'opinion du conseil d'amirauté. Je veux prouver que le projet de fonder la digue sur de petites pierres peut être extrêmement dangereux ; que la mer pousse quelquefois devant elle des corps d'un poids énorme qui reposent sur son fond ; je m'appuierai sur un fait que j'ai trouvé dans un des plus anciens volumes des Transactions philosophiques de la Société royale de Londres.

Je reprends : nous étions en guerre avec la Hollande*

63i NAYI&ÀTIOIC.

Ua GorBaire « sorti de Marseille « poursuivait un bâtiment hollandais chargé d'huile » et qui mardiait, toutes voiles dehors, vers Tanger. Le ccursaire atteignit le bâtiment, brisa sa poupe et le coula à fond. Le oorsaire ayant eu des avaries , marcha à Touest et entra à Tanger pour ae radouber. Remarquons ceci , Messieurs : la prise coulée lui arriva un jour après. Un courant sou&>maria l'avait portée de Y est à T ouest jusqu'à Tanger.

Je pourrais citer bien d'autres preuves k Tappui de mon opinion; mais je m'en ahstiendrod^ piosque la chambre est fatiguée et impatiente.

J'ajouterai une seule remarque : quand on a comparé, sous le rapport de la grandeur, le port de M. Poirel an port de ses concurrents, on n'a tenu compte que de l'étendue superficielle géodésique; en comparant deux ports , il faut cependant donner une gnande attention à l'état de la xner. Si la mer est tranquille^ comme à Marseille, les bâtiments peuvœt se touofaer sans inconvé* nient ; si k mer est agitée , il est évident que Ton doit les espacer.

£h bien, Messieurs, si l'ouverture xlu port d'Alger n'est que de 200 mètres, comme le veut M* Poire! , l'étendue s^a suffisante d'après les calculs de l'homme le plus compétent sur cette question, de M. le capitaine Sérard ; vous aurez dans le pcfft une mer tranqnflle ; àxmnei k l'ouverture des largeurs de &00 ou de 600 mètres, et comptez, comme disent les Algériens, qœ Je charpentier mayorcain se montrera. Malgré une étendne superficielle en. apparence plus considérable , vous aurez en réalité ime étendue utile beaucoup moindre.

Si la Chambre était appelée à voter, je n^hésiterais pas un instant , d'après toutes ces considérations , à demander la continuation du travail de M. Poirel.

•RGANISATIOm DU CORPS DES INGÉNIEURS HYDROGRAPHES '.

Messieurs, parmi les corps entretenus par l'Etat, il en est un qui a pris pour devise la contre-partie d'un adage vulgaire; îl fait, lui, beaucoup de besogne et irhs-peu de bruiu Le corps dont je veux parler est celui des ingénieurs hydrographes ; et cependant à son occasion , il y a dans le rapport de la commission du budjet un passage qui me paraît devoir frapper de découragement toutes les personnes dont il est composé.

Je demande à la Gbandore la permission de lui en donner lecture.

c Votre commission a dû votei* \& crédit sans hésiter ; mais elle s'est préoccupée de la question de savoir si,, après radhèvement de la reconnaissance hydrographique des côtes de France, la marine devrait entretenir « au dépôt des cartes et plans , un personnel aussi nombreux que celui qui vous est aujourd'hui proposé.

c £lle considère que , dès à présent, nul accroissement de œ personnel ne serait admissible ^ le d^ôt pouvant s'aider, et s' aidant en effet avec succëSt de la capacité spéciale de ceux des officiers de la marine qui se sont

1. Dlscoors prononcé dans la séance de la Chambre des députés du 5 juin 1637.

adonnés plus particulièrement à la levée des cartes et des plans.

« Elle s'étonne que Torganisation du corps des ingénieurs hydrographes soit telle, que le dernier élève doive, avec Taide du temps, arriver infailliblement à remploi dMngénieur en chef. »

Vous le voyez , Messieurs , d'après le sens littéral de ce passage, aussitôt que la carte des côtes de France sera terminée, le corps des ingénieurs-hydrographes devra être réduit. Je ne veux pas m' arrêter à mie pensée pénible ; la commission n'a pas pu vouloir dire que la réduction qu'elle suggère s'opérerait par voie de congé, elle a entendu sans doute qu'il faudrait attendre l'effet des extinctions naturelles.

M. LE Rapporteur. Sans doute.

M. Arago. Eh bien, je dis, moi, que les nécessités du service ne doivent pas conduire à ce résultat ; et j'ajoute que la phrase du rapport , contre laquelle je réclame, aura pour conséquence nécessaire de faire abandonner ce corps par les personnes les plus capables ; je dis qu'elle portera le découragement dans l'esprit de toutes celles qui le composent.

Voyons, au surplus , quel est l'effectif du corps des ingénieurs-hydrographes; il doit être bien nombreux, puisqu'on en propose la réduction. Voyons s'il est inutile^ aujourd'hui ou s'il le deviendra dans la suite.

Il y a en France vingt ingénieurs hydrographes ou élèves. Dans ce nombre figurent un ingénieur en chef et un ingénieur en chef-adjoint. Je les nommerai ; car ce sont des notabilités dans la marine et dans le monde

entier ; ringénieur en chef est M. Beauteinps-Beaupré ; Tingénicur^ad joint , M* Daussy. Vous avez ensuite quatre ingénieurs de première classe^ quatre de seconde, six de troisième, deux sous-ingénieurs et deux élèves, au total vingt personnes ; c'est donc sur vingt personnes qu'on fait planer une menace de réduction qui n'est vraiment justifiable à aucun titre.

Vous avez maintenant le personnel sous les yeux ; faisons un pas de plus, et voyons à quelle dépense annuelle il donne lieu. Cette dépense est de 67,000 fr. L'ingénieur en chef, M. Beautemps-Beaupré, reçoit 7,000 fr.; l'ingénieur adjoint, 5,000 fr. ; les ingénieurs de 1" classe, ont /i,500 fr. ; les ingénieurs de 2* classe, 3,500 fr. ; les ingénieurs de â* classe, 2,500 fr. ; les sous-ingénieurs, 2,000 fr.; les élèves, 1,500 fr.; vous le voyez, les ingénieurs-hydrographes ne sont pas richement rétribués.

Examinons maintenant si les ingénieurs-hydrographes sont inactifs ; car s'ils n'avaient rien à faire, malgré le peu qu'ils coûtent, on devrait les supprimer. Eh bien, en peu d'années ils ont publié, non pas comme compilations, mais comme résultat de leurs propres travaux, quatre-vingt-dix-neuf grandes cartes, cent soixante-douze vues de côtes prises sur les dangers, quatre-vingt-onze fableaux d'observations des marées. Tous ces travaux sont exécutés avec une précision extrême et par des méthodes nouvelles. Je ne crois pas que , parmi les corps les plus privilégiés, aucun puisse présenter de meilleurs titres à la reconnaissance publique.

On a dit que les ingénieurs hydrographes n'auront plus rien à faire aussitôt que les cartes qu'ils exécutent en

«as NATIGATIOK.

ce ffloment, 1«8 cartes de nos côtes occidentales seront terminées; il peraltrak, en effet, que d'après ractivité qu'on y apporte, cet ouvrage sera fira dans deux ans. Mais M. te rapporteur de la commiasion sait aussi bien que moi que les travaux hydrographiques sont la toi]e de Pénélope, que c'est toujovors à recommencer. Sans doute les gisements des caps, des rochers, des éciidis, resteront toq jpors les inêroes ; mais n'y a4-il pas des bancs de sable continuellement changeants? Aii^ le cours de TAdour et son embouchure, le cours de la Gironde et son embouchure, Tembouchure de la Semé, nos côtes depuis Fécamp jusqu'à Dunkerque, auront besoin d'être sondées d'année en année. YeulUez considérer, Meseieors, que dans Tétnt présent des choses, l'administration est souyent amenée à entreprendre certains travaux hydrauliques sans avoir recueilli sur leur utilité des données suffisantes. Supposes, par exemple, qu'un iagéoieur-^hydrographe eât étudié Feffet des courants et des tempêtes autour du port de Cette et à l'emboudiiire de la Somme, croyez-vous que l'administraiicai des ponts et chaussées serait alors tocDbée dans les fautes que tout le monde lui reproche ? Assurément non. 11 seraH utile, très-utile de Caire toujours précéder les travaux exécutés dans nos ports, des recherches auxqudies la vieille expérience des Bigémeora» hydrografrines les rend émtnenunent prqpreB.

Ainsi, MessieiiiB, quand on a parlé du très-caurt mtervalle dans lequel serBÔt torminé le travail de la carte de France, on s'est fait illusion, .puisqQ& je yîeus de signaler la nécessté d'en reprendre certaines parties en sousœuvre, presque dmque année; n*est.il pas étrsoge, aa

surplos , qu'on ait oublié la Méditerranée? est-ce, par hasard, que sur œtte mer des- cartes hydrographiques seraient inutiles ?

Permettez, Messieurs, que j'ajoute que les ingénieurshydrographes ne sont pas seulement chargés du levé de nos côtes. Leur mission, aussi, est de pourvoir la marine de cartes générales, qui soient à la hauteur des connaissances. Les cartes , qui mieux que nos ingénieurs pourrait les rédiger? ne confiez jamais un pareil travail à ces dessinateurs qui r de leur propre autorité, s'intituïent géographes , car ils ne savent pas faire un choix éclairé entre les différentes observations qu'on leur fournît ; ceux-là seulement qui ont observé en mer peuvent ne pas s'égarer dans le dédale presque inextricable de chiffres au milieu duquel un géographe est obligé d'opérer. Quand nos ingénieurs seront déchargés, en partie du moins, des observations pénibles qu'ils font actuellement à la mer, pendant cinq ou six mois consécutifs ; quand

ils pourront travailler toute l'année au dépôt de la marine, ils publieront un plus grand nombre de cartes générales à Tusege des bâtiment!» de guerre et du com<^ merce. Aujourd'hui, ces publications sont très-arriérées et laissent beaucoup à désirer. Il faut les amener au niveau des omnaissanees actuelles.

J'ai parlé seulement, jusqu'ici, des travaux exécutés sur nos côtes et que tout le monde connaît. Traversons les mers, et partout nous rencontrerons encore des ingénieurs hydrographes se signalant par leur asèle et par leur habileté.

Quand l'amiral Roassîn exécutait ses belles cartes

hydrographiques du Brésil, son excellent travail sur la côte occidentale d'Afrique, il avait pour collaborateur un hydrographe, M. Givry, qui lui était du plus grand secours.

Ces jours derniers , il a été longuement question ici de la Martinique et de son sucre; eh bien, Tautorité aussi s'est occupée du commerce de cette !Ie, car elle en a fait dresser la carte hydrographique; ce travail plein de mérite est Tœuvre de deux ingénieurs hydrographes, MM. Meunier et Bourguignon-Duperré.

La Bonite y qui est récemment partie pour un trèsgrand voyage , compte dans son état-major un ingénieur hydrographe dont les travaux, j'en ai la conviction profonde , ne resteront pas en arrière de ceux de ses devanciers. Naguère , je le dis avec une vive satisfaction , la marine a fait faire avec une rare perfection la carte hydrographique de toute la côte de l'Algérie; le bâtiment consacré à cette grande opération était commandé par M. Bérard. Un ingénieur hydrographe, M. de Tessan, le même qui vient de s'embarquer avec le capitaine Dupetit- Thouars, le secondait. Au besoin, je trouverais encore les ingénieurs hydrographes avec M. Barrai , dans le Rio de la Plata ; avec M. Yanhello , travaillant à la grande carte des atterrages de nos côtes. Je pourrai enfin vous les montrer faisant face partout aux justes exigences de notre marine militaire et marchande.

Il doit donc m'étre permis de regretter que, contre la véritable pensée de la commission et de son organe, il se soit glissé dans le rapport une phrase qui, si elle n'était expliquée , porterait le découragement dans un corps qui

est digne de toute Testime du gouvernement, de la Chambre et du pays.

Messieurs, je viens de rendre, autant que cela dépendait * de moi , un hommage sincère aux travaux des ingénieurs hydrographes. Si cela était nécessaire, je pourrais fortifier tout ce que j'ai articulé, par Topinion des étrangers. 11 est bien rare, dans Tétat actuel du monde, qu*un pays puisse , en quoi que ce soit, dire sans hésiter qu'il est au preinier rang. Prétendez-vous à ce privilège en chimie, vos adversaires citeront un savant Suédois ; parlez-vous de mathématiques, on vous oppose des noms allemands, et ainsi de suite pour chaque branche des connaissances humaines.

Eh.bien, ce premier rang si envié, si contesté, vous pouvez vous Tattribuer hardiment en hydrographie; les étrangers eux-mêmes vous l'accordent.

J'ai reçu naguère du chef si distingué du bureau hydrographique de l'amirauté anglaise, de M. le capitainfe Beaufort une lettre dans laquelle il proclame hautement que les travaux hydrographiques exécutés, sous la direction de M. Beautemps-Beaupré, par le corps des ingénieurs hydrographes sont les plus parfaits qu'on connaisse ; M. Beaufort ajoute que tous les hydrographes du monde sont maintenant les élh)es^ je rapporte ses propres expressions, les élèves des hydrographes français.

Je me suis flatté. Messieurs, qu'en vous entretenant d'un corps distingué, composé de vingt individus, et qui ne figure d'ailleurs au budget que pour la somme si minime de 67,000 francs; d'un corps qui s'est déjà rendu si utile , et qui pourra encore l'être davantage si

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