V. — II. Al
6tô NAVIGATION.
on fiait Toccuper convenablement; j*aî pensé , qn^cn le défendant devant vous quand il ee croyait, quand il devait se croire menacé » la Chambre ne trouverait pas mes réclamations inopportunes. (Très-bien ! très-bien ! )
 la tète du corps des îngénîéufts hydrographes, figurent aujourd'hui quatre ou -cinq personnes qui ont conquis cette position élevée par une longue expérience, par des voyages de long cours , par des études profondes. Le reste du corps m compose d^ëlè^'es sortis de TÊcole polytechnique. Le passage du rapport contre lequel j*ai réclamé, auquel on a attribué, je me plais à le croire, un sens qu'il n'avait pas, «i produit un fâcheux effet dans une certaine classe d'élèves de la marine. J'appelle FatientioB de M. le mimsh*e de la marine sur ce fait qui me parait très-graye.
Vous avez décidé, Mesmeurs, que tous les ans quatre élèves de l'École polytechnique pourraient entrer dans la «narine. Ceux qui choisissent cette carrière sont souvent au premier rang dans les listes générales du mérite; leur zèle ne saurait être mis en doute; leur instruction est peut-être phis étendue , sous lé rapport scientifique , que la marine ne l'exige. Mais, en ce genre, ce qui abonde ne vicie pas; les services qu'ils rendent ne sont pas contestés, et cependant on les traite plus déforablement que s'ils étaient entrés dans l'artillerie ou dans le génie. Dans ces deux armes, après deux ans d'études à l'École d'application de Metz et l'examen de capacité qui les termine , un élève est de droit lieutenant en «econdi dans la marine, il faudrait, pour l'égalité d'avantages, qu'après deux ans de navigation et l'examen de capacité, l'élève
de première classe sortant de TÉcoIe polytechnique fût, de droit, enseigne de vaisseau. Cela se pratiquait ainsi jadis ; maintenant on a changé.
M. Le Rat. Je prie Thonorable orateur de me permettre une obserration. Les élèves sortant de l'École poîytechnf qne au moment où ils sont élèves de première chuMe sont faite UeoteDaats; ils ne
sont pas plus maltraités que les élèves sortant de TÊcole d'application de Metz.
M. Arago. JusquMci, je le répète, les élèves de rÉcole polytechnique, après deux ans de navigation et un examen de capacité, recevaient immédiatement le titre d'enseigne de vaisseau ; dans la dernière promotion on les a traités plus défavorablement.
M. LE Ministre de la marine, n y a eu trop^plein.
M. Arago. Je Taccorde ; mais les rangs ont été intervertis; des élèves de l'École polytechnique sont resté» élèves, tandis que des candidats plus jeunes qu'eux ont été élevés au grade d'enseigne,
M. LE Ministre de la marine. U n'y a pafi eu la moindre iiijuslîce, je puis le certifier ; tous ont été placés à leur rang. Il n'y a pas eu d^injustlce, je le répète.
M. Arago. Je suis bien aise d'entendre cette déclaration de M. le ministre. 11 en résulte que si Tinjustice que je signale est réelle, comme j*aî tout Heu de le croire, elle a été le résultat d'une erreur et qu'elle sera réparée.
M. le Ministre de la marine. U y a un trop grand nombre d^élèves pour remplacer les vacances dans le cadre des officiers. Cela provient de ce que pendant quelque temps on a pris à l'École navale au del& du nombre nécessaire. Maintenant on n'admet plus que ce qu'on doit supposer nécessaire à remplacer les extinctions. Depuis quatre ans on n'a admis que quarante-cinq à cinquante jeunes gens à rÉcole navale de Brest, et c'est à peu près ce qui oîitre dans le corps des officiers. Et lorsque ce que J'appellerai le
trop-plein sera sorti , je pais assurer que les élèves arriveront au bout de trois ans au grade d'enseigne de vaisseau.
M. ÂaAGO. Je me répète : en voyant pour la première fois que , après deux ans de navigation et un examen de capacité , ils n'étaient plus admis de droit au grade d'enseigne de vaisseau, les élèves de la marine, anciens élèves de r École polytechnique, s'étaient abandonnés à un découragement qui disparaîtra , j'espère , après les explications et les promesses de M. le ministre.
SUR L*ARTIPATHIB CONTRE LA SCIENCE D^CNB PARTIE DE L'ADMimSTRATION DE LA MARINE '
Il y a dans Tadministration de la marine (remarquez, Messieurs, que je ne dis pas chez les ministres), une antipathie contre la partie savante du service nautique qui est vraiment inexplicable.
Je pourrais ajouter que cette antipathie est une ingratitude. Que seriez-vous donc sans ce que les sciences ont produit? La forme de vos instruments, c'est la science qui vous l'a donnée ; les admirables bâtiments avec lesquels on peut faire à bord d'un navire , au plus fort' de la tempête, des observations presque aussi exactes que si Ton était à terre sur un sol immobile, à qui les devez-vous? Si vous garantissez vos bâtiments des ravages du tonnerre; si, aujourd'hui, vous conservez l'eau pure dans les voyages de long cours ; si vous emportez des aliments
i. Discours prononcé dans la séance de la Chambre des députés du 5 Juin 1837.
sains, délicats , pour vos tables, et, ce gui est plus important , pour vos malades , à qui en ête&-vous redevables? Et les bateaux à vapeur, cette merveilleuse invention , destinée à changer toutes les relations maritimes , et qui nous rendra si puissants si nous savons en tirer parti, à qui le devez-vous? Il faut bien vous résigner à l'entendre, vous les devez exclusivement aux hommes de science.
J'ai dit, Messieurs, que l'administration de la marine montrait une antipathie incroyable contre les services scientifiques de l'art naval. L'accusation est grave, je pense devoir la justifier par quelques faits.
J'ai entendu de mes oreilles M. le ministre de la marine (ce n'est ni l'amiral Rosamel ni son honorable prédécesseur) dire, dans une occasion solennelle : « La marine est empestée de science ! » et cela , quoiqu'il fût lui-même une preuve éclatante du contraire. ( On rit. )
La Chambre s'est occupée avec une sollicitude dont la France et l'Europe entière lui ont rendu grftce, du sort du malheureux Blosseville. Ce n'est pas dans les mers polaires que cet excellent officier avait débuté. Fort jeune, il avait fait un voyage autour du monde; plus tard, il s'était embarqué pour l'Inde sur la corvette le Loiret. Dans le cours de ce dernier voyage , après avoir satisfait chaque jour avec une exactitude scrupuleuse à tous les devoirs de sa position, au lieu de rester inactif, au lieu de fumer sa pipe , au lieu de jouer aux échecs ou aux dames , il se livrait avec ardeur à des recherches nautiques ou météorologiques, à des recherches de physique générale et même d'histoire naturelle. Les médecins ou
pharmaciens du bord, des timoniers, de simples matelots» s'associèrent à ce travail. Le candide jeune bomme revint en France, tout glorieux de la riche moisson qu'il avait faite. A la marine on n'en fit aucun cas : on ne l'invita même pas à la déposer aux. archives. Loia de là » on porta la franchise jusqu'à lui dire ; « Vous êtes perdu si vous continues vos observations; voulez-vous avancer, faites oublier votre voyage du Loiret. »
Blofisevilid me confia les registres de son voyage de l'Inde» lorsqu'il partit pour la déplorable expédition du Nord,, mais à la condition expresse (de laquelle sou avancement semblait dépendre) que je ne les ferais coa- QalUre (pie dans le cas où il lui arriverait malheur. Si je peux les publier, le monde savant appréciera tout ce qu'il y avsât d'avenir dans cet excellent officier.
Blossevilie suivit le conseil qu'on lui avait donné; il alla à Toulon ,. et cette fois il ne fit pas la plus légère observation scientifique. Cela commença à le réhabiliter. ( Mouvement. )
Plus, tard , Blosseville partit pour la Grèce ; là , le désir de se rendre utile l'emporta sur la prudence. 11 descendit dans quelques îles sur plusieurs points de l'Asie Mineure, et y détermina, en cachette, les divers éléments du magnétisme terrestre. Les documents obtenus ne furent point coiixmuniqués à la marine ; j'en suis le dépositaire.
Je regrette d'être amené à divulguer de si tristes choses; mais il faut bien les faire connaître pour que l'opinion publique puisse les frapper de sa réprobation» N'est-il pas étrange, en vérité , que certaines personne soient arrivées à croire qu'on n'est plus en état de jouer
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un rôle convendbie dans les batailles dès qa^on s'est occupé de science? Eh! Messieurs, les anciens travaux hydrographiques de M«. Tamiral Rous^n Tempéchèrentils donc de forcer rentrée dti TageT ( Très-bien 1 trèsbien I )
Si on le dé«re, j'envisagerai la question par une autre face. Demandez à la marine de citer les expéditions dans lesquelles Tintervention des savants a été nuisible. Qui saurait, en ce moment, quMI existe un bâtiment de TÉtat qui, sous le nom de Bonite^ fait un voyage de circumnavigation, si r Académie des sciences ne lui avait donné des instaructions, a elle ne lui avait tracé un cadre de recherches?
N'est-il pas d'ailleurs arrivé souvent que l'administration de la marine a organisé ses expéditions d'après ses propres idées, sans aucmie intervention des corps académiques? A-t-on fait alors des merveilles? Tout le con^ traire ; ces expéditions n^ont produit que de très-minces , de très-in^gni(iant& séscritafe.
Voyez y par exemple, le voyage de la Fanante parle capitaine Laplace , ce voyage est certainement très-amu-^ sant , très-curieux ; mais quant aux renseignements nautiques, on n'y trouve presque rien. J'ai parcouru avec le plus grand soin les quatre volumes dont il se compose, et je n'y ai pas aperçu une seule observation sur la température de la mer ; et cependant la température de la mer n'est pas seulement une donnée scientifique, elle intéresse au plus haut degré la navigation* C'est par des observations de la température de la mer que l'on résoudra t^t ou tard le problème, jusqu'ici inertricaUe, des courants; c'eiri;
par là qu*OD arrivera à savoir d'où ils partent et oii ils vont.
De tous les instruments nautiques, celui qui rend les plus grands services est certainement la boussole; mais la boussole n'est guère employée aujourd'hui que pour s'orienter : un jour on la verra employée dans un autre but II suflSra d'un mot pour qu'on puisse comprendre mon idée. Une aiguille aimantée suspendue par son centre de gravité s'incline à Thorizon ; cette inclinaison change avec les lieux. Les variations de l'inclinaison pourront donc servir à découvrir de combien un navire aura marché, et cela par un temps couvert, sans que les astres aient besoin d'être visibles. L'inclinaison jouera tôt ou tard un rôle important dans la navigation. Eh bien , parcourez le voyage de la Favorite , et vous n'y trouverez pas une seule observation de cette espèce. Cela n'a certainement pas tenu à un manque de capacité des officiers ; cela vient de ce que l'expédition a été préparée à buis clos dans les bureaux de l'administration de la marine ; cela vient de ce qu'elle est partie sans recevoir de l'Académie des sciences des instructions qui eussent certainement ajouté à sa renommée.
J'entends d'ici ceux qui ne peuvent nier l'exactitude de mes critiques , s'écrier que je fais de l'histoire ancienne : cela était, dira-t*on, mais cela n'est plus!
Ma réponse est toute prête : cela est aujourd'hui autant et peut-être plus que jamais. Ne vientK)n pas d'envoyer deux grands bâtiments parcourir le monde? Eh bien, leur départ a été tenu secret; il ne fallait pas éveiller Tattention des savants. Le commandant d'une des deux
frégates n'a pas soufflé mot; aussi est-il parti sans emmener d'ingénieurs hydrographes : l'avenir montrera les conséquences de cette négligence. L'autre est venu me consulter ; il demandait un programme. Je parlai aussitôt de l'Académie des sciences : c Ah ! gardez-vous bien de la consulter» repartit-il, vous me feriez peut--étre enlever mon commandement. >
Uantipathie dont je vous ai déjà si longuement entretenus se fait jour à l'occasion de tous les genres de travaux. En voici un nouvel exemple.
Vous savez qu'il arrive rarement qu'on puisse alimenter les chaudières à vapeur avec de l'eau pure ; l'eau alimentaire est ordinairement séléniteuse , elle renferme dû sulfate et du carbonate de chaux. L'eau pure s'évapore seule; les sels se précipitent, s'attachent à la chaudière, et forment intérieurement une enveloppe pierreuse, épaisse ^. Ce que je viens de dire est plus vrai encore quand on se sert de l'eau de mer. En très-peu de temps c'est dans une chaudière de pierre que se fait l'évapora* tion, et cela avec une énorme perte de calorique; à chaque relâche , il faut y introduire un ouvrier qui , à grands coups de marteau, détache la croûte pierreuse. C'est une opération chère, pénible, et qui détruit bientôt la chaudière.
Je viens de parler de la déperdition du calorique ; il y a un inconvénient plus grave encore. Quand la chaudière est revêtue d'une envelof^ pierreuse , elle rougit extérieurement; dans cet état, supposons qu'il se fasse une
1. Voir sur cette question la Notice sur les explosions des machines à vapeur, p. 173 de ce volume.
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fissure dans la couche pôerreuse , Teau froide alimentaire» ta tombant sur le métat incandescent, produit subitement des torrents de vapeur à Técoulement desquels la soupape de sûreté ne saurait suffire : de là des explosions , et tous les malheurs qui en sont la conséquence inévitaUe. Empêcher qu*il se forme une croûte solide dans une chaudière , ce serait donc un service immense rendu à rindustrie et surtout à la navigation à vapeur. Ce problème vient d*étre résolu. Dans Fintérét de Finventeur , la solution a un seul défaut : elle est trop simple. Le brevet qu'il a pris n*empéchera personne de se servir de sa Hiétiiode*^
M. LB Ministre de la variiie. 3^ ferai obserrerà M. Arago que i'û acbelé ce htweU
IML Arago. Je le sais, Monsieur le ministre» mais la tnmsaction ne m'a pas paru satisfaisante.
Poinr empêcher une croûte pterreuse de couvrir intérieurement une chaudière de machine à vapeur, il suffira déacNrmais de mêler à Teau de Targile en poussière, de Targile très-divisée. C'est en cela que consiste la découverte de M, Chaix - de - Maurice. Que lui proposait la marme? Elle consentait à acheter Targile au prix de fabrique; en d'autres termes , elle aurait donné 25 centimes pour chaque voyage de bateau à vapeur de Toulon à Alger. Je le demande, n'était-ce pas dérisoire? Heureusement quelques personnes très-haut placées , et si je ne me trompe, le duc d'Oriéans lui-même, ont porté intérêt à l'inventeur. La marine s'est amendée , elle a offert 20,000 francs une fois donnés. Je trouve, moi, que ce n'est pas assez.
NAYfGATION. Ml
&L UK UIRISIRS BB liA ttAlIIIE. U a «BC^lté.
M* A&A60. M. Chaix a accepté , parce que , à côté de la première proposition, celle-ci était très^avorable. Mais 20,000 francs une fois donnés pour une découverte qui influera sur toute notre industrie, je le répète, ce n'est pas suffisant. Je devine voti'e réponse , Monsieur le ministre; voua direz que vous n'aviez pas de fonds pour cet objet; mais n'aviez-vous la ressource <f une demande directe à la Chambre? Pour moi, j'ai la conviction qu'elle ne vous eût pas refusé les moyens de récompenser dignement une aussi utile découverte*
OBSERVATION D£S UAR^SS
[ M. Arago, dans les séances de la Chambre des députés des 5 et 9 juin 1837, s'est occupé de la manière dont étaient &ite5i les observations des marées ; les paroles qu'il a prononcées sur ce sujet sont réunies ici. ]
1** Séance du 5 juin*
M. le rapporteur du budget déclare que les observatiens des marées, dont, au reste, il reconnait la nécessité, coûtent trop : quelques cadrans solaires, dit-il; et quel^ ques mâts divisés ne sont pas si dispendieux. Il est vrai , Messieurs, qu'à une certaine époque les mâts divisés et les cadrans solaires suffisaient à Tobservation des marées. Il n'en est pas ainsi aujourd'hui : la science est devenue plus ei^igeante ; il lui faut d^ fractions de minutes que les cadrans solaires ne peuvent pas déterminer ; il faut des montre/^ dont la marche soit assez régulière pour don-
lier I*beure de Tobservation avec exactitude, quand le soleil ne se montre pas, et vous savez combien cela arrive souvent dans plusieurs de nos ports , et surtout à Brest.
J'arrive à faire des remarques analogues relativement aux roAts divisés. Sans doute, si la surface de Teau était constamment tranquille, sa hauteur pourrait, à chaque instant , être facilement déterminée ; mais la mer est souvent très-agitée, on est alors obligé de procéder par voie de moyennes, ce qui n*est ni commode ni exact ; et le ministère de la marine a Tintention de faire faire à Tavenir les observations dont il s'agit avec des machines ingénieuses d'une invention récente, et qui d'elles-mêmes enregistreront les hauteurs successives du niveau de l'eau.
Je termine par une autre considération bien propre à faire voir combien l'emploi de ces nouvelles machines est désirable. Là où des observations de marées ont été instituées, les observations de jour sont faites assidûment; celles de nuit, au contraire, manquent ; cependant la science en aurait le plus grand besoin. Eh bien , il ne faut pas mettre aux prises , la nuit et par un très-mauvais temps , la paresse et le devoir, car la paresse l'emporterait, et l'on aurait des observations supposées, fabriquées; la machine coupera court à cette grave difficulté.
2* Séance du 9 juin.
Je présenterai à la Chambre quelques observations succinctes sur les travaux scientifiques importants qui pourraient être exécutés par divers employés de la
marine. Le corps enseignant nnaritime renferme cinq professeurs d'hydrographie de première classe » cinq de deuxième, six de troisième, vingt- huit de quatrième. Ces professeurs , je crois , ne sont pas aussi activement occupés qu'on pourrait l'imaginer; je viens donc proposer à M. le ministre de la marine de vouloir bien les charger d'un travail qui leur ferait honneur et pourrait être d'une grande utilité , je veux parler de l'observation des marées. On ne fait aujourd'hui ces observations d'une manière régulière qu'à Brest. Il serait très-utile qu'on les suivit dans un plus grand nombre de ports; vous procureriez ainsi aux navigateurs des données importantes sur l'heure de V établissement ^ et vous fourniriez au géomètre et au physicien des éléments d'un grand intérêt et féconds en curieux résultats. Il est d'ailleurs une circonstance du moment qui me fait vivement désirer que M. le ministre de la marine prenne en grande considération l'observation que j'ai l'honneur de lui faire : nos voisins, les Anglais, s'occupent maintenant de ces observations des marées avec un soin , une suite , une exactitude , dignes des plus grands éloges. J'ai dans la main deux lettres, l'une de M. Whewhel, de Cambridge, l'autre de M. Lubbock, de Londres, par lesquelles j'apprends que l'amirauté a ordonné que des observations fussent faites dans cinq cents points des îles britanniques. Ces observations, comparées avec celles des côtes de France^ conduiraient à des résultats également utiles à la marine et aux sciences spéculatives.
M. LE MINISTRE DE LA MARINE. Je ferai observer à BL Arago que les Français contribuent à ce travail
M. Arago. Je connais la nature de la demande qui vous a été adressée récemment. Il n'*était question que d* observations simultanées faites à certains jours choisis; tandis qne je réclame des observations continues, permanentes.
M. LE MUinnii DE LA WARiifE. On les fait sur un très -grand nombre de points. Je réponds à l^omteur q«e je m^oecnpenu de
donner suite & son idée. Je ne lui garantis pas de quelle manière je le ferai.
ItIDAGE DES MATS
[Le 2/i mal 1836, W. Arago a signalé les avantages du système de ridage des mâts à crémaillère, imaginé par M. I^inchaut, dans le discours suivant : ]
Les mftts des navires sont maintenus dans la position ^'erticale sur les bâtiments à Taîde de cordages dont le point d'attache est sur le bord. On se sert, pour les mettre dans cette position , d'une machine qui est encore dans fenfance de Tart, et qu'on appelle cap demoufon.
Un artiste français a imaginé un procédé à l'aide duquel on peut tendre les cordages, quand les effets hygrométriques ou le vent les ont détendus, plus commodément que par l'ancienne méthode. Avec un beaucoup moins grand nombi-e de matelots , et dans des circonstances beaucoup plus difficiles, on arrive à rider le mat. M. le ministre de la marine a donné toute son attention à ce procédé , il l'a fait examiner avec soin , et tous les rapports ont été favorables. Par suite, M. le ministre de la marine a conclu un marché avec l'inventeur, M. Painchaut; mais on est convenu qu'on commanderait
ce nouveau moyen de ridage, beaucoup supérieur à Tancien ^ de manière que le maximum de la dépense de chaque année fût de 60,000 fr.
Je demanderai à M. le ministre de vouloir bien nous dire pourquoi, malgré Topinîon favorable qu'il a de ce procédé, on commande cependant d'anciennes mécaniques ; pourquoi dans les bâtiments neufs , on ne se sert pas exclusivement du système de ridage qu'a imaginé M. Paincbaut
Ce procédé a surtout une propriété dont la Chambre comprendra l'importance au premier mot.
Dans le système ancien , on était obligé d'éloigner les canons des caps de mouton , parce que le feu pouvait y prendre. Le mécanisme nouveau étant en métal , on n'a plus à craindre ce danger. Il est beaucoup plus commode, d'une manœuvre plus facile, et de plus, si vous comptez, non pas les frais de premier établissement, mais si vous comparez ce que coûte le ridage par l'ancienne méthode, avec ce qu'il coûte par la méthode nouvelle, vous trouverez une économie énorme.
Ainsi , je constate dans les résultats qui nous ont été soumis , qu'au bout de vingt ans la dépense de ridage pour une frégate de troisième rang est de 98,000 fr., par Tancienne méthode; tandis que par la nouvelle méthode, cette dépense n'est évaluée qu'à 25,000 fr. Vous voyez que sur une frégate, il y a une économie de 72,000 fr. dans un espace de vingt ans. Je le répète , M. le ministre a donné toute son attention à ce perfectionnement; mais il est extraordinaire que, malgré tous les avantages qu'il a reconnus au système du ridage à
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crémaillère , on exécute encore dans nos ports des bâtiments neufs auxquels on applique l'ancienne miéthode , qui véritablement appartient à Tenfance de Fart
Voici ce que disait du système de ridage de H. Painchaut, M* le ministre de la marine lui-même : cSi à ce^ avantages (ceux d'une manœuvre plus facile) se joint celui de Téconomie , il ne faudrait pas balancer à l'étendre immédiatement à tous les vaisseaux. • Puisque la question d'économie est aujourd'hui résolue , pourquoi persiste-t-on à employer l'ancien système? Je ne m'oppose pas à ce qu'on fasse des essais pour chercher à perfectiomier le système de M. Painchaut, mais je ne comprends pas que quand on a à choisir entre un système reconnu mauvais et un autre reconnu meilleur, on ne choisisse pas le dernier en attendant d'autres améliorations. Il est de mauvaise administration de continuer à fabriquer des caps de mouton dont l'infériorité par rapport aux crémaillères est manifeste.