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VIE DE FAMILLE

DES BLANCS

Les rapports de famille aux États-Unis sont généralement ceux de l'Angleterre, à l'exception de la Nouvelle-Orléans, qui a conservé les mœurs françaises; l'on peut

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cependant, ainsi que l’a fait M. Michel Chevalier (1), diviser la population de ce pays en deux grands types: le Yankee, qui habite les états du Nord, et le Virginien, qui s'étend sur tout le Sud. Le premier est laborieux, actif, entreprenant, mais froid, taciturne et religieux; c’est le descendant des anciens Puritains, toujours persécutés par le gouvernement de la mère patrie. Le second est vif, spirituel, mais peu entreprenant : autant le premier est moral et religieux, autant celui-ci est comparativement relâché dans ses mœurs ; tout est démocratie chez l’autre, tout chez celui-ci est aristocratique ; l’on voit, en un mot, qu'il est le descendant des enfants gâtés de la couronne d'Angleterre. Aussi l'homme du Sud est-il presque toujours de la religion épiscopale, tandis que celui du Nord est presque immanquablement presbytérien.

Sous le rapport du développement précoce des facultés, l'enfant américain est certainement très-supérieur au nôtre: rien n’est plus commun que de voir un garçon de douze ans employé dans une maison de commerce et allant toucher dans les banques des sommes très-considérables. Les études classiques souffrent nécessairement de cet état de choses, mais leur éducation commerciale y gagne dans une proportion au moins égale. L'homme ici est entièrement adonné aux affaires. Quant à la femme, elle jouit, jusqu’à l'époque de son mariage, d’une liberté presque illimitée ; mais, aussitôt mariée, elle devient une véritable esclave des préjugés ; en un mot, c’est la société française renversée.

Je n’entrerai pas dans des détails sur le gouvernement des États-Unis; l'on sait qu’il est républicain et purement démocratique; le principe de l'égalité est sa base fondamentale. Tout le monde est bien nourri, bien vêtu, et aucnn pays n'offre, certes, à un degré égal , le spectacle de la prospérité des masses. Je ne rechercherai pas si cet état de choses doit probablement durer, et si la grande différence d'intérêts entre le Sud et le Nord n'amènera pas des changements plus ou moins graves et plus ou moins prochains; je me contente, pour le moment, de consigner ici ce fait qui me semble hors de discussion. Quant à la répartition des occupations, l’homme fait ici tout et la femme ne fait rien ; mais auss. elle ne prend

(4) L'ouvrage de ce spirituel membre du conseil d'État est certainement le meilleur qui ait encore paru sur les États-Unis. L'éditeur y a joint une carte de cette contrée, principalement destinée à indiquer les canaux, chemins de fer, etc., et sous co rapport elle est exacte ; mais, sous celui de la géographie, elle contient les erreurs les plus singulières : ainsi, l’fle de Makinau fait partie du continent, la grande Manitouline occupe toute la place du groupe de ce nom , le Michigan a une forme élancée qui ne lui convient nullement. L'Alatamaha serait une simple continuation de l'Ocmulgée, car l'on a oublié d'y indiquer l'Oconée, etc., etc.

aucune part au règlement des affaires, et ne connaît ordinairement rien à la position de son mari. Plusieurs fois j'ai demandé à des femmes de marchands de New-York l'adresse de la boutique de leurs maris, qui est toujours séparée de leur habitation, sans qu’elles aient pu me répondre; quelques unes semblaient même élonnées de ma question : je suis persuadé qu’il en est qui ne savent même pas dans quel genre d’affaires celui-ci est engagé.

Sous le rapport du mariage, la jeune fille américaine est toujours libre de son choix, et le plus souvent l'amour seul décide des unions, qui, je dois le dire, sont plus généralement heureuses que chez nous.

Quant au mouvement de la population, tout le monde sait l'immense augmentation qu’elle a éprouvée dans l’Union américaine depuis une vingtaine d'années, et qui est due encore plus à la fécondité des femmes qu’à l'émigration, bien qu’elle soit très-considérable : ce fait ne se peut-il pas expliquer par le paragraphe précédent?

Dans les grandes villes , et surtout à New-York, une portion très-considérable de la population vit dans les boarding-houses. La plupart de ces maisons sont tenues par des veuves peu riches , qui, en prenant des pensionnaires , peuvent continuer les habitudes d'aisance qu’elles avaient antérieurement contractées. La plupart des jeunes ménages y passent les premières années qui suivent leur union. Chacun a son petit appartement, et l’on se réunit trois fois par jour pour les repas; de plus, la soirée se passe très-souvent en commun.

Il existe encore parmi les descendants des Hollandais dans le nord de l’état de New-York, un usage tellement contraire à nos mœurs, que la plupart de mes lecteurs, je n’en doute pas, refuseront de me croire , quoique le fait soit positif : Lorsqu'un homme fait la cour à une jeune fille, il est d'usage que, pendant quelques mois, ils couchent ensemble dans le même lit; tous deux gardent, il est vrai, une partie de leurs vêtements. Il n’y a pas, dit-on, d'exemple qu'il soit rien résulté de fâcheux de ce singulier état de choses, et si, comme-cela est très-fréquent, après plusieurs mois de cette manière de vivre, les rapports sont rompus et que le mariage n'ait pas lieu, il ne s'attache à la jeune personne aucune impression défavorable. J'ai souvent, mais toujours en vain, cherché à découvrir l'origine de cette coutume, à moins que l'on ne veuille s’assurer ainsi si les futurs époux pourront ronfler à l'unisson.

La mortalité est, pour New-York, d’un sur quarante-six, pour Boston, d’un sur quarante-sept, et pour Charleston, d’un sur quarante-huit. La proportion des

enfants qui meurent au-dessous de douze ans est beaucoup plus considérable qu'en Europe.

. L'on objectera peut-être à ce que je dis de la moralité des Américains, le nombre des femmes de mauvaise vie qui, à New-York, à la Nouvelle-Orléans et dans quelques autres grandes villes maritimes, viennent à chaque instant attrister les regards ; mais d’abord cet état de choses n'existe que dans les villes peuplées d'étrangers , et ensuite il me semble, au contraire, soutenir mon opinion: car tandis qu’en Europe une femme peut le plus souvent se livrer à une inconduite notoire et conserver sa position sociale, aux États-Unis, au contraire, le moindre dérèglement la fera rejeter de toute société respectable ; je comprends parfaitement le danger qui peut résulter de cette sévérité de principes, mais elle n’en prouve pas moins la pureté générale des mœurs.

DES NOIRS

La naissance de l'enfant de l’esclave ne produit guère de contentement qu'au maître, pour qui c'est un gain de deux cents dollars (mille francs). Les jeunes nègres vont généralement ou nus ou revètus d’une chemise en lambeaux ; ils passent leur journée à jouer, à se battre, à se vautrer dans la boue et à dormir au soleil. A l'âge de dix à onze ans, on les emploie à cueillir le coton , et alors on les réunit suivant leur âge, au nombre de deux, de trois ou de quatre, pour former ce qu’on appelle une main , c'est-à-dire pour leur imposer le travail d’un homme fait.

Sous le rapport moral, le nègre esclave n’est guère plus avancé que l'animal; et, parvenu à l’âge de la puberté, il assouvit ses passions d'une manière aussi brutale ; quelquefois, mais rarement, un simulacre de mariage religieux a lieu, mais dans ce cas on peut plutôt le considérer comme une profanation que comme un acte moral, puisque la vente vient souvent, en les séparant, les obliger à contracter d'autresliens, et qu'en cas de stérilité il est assez dans l'usage des planteurs de rompre ces unions de leur propre autorité, et de leur imposer à chacun un nouveau conjoint, qu'ils acceptent sous peine du fouet.

Dansla plupart des états du Sud, la lot défend, sous des peines sévères, d'enseigner à lire ou à écrire aux esclaves ; la seule éducation qu'ils reçoivent est donc entièrement agricole, et se borne seulement à leur apprendre à cultiver le maïs, le tabac. la canne à sucre ou le coton.

Je dois cependant dire en faveur des planteurs, que beaucoup d’entre eux ne veulent

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vendre leurs esclaves que par famille. Ces liens semblent du reste assez faibles dans la race noire, et j'ai vu plusieurs fois des nègres demander à être vendus séparément de leurs femmes. L’affection maternelle , ce principe le plus fort et le plus durable de tous, est lui-même comparativement faible chez eux, et chacun sait avec quelle facilité les mères vendent leurs enfants sur la côte d'Afrique. Je vis dernièrement des nègres qui avaient été amenés en fraude de cette région ; l’un d’entre eux était mourant et se tordait dans les dernières convulsions de l'agonie; autour de lui se pressaient ses camarades, parmi lesquels était un de ses frères ; tous riaient aux éclats et semblaient se divertir prodigieusement des mouvements convulsifs du pauvre mourant.

Sur les plantations, les esclaves sont couverts de guenilles, mais le dimancheils se revêtent de leurs plus beaux habits, et vont se faire des visites d’une plantation à l'autre. Les femmes sont, comme les hommes, employées aux travaux les plus durs des champs, et également soumises à des châtiments corporels presque aussi sévères que les leurs, si elles ne remplissent pas leur tâche.

Les nègres atteignent souvent un âge très-avancé; mais comme ils ne savent jamais combien d’années ils ont vécu, on ne peut avoir à cet égard que des données approximatives ; ils sont soumis à la plupart des mèmes maladies que les blancs, et si on les mène des états tempérés, tels que la Virginie et le Kentucky, dans l'extrême Sud (Géorgie, Floride, Alabama, Louisiane), ils sont quelquefois a‘ieints de fièvres pendant les deux ou trois premières années, mais il est cependant rare qu’ils en meurent.

La nourriture des esclaves consiste généralement en patattes, en choux et en une petite quantité de viande de porc, généralement salée; sur les rizières, cette dernière leur est retranchée comme malsaine. Dans l'extrême Sud, ils s’engraissent de mélasse.

Quant aux nègres libres, ils cherchent en tout à singer les blancs, et rien n'est plus grotesque que de les voir le dimanche se rendre à l’église, les hommes en habits noirs et en cravates blanches, et les femmes en robes de soie et en chapeaux roses ou blancs.

Semblable à l'enfant de la race noire, le jeune Indien est, pendant ses premières années, entièrement libre; mais cet état si éphémère pour le premier, et qui doit être suivi d’un dur et éternel esclavage, est pour celui-ci le prémice d’une vie d’indépen-

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dance. Les premiers mois seuls de son existence font une exception à cette règle, car à peine venu au monde on l'attache sur une sorte de planche que la mère porte suspendue à ses épaules ; dans cet état, entouré de bandelettes ornées de diverses couleurs et couvertes de verroteries, il ressemble à une petite momie égyptienne. Partout la mère le porte sur ses épaules, et, rentrée au village, elle le suspend par une courroie à une branche d'arbre, où il est doucement balancé par le vent, mais en gardant jour et nuit la position perpendiculaire.

La principale occupation des enfants est de s'exercer à tirer de l’are ; plus tard, ils suivent leur père à la chasse.

Chez la plupart des nations, le jeune Indien ne peut espérer obtenir le cœur et la main d'une fille, que lorsqu'il a accompli quelque fait qui le fasse considérer comme un guerrier. Le plus glorieux de tous est d'enlever la chevelure d’un ennemi vaineu ; vient ensuite le vol d'un cheval.

Dans beaucoup de tribus, et particulièrement chez les Mandans, l'admission d'un jeune homme au rang de guerrier est précédée d'épreuves douloureuses, destinées à démontrer jusqu'à quel point il saura surmonter la douleur physique : c'est ainsi que les jeunes récipiendaires sont d’abord renfermés pendant trois jours et autant de nuits dans une cabane hermétiquement close, et où ils ne reçoivent aucune espèce de nourriture ; ensuite vient le jour du jugement : alors, tous les chefs étant assemblés, on amène les jeunes gens déjà exténués par leur long jeûne, et on les soumet aux épreuves les plus cruelles; leur corps est déchiré à coups de verges, des crochets sont passés à travers la peau de leur poitrine et de leurs épaules, et dans cet état ils sont enlevés de terre et suspendus au moyen de cordes pendant plusieurs heures de suite ; des incisions de toutes formes sont pratiquées sur leur corps, puis remplies de poudre que l’on allume. S'ils poussent un seul cri, ils sont considérés comme des femmes et en portent pour toujours le costume.

Les Indiens peuvent prendre autant de femmes qu'ils sont capables d’en nourrir ; elles vivent toutes ensemble en bonne harmonie, etsans que l'on entende habituellement de querelles ni qu'elles témoignent de jalousie. Cependant beaucoup d'hommes, et surtout les jeunes, n'en ont qu’une à laquelle ils paraissent sincèrement attachés, bien que l'usage l’oblige non-seulement à s'acquitter seule de tous les soins du ménage, mais encore de construire le wig-wam , de le démonter, de pagayer le canot, elc., pendant que leur seigneurest à côté, fumant tranquillement en la regardant.

L’attachement des femmes pour leurs enfants est des plus tendres : souvent, pour essayer son étendue, j'ai offert à des mères d'acheter leurs enfants, en cherchant à

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