‹ Vues sur le systeme genral des operations industrielles ou plan de technonomie;Chapitre 11 sur 17 · TITRE II · texte numérisé non relu

TITRE II

Examen économique des divers modes de^

production manufacturière. ^ ' ‘

Nous venons d’indiquer dans le titre précé-n dent les remarques que ‘la science nous panuti

• ^ avoir à faire sur le travail industriel , de quelque

nature qu’il soit , et considéré en quelque sorte d’une manière abstraite dans ses rapports généraux avec la demande. Dans celui-ci, nous essayerons d’établir comment elle en fait l’examen sous les divers modes qu’il présente dans les arts, et s’il faut le rappeler encore , sous le seul point de vue de l’intérêt privé.

La division technique des modes généraux de la production établie au commencement de cet ouvrage, porte "sur une distinction capitale à faire dans l’ensemble des travaux de l’industrie, et qui se rattache, sur- tout par des rapports moraux, aux questions les plus profondes de l’économie politique; distinction qui sépare les travaux pour lesquels l’attention et l’adresse de l’homme sont indispensables, de ceux dans lesquels les agens de la nature peuvent la remplacer avec plus ou moins d’avantages.

Cette division , qu’adopte aussi l’économie manufacturière, s’applique de tous points à la nature de ses recherches.

Elle doit faire entrer cependant dans ses considérations une foule de travaux que la première partie de la techuonomie n’a pu comprendre dans ses principes généraux, qui, comme nous l’avons vu , n’ont de prise que sur l’emploi de la

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force, quels que soient et l’agent qui la donne, et les modifications qu’elle présente.

Il y a eu effet, sous le rapport économique^ une telle corrélation entre les métiers et les manufiictures ou fabriques proprement dites, qu’on peut, dans une seule vue, confondre ceux mêmes qui, sous le rapport technique , semblent essentiellement séparés.

C’est pourquoi une des premières règles de l’économie manufacturière prescrit pour tous la division du travail, ou plutôt la subdivision des procédés d’un même art dans plusieurs mains; car il ne s’agit plus ici de cette division de travaux qui s’est opérée à la naissance de l’industrie, et dont nous avons signalé le cafondamental dans le titre précédent, avec l’auteur des Recherches sur la richesse des nattions : celle-ci a donné à la société un aspect nouveau en y jetant un nouvel élément, une nouvelle sorte de propriété; celle-là n’a d’autre ' effet que de rendre encore plus prompt, plus facile et moins coûteux, le travail déjà soumis à cette grande division primordiale.

Mais jusqu’où peut-on porter avantageusement cette subdivision? N’y a-t-il pas, dans la nature même des choses, des limites quon ne peut franchir sans dommage ? Comme nous

n’avons dans cet ouvrage que des idées générales, et parfois des desiderata à produire, il ne nous est pas permis d’entrer sur ces deux questions fort importantes dans une discussion qui n’appartient qu’au développement complet de l’économie manufacturière. Nous nous bornerons donc à répondre que, pour tous les arts, la subdivision doit s’arrêter au moment de partager une opération qui peut s’exécuter entièrement ou par le même mouvement , ou par, Iç même outil ou instrument.

Une subdivision raisonnée et la plus étendue possible est spécialement prescrite pour les travaux où l’on n’emploie que de la main-d’œuvre : la promptitude, la sûreté et le fini de l’exécution augmentent , sur-tout dans une grande entreprise industrielle, comme le nombre des opérations partielles, que l’on confie au même ouvrier, diminue.

Mais lorsqu’on en vient, dans beaucoup de travaux, à substituer des machines à la maind’œuvre, ou à employer, des procédés ou des appareils chimiques mieux entendus, plus perfectionnés, cette grande subdivision disparaît, et l’on réunit avec avantage dans les mêmes mains la conduite de plusieurs opérations. ^

, CeNÿ substitution ne peut cependant pas tou-

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jours avoir lieu ; nous avons vu dans la première partie que tous les travaux mécaniques ne sont pas indistinctement de nature à être exécutés par des machines : les uns ne s’y prêtent en aucune façon ; les autres ne s’y prêtent que partiellement, comme il en est qu’on peut exécuter complètement par machines.

Remarquons maintenant que la science de la mécanique a pour but trois objets essentiellement différens sous le rapport économique, et que le développement de sa puissance, comme agent de production , peut être considéré dans trois périodes diverses qu’il importe également de distinguer.

Dans la première, elle a appris non-seulement à donner à la force physique de l’homme toute la puissance possible , mais encore à faire usage des forces inanimées pour remplacer cellelà. La science y est fort avancée ; il semble même que sur ce point elle soit à-peu-près au bout de sa carrière. C’est par-là que la mécanique s’est montrée aux hommes dès les temps les plus reculés.

Dans la seconde, elle a tracé des combipaisons de mouvemens au moyen desquelles elle exécute complètement des travaux qui exigeraient le concours de, plusieurs mains exercées.

Son but ici est d’augmenter les produits d’un travail, de les exécuter avec plus de précision, et d’en diminuer le prix en diminuant l’emploi de la main-d’œuvre précédemment attachée à ce travail. Ainsi, par une tendance naturelle, elle cherche incessamment à soumettre à ses combinaisons toutes les espèces de travaux qui en sont susceptibles, et à rassembler tous les avantages qu’elle a acquis ou qu’elle peut acquérir dans ses deux premières périodes d’accroissement, c’est-à-dire la force et l’adresse avee le moins de main-d’œuvre possible. Il semblerait donc qu’ici la science et l’économie s’entendent pour déshériter successivement les hommes de divers travaux que les machines envahissent; c’est du moins le premier fait qui frappe lorsqu’on ue considère qu’une face de ce phénomène de la civilisation et des progrès de l’esprit humain.

Cette période d’avancement de la science est toute moderne ; il lui reste toutefois bien des recherches, bien des combinaisons à faire pour arriver au point où elle est dans la première., C’est en Angleterre qu’elle a pris le plus de développemens pratiques ; développemens qu’on ne peut attribuer qu’à la nature du système commercial et à la position économique de ce pays. 8

La scfénce, depuis plus de trente années, a fait de gtands pas dans les deux périodes précédentes; elle entre k peine dans la troisième, qui pourtant n’est pas moins importante , et qni, sous plusieurs rapports, s’accorde peutêtre mieux avec l’état actuel de la société.

Dans cette troisième période, la condition fondamentale de faire ptus de travail avec moins de bras disparaît dans les problèmes mécaniques que nous loi attribuons. Cette condition du moins y est tellement secondaire, qu’on peut toujonrs la négliger; et voici dès-lors sous quelle forme ces problèmes se préàentent : trouver des combinaisons mécaniques au moyen desquelles une main-d’œuvre quelconque puisse exécuter, de la manière la plus parfaite et sans apprentissage préalable, un travail ou des opérations qui exigent un Ion g apprentissage; ou bien trouver des combinaisons par lesquelles on diminue la fatigue où lès incommodités du travail , ou par lesquelles on n’ait à craindre ni le défaut d’attention ni la mauvaise v6lonté des ouvriers dans les opérations qu’on leur confie.

Les avantages que’ l’intérêt privé retire de l’emploi de ces diverses sortes de combinaisons mécaniques, à quelque période qu’on les rapporte, sont dépendans du genre de travail, de

la position des producteurs , des localités et de plusieurs autres circonstances <]ue récononirf manufacturière est appelée à sobmettre à un examen détaillé et approfondi. Quelle que soit, au reste, l’espèce de combinaison qu’on emploie^ l’économie, dans les travaux mécaniques, résulte principalement et en général de la perfec* tion des machines employées. Mais dans les travaux chimiques, elle peut résulter également soit de la perfection du procédé, soit de celle de i’appai'eil dont on se sert. C'e.st un double point de vue sous lequel on ne peut se dispenser d’examiner les travaux de ce genre. L’économie manufwBtuiâère recueille par cet examen de nombreuses dt£léi‘eBoes qui 1^. permet-

tent pas de soumettre de tout point aux fnétBlSI règles ces deux genres de travaux.

Ce que nous venons de dire se rapporte entièrement aux divers moyens de tirer le parti le plus avantageux de chaque mode de travail industriel , eu égard aux diverses circonstances où l’on se trouve ; il s’agit maintenant de jeter uù coup d’œil sur une nouvelle série de questions qu’il importe à la science d’approfondir, et qui se lient , par de nombréux rapports , à tontes celles qui font l’objet de ce titre, savoir, par exemple : quels sont , dans l’ictérét privé,

les travaux industriels les plus profitables de! leur nature, et dont les profits sont les plus assurés? Quels sont ceux dont les profits sont essentiellement soumis au plus grand nombre de chances?

Pour répondre à ces questions , ou plutôt pour ranger par degré d’avantage naturel chaque genre de travail , l’économie manufacturière divise les travaux divers en quatre grandes classes, savoir : Ceux dont les produits se

consomment dans le canton ou dans la contrée même où ils sont exercés ;

20 . Ceux dont les produits se vendent et se consomment uniquement dans le royaume;

' 3®. Ceux dont les produits se vendent dans rintérieur et à l’étranger;

4“. Enfin , ceux dont les produits se vendent à l’étranger seulement.

Chacune de ces classes se subdivise ellemême en plusieurs genres, savoir : i®, les entreprises dont les matières premières sont des produits du pays, et employées, soit brutes, soit avec un commencement de travail ; 2 ®. celles qui emploient des productions étrangères brutes ou déjà travaillées ; 3®. celles qui fout usage de matières premières étrangères et nationales tout à-la-fois ; ces entreprises ajoutent peu de

prix à celui de la matière brute, ou elles le doublent, le triplent, ou le travail y fait presque tout le prix, ou bien l’on y emploie plus ou moins de main-d’œuvre avec ou sans intelligence; enfin les opérations de ces entreprises se font à forfait, en tout ou en partie, dans les maisons mêmes des ouvriers ou d’entrepreneurs particuliers.

Chacune de ces classes, comme chacun de ces genres de travaux, s’applique à des objets de nécessité , d’utilité ou d’agrément , parmi lesquels il faut bien encore remarquer des degrés au point de civilisation où nous sommes.

Il est, selon nous, indispensable de se livrer à cette analyse préliminaire pour trouver des solutions utiles aux questions posées plus haut. Ce n’est pas d’ailleurs sous ce seul rapport que cette analyse doit paraître importante ; c’est encore parce qu’elle sert à démêler une foule de questions compliquées de l’économie manufacturière, dont nous allons suivre l’exposé.

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