TITRE IV
De la Conduite des établissemens industriels envisagée sous tous les rapports qu elle présente.
Les entreprises industrielles les mieux choisies pour les profits qu’elles promettent, et les plus favorisées par les circonstances locales, ne peuvent prospérer, ou du moins ne peuvent avoir nue prosjtérité durable, si elles ue sont sagement et habilement gouvernées. Souvent même la nianière d<^ conduire une entreprise et la connaissance approfondie des agens et des
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choses qui se rattachent aux travaux qui la cont- . iitueut, douueut un succès et des avantages que, par sa nature , elle ne semblait point compor- .ter. C’est ainsi qu’en dernier résultat l’intelligence, l’habileté et le calme dans le maniement des affaires, peuvent niveler jusqu’à un certain point les avantages respectifs des divers genres^ de travaux industriels.
plusieurs sujets importuns se présentent à l'exanien de l’éconouiie manufacturière pour .ça qui concerne la conduite générale des établissemens d’industrie, et terminent le cours de ses observations.
Ces sujets sont : i°. la statistique industrielle; a®, la direction spéciale de la fabrication proprement dite ; 5®. les systèmes d’achats de matières premières et de ventes des produits fabriqués ; 4®. la comptabilité manufacturière ; 5°. l’influence de la consommation et du goût sur ,1e système de fabrication et réciproquement; G®, eufiu les rapports moraux du chef d’entreprise avec les ouvriers ainsi qu’avec les consommateurs.
Donnons quelques idées générales sur chacune de ces matières.
Leç recherches statistiques de l’économie manufacturière ont pour objets les matières géné-
râlement en usage dans les fabriques ; les lieux d’où on les retire ; l’examen des qualités respeo» tives de chaque espèce d’un même genre ; l’hiàtoire du commerce de ces matières ; les causes qui ont actuellement de l’influence sur les variations de leurs prix; les lieux où elles sont ç ordinairement à meilleur marché. La science /atâche encore à reconnaître qtiëTles sont, poür un pays en particulier, les matières premières qu’on n’importe qu’après avoir reçu un commencement de travail à l’étranger, et qu’il pourrait être avantageux d’acheter brutes; elle expose les changemcns opérés à diverses époques dans le commerce des matières premières de cette nature, et signale les branches d’industrie auxquelles ces changemens ont donné*lieu et celles qui pourraient encore s’établir ; elle énumère les principales matières que le pays vend à l’étranger ; elle cherche pourquoi ces ventes ont lieu, sans qu’on se réserve de les travailler avant l’exportation , et par quels motifs les étrangers les retirent du pays.
Passant ensuite en revue les grandes manufactures de l’Europe, la science recherche pour chaque contrée les prix moyens auxquels reviennent les matières premières , et remonte aux causes des différences qui existent entre
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chaque pays, tant pour les qualités que pour les prix.
.. £lle se demande quels sont les objets qu’on iâbrique dans certaines contrées de l’Europe et qu’on ne fabrique point dans d’autres; pourquoi ceux-ci ne se sont point adonnés à cette branche d’industrie ; s’ils ne le pourraient pas avec avantage ; enfin elle se demande quels sont les débouchés principaux des produits manufacturés les plus importans pour les divers pays de manufactures, et quels sont les avantages respectifs de chacun par rapport à ces débouchés.
Tels sont les faits à exposer et les questions à résoudre sur le premier sujet de ce titre.
Sur le second : la direction de la fabrication ;■ la science expose comment le travail doit être divisé et distribué selon ses divers modes, pour que l’établissement marche avec régularité sans secousses, comme sans indolence; comment les choses doivent être disposées, et les ateliers coordonnés, pour que l’ouvrier ne fasse point un mouvement inutile, et que les fonctions de chacun n’exigent, pour ainsi dire, aucun déplacement. Tout étant à sa place, sous la main, rien ne se consomme inutilement , et l’action
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des forces et de agens divers est rigoureuse^ ment et convenablement épargnée.
L’ouvrage se fait dans de grands ateliers , où se réunissent tous les ouvriers; ou bien ou le confie à des ouvriers qui travaillent chez eux : les localités et les agens de travail décident pour l’un ou l’autre mode.'
Dans ces deux cas , il y a des méthodes diverses^ et plus ou moins heureuses, pour rendre la surveillance efficace, pour obtenir des produits comme on les désire ; pour mettre l’ouvrier dans l’obligation de remplir rigoureusement son devoir, et le fabricant à l’abri des infidélités, du caprice on de l’incurie de celui-là.
Si la main-d’œuvre doit être intelligente, if y a nécessaireUient des apprentissages, et chaque pays , chaque atelier même , suit quelquefois uof mode différent de diriger l’apprentissage ; d'en fixer la durée, d’en hâter le succès, d’en diminuer les dépenses , soit pour le genre et la méthode de perfection de travail qu’on donne à faire aux apprentis , soit par l’obligation , dans laquelle on les met, de suivre leurs engagemens et d’en prolonger la durée.
Les termes de paiement des ouvriers varient aussi. Cet objet a de l’importance, lorsqu’ori émploie un grand nombre d’ouvriers, et que,
sans leur nuire , ôn peut fixer ces termes à son gré.
Le travail n’est pas toujours payé à la jour-née; il Fêst quelquefois par heure ; par quantité d’oTtvragefait, ou à forfait, par un ou plusieurs ouvriers, travaillant ensemble au même objet Ici on trouve convenable de faire dégrossir par l’un et achever par un autre ; là , l’ouvrier commence et achève le travail.
Enfin, la science examine les divers systèmes d’associaf ion , ainsi que les divers modes de dirrger lé travail d’un établissement , soit par tme seule personne avec des subordonnés intéressés ou non intéressés, soit par plusieurs associés, ayant chacnn la même auùmté.
Pour ce qui regarde le troisième’ sujet, les achats ét les ventes , auxquels nous Croyons nécessaire de dormér un peu plus de développement qu’aux précédens, l’économie Uianufacturiète recherche les usagés établis pour l’achat des matières premières dans les diffèrens lieux de production oti d’entrepôt , s’il y a des époques d’achats phts jjfofitables les unes que les autres pour les matières premières les plus importantes.
Les matières premières sont extraites ou achetées à proximité de l’établissement, ou on
les retire de contrées éloignées. Plusieurs questions s’élèvent dans ce dernier cas : ces matières premières sont-elles d’un transpo^> difficile , coûteux, entravé par diverses 'circonstances ? leur volume augmentant les frais de transport, n’en est-il point qu’on pourrait réduire à un volume moindre avant l’expédition ? les lieux d’où on les tire habituellement sônt-ils bien les plus favorables, soit pour les prix, soit pour les qualités qui conviennent à la fabrication ? ne néglige-t-on pas, dans certaines branches d’industrie , d’en employer qui conviendraient mieux, parce qu’on ignore la manière de lestraiter? est-on obligé de faire des approvisionnemens considérables, et, dans ce cas, y a-t-il des raisons suffisantes pour laisser ainsi chômer des capitaux? les circonstances qui nécessitent ces approvisionnemens ne pourraientelles pas être écartées , et ne pourrait-on pas rendre, à une circulation plus active, une partie des fonds employés à des achats trop considérables? enfin, la concurrence dans les achats ne nuit-elle pas au développement de l’établissement? ou bien encore, celui-ci n’est-il pas arrêté par la pénurie des matières premières , soit périodiquement, soit éventuellement?
Quant à la vente ou commerce des produits,
ce commerce est bien assujetti aux règles gêné-, raies du commerce; mais il a aussi ses règles particulières, dont la science cherche à découvrir les fondemens.
Et d’abord , de bonnes matières premières ; d’habiles procédés de fabrication; une surveillance active et éclairée; au-dedans et au-dehors, une attention soutenue sur les diverses phases de la consommation , donnent aux produits manufacturés la perfection qui les font rechercher dans le commerce.
S’il est intéressant de démêler, dans le système entier de fabrication , les vraies causes , souvent peu apparentes, delà supériorité d’une fabrique sur une autre , il l’est plus encore de remonter à la source de la défaveur qui frappe les produits de diverses branches d’industrie sur certains marchés.
Le plus petit défaut d’attention, la moindre négligence dans la fabrication, suffisent quelquefois pour donner aux produits cette défaveur qui paralyse une fabrique.
Il faut bien dire cependant que ce n’est pas toujours la bonne qualité à tel degré qui fait préférer les produits de telle fabrique à ceux de telle autre : tantôt c’èst le bas prix du produit, fût -il d’une fabrication moins parfaite, qui
excite la préférence des consommateurs; tantôt c’est la mode , c’est l’habitude d’un produit de telle forme; tantôt enfin c’est l’étendue de crédit que le fabricant accorde aux acheteurs.
Ainsi donc , déterminer, avec autant d’exac-' titude que Je sujet le comporte, les motifs qui font préfé rer l es produits des. manufactures nvales, natiS&^és.èn étrangères; indiquer les lieux où telle branche d’industrie trouve un écoulement que telle autre analogue peut à peine aborder , et remonter à la source de ces préférënces souvent bizarres, c’est jeter un grand jour sur le commerce des manufactures.
Ce commerce se feit, i». dans les lieux circonvoisins , sans jamais s’étendre au - delà ; 20. sur dififérens points plus ou moins éloignés du dedans et du dehors.
L’économie manufacturière cherche les raisons qui limitent souvent assez étroitement l’étendue des marchés pour certains genres de manufactures, et quelles pourraient être les améliorations ou les changemens qui reculeraient ces limites, en augmentante concurrence des acheteurs.
Quant aux prix des produits manufacturés, ils varient par diverses causes, sans parler de celles qui sont communes au commerce des
manufactures et au commerce pur des marchandises.
Dans le premier, on remarque un mouvement de baisse ou de hausse nécessaire et durable, et un autre variable , qui cesse et se renouvelle avec les circonstances qui le font naître.
On trouverait peu d’anciens établissemens d’industrie, dont les produits soient restés à l’ancien taux et à des prix constans. Il y a eu de fréquentes variations à diverses périodes. IL importe à la science d’en exposer les causes et d’en suivre la marche avec attention. Donnons une idée de ces causes :
Extraction plu» abondante des matières premières, achats mieux combinés', on préparations. plus économiques de ces mêmes matières; amélioration des procédés; introduction de machines utiles; multiplication d’établissemens du même genre; influence favorable du gouvernement , etc. ; ou bien dans un sens différent , diminution de la consommation par l’introduction de produits nouveaux plus conformes aux goûts du jour, etc. ; voilà pour la baisse permanente.
Trop de demandes de matières premières, qui renchérissent celles-ci; achats plus onéreux et plus difficiles par diverses cau.ses, rareté de la
main-d’œuvre ; extension du marché ; dispositions politiques spéciales, etc., etc.; ou bien, dans un autre sens : accroissement de l’aisance générale, voilà pour la hausse permanente.
Il est vrai de dire qu’il peut arriver que l’action contraire de deux ou de plusieurs de ces causes neutralise l’efifet de chacune , et le rende inappTéciàble eirtttMS! caff particuliers ; niais, en général , l’économie manufacturière a toujours à démêler un résultat positif dans l’action de toutes ces causes.
Quant'à la fluctuation de prix qu’éprouvent les produits manufacturés, elle peut dépendre de la stagnation périodique ou éventuelle des fabriques; de la diminution ou de l’augmentation de la production sur quelques points; de l’abondance ou de la rareté des arrivages des matières premières; de l’augmentation ou de la diminution momentanée des demandes; des époques^e dépenses plus ou moins fortes pour le fabricant; de circonstances politiques accidentelles, etc.
Mais le fabricant obtient-il toujours de ses produits le prix que payent les consommateurs ? disons-mieux : la différence qui existe entre le prix de fabrique et le prix à la consommation ne surpasse-t-elle pas beaucoup trop le profit or-
dinaire d’un marchand en gros ?Ceci dépend dfe la manière dont le fabricant opère la vente de ses produits.
Les ventes se font, soit directement aux consommateurs, soit par l’intermédiaire ou de commissionnaires ou de marchands en gros et en détail. Quelquefois elles ont lieu à des époques fixes et déterminées, comme aux diverses foires établies en Europe; ou bien dans des balles, ou dans des entrepôts publics ou privés ; H arrive même, rarement à la vérité, que des fabricans vendent à des voituriers qui, dans ce cas , font l’office de marchands.
Or, le motle le plus profitable pour le fabricant, sentit de vendre directement aux consommateurs. On le peut quelquefois; mais souvent la conduite d’une grande fabrique s’égarerait dans les détails dans lesquels ce mode l’entraînerait.
On peut dire, au reste , que plus le fabricant se rapproche du consommateur, plus il a d’avantage sous le rapport du prix qu’il obtient de ses produits : car ce prix baisse pour lui et s’élève pour le consommateur, en raison du nombre de marchands intermédiaires, de divers ordres, qui les séparent.
Beaucoup de circonstances toutefois déter»
minent le choix du mode de vente : les principales sont la destination des produits, la situation commerciale des fabricans et des acheteurs; la proximité ou l'éloignement des marchés, la durée de la fabrication, le prix et le mode d’achat des matières premières.
Lorsque les vendeurs intermédiaires sont nationaux y le perd quelques -avan-
tages en se savant de leur ministère ; mais la société y gagne, parce que le produit fabriqué offre une prérogative de plus : celle de favoriser la cireulation. Ces vendeurs, par leur non»bre, ont une assez grande influence sur la pro>duction et la consommation.
Mais si les vendeurs intermédiaires sont étrangers , cette influence appelle une plus grande attention. Un surhaussement de prix indiscret peut nuire au fabricant, qui jusqu’alors a obtenu de la faveur sur les marchés étrangers, et. favoriser l’entrée de ces marchés à des concurrens plus adroits ou plus habiles commcrçans.
Ces observations s’appliquent principalement à ces espèces de produits qui admettent une grande étendue de débouchés; et, à ce sujet, il se présente une nouvelle question importante : savoir s’il est plus avantageux aux fabricans de
vendre au lois, que dans les contrées voisines^ de rétablissement.
Lorsqu'une branche d’industrie a pris un.
certain degré de développement, il arrive ordi nairement que des ouvriers intelligws et éco~ nomes , qui ont amassé un petit capital , établissent , à côté des grandes manufactures , une foule de petites qui entrent en concurrence avec elles.
Dans ce cas, les grandes manufactures peuvent trouver plus avantageux d’aller vendre au loin, et d’abandonner aux petits fabricans les marchés voisins. Ils se ruineraient en voulant lutter les uns contre les autres. Les grands pourraient faire des .sacrifices momentanés; mais les petits pourraient, au besoin, ae contenter d’un salaire modique. Ils s’écraseraient donc dans cette lutte imprudente. Ainsi, le sy.stème de ■* vente à adopter serait de revenir de la circonférence au centre; d’écouler les produits d’abord dans les marchés les plus éloignés, et de les répandre ensuite, suivant les besoins, dans les lieux voisins de la production.
Ce système , qui peut être avantageux sous beaucoup de rapports, exige néanmoins de gros capitaux , des relations sûres , des voyageurs intelligens; toutes choses hors de la portée des petits fabricans.
Quant au système d’après lequel on étend la Tente , en s’éloignant progressivement du centre vers la circonférence, il a des avantages sur l’autre, lorsque le genre de fabrication n’admet que peu ou point de petits fabricaus , et que les acheteurs voisins ont besoin de grands crédits.
Au surplus, les fabricaus ne doivent jamais se consumer en efforts, dans une lutte de concurrence, sur un marché voisin : il y a trop de froissemeiis dans la foule. L’habileté consiste ici à porter au loin le goût et la renommée de ses produits.
Pour les produits , nous ne dirons pas de première nécessité, mais d’utilité, les fabri— cans en conservent peu en magasin : la production, en temps ordinaire, est proportionnée à la vente et suit, d’aussi près qu’il est possible, les ordres des commettans.
Que si les magasins de ce genre étaient habituellement encombrés, on pourrait dire en général qu’il y aurait un vice inhérent à l’administration intérieure de l’établissement. Si cet encombrement était accidentel, cela regarderait plutôt l’administration publique, ou quelques circonstances politiques éventuelles.
Il n’en est pas de même poiu’ les manufac-
gaiz.-- : Goflglc
turcs d’objets de mode. Leurs magasins doivent être promptement et abondamment pourvus.
Les demandes n’ont point line marche régulière ; il faut être en état de répondre à la précipitation des demandes. C’est un moment qui fuit rapidement; c’est un goût qu’il faut saisir au passage. ,
Mais, en général, pour tous les genres d’industrie, il y a 'des' temps oû les demandes sont plus fortes; et il appartient à la science de signaler les principales circonstances qui les font augmenter ou diminuer.
Les ventes se font à termes plus ou moins éloignés, on -a» comptant; quelquefois même les fabricans reçoivent des paiemens anticipatifs. Ces divers modes de ventes sont des objets d’une discussion sérieuse pour l’économie manufacturière.
Ce qui ne l’est pas moins , c’est la concurrence. Elle se présente sous tant de faces différentes, et ces faces sont si mobiles, si vacillantes, qu’elles échappent, pour ainsi dire, lorsqu’on veut les saisir.
La concurrence a lieu, soit à l’intérieur, par les nationaux à l’exclusion des étrangers, ou par les uns et les autres ; soit à l’extérieur.
Lorsque les nationaux se présentent seuls sur
les marchés intérieurs, la concurrence peut tourner à l'avantage des consommateurs et de l’industrie même , en tendant tous les ressorts de l’émulation; mais il faut que cette branche d’industrie présente d’assez gros profits, ou bien qu’étant nouvelle pour le pays, elle soit susceptible de plusieurs améliorations importantes.
Et, en général, elle est avantageuse pour l’état, du moins temporairement, lorsqu’elle réagit assez puissamment sur l’industrie, pour exciter les fabricans à chercher les moyens d’exporter une portion de leurs produits.
Mais si les profits d’une industrie sont trèsbornés; si elle-même n’est pas susceptible de quelques importantes améliorations, une grande concurrence est mortelle. L’effet de cette concurrence ne s’arrête pas toujours à réduire le nombre des établissemens, et ne se borne pas à ramener ainsi l’équilibre entre la production et la demande : elle paralyse d’abord toute celte branche d’industrie, qui se dégrade, au moins momentanément; et, si elle ne finit pas par s’éteindre, elle languit faute des capitaux qu’on lui refuse.
C’est dans la nature même de ces établissemens , c’est en examinant toutes les circons-
tances défavorables ou contraires, qu’on peut découvrir les moyens de les soutenir et de re- • nouveler leur activité. Quelques facilités ajoutées aux localités, quelques modifications dans le système de fabrication, suffiraient quelquefois pour laisser k la concurrence tout le bien qu’elle peut faire , et pour s’opposer au mal qu’elle pourrait occasionner.
La vigilance de l’administration publique , dans l’état présent des choses, semble devoir s’exercer sur-tout lorsque les étrangers concourent avec les nationaux sur les marchés intérieurs. Elle doit laisser faire, lorsque de vieilles fabriques luttent entre elles avec parité d’avantages; elle doit secourir, lorsque les étrangers ont des avantages reconnus. La concurrence tue dans une lutte inégale de force et de moyens.
Mais tels droits d’entrée auxquels on peut assujettir tels produits étrangers, suffisent-ils pour eu empêcher l’importation, et pour écarter une concurrence décourageante , une concurrence qui détourne d’un genre d’industrie les capitaux nécessaires, et s’oppose invinciblement a l’extension des fabriques nationales ? Suffit-il même de frapper ces produits d’une prohibition absolue? C’est à l’économie politique, proprement dite, qu’il appartient de trouver les
solutions dont ces questions sont susceptibles, suivant le genre d’industrie , son emplacement et la situation intérieure et politique du pays.
Mais quant à la concurrence dans les marchés étrangers, elle appelle hautement les recherches de l’économie manufacturière.
L’exportation, qui cause cette concurrence, a lieu toutes les fois que le9'|M<oduits’abondent tellement dans l’intérieur, qu’il faut les laisser refluer au dehors, si l’on ne veut pas trouver, dans la dégradation du prix , la perte ou du moins le resserrement de l’industrie qui les fournit ; elle a lieu lorsque des circonstances particulières aux localités ont créé la fabrication •d’objets recherchés par les étrangers de qui l’on s’est appliqué à suivre le goût; elle a lieu encore lorsque le système de fabrication est tellement perfectionné, qu’on force par- tout la concurrence.
Si la prépondérance d’une fabrique sur les marchés étrangers tient essentiellement aux avantages des localités , elle peut triompher long-temps des efforts de la concurrence étrangère ; il n’y a que des événemens politiques , ou l’oubli des principes d’une administration conservatrice , qui puissent lui faire perdre cette prépondérance.
Mais si la faveur dans les marchés étrangers ne repose que sur le bas prix relatif des produits , ou sur une bonne qualité, ou du moins sur une qualité propre aux lieux de consommation , chaque jour de nouvelles difficultés s’élèvent; les chances tournent incessamment, et les moyens de se soustenir sont d’importans sujets d’attention.
Cette faveur n’est pas accordée de primeabord ; elle est le fruit du temps et d’une confiance méritée. C’est en parcourant la série des améliorations qui ont contribué à captiver la demande et le goût des consommateurs étrangère, èflTnstOtre-*a«a3e du commerce de cette branche d’industrie, qu’on petIt“^'t»ouvei: les moyens de fortifier ou de maintenir ses avantages.
Dans les cas, au contraire, où l’on aurait fait des essais malheureux pour s’ouvrir des débouchés à l’extérieur , l’économie manufacturière cherche les raisons qui ont fait avorter des opérations qui auraient pu devenir fructueuses.
Nous arrivons au quatrième sujet exprimé plus haut, savoir : la comptabilité manufacturière sur laquelle nous avons . peu de choses t dire ici.
Les règles de cette coiftptabilité portent principalement sur l'exaditode rigoureuse et persévérante du calcul des frais généraux d’établissement, des frais d’entretien, de réparation, de l’usure graduelle des instrumens , machines , appareils , de tous les éLémens des frais d’achats, de vente, d’emmagasinage, de pertes diverses annuelles, etc. La somme de ton» -eos frais doit être ajoutée aux dépenses directes de fabrication, pour établir avec justesse le prix auquel reviennent les produits fabriqués. L’économie manufacturière montre, par des calculs irréfragables, qu’on ne doit jamais espérer, en général, d’un établissement industriel très-lucratif, plus de loà la pour cent net des capitaux employés par année.