‹ Vues sur le systeme genral des operations industrielles ou plan de technonomie;Chapitre 2 sur 17 · IS · texte numérisé non relu

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de manière qu’on produit autant avec un capital circulant, cinq ou six fois moindre que celui qu’exigerait l’emploi de la main-d’œuvre. Et reAarquons bien que ce n’est pas précisément parce que la machine fait cinq ou six fois plus d’ouvrage dans le même temps, mais parce qu’il y a des lenteurs , des retards inévitables dans le service d’un grand nombre de bras attachés à une suite d’opérations variées , qui doivent nécessairement marcher de concert et du même pas à la fabrication d’un produit. On peut faire aujourd’hui une pièce de drap en quinze jours, et il fallait cinq à six mois avant l’établissement des machines qui servent à cette fabrication.

Gardons-nous de penser toutefois que l’emploi de ces sortes de machines remplace une si grande quantité de bras, et encore moins qu’il existe ou qu’il puisse exister des machines travaillant sans aucune participation de la maind’œuvre ; il y a , sous le premier rapport , beaucoup d’exagération dans quelques , écrits sur cette matière, et sous le second, une supposition absolument illusoire : en géBêral , les machines expéditives , e?^écutant immédiatement un métier, font tout au plus, en qualités courantes, le travail d® huit personnes, et je citerai, parmi les plus importantes, le métier ' >-

à bas et les systèmes mécaniques de filature^ Parce qu’un métier à filer en fin se compose de trente à trois cents fuseaux qu’un seul homme fait mouvoir, ce serait une erreur grave de conclure qu’il remplace, pour la filature, depuis trente jusqu’à trois cents personnes : car on ne ferait pas attention à toutes les opérations et préparations précédentes qui exigent , dans ce système mécanique, beaucoup de mam-<l‘œuvre.

Le travail destiné à ces sortes de machines commande toujours plus d'attention rpie de force motrice, et là où l’attention est appelée, la pré* sence de l’homme est et sera toujours indispensable.

J’ajouterai que si l’on fait, avec ces machines, le travail de six ou huit personnes , dans le même temps, on produit six ou huit fois plus dans le même temps aussi. Anéantissez les machines, vous produirez six ou huit fois moins avec le même capital circulant ; x'ous serez obligés de vendre plus cher, et il est de fait que vous perdrez nécessairement une certaine classe de consommateurs qui ne pourront pas acheter vos produits. De plus , puisque avec les machines vous produisez plus, la main-d’œuvre trouve infailhhlemeut tout au moins autant d’emploi, par ce surcroît de production, que si les machines

h’existaient point. La différence dans la consom» mation d’un objet qu’on vend l\o sous ou 3 fr., est pour ainsi dire incalculable ; et, si l’on ne faisait pas des bas au métier, avec du fil préparé par des machines , qui pourrait dire combien de personnes ne porteraient point de bas ? qui pourrait dire combien de travaux seraient suspendus ou anéantis, par la raison seule qu’une certaine classe d’individus paieraient 3 francs au lieu de 4o sous l’objet dont ils ne voudraient ou ne pourraient pas se passer?

4®. Enfin , la réunion de deux circonstances principales est indispensable pour déterminer le producteur à l’emploi des machines : l’une est l’abondance de la demande, ou l’espoir fondé de vendre tout ce qu’on fabriquera , et l’autre est la cherté relative de la main-d’œuvre. Où la vente est rare ou lente, et la main-d’œuvre à bas prix , personne ne s’avise d’employer des machines expéditives , et d’y consacrer sans utilité des capitaux plus ou moins considérables. On les établit , lorsque le travail s’accroît rapidement par la demande de ses produits, et que ' le prix de la main-d’œuvre s’élève à raison de cet accroissement de travail : les machines ne sont donc, s’il est permis de le dire, que des auxiliaires utiles à la prospérité publique, et

non des usurpateurs du travail de la classe ouvrière. Leur établissement est l’effet de causes prospères, et non une simple détermination de l’intérêt privé.

Si nous appliquons maintenant à la question , dans toute son étendue, ces faits, ces données que j’ai dégagés franchement de tout artifice d’argumentation , il me paraît que les divers points de cette question sont éclaircis, et qu’elle ne présente plus aucune difficulté.

On est fondé à conclure en effet, d’abord sous le point de vue pratique, que, dans la lutte industrielle qui a lieu inévitablement et semble ne pouvoir cesser d’avoir lieu entre les divers peuples du monde, le travail de ceux qui refuseraient d’adopter en général les moyens de production les plus parfaits et les plus économiques, je veux dire ici l’emploi des machines, serait à la longue envahi, en dépit de toutes les lois de douanes possibles; ensuite, sous le point de vue spéculatif, que parmi les combinaisons mécaniques faites ou k faire, il en est un grand nombre qui sont indispensables, et sans l’emploi desquelles la société serait forcée de rétrograder; que l’établissement de la plus grande partie des machines crée une masse de travail nouveau' plus ou moins étendu, et cont-

porte même, par sa nature , le service obligé do beaucoup plus de bras qu’on ne le pense com-’ iminément ; qu’au surplus l’accroissement de prodiiction et de demande, qui en est la suite, multiplie le travail de la main-d’œuvre, au lieu de le réduire, et contribue puissamment à l’aisance générale, en accélérant le mouvement des capitaux ; que c’est au besoin d’une grande production , et jamais autrement , qu’est dû l’emploi des machines expéditives ,^et que si, par événement, les machines et la main-d’œuvre sont oisives dans certaines branches d’industrie, ou dans certain temps, ce n’est pas parce qu’on se sert de machines, mais parce que la demande des produits est suspendue en tout ou en partie: or, que le travail se soit fait par machines ou par simple main-d’œuvre, l’effet sera le même. Enfin, de deux choses l’une : ou l’on emploie les machines pour produire plus, ou on les emploie pour produire autant qu’avec la main-d’œuvre : , dans le premier cas , on veut produire plus , parce que la consommation répond à cet accroissement de production ; on emploie des machines , ou parce que la main-d’œuvre disponible ne suffirait pas, et alors les machines > i|ont indispensables et font la prospérité du pays, ou parce quelle est trop chère, et alors la

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main-d’œuvre' a d’autres travaux dont elle ne voudrait se détourner que par une augmenta-»

tion de salaire ; les machines font donc encore la prospérité du pays, par le surcroît de travail et le mouvement de capitaux qu’elles y amènent; dans le second cas, c’est-à-dire, si on les emploie pour produire autant qu’avec la maind’œuvre , c’est pour faire mieux et pour épargner la fatigue et les peines de l’ouvrier; ce qui en xend l’emploi non mmns également précieux.

Mats, l’effet économique des divers systèmes de production par machines est-il le même pour tous les lieux , et peut-on , sans s’écarter des principes d’une bonne administration publique, encourager indistinctement tous ceux qu’on présente , quelque bons qu’ils soient en eux-mêmes , et quels que soient les avantagea qu’on en retire dans certains pays? je ne le pense pas. Chaque localité , chaque pays , exigent un système de machines qui leur soit approprié, et il est rare que, pour les grandes opérations mécaniques, celui qui convient à l’un , convienne de tous points à l’autre. Cette question, au reste, est d’une haute importance ; et j’espère trouver ailleurs l’occasion de la traiter avec tous les développemens qu’elle exige ; ici , elle m’écarterait entièrement de mon sujet.

Je crois avoir prouvé que , bien loin d’avoir à redouter l’influence des machines sur le travail des peuples, on la trouve au contraire entièrement favorable à ce travail.

Qu’il me soit permis maintenant d’examiner en peu de mots leur influence morale.

L’on craint qu’à force d’étendre l’emploi des machines , l’ouvrier, réduit pour toute affaire à leur imprimerie mouvement, ne devienne lui-même une sorte de machine; ce qui serait assurément l’effet le plus déplorable qui puisse atteindre l’espèce humaine. Heureusement que cette crainte est vaine, et cet effet impossible.

Rappelons-nous d’abord que la puissance des combinaisons mécaniques est renfermée dans des limites quelle ne pourra jamais dépasser, et que dans toutes les périodes que l’industrie peut avoir à parcourir, il existera nécessaire-, ment une immense quantité de travaux que la main-d’œuvre exécutera sans partage. Plus l’industrie fait de progrès , plus le travail exige d’attention dans les détails infinis de ses opérations, et nous savons que la science de la mécanique est impuissante, où l’attention est commandée comme une condition rigoureuse.,^.

C’est donc aux travaux qui n’exigent , pour être exécutés, qu’un simple développement de

mouvement monotone,’ et tout au plus à céux qui demandent une combinaison de mouvemens variés,' mais dont la variation est exacte-» ment déterminable à l’avance, que les machines * peuvent s’appliquer. Or, que peut gagner l’intelligence à exécuter, sans machines , des travaux de celte espèce? et lors même qu’ils exigeraient de l’adresse, on sait bien que l’adresse s’acquiert à force de faire et devient machinale; c’est la réflexion , excitée à chaque instant que le travail dure , qui éveille l’intelligence ; et ce travail , je le répète , les machines ne le font pas.

J’irai plus loin : quelle que soit la nature du travail , il faut un outil ou une machine pour l’exécuter : eh bien ! de ces deux modes de travailler, celui qui est le plus propre à développer l’intelligence est, en général , le travail par ma- • '

chines. Qu’on compare en effet l’occupation d’un fileur à la mécanique avec un fileur aurouet : le premier donne le mouvement à une combinaison mécanique dont le jeu compliqué et ingénieux doit être à chaque instant le sujet de son attention; il doit l’étudier et le, comprendre, pour lui faire produire tout ce qu’il -

désire. Le second fait quelques mouvemens ins- >i

tiuctifs avec cet outil simple qui, allant bien ou

mal , coopère à-peu-près également au travail ; et , après tout , ce n’est point la pratique d’un ouvrage qui appelle l’intelligence de l’ouvrier» • c’est la disposition et la direction de cet ouvrage;

or, peu importe qu’il se fasse avec un outil ou avec une machine.

J’ajouterai que , s’il n’existait d’autres moyens d’éveiller l’intelligence des ouvriers que la simple pratique des métiers, il faudrait désespérer de les faire participer à ce noble présent du Créateur. Ce sont et la culture intellectuelle, et l’instruction religieuse, et les relations sociales qui sortent les facultés de l’homme de l’état d’engourdissement, dans lequel toute espèce de travail physique le laisserait irrévocablement.

X Ainsi qu’on divise, qu’on subdivise indéfini-

ment le travail, l’effet sera le même : je me trompe; plus vous lui épargnerez de fatigues et de peines par une habile subdivision de travail, plus vous lui laisserez de capacités pour cultiver son intelligence et sa raison. Toute la .. question semblerait donc se réduire enfin à savoir

s’il vaut mieux que toutes les facultés de l’ouvrier restent absorbées entièrement dans le cercle étroit des opérations d’un métier, en repoussant toutes les améliorations que le temps amène;

èu s'il vaut mieux alléger et simplifier le tra*4 vail de l’ouvrier, et le mettre par-là plus à même de se livrer à l’instruction qui lui convient et qu’on lui doit. Je, ne crois pas qu’aucune âme généreuse puisse balancer sur cette question.

J’arrive à la seconde question que je me suis proposé d’examiner dans ce Discours, savoir; si l’industrie prôduit trop, si, indépendamment de toutes circonstances, et eu égard à la masse des consommateurs , il y a trop de production.

“ Ceux qui répondent par l’affirmative ne peuvent apporter en témoignage qu’un fait , à la vé* rité, incontestable ; la stagnation actuelle des manufactures et du commerce; car personne n’a les données nécessaires pour prouver matériellement qu’en général les fabriques protluisent plus qu’il ne soit possible de consommer. Mais, par la raison qu’on peut assigner à ce fait une cause bien plus puissante que l’excès de pro<^uctîon, je veux dire le resserrement temporaire de la consommation, il faut chercher laquelle des déux causes est la vraie, en analysant les • résultats que chacune doit , par sa nature , incontestablement produire.

’■ D’abord, pour qu’il y ait excès de production

tnafiufocturière, il faut, <le deux choses l’une r ou qu’on produise plus que le cours ordinaire de la consommation ne le demande, ou bien que la consommation se resserre, par esprit d’économie, par suite d’événemens désastreux, ou diminue par la fermeture de quelques marchés.

Dans le premier cas, il faut supposer que tous les chefs d’entreprises industrielles s’entendent pour produire, non-seulement sans savoir s’ils vendront, mais encore afin de surcharger les marchés de produits dont les prix s’avilissent d’autant plus qu’il y a moins de demandes. Et si l’on pouvait admettre une supposition aussi contraire aux notions les plus simples du commerce et de la marche des affaires, qu’en résulterait-il cependant? Les commerçans eu gros et en détail n’auraient pas à se plaindre comme aujourd’hui, car la consommation suivant son cours ordinaire , la vente le suivrait aussi, et les approvisionnemens de ces commerçans seraient journellement en rapport avec cette consommation. Quant aux fabricans, ils auraient à se plaindre non de ce qu’on ne vend pas, mais de ce qu’on ne vend pas plus qu’on ne peut consommer, ce qui serait ab-

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surde ; un pareil état de choses , d’ailleurs, ne se soutiendrait pas un an.

Dans le second cas, lorsque la consommation se resserre par des causes quelconques, la vente est rare , ou presque nulle pour tous les produits indistinctement; les marchands en gros et en détail ne font plus d’approvisionnemens, et laissent encombrer les magasins des fabricans qui produisent sans demande. Ce n’est donc plus ici exubérance absolue de production, mais exubérance relative, transitoire, et qui doit disparaître avec les causes qui ont affaibli la consommation.

Que si la consommation diminue par la perte de quelques débouchés, c’est un cas particulier qui ne s’applique qu’aux produits d’un petit nombre de manufactures, ou à un pays dont le système manufacturier serait fondé sur la condition d’avoir exclusivement le monde entier pour marché.

L’excès de production n’a donc pas amené et n’amène pas la stagnation générale des affaires; son effet naturel et le seul auquel il puisse donner lieu, à moins d'admettre un étrange renversement d’idées, est de diminuer le nombre des producteurs, si cet excès pou-

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vait exister d’une manière absolue; ou de res-* serrer la production temporairement, si cet excès ne provient que de circonstances accidentelles.

Mais quelles sont ces circonstances accidentelles? celles précisément qui occasionnent la stagnation actuelle du commerce et des manufactures , c’est-à-dire la diminution de la consommation , bien qu’il y ait, pour les produits en général , autant de consommateurs qu’il y en a eu; il suffit qu’ils aient des raisons plus ou moins fondées de s’imposer des privations. En veut-on la preuve? qu’on considère que, dans l’état présent des choses, ce ne sont pas seulement telles branches d’industrie qui végètent, telles marchandises qu’on ne vend pas ou qu’on vend peu ; mais que toutes les marchandises sont frappées en Europe du même engourdissement. Y aurait-il donc, encore un coup , excès de production en tous genres ? La raison se refuse absolument à une pareille supposition ; il faudrait qu’une sorte de vertige se fût emparé de tous les producteurs.

Il se peut cependant que quelques industries particulières soient dans le cas de produire outre mesure ; mais le prix du produit qui s’a-

filit, rétablit promptement l’éqüilibre entre la demande et la production ; et telle est la nature des choses ; point de production sans consommation; l’étendue de l’une se mesure toujours nécessairement, sinon au moment même, mais du moins en peu de temps, sur l’étendue de l’autre.

Je sais bien , en outre , qu’un pays en possession de fournir un ou plusieurs autres des produits de ses manufactures , peut se trouver pendant quelque temps embarrassé d’un excès de puissance de production , lorsque les pays acheteurs établissent chez eux ces manufactures; on pourrait même penser que le temps viendra que chaque peuple se mettra à même de se soustraire à l’industrie de tous les autres , en produisant chez lui tous les objets manufacturés dont il a besoin ; mais , qu’un pareil état de choses puisse ou non avoir lieu, il ne doit inspirer aucune crainte pour la prospérité respective des peuples : ce n’est pas sur une grande étendue de commerce étranger qu’elle se fonde; la prospérité des peuples a fort heureusement une origine plus noble et plus élevée.

Qu’on se rassure donc enfin sur les développemens progressifs de l’industrie humaine;

cette propriété nouvelle, immense j quelle a créée dans le seirt des sociétés modernes , etf un des gages les plus assurés de leur bonheur.' Si le travail cessait d’étre un moyen d échange , s’il était arrêté dans ses progrès, les peuples seraient condamnés à reprendre le joug d’une dépendance servile : car, du moment que le ^vail né serait plus pour eux uné propriété indépendante , productive , croissant et s’améliorant sans cesse, l’alternative serait inévitable ; il faudrait, pour exister, s’attacher à la glèbe coiünie autrefois, et rentrer dans les ténèbres dé la barbarie. •

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