‹ Vues sur le systeme genral des operations industrielles ou plan de technonomie;Chapitre 3 sur 17 · VUES · texte numérisé non relu

VUES

ou

PLAN DE TECHNONjÔMI^^

Dessein et division de cet

a. Rien ne serait plus capable de produire une sorte d» 3> pluie d’inventions utiles, et, qui plus est, neuves et 5> oomme envoyées du ciel , que de faire des dispositioua » telles que les expériences d’un grand nombre d’arts » vinssent à la connaissance d’un seul homme , ou d’un » petit nombre qui, par leurs entretiens , s’exciteraient » mutuellement et se donneraient des idées , afin qu’à n l’aide de cette expérience guidée dont nous parlons ici, » les arts pussent se fomenter, et pour ainsi dire s’allun mer par le mélange de leurs rayons. »

Bacon de Verulam, de la Dign. et Accroiss. des Sciences.

Lorsque Bacon, par une force d’esprit singulière, fit cette belle et importante remarque, il était plus de deux siècles en avant du sien. Il saisissait, comme d’un coup d’œil, cette immensité de progrès que les arts industriels ont faits depuis cette époque.

Les connaissances qui les concernent ont subi le sort de toutes les sciences d’observa-

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tion : elles ont été long-temps un recueil de faits isolés, de documens pratiques qui, faute de liaison entre eux, occupaient la mémoire sans exercer la raison,^ et qui même semblaient résister aux efforts tentés à diverses reprises pour les soumettre à une classification méthodique.

Il est Vrai de dire qu’il existe, d’une part, tant de disparates ^tre les diverses catégories des opérations industrielles , et dans quelques-unes ^si peu de prise en apparence pour l’esprit; de l’autre, tant d’intervalle entre la pratique des arts et les sciences dont ils reçoivent des luinlères ; ou si l’on veut , si peu de rapprochemens et de méthode et de langage entre le Savant qui conçoit et l’homme industrieux qui exécute, qu’on explique facilement pourquoi toutes les branches de la production sont restées si long-temps sans adhérence et sans qu’on ait pu les réunir et les étayer les unes par les autres dans un système raisonné.

Le premier travail à faire a été sans doute d’examiner les détails dont se composent les dif rens arts, et de les décrire chacun en particulier,' en cherchant pourtant à expliquée les iilotife de chaque procédé, et à montrer comment il se lie à celui qui le précède, comme à celui qui le suit dans le même art. G’est ainsi qu’on rangea, dans une sorte d’Encyclopédïc, les di-

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vers travaux industriels, avant de penser à les classer d’une manière régulière.

Mais lorsque l’industrie s’étendit dans toutes ses parties, que les faits et les observations se multiplièrent, que l’administration publique eut à prononcer journellement sur ses intérêts,

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didactiques, les connaissances pratiques qu'on avaitrecueilliessur les arts; on écrivit des traités de technologie, et on les vit, sur-tout en Allemagne, exposés dans des cours publics , à côté des branches les plus importantes des connaissances humaines.

Ce n’est pas toutefois qu’on puisse regarder ces traités de technologie comme autre chose qu’un arrangement, une simple classificatiou systématique des procédés des arts. On y chercherait en vain des faits généraux , des déductions théoriques et fécondes, en un mot, une doctrine qui les domine et les embrasse tous; et, quelles qu’aient été les bases adoptées pour opérer les classifications technologiques connues, chaque art a eu son traité particulier et une place arbitraire; de sorte qu’on peut apprendre à connaître tous les détails de l’un, et n’avoir aucune notion, ni du précédent, ni du suivant : car il faudrait pour cela qu’ils fussent éclairés par une lumière commune.

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Lés cours de technologie, tels que nous les connaissons aujourd’hui, ne présentent donc qu’une suite de traités particuliers sur les divers arts , dont se compose l’industrie générale , rangés soit d’après le but qu ils se proposent , soit d’après lés matières premières qu’ils emploient, soit enfin d’après d’autres divisions aussi vagues et plus arbitraires.

. Mais où s’arrêter dans cette série immense des travaux industriels? Quel est l’ouvrage qui peut en comprendre tous les détails? Quel est l’es* prit que ne rebuteront point des pratiques sans nombre , dont le fil qui devrait les lier, se rompt à chaque instant? Aussi peut-on remarquer que •tous les traités de technologie sont incomplets de leur nature, et le plus souvent très-vagues , à cause des détails nombreux qu’on est obligé de sacrifier, de peur de tomber dans des longueurs extrêmement fatigantes; on peut ajouter encore que la marche rapide de l’industrie fait vieillir, avec une étonnante promptitude, tous les écrits de cette espèce.

Cependant, il faut l’avouer, la description des procédés des arts, seul objet jusqu’aujourd’hui des ouvrages technologiques, est d’un très-grand intérêt pour leur histoire ; mais nous ne pensons pas qu’elle puisse servir en aucune façon à les faire connaître et étudier profondément. Des

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descriptions indiqueront bien comment on produit actuellement dans les diverses branches d’industrie, mais elles ne creuseront jamais les fbndemens mêmes de la puissance et des ressources de la production, sujet d'étude fécond, où tous les arts viennent se lier et s’éclairer , comme le dit Bacon, par le mélange de leurs rayons.

Nous nous proposons , dans cet écrit , cette étude importante; nous voulons essayer de découvrir les bases sur lesquelles sont fondés le système général de la production et les principes dont tous les modes de travail ne sont , en dernière analyse , que des applications variée^. C’est en nous appuyant constamment sur les faits et sur les observations pratiques, que nous chercherons à nous placer dans un ordre de généralités tel que nous puissions rassembler implicitement , en un corps de doctrine , l’immense variété de détails dont l’examen attentif des opérations de l’industrie présente le tableau.

Nous n’allons donc nous livrer ni à de vaines dissertations à priori sur la production , ni à des descriptions de procédés industriels toujours incomplètes , et souvent plus fastidieuses qu’instructives , mais à l’exposition des bases d’une science qui , enchaînant les faits par leurs rapports et leurs analogies, semble appelée à les

dominer et à les expliqûer tons. Nous nommons cette science Technonomie.

Nous la verrons dans son cours toucher les doctrines des sciences naturelles , les pratiques infiniment variées de l’industrie générale , les théories esthétiques et la science même de la haute administration économique ; nous la ver-^ rons en un mot suivre le travail dans tous ses modes , sous toutes les influences matérielles et morales dont il est environné, ainsi que dans ses relations médiates avec laprospéritépublique.

Deux grandes divisions fondamentales en partagent tout le domaine : l’une a pour objet l’earposilion technique des divers systèmes de travail industriel et des principes généraux qui les régissent; l'autre les principes de l’économie manufacturière. Dans l’une, on montre comment on produit; dans l’autre, comment on gouverne la production comme moyen de fortune, ou, si l’on veut, comment on produit avec économie.

La grande tendance de la technonomie est le perfectionnement général du travail ; et ce point est d’une très-haute importance, car le perfectionnement du travail conduit à l’aisance générale , et l’aisance générale est le fonds dans lequel germent les bonnes mœurs, l’ordre public et l’amour de la patrie.

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