‹ VulcainChapitre 3 sur 7 · S III · texte numérisé non relu

S III

Explicalion tic la légende.

Si le principe religieux qui fait de Vulcain une représentation du Feu atmosphérique et terrestre.

Voicamis jitrlubetur, et in virtute supcniâ „ Fingitur, ac flelubra dcus« et nomiiie et orc,

Adsimilatus haijet, nec non regnare camii^is Fcriur, et Æoüu* sumoitis faber esse, vel Ætnæ.

Prudent, contra .SjrmmacA. lih. i, sers. M<|q.

(1) Tbeodor. Serin. 3 , de Anycl. t, IV 0 pp. p. 5 oa.

(2) Vulcanus, ut diximus, ignis est, et dictus Valcaiiiis, quasi

Volicanas, qiiùd per acreni volât. Servius, in Virgil. Æncid. lib. vm, vers. iii. ’

( 3 ) Martian. Capella, de PHUoloij. lib. i, pag. 79, od. iNuremb. »79i, in-8°. — Fulgcnt. Mythol. lib. 11, cap. i 4 . — Isidor. Ili.sp. Oriçi. lib. vm, cap. 1 1 ; lib. \ix, cap. 6. — .Mbrif. de l>eor.

est vrai, il faut qu’il nous donne l’explication de la légende tout entière. Nous^devons tenir le mot de toutes les énigmes particulières, si nous avons découvert celui de l’énigme générale. Examinons donc cette longue série de fables en les rapprochant' du jugement des anciens.

, Dans la théologie grecque rien n’était fait de rien ; tout être avait une cause. Seuls , l’Æther, la Pensée divine et la Matière (l’Egypte joignait à ces dieux l’Ame du monde), seuls, ces dieux, cause première et universelle, étaient honorés comme incréés et par conséquent impérissables. > •

Dans l’ordre symbolique pareillement, toute divinité qui représentait une substance élémentaire ou un corps céleste, devait avoir un père et une mère, du moins l’un ou l’autre , ou bien être issue d’une divinité androgyne. Les parents des dieux symboliques étaient généralement les mêmes que ceux des dieux réels. Chaque élément , chaque portion d’élément, était issu de la substance dont on le croyait formé. Les parents d’une divinité symbolique étaient seulement désignés par leur nom symboli- , que. 11 était arrivé aussi qu’un dieu fictif avait été réputé le.fils d’un dieu fictif plus ancien,' ou le fils du pays qui avait institué son culte, ou celui du

imay. cap, i5. — Eiislatli. In Ilimt. lit), i, cap. 3iG, t. I, p. a85, ed. Florent, p. i5o, cd. Koin. cap. 3iy, p. s86, ed. Florent, p. i.ii, ed, Kom.

(leuvc près duquel ce culte avait pris naissance. G’est ainsi que Hermès, Mars, Héraclès, dieux soleils, étaient nés de l’Æther et de la Matière primitive, nommés dans le culte symbolique grec üranus, l’Océan, le Chaos, la Nuit. C’est ainsi qu’Hélios, dieu soleil, était fils d’Hypérion, dieu soleil plus ancien, Saturne, fils d’Uranus, Jupiter lui-même, fils de Saturne. La Théogonie d’Hésiode est le tableau de ces généalogies des dieux fictifs.

Dans cet état des habitudes nationales, Vulcain, Feu atmosphérique et terrestre, devait avoir un père, et, dans la première dynastie des dieux symboliques, son père aurait dû être üranus. Feu æthéré. üranus-, en effet, pendant son règne, engendra Vesta, l’une des représentations du Feu terrestre, laquelle fut sa troisième fille*'*. Vesta, adorée sous la forme d’une pure flamme était aussi honorée comme déesse Terre à cause des feux qui brûlaient dans le sein du globe terrestre.

üranus , qu’une .révolution religieuse et politique avait détrôné, et que KrOnos avait dépouillé de la faculté d’engendrer, ne pouvait plus être le père de Vulcain dont le culte fut établi beaucoup

(1) (Semine Saturni), lertia Vesta fuit. Ovid. Foil. lib. vi, vers.

(2) Nec tu atiud Vestam, quam vivam intcllige Qanynam. Ovid.

Fait. lib. VI, vers. 291. ,

(.8) Vesta radern est quæ Terra. Idem ibùl. vers. 267,

plus tard que celui de Vesta ; c’est par,- conséqpient à Zeus ou Jupiter qu’on aurait dû conférer cette paternité. Homère apprécia cette convenance, et fit naître Vulcain de Jupiter et de Junon Mais on crut reconnaître que le Feu atmosphérique et terrestre prenait sa source dans l’air. Les aurores boréales, les feux volants, la formation de la foudre, durent inspirer cette opinion; elle s’établit si bien, que des philosophes allèrent jusqu’à croire dans des temps postérieurs que c’était l’air lui-même qui se transformait et prenait la nature du feu Le système qui aurait fait naître Vulcain de Jupiter présentait en outre un gi’ave inconvénient, c’était, de paraître changer la nature du dieu Feu en l’assimilant à son père. Jupiter, Feu æthéré, était un être pur, inaltérable, qui existait par lui-même; le Feu atmosphérique et terrestre au contraire , ou le Feu élémentaire, n’était pour les Grecs qu’un être créé, une substance mélangée, impure, qui tirait sa force de secours étrangers. Tantôt violent, tantôt assoupi. Us le voyaient s’éteindre, se rallumer, s’élancer sans frein s’ü trouvait de la pâture, ou bien périr faute d’aliments; quelquefois porter ses ouvrages à une perfection presque divine, quelquefois les abandonner imparfaits ou même inachevés. Reconnaître le dieu symbolique qui en était la représentation

(1) Homer. Ri<ul. lib. i,,vors. 578 .

( 2 ) Plutareb. de Is. et Osir. t. II 0pp. p. 365.

pour fils de Jupiter, c’était s’exposer à faire croire que, partageant la puissance de son père, il pouvait comme lui créer des âmes, gouverner le monde, porter ses regards dans le livre des destins; le peuple aurait pu admettre l’idée impie de deux dieux suprêmes, et cette dualité eût renversé les fondements de la religion,.

Ce sentiment sembla avoir décidé, si je puis parler ainsi, de l’état civil de Vulcain. Junon fcour roucée, dirent les fables, contre les infidélités de son mari, engendra ce fils toute seule : toujours chaste et vénérable même dans sa colère, elle le mit au monde sans le concours d’aucun être masculin.

■> Cette infériorité de nature ne parut point encore suffisante pour distinguer le malheureux Vulcain d’avec le Feu æthéré. Homère qui ne fit sans doute dans cette fable que recueillir d’anciehnes fictions, Homère qui dit Vulcain fils de Jupiter, jugeant apparemment qu’il fallait encore d’autres précautions, le rabaissa de plusieurs manières : il le fit naître boiteux , le peignit comme la risée des dieux à cause de ses jambes inégales, et ne craignit pas meme de dire que la belle Vénus avait déshonoré la couche du roi Vulcain son mari

Un poète aussi religieux qu’Homère ne pouvait pas flétrir un dieu de cette manière sans des motifs

(i) Itonior. Ody.ss. lit), vm, vers, sfig, 270.

puisés dans la religion elle-même ou dans les nécessités du culte. C’est donc dans la nature du dieu réel qu’il faut chercher la cause des infortunes du dieu symbolique. Vulcain était le plus faible des dieux, et il était boiteux, attendu la marche inégale et vacillante de la flamme, et le besoin quelle a d’aliment. Mais il était boiteux surtout si on comparait sa puissance à celle de Jupiter, Feu æthéré. Il naquit réellement avec cette difformité. Vulcain dit lui-même dans Ylliade : «Je fus précipité du ciel par « la volonté d’une mère barbare qui voulait me (( cacher aux dieux à cause que j’étais boiteux » Homère fait dire ailleurs à Junon : « Le fils que «j’ai engendré est Hêphaïstos, boiteux des deux « pieds , le plus faible de tous les dieux »

Une autre opinion chercha à s’établir beaucoup plus tard pour flétrir aussi la naissance de \ ulcain , ce fut de dire qu’il était bien fils de Jupiter, mais le fruit de ses amours secrètes avec Junon , liaison qui avait eu lieu trois cents ans avant leur mariage cette fable quoique autorisée par un passage de Platon par une scholie d’Homère, et par un vers fort vague de Théocrite*^\ n’eut jamais aucune con-

(i) Kpiiil'ou ^(eoXôv èàvra. Homer. Iliad. iib. xviil, vers. 897 .

(s) éixvÂc ■sàSas. Homer. Hjrmn. In ApoU. vers. 317. '

( 3 ) Schol. in Ilad. Iib. 1, vers. 609. — Vid. Ileyne, Not. ad Iliad. Iib. MV, vers. 296.

(.t) Pial. Hep. Iib. iii,l. Il 0 pp. p. 390.

( 5 ) Tlicorrit. Idyl. Iib. w, vers. 61 .

sistancc; celle d’Hésiode qui faisait naître Vulcain sans père, prévalut même sur la tradition d’Homère; Vulcain fut regardé dans l’antiquité comme engendré par Junon toute seule ^ Pindare confirma cette origine en disant qu’il avait été conçu sans les grâces, c’est-à-dire sans que sa mère eût accordé à Jupiter la faveur® que le moyen âge appelait merci, et que l’antiquité nommait grâces.

Tout ceci nous montre combien est fausse l’opinion d’ Apollodore , lorsqu’il dit que Vulcain devint boiteux en tombant du ciel Cet auteur n’a pas compris dans cette occasion le sens de la fable qu’il l'apportait. <

Les anciens- ont quelquefois erré quand ils ont voulu expliquer pourquoi Vulcain était boiteux. Servius se trompe quand il dit que c’est par la raison que la flamme ne s’élève jamais en ligne droite Pburnutus a dit ingénieusement : «Vulcain est boi- « teux puisqu’il ne peut marcher qu’avec un bâton «de bois c’est-à-dire un bâton qui brûle. « Héraclide de Pont a touché pleinement le but :

(1) Hesiod. Theoij. vers. 927, 928. — Apollod. lib. 1, cap.- 3 , S 5 . — Plutarcli. dma(.,t. II 0 pp. p. 781 . — Clavier, A’oI. in Apollod. loc. cit. t. II, p. 37, 38 .

(2) Pindar. ap. Plularch. loc. cit.

( 3 ) Apollod. lib. I, cap. 3 , S 5 .

( 4 ) Servius, in yEncid. lib. viii.vers. 4 i 4 .

( 5 ) Pbiirniil. Je \al. Dcor. cap. 19.

«Les anciens, dit-il, voulurent rappeler par celte « allégorie combien le feu terrestre est imparfait , «comparé au feu æthéré •’>. » Porphyre, Eustathe, expriment la même idée. « Vulcain est boiteux, dit «Porphyre, à cause de l’infirmité de l’élément qu’il « représente » « Il est boiteux des deux pieds, dit « Eustathe , par la raison qu’en tant qu’il est le Feu « il a besoin d’aliments » On voit bien que toutes ces explications sont fondées sur ce fait : Vulcain est le Feu.

En tombant sur le sein des eaux, le jeune dieu devait compter sur l’intérêt qu’il inspirerait aux Néréides. Ce sentiment était un effet de leurs dispositions naturelles.

Je dois donc parler ici brièvement de la nature de ces divinités; caries fables s’expliquent les unes par les autres. Les Nymphes en général sont les eaüx elles-mêmes, les eaux courantes, jaillissantes, bondissantes. Les Naïades sont les sources qui courent dans d’intérieur de la terre, s’y ouvrent des pertuis, en sortent, montent au-dessus des terrains, les raffraîchissent et les fertilisent Enjouées, rieuses , danseuses (c’est ainsi que les poètes les re-

(1) Heraclid. Pont, jlleg. Homer. ap. Gai. p. ii 45 , 446 ; ed. 1688.

(2) Porphyr. ap. Euseb. Prœp. evang. lib. iii, cap. 1 1, p. 112.

( 3 ) Eustath. in lUad. lib. I, cap. 3 18; tora. I, p. 287, cd. Flor.

(4) Nymphæ, Laurentes Nymphae, gcnus amnibus nndc est.

yirg. Æneid. lib. »III, ver*. 71.

VIILCAIN.

présentent à cause apparemment du bruissement et du tournoiement des eaux) , elles sont surtout éminemment bienfaisantes. Amies de l’homme, elles calment ses douleurs, lavent ses blessures, guérissent ses maladies, le servent encore après sa mort. Les Dryades , humidités nourricières des végétaux, s’attachent à l’arbre qu’elles ont choisi pour leur ami, ne le quittent jamais, meurent avec lui. Les filles de Nérée sont les vagues écumeuses qui blanchissent le front de leur vieux père. Au milieu d’elles se distinguent Thétis fltt* pieds d’argent, et la gracieuse Eurynome, celle qui coule bellement. Un invincible attrait appelle par conséquent ces divinités vers l’élément ardent. De même quelles se groupèrent avidement autour de la colonne ignée où Aphrodite se développa, de même elles se précipitèrent autour du dieu Feu descendu du ciel. Les eaux trouvèrent en lui le principe masculin qui devait régénérer le monde vivant. Cette amitié mutuelle était ordonnée par la nature des choses

L’enfant ingénieux, nous dit-on, exerça ses premières années à fabriquer des bracelets et des diadèmes pour la parure des Néréides avant de foirer

(i) Ex nnbibus aquæ, quas Nymphas esse non dubiuin est. Servius, ad Æneid. lib. I, vers, y 5 . — fons. Suidas, voc.

— Voyez Jupiter, partie ii, chapitre xiii, tome II, page J02 et suivantes.

le trident de Neptune, et d’aider ce dieu à ébranler la terre. Tout cela est facile à comprendre, .si le principe a été saisi. Ce n’est pas non plus sans motifs que les forges furent allumées dans les cavernes de l’Océan. Le génie grec exprime ici sous une fable riante la puissance du Feu uni à l’eau dans la formation et le travail des métaux.

Junon suspendue dans les airs aurait pu n’être que l’atmospbère placée entre le ciel et la terre. Junon à la chaussure d’or, chaussure qui est ellemême l’emblème des richesses de la végétation, sur lesquelles la déesse pose ses pieds, est bien en effet une représentation de l’atmosphère ; mais il y a ici un météore de plus. Junon avait soulevé une tempête contre le dieu Soleil, Hercule; et c’est pour l’en punir que Jupiter l’avait ainsi suspendue une enclume à chaque pied Il est visible d’après cette fable que l’air s’était obscurci, condensé par les gelées. L’atmosphère était presque privée de son élasticité : le Feu qui s’échappe naturellement des entrailles de la terre ou du sein des eaux, voulut lui rendre le mouvement avec la chaleur : voilà Vulcain allant délivrer sa mère.

Platon se courrouce contre la fable qui peint Jupiter, dans cette occasion, saisissant Vulcain et le précipitant lui-même du haut des deux. «Que ce soit « là ou non une allégorie, nous dit-il, nous ne souf-

(i) Honier. Ui(ui. lib. xv , vers, t'i seqq.

;< frirons pas qu’une pareille fable s’accrédite dans U notre république ; car nous ne devons pas laisser « croire qu’un fds est coupable pour avoir voulu H délivrer sa mère » Nous remarquerons que l’allégorie n’est pas ici seulement possible, elle est réelle et évidente; car Homère, ainsi que le dit Héraclide de Pont, ne peut avoir eu la pensée de proférer une impiété®. Platon d’ailleurs, en reconnaissant la possibilité d’une allégorie, en prouve par là même la réalité.

Dans cette seconde ebute, Vulcain, suivant le récit d’Homère, tomba sur les volcans de Lemnos. Cette autre allégorie est encore une allusion à un fait réel ; car c’est bien dans les volcans que le Feu se manifeste avec le plus de violence , et c’est bien par conséquent dans les volcans que le dieu Feu doit habiter. Virgile appelle l’île volcanique de Lemnos Vile de Vulcain; « c’est là , dit-il, que le dieu «puissant par le Feu est descendu du haut du «ciel®.» Vulcain, ajoute Homère, parvint dans cette île le soir, lorsque Phœbus dérobait sa lumière

(i) Plat, de Hep. lib. ii, t. II 0pp. p. 878 ; etapud Euseb. Pnrp. evany. lib. 11 , cap. 7 , p. 77 .

(î) Ileraclid. Pont. AUey. Ilomer. apud Gai. p. 445.

(3) Virgil. Æneid. lib. viii, vers. 422, 423. — M. Buttnian, en citant ce passage, dans son Myiholoyae. rapporte deux vers d'Anlimaque, où il est dit que In jlammc d'Hiphaisios sort du sommet le plus élevé du Mosyclos, principal volcan de l'ile.

au monde <’•. Homère, qui ne dit jamais rien sans motif, a voulu apparemment par ces mots faire entendre que la flamme des volcans de Lenmos était visible seulement le soir, lorsque le soleil avait quitté l’horizon.

Il est inutile de chercher qui sont les Cyclopes , compagnons de Vulcain. Les Cyclopes sont les volcans eux-mêmes , les volcans qui n’ont qu’un œil au milieu du front. Eh, que sont leurs enclumes et leurs marteaux, sinon les mugisseihents de la montagne embrasée ?

Vulcain foi^e la foudre parce que la foudre se forme de feux aériens. Les Cyclopes enfin en acèrent les trois dards conjointement avec lui, parce que les volcans rougissent l’air de leurs éclairs et de leurs scories embrasées.

L’entrée de Vulcain dans les deux est vraiment singulière. Nous avons dit qu’il s’y présenta, monté sur un âne, couronné de lierre, tenant en mains un thyrse et un flambeau, conduit par Bacchus, accompagné de bacchants et de satyres L’au-'^--^ thenticité de ce mythe n’est pas douteuse. Cette marche de Vulcain et de Bacchus était peinte à Athènes dans un temple de Bacchus '•“K et nous la

(1) Homer. lUad. lib. i, vers 692, SqS; lib. xv, vers. i8.

(2) Les Cyclopes étaient aiissi des dieux; ils avaient des autels à Corinthe. Pausan. lib. 11, cap. 2.

( 3 ) Hygin. Fah. 166.

(.'1) Pausan. lib. 1, cap. 20. <■

retrouvons sur, un grand nombre de vases antiques. Le sens en est assez clair; mais si l’on veut le saisir il faut se garder de croire que Vukain ait cédé à la puissance du vin. Une idée si basse ne s’offrit jamais aux poètes de l’antiquité. Homère, Hésiode, Orphée, Pindare, Æschyle, n’ont point enivré les dieux. Personnages d’un ordre secondaire, si les Bacchants et les Satyres semblent quelquefois s’être livrés au vin , ce sont là de pures licences ou des corruptions d’mie tout autre pensée.

La ti’adition , dit Ælien Aristide , qui fait rentrer Vulcain dans les deux conduit par Bacchus, est une énigme'^^K Ce mot est juste. Il faut seulement se rappeler, pour deviner l’énigme, que Bacchus représente le soleil d’hiver. Ce mythe sur lequel j’ai déjà disserté ailleurs , forme une des plus brillantes parties de la mythologie grecque Bacchus, dit Eusèbe , est le soleil honoré comme nourrissant les fruits au milieu des humidités Eusèbe ne fait ici que rapporter un fait indubitable. Bacchus est le soleil mûrissant les fruits de l’automne. Aussi les Grecs donnèrent-ils à ce dieu plusieurs attributs ({ui le classaient avec les divinités représentatives du système humide , c’est-à-dire de l’eau. S’il lût

(1) Kai aivtyftd èativ èv Aristid. Oral. 3 ; t. l

0 pp. p. 29, ed. 1722. Oxon. in-A”.

(2) Voyez mon Jupiter, t. Il, p. 3 i 5 , 488 ci suiv.

( 3 ) Euseb. Pnrp. evanij. lib. 1, eap. 9, p. 27.

adoré comme le dieu du vin, ce fut par une extension de cette, idée radicale , et par la raison encore que le vin est un des dons du soleil d’automne. Bacchus, soleil, commençait sa carrière annuelle à l’équinoxe d’automne, et la terminait à l’équinoxe du printemps, époque où il partait pour l’Inde. Une fable d’un sens si clair semble n’avoir pas besoin d’explication , car telle est la marche du soleil dans nos climats.

U en était de même de Silène , nourricier de Bacchus. Silène , gros et bouili , était un symbole <le6 vapeurs humides amoncelées dans les airs par la surabondance des pluies d’automne. On croyait que ces^ humidités alimentaient le soleil; c’était là un principe de la physique religieuse ; Silène , nourricier de Bacchus , était un emblème de ces humidités nourricières *•>. Les poètes, pour animer

(i) Quand les poêles eurent fait du soleil d'automne le dieu du vin, ce fut pour euï une conséquence nécessaire de représenter le père nourricier de ce dieu comme un biberon presque toujours dans l'ivresse. Mais ce jeu de leur imagination qui a produit tant d'inventions brillantes ne pouvait pas changer les idées fondamentales du culte. Le père nourricier de Bacchus, ne pouvait être qu'une divinité d'une nature correspondante à celle de Bacchus luimême, et c'est là aussi ce que nous voyons dans la légende de Silène. Elle nous montre en lui presque partout un symbole des vapeurs humides dont le soleil paraissait se nourrir dans l'opinion des anciens.

Une ancienne tradition le faisait naître dans la ville de Nysc, l>alric des Nymphes, c'est-à-dire des eaux qui avaient nourri Bac-

VDLCAIN

^lO

leurs tableaux, tliangèrent l’eau eu vin. Les tigres mêmes et les léopards qui figuraient dans le cortège du soleil d’automne, images du ciel pommelé de cette saison brumeuse , se gorgèrent de raisins et de vin. Mais le fond de l’idée était toujours la repréchus. C'est par cette raison que Catulle l'appelle Njsigena. né à Nyse [Elog. 63 , vers. ). D'autres le disaient enfant de la Terre fécondée par le sang d'Uranus, et ce sang n'était autre chose que la pluie (Servius, m Eclog. lib. vi, vers. i3). Cette fable l'assimile aux Géants, vapeurs humides dont nous parlerons tout à l'heure.

Suivant Pindare cité par Pausanias (liv. iii, chap. zS), il futélevé dans l'île de Malée, il y épousa Nuis, Naïader, dont le nom est proprement une désignation des Naïades en général. De file de Malée il vint à Pyrrhique, ville de la Laconie, où il lit don aux habitants d'un puits si abondant que s'il venait à tarir on croyait que l'eau devait manquer partout (Pausan. ibid.). Il disputa le prix du chant ù Apollon , et ayant été vaincu il fut changé en fleuve.

Plus d'une médaille nous olTre aussi ce sens qui ne semble jioint douteux. Toutes les fois que nous voyons Silène portant son outre dans un temple devant un cyprès, emblème du soleil, il est asseï évident que l'outre est une image de l'eau, cause de la fécondité de la nature. Telle est entre autres une médaille de Damas, ville de la Syrie. On y voit au revers d'une tête d'Otacilia, Silène debout; jxvrtant une outre dans un temple letraslyle ; dessous est une arche sous laquelle est une fontaine personnifiée et couchée tenant un épi dans la main droite, et une corne d'abondance dans la gauche; à côté est une urne renversée d'où coulent ^es eaux; dans le champ se trouvent une étoile, un croissant et un autel (Miounet, tome V, page âgé, n“ 72 ); il est bien vraisemblable que cette médaille est l'expression d'un sentiment religieux à l'occasion de l'abondance produite par l'action de l'eau. Je pourrais citer plusieurs médailles à peu près semblables à celle-là, où l'on voit réunis <à côté de Silène, symbole de l'humidité, des symboles de la chaleur qui se joint à l'eau pour féconder la terre.

senlalion des vapeurs qui , en s'agglouiérant dans les airs au temps voisin de l’équinoxe, sèment le ciel de taches inégales , et semblent par là le couvrir de peaux de tigres et de panthères.

C’est l’alliance de Bacchus, emblème du prin- ) cipe humide, avec Vulcain, emblème du Feu terrestre, que représentait le mythe de Vulcain conduit au ciel par le dieu des vendanges. Le Feu semblait s’élever dans les airs sous l’enveloppe de vapeur qui flottait au sein dé l’atmosphère Cette ascension de l’élément igné porté par l’eau volatilisée , est ime croyance dont les poètes se servirent fréquemment pour embellir leurs tableaux mytlïologiques. On en retrouve de brillantes expressions dans un grand nombre de fables et d’images , non-seulement de Bacchus , mais encore de Persée , d’Apollon , de Diane , de Jupiter. Toutes les divinités y participèrent ; les airs se peuplèrent d’animaux imaginaires, de coursiers et de chars aériens, qui n’étaient en réabté que des nuages.

Le mythe de Vulcain entrant au ciel, monté sur un âne , couronné de lierre , tenant en mains un thyrse et un flambeau , a donné sujet à bien des

( I ) J'ai le bonheur de me rencontrer sur ce point avec M. Creuier.

• Le retour de Vulcain dans les deux lorsqu’il y remonte accom- «pagné de Bacchus, nous montre, dit cet illustre archéologue,

• runioii du dieu igné et du dieu humide.» Creuser, SYmbotik, t. III,

libertinages d’esprit de peinti’es et de poètes qui ti'entendaient pas leur religion ou qui 'la méprisaient**^. Mais il est aussi des peintures dont l’expression est juste, et la signification véritablement religieuse , quoique sous des formes , il faut l’avouer, quelquefois peu décentes. Tantôt c’est Vulcain qui monte le coursier mythologique *'**, tantôt c’est Bacchus Quelques rapports sont alors différents , mais la pensée fondamentale est toujours la même.

L’âne, chez les Grecs, était un symbole du feu masculin qui agit dans la génération Cette idée n’appartient point exclusivement à la Grèce , elle se retrouve même dans les liyres des prophètes C’est en ce sens que l’âne est employé dans les compositions mythologiques dont nous parlons; on n’en peut douter à fattitude énergique que les artistes lui ont donnée.

Lorsque l’âne est monté par Bacchus, l’âne est l’emblème du principe igné masculin; Bacchus celui du principe humide et féminin. C’est ainsi que sur des médailles de Mendé , ville fameuse par le culte

(i) Voyei la Galerie mythol. de Millin, t. I, pl. xiii, fig. 337-

(s) Millin, Peint, de vases, pl. Lxxxv, fig. 338. — Peint, de vase tLi chevalier Hamilton. t. 111, pl. ix, et t. IV, pl. xxxviii.

(3) Millin, loc. cil. pl. lxxxiii, fig. 336.

(4) On peut voir les témoignages que Vossius a rassemblés à ce sujet. De Orig. idol. lib. ii, cap. 3, t. I, p. 173; lib. ill, cap. 76, p. 565.

(5) Eiechiel. lib. \xiii, cap. 20.

CULTE DE CE DIEU, S lll.

quelle rendait au bouc, auti’e emblème du principe masculin, on voit Silène monté sur mi âne dont l’attitude est également très-prononcée. Le groupe de Silène monté sur l’âne , offre entièrement la même pensée que celui de Baccbus sur l’âne. Il ne s’agit de vin ni dans l’une ni dans l’autre de ces compositions. Nous sommes trop habitués à voir des tableaux de llivresse dans les Bacchanales représentées par les artistes anciens; ce sont des idées religieuses qu’il faut y chercher, car tout ou presque tout est religieux dans les images que la Grèce nous a léguées. Baccbus, Silène, l’âne, le bouc, sont des emblèmes du principe ardent et du principe humide, dont la réunion perpétue sans fin " l’œuvre du créateur.

Lorsque l’âne est monté par Vulcain , c’est le Feu masculin seul, mais dans tout son développement que le monument représente. Le flambeau, généralement employé comme symbole de la vie, devient, placé dans les mains de Vulcain, celui de l’ardeur génératrice qui la communique. Qu’est-il besoin de dire la signification du thyrse? Droit, ferme, robuste, creux, rempli de moelle , et terminé par une pomme de pin, emblème ellemême de la fécondité, cet instrument offrait une idée claire à tout initié. La couronne de lierre enfin que portait Vulcain, rappelait par sa verdure la perpétuité de la vie que le f eu masculin transmet

de générations en générations. Le dieu de Lemnos, en un mot , était honoré dans ces images , suivant l’expression d’Euripide, comme le dadoaque qui porte le jlamheau aux noces des mortels Vulcain ainsi caractérisé ne représentait plus le Feu de l’âtre, le Feu de la foudre , celui des volcans , il représentait le Feu masculin générateur, que la Grèce avait uni au principe générateur humide. Il faut encore répéter ici avec Varron : Causa nascendi duplex, ignis et aqua, « Deux éléments concourent à la formation de «l’homme, le feu et l’eau. »

Ce qu’il y a peut-être de plus curieux dans ces compositions . c’est de les voir le plus souvent exécutées sur des vases funéraires. Quels rapports existait-il donc entre Bacchus, Silène, les Faunes, Vidcain , Vénus et le culte des morts? Le langage üguré de la religion est énigmatique, mais il est toujours semblable à lui-même et facilement intelligible. C’est encore l’union du principe igné et du principe humide, nécessaire à la formation des corps vivants, que nous retrouvons dans ces images de la décomposition des corps morts. Le vase qui , dans sa signification la plus générale , est un symbole de l’eau, devient ici particulièrement celui de la terre, matière humide où les corps descendent et se décomposent. Vulcain, les Satyi’es, représentent le Feu générateur masculin; Bacchus, Silène, les

(i) 6'n/)ra, p. 19.

CULTE DE CE DIEU, S III. Ub

Faunes, Thélis, les Nymphes, l’élément générateur, humide , féminin ; et ces divinités réunies nous indiquent les principes communs de la vie de tous les êtres. Aphrodite, formée elle-même de Feu masculin générateur, et d’une cause génératrice humide, est le symbole de ces deux principes, et celui de l’attrait qui les appelle et les attache l’un à l’autre. Gérés Chthonia a désuni ces deux principes formateurs; de nouveau Aphrodite les rassemble

(i) Varron peint avec exactitude le caractère physique de Vénus Aphrodite , et la cause naturelle de sa puissance. Dans la nature , nous dit CP savant Romain, le feu et l'eau se recherchent; ils ont de l'attrait l'un pour l'autre , et c'est l'union de ces deux éléments qui donne naissance à Thomme ; Causa nascendi duplex ; iÿuis et aqua. De là est venue une des cérémonies du mariage usitée chez les Romains, Ideo ea {iynis et aqua) iu nuptüs in Umine adhihentur, quod conjungit hic. Et mas ignis. quod ibi semen; aqua femina. quod fêtas ab ejus humore, et

eomm junctione sumit V enus C'est ce que les poètes ont exprimé

quand ils 6nt représenté une semence ignée tombant des cieux sur la mer, et Vénus se formant de la conjonction du feu et de l'eau. Poetœ de cœlo semen igneum cecidisse dicunt in mare ; oc nalam e spumeis Venerem conjunctione ignis et humoris : quam haberet vim signijicantes. (Varro, de Ling. lat. lihr. iv, t. I, pag. i8, ig; ed. Bipont. ) L'ensemhle de ce passage nous dévoile pleinement la pensée qui a présidé à l'invention du personnage d'Aphrodite. Mais rien ne montre mieux l'esprit de cette fable que le culte rendu à Aphrodite sous le titre de Vénus sépulcrale, et que les surnoms dérivés de celuilà. On honorait à Thèbes, en Béotie, une Vénus sépulcrale, sous le titre d'Aphrodite Epitjrmbia; à Rome, elle avait un culte sous le nom de Vémts Libitina. Les plus savants des Romains, dit Plutarque à ce sujet, l'adorent sous ce nom d'aphrodite Libitina. par la raison qu'elle exerce également sa puissance sur la formation et sur la mort de l'homme : ov xaxSs eU piav Sévapiv Q-eoO jà xepl ràs

U6 VlILCAIN.

Un nouvel homme va se former. Écartons de ces images toute idée de Bacchanales et d’ivresse. Il s’agit ici de ce que la religion a de plus sacré, de la décomposition et de la recomposition des corps , de l’immortalité de l’âme , par conséquent des lois les plus- saintes de la morale, des jouissances étemelles qui doivent en être le prix ; et tout cela est représenté sous des formes riantes et pleines de grâces.

La formation de Pandore était encore auprès des Grecs une haute leçon pour l’enseignement des dogmes, comme pour celui de la morale. Vainement l’habile artiste avait doué cette femme charmante de la beauté la plus achevée ; vainement les déesses l’avaient enrichie des plus brillantes qualités; Pandore n’était encore qu’un automate. Pandore n’avait point d’âme. Émanation du Feu æthéré ,

ytviaets xai ràs tekemàt àvdmopTet (Plutarch. Nama, t. I Opp p. 67-, E. conf. eund. Qaœst. Rom. tom. II Opp. p. 169 a). Libitina était l'arbitre oa la maîtresse des nouvelles unions qui se forment entre les éléments après la mort de l'homme. A Thèbes, on appelait les mânes aux libations qui se pratiquaient auprès d'une petite statue de cette déesse. Larcher rejette ces deux surnoms par la raison qu’il ne voit Vénus sépulcrale honorée qu’à Thèbes et à Rome {Mim. sur Vénus, page aSg)'. Ce motif n’est pas suffisant, car Larcher cite lui-même (p. ead.) la Vénus Tumboruchos, d’Argos, protectrice des tombeaux, dont S. Clément affirme positivement l'existence ^S. Clem. Alex. Protrept. p. 33 ) ed. Potier, et une Vénus infernale, mentionnée dans des inscriptions; de plus ce culte n’eût-il été en usage que dans une seule ville, la pensée radicale serait encore prouvée.

CULtE DE CE DIEU, S III. kl

1 ame est eUe-même une divinité immortelle. Le Feu terrestre ne l’engendre point. C’est Mercure Psychopompe, suivant Hésiode, qui, sur l’ordre de Jupiter, choisit dans la foule des âmes la plus fourbe et la plus perverse , et l’insuffla dans ce beau corps ***. Étranger à cette opération , Vulcain forma les dehors; là sejerminait l’œuvre du dit|i Feu.

Même pensée dans la fable de la formation du vautour de Prométhée. Il avait son âm& aussi , moins pure que celle de l’homme, plus mêlée de substance terrestre; mais quelque peu quelle renfermât de ce Feu æthéré, Vulcain était hors d’état de le lui ' communiquer

, Les ouvrages purement mécaniques de ce dieu sont autant d’emblèmes des merveilles que le Feu produit tous les jours dans le monde créé.

Au nombre des services rendus aux dieux par le bienfaisant forgeron, il faut remarquer sa victoire sur le géant Clytius. Elnfants de Gè ou de Ghè , les géants étaient les symboles des vapeurs exhalées de la terre ou dés nuages qui semblaient entasser les montagnes l’une sur l’autre , et tenter d’escalader les cieux. Quelques mythologues disaient que Ghè les avait enfantés fécondée par le sang qui coula de la blessure d’üranus dans sa muti- •

(i) Uesiod. 0 pp. et D. vers. 67, 77.

(3) Animamqiie ei ab Jove Iraditani dicunl. Hygin. Portic. aslronom. lib. 11, cap. 1 6.

latioi) *'>, c’est-à-dire par d’abondantes pluies imprégnées de feu ; d’autres les faisaient enfants de Neptune ce qui était également intelligible. On connaît la poétique histoire de ces nuages divinisés. Tantôt géants monstrueux, ils soutenaient leurs immenses corps avec des jambes de serpents <®)î‘<ïbmme fds de la Terre, tantôt le nuage prenait les formes de -mille animaux réels ou fantastiques. Généralement les modèles de ces êtres imaginaires étaient choisis parmi les animaux employés dans les monuments en qualité de symboles de la nature humide ; c’étaient des bœufs , des chevaux , des pégases , des centaures •*), des hippocentaures , des cygnes , ou bien c’était Méduse elle-

(i) Hesiod. Theog. vers. i83 se<jq. — ApolloJ. lib. i, cap. 6, S I et 3.

(3) Apollod. lib. I, cap. 6, S A.

(3) Apollod. ibid.

(i) Nous sommes si accoutumés à prendre les centaures pour des hommes à cheval qu'il semblera peut-être bien téméraire d'avancer que ces prétendus Pigue-baafs sont des enfants de Néphélé , on en d’autres termes des Nuées. On pourrait cependant donner des preuves sans nombre de ce fait mythologique. Je me borne en ce moment à dire avec Lucrèce :

Nam certé ex vivo Centauri non fuit imago ;

Lib. iT, v«*r». 743.

OU bien avec Virgile s'adressant à Hercule, die u soleil :

Tu nubigenas, invicte bimembres,

Hylœumque , Pholumquc , manu ; tu cressia mactas Prodigia

./^ncid. lib. Tiii, v«n.

même, la tête coilTée de ses serpents*'*. Dans le combat que ces géants et ces monstres *^* tentèrent contre l’Olympe, il fallut toute l’activité des dieux Soleil, Hercule, Mercure, Apollon, toute la sagesse de Miverve, toute la puissance de Jupiter, pour préserver le monde d’une subversion universelle. Dans ce choc des ténèbres contre la lumière, Clytius jetait de l’eau à gi’ands flots pour uoyer le genre humain. Le dieu Feu le combattit en lançant contre lui des pierres embrasées *®*. Les champs phlégréens devinrent les témoins de son triomphe.

Page 1