‹ VulcainChapitre 6 sur 7 · S VIII · texte numérisé non relu

S VIII

F^tcs en l'honneur de Vulcain. — Principaux naonuments qui le représentent.

Si Vulcain est le feu, les fêtes célébrées en son honneur doivent être un hommage rendu au dieu Feu, les monuments qui le représentent une répétition de ce vœu : nous devons adorer le dieu Feu.

La plus ancienne fête de ce genre que nous connaissions, celle que les Athéniens nommaient Chalheia, la fête de l’airain, remontait à une très-haute antiquité On l’institua en l’honneur de Minerve surnommée Ergané, c’est-à-dire Minerve considérée comme l’Ouvrière divine ou la Pensée du créateur. Elle fut nommée Pandémort , parce que le peuple entier de l’Attique y était d’abord appelé. Elle fut aussi nommée Athéneia , ou la fête d’Athènes. Vulcain, lorsque son culte eut été institué, y fut adjoint comme chef de tous les fabricateurs , père et guide de tous les ouvriers qui travaillaient par le feu. C’est de cette époque qu’elle fut appelée la fête de l’airain <'•**.

Une autre fête non moins fameuse dans l’histoire d’Athènes, et à peu près aussi ancienne, est celle

(i) Suid. voc. XâXxeia. — Elym. magn. voc. ead.

(î) Pollux, Onomast. Hb. vi, cap. xxiv. — Harpocrat. apiid Meursium, Gnec. fer. t. III opp. col. 973 . — Vossius, de Ungin. idol. lib. Il, cap. Lxvi’, pag. 3a8.

que les Athéniens nommaient Lampadophorie, ou la fête des flambeaux. Elle se célébrait trois fois chaque année : une première fois en l’honneur de Minerve, une seconde fois en l’honneur de Prométhée, une troisième fois en l’honneur de Vulcain. Les Athéniens y rendaient hommage à la Pensée divine qui avait formé le monde , à l’homme de génie qui civilisa les Grecs encore, barbares, à l’Élément divin qui en se communiquant avait régénéré l’existence humaine. Les rites principaux étaient les mômes dans ces deux fêtes. Des coureurs s’élancaient dans une carrière avec rapidité, tenant en main un flambeau allumé dont l’extrémité brûlait dans une corne; et en courant ils se transmettaient ce flambeau de l’un à l’autre Cette course s’exécutait à l’entrée de la nuit dans la fête de Minerve au Pyrée, dans celles de Prométhée et de Vulcain au Céramique ***. Quelquefois les porteurs de flambeaux couraient à cheval **), ce qui était apparemment un hommage rendu à Pallas , déesse des combats. Depuis que Pisistrate eut consacré une statue à l’Amour dans les jardins de l’académie, les

(i) Herodot. tib. viii, cap. xcviii. — Pausan. lib. i, cap. xxx. — J. Pollui, lib. VIII, cap. IX. — Themistius, Oral, de Theodos . — Schol. in Pers. sat. vi , vers. 6 1 .

(s) Plat. De Rep. lib. i, t. III opp. p. 3a8 A.

(3) Etymol. niagn. voc. Kepofxixôc.

(4) Plat, de Rep. lib. i , t. III opp. p. 3a8 A.

coureurs de Prdméthée et de Vulcain allumèrent leurs flambeaux au< pieds de cette figure Cette circonstance montre un honneur particulier décerné au feu du génie et au feu masculin qui se reproduit de génération en génération par le dieu appelé le Dadoogae des noces.

Image du feu, le flambeau allumé est généralement employé dans les compositions mythologiques comme un symbole de la vie, et de lame qui en est la source. Les deux flambeaux si fréquents sur les monnaies et le serpent qui s’agite entre deux, sont aussi l’emblème de la vie actuelle et de la vie future promises par les lois de la métempsycose. Heureux donc le père qui communique à des fils, avec l’existence , l’amour de la patrie et la crainte des dieux, dont il est lui-même pénétré. C’est ce que représentent les coureurs dans les fêtes, de Prométhée et dans celles de Vulcain par le flambeau qu’ils se transmettent l’un à l’autre. Lucrèce exprime cette idée sans voile lorsqu’il dit : « Un court inter- «valle renouvelle les générations; et, comme aux « courses des jeux sacrés , nous nous transnîettons «de main en main le flambeau de la vie » Nous retrouvons encore ici la religion et sa morale que

(i) Plularch. Vit Solon, p. 79 B.

(a) Inque brevi spatîo mutantur secla animantûm ,

Et quasi cursores vilaï lampada Iradunt.

Lacret. Üb. lit ver». 77, 78, (nid. de Lagrange.

les législateurs de la Grèce offraient au peuple jusque dans les jeux propres à son culte et à son amusement.

Depuis la bataille de Marathon un nouveau dieu fut ajouté à ceux qui faisaient le sujet des courses : ce fut le dieu Pan , peu honoré jusqu’alors chez les Athéniens, et regardé comme un des grands dieux dans l’Arcadie. Une lampe y veillait sans cesse devant sa statue**^. De là son nom de Lacidas Pan^^K On voudrait croire que ce dieu représentait l’ensemble des êtres, et que la lampe allumée était le symbole de l’âme du monde ou de l’âme qui vit dans la totalité de l’univers; mais il n’existe là-dessus aucun témoignage classique. L’âme du monde n’a plus été honorée dans la Grèce comme une divinité depuis que les âmes répandues dans l’universalité des corps ont été prises pour autant de divinités particulières. Il est plus vraisemblable que le dieu Pan étant le feu excitatif masculin, la lampe, comme le flambeau employé dans les jeux, fut le signe de ce feu excitatif. Cette ressemblance le rapprochait de Vulcain , avec qui il partageait l’honneur des jeux. On sait que sur une médaille de Cerasus dans le Pont, la figure de Pan est représentée tenant dans la main droite une torche allumée , et dans la gauche le pedam. Cette médaille peut être une allusion aux

(i) Herodot. lib. vi, cap. cv. — Pausan. iib. vni, cap.

(s) Larcher, note sur Hérodote, bv. vi, cbap. cv, p. 45o.

jeux d’Athènes-, dans tous les cas, elle est remarquable à cause de la torche allumée, symbole de Pan 9). >

Diverses médailles rappellent ces jeux, ou bien font honorer le feu, à qui les jeux étaient réellement consacrés. Telle est une monnaie d’Athènes où l’on voit, d’un côté, une tête laurée de Vulcain, près de lui ses tenailles, et au revers deux flambeaux allumés. Une monnaie d’Hephæstia, dans nie de Lemnos, où se trouvent,' d’une part, une tête virile diadémée , et dans le champ une torche , n’est pas moins expressive

D’autres monnaies, celles de Lipara, par exemple, île consacrée à Vulcain, nous offrent des têtes de ce dieu coiffées du pUeus, espèce de bonnet de forme fo/u’qiue®, emblème par lequel on entendait exprimer la concavité du ciel où le feu est censé habiter et d’où il émane. C’est ce que Porphyre, cité par Eusèbe, dit en propres termes : «Vulcain est ordi- <( nairement représenté sous la figure d’un homme « coiffé d’un pileiis bleu , emblème par lequel on « entend exprimer la concavité du ciel »

Winckelmann fait une erreur à ce sujet : il re

(1) Mionnet, t. II, p. 348, n° io3.

(2) Eckhel, t. II, p. 216. — Idem.t. II, p. 5i. — Mionnet, t. I, p. 43i, n“ 2.

(3) Mionnet, 1. 1, p. 344, n° 36à 4i; et Suppl, t. I, p. 463, n° 1 o

— Eckhel, t. I, p. 270. V

(4) Porphyr. apud. Euseb. Prwp. evaïuj. lib. iii.cap. xi, p 112.

marque que ce bonnet est quelquefois d’une forme ovale et presque conique, ou même recourbé par le haut à l’imitation du bonnet phrygien , et il cite en exemple une urne funéraire du capitole Il faut observer que cette forme est abusive : le pileus doit être arrondi par le haut comme la voûte céleste.

Quelquefois, parmi les signes qui représentent Vulcain, la torche est supprimée. La tête est souvent laurée; mais les tenailles, l’enclume, le marteau, tiennent la place du symbole qui est exclu, et rappellent le feu fabricateur aussi bien que le ferait la torche elle-même.

D’autres monuments nous montrent Minerve se dérobant à l’amour de Vulcain. Tel est le bas-relief en bronze exécuté vers la lvi' olympiade parBatydès dans le temple d’Apollon, à Amycles; on y voyait Minerve fuyant Vulcain qui la poursuivait J’ai dit l’amour de ce dieu pour elle. La passion du dieu Feu pour la Pensée divine est toute naturelle

(i) Winckelmann, Essai sar l'alUg. t. I, p. i46. — Admiiunda Homan. tav. 8o.

(a) Pausan. lib. III, cap. XVII et XVIII.

(3) Je ne fais pas mention d'une fabie portant que Vulcain a accouché Jupiter de Minerve en lui ouvrant le front avec une bâche, et qu'il est devenu amoureux d'elle en la voyant sortir tout armée du cerveau de ce dieu. Cette fable, quoique parée du nom de Pindare,me paraît étrangère à la Minerve athénienne. Son moindre défaut est de blesser toute cbrnnulogic-, rar Vulcain n'était pas né

A Athènes , près d’un portique appelé le portique du roi, était le temple de Vulcain , et dans ce temple une statue de Minerve. «Je ne m’étonne point de « ce rapprochement , dit à ce sujet Pausanias , quand «je pense à ce qu’on raconte de la naissance d’Eri- « chthonius »

Si Vulcain veut forger même une arme, c’est en présence d’une statue de Minerve qu’on le place. Il consulte sa déesse favorite pour conformer cette arme à la poitrine d’un héros

Sur la base enfin de la statue de Minerve placée par Phidias dans le Parthénon d’Athènes, cet artiste représenta en bas-relief Pandore et tout ce qu’on savait de sa naissance Le texte de Pausanias n’est pas plus développé; mais on supplée facüement à ce qui n’est pas exprimé. Si le bas-relief renfermait tout ce qui est relatif à la naissance de Pandore , on y voyait Minerve applaudissant à Mercui'e Psychopompe qui choisissait une âme pour elloi On y voyait aussi cette déesse l’ornant elle-même des dons de filer, de tisser et de broder. Vulcain dieu Feu

(jue déjà Minerve régnait sur les Athéniens. Cette composition est très-commune sur les monuments étrusques. J'aime mieux celle de Phidias on de son contemporain , représentant Minerve qui s'élance tout armée du front de Jupiter sur un char à huit chevaux.

(1) Pausan. lih. i, cap. xiv.

(2) Voyez le frontispice de cet ouvrage. Mionnet, t. IV, p. ifii, n"9>9-

( 3 ) Pausan. lih. 1 , cap. xxiv.

atmosphérique et terrestre était incapable de l’animer : seul le feu æthéré avait le pouvoir de créer les âmes.

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