TRISTIA
11 n'est rien que le temps n'adoucisse ou n'efface ; On oublie^ en avrils les âpretés des froids^ Et l'on ne se souvient de neige ni de glace, Lorsqu'en juillet le blé jaunit ses épis droits.
Mais tout est^ dans ce monde espérance ou menacC;, . Ce qu'on attend vous fuit comme l'eau dans les doigts; On travaille, on oublie, et pourtant, quoi qu'on fasse On repense à ses deuils pour les souffrir deux fois.
On le doit à ses morts ; la mémoire maîtresse Ramène le flot noir des souvenirs anciens, Dont, comme au premier jour, le coup saigne et vous
[blesse;
Et comme notre vie est, malgré tous ces biens. Courte pour les bonheurs^ longue pour la tristesse, On meurt autant de fois que l'on perd un des siens.
Un autre jour, notre poète se lamente. Il s'est pénétré de la fragilité du souvenir. Il a peur d'oublier. Crainte honorable et salutaire.