Rome, avant le 25 av?nl
Air : Se ardir e speranza, en fa, pour soprano, avec accompagnement de deux violons, alto, violoncelle et basse, deux flûtes et deux cors (paroles du Démo fonte de Métastase).
Ms. chez M. Malherbe, à Paris.
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L'autographe de cet air porte l'inscription : di Amadeo Wolfgango Mozart, net mese d'aprile anno 1770, a Roma ; et nous avons vu que Mozart, dans sa lettre du 21 avril 1770, annonçait qu'il « était en train de travailler » à la composition de cet air, — probablement pour l'une des « académies » où il allait avoir à se produire.
En tout cas il est curieux de voir que Mozart, dans cet air, comme dans le suivant n° 90, a mis en musique des paroles du Demofonte de Métastase, auquel il avait emprunté déjà le sujet de son quatrième et dernier air de Milan, après avoir traité, dans les trois précédents, des vers de l'Artaserse du même poète. Sans doute il aura voulu, en pendant à sa première série milanaise, composer une seconde suite de trois airs, d'après un autre poème : mais, cette fois, destinant ses airs à des séances publiques, au lieu d'avoir à y montrer qu'il était capable de traiter les diverses formes de l'air d'opéra, il a donné à ses trois airs la même coupe, éminemment concertante, du grand air italien avec demi da capo.
L'air n° 88 nous le fait voir, d'ailleurs, plus familiarisé encore que naguère avec le style italien de son temps, et préoccupé surtout de la voix, tout en accompagnant celle-ci d'un orchestre nombreux et varié. Comme dans les airs de Milan, et comme dans d'autres airs italiens que nous décrit liurney, le morceau débute par une longue n symphonie », d'ailleurs charmante, qui sert ensuite à accompagner le chant. Celuici, dans la partie principale de l'air, a deux strophes, dont la seconde,
seule reprise au da capo, n'est qu'une variation de la première ; et, entre cea deux strophes, une petite phrase de quelques mesures apparaît déjà comme un rudiment de second sujet, de même qu'une phrase analogue dans le premier des airs milanais. Quant à la seconde partie de l'air, en ré mineur, elle est assez insignifiante, contrairement à ce que l'instinct de Mozart lui suggérait dans ses airs antérieurs : le goût italien d'alors, ici, l'emporte sur son génie naturel. Mais, d'autre part, la ligne mélodique de la partie principale a une ampleur et une élégance remarquables, avec des ornements nombreux, toujours bien conçus pour la voix ; et l'on ne saurait trop admirer la manière dont Mozart, à présent, subordonne son orchestre à la voix du chanteur, tout en lui conservant une grâce exquise, avec ses petits dessins de flûtes, son alternance d'effets de basses et de violoncelles, et l'incessante rivalité de ses deux violons.
Détail curieux : dans d'autres compositions contemporaines des mêmes paroles de Métastase, et notamment dans un aird'Anfossi, les vers qui servent pour la partie principale sont ceux dont Mozart à fait sa petite seconde partie, tandis que les mots Se ardire e speranza y deviennent le sujet de cette seconde partie. Et puisque, aussi bien, chacun des airs du poème de Métastase a été traité par une foule de maîtres italiens, rien n'est plus intéressant que de comparer, au fur et à mesure, leur traitement d'un air avec celui de cet air par Mozart : ici, le jeune Allemand se révèle à nous déjà parfaitement nourri du style italien; et l'air d'Anfossi, par exemple, sur les mêmes paroles, n'est ni mieux adapté aux habitudes des castrats, ni d'une instrumentation plus docilement soumise au chant.