Rome, du W au 14 avril
Contredanse en si bémol, pour deux violons, basse, deux hautbois et deux cors.
K. 123 Ms. à Berlin.
L'autographe de ce petit morceau porte simplement contradanza ;'mais une lettre, citée plus haut, de Léopold Mozart décrit une « contredanse » que l'enfant vient de composer; et tout ce qu'il en dit se rapporte trop directement au n° 87 pour qu'il puisse être question d'un autre morceau. Aussi devons-nous reproduire encore ce passage, daté de Rome, le 14avril : « Wolfgang vous envoie une contredanse dont il désire que M. Hoffmann compose les pas, et de telle façon que deux personnes seulement dansent, lorsque les deux violons jouent, comme préludant au reste, et puis qu'ensuite toute la compagnie danse ensemble, chaque fois que l'orchestre entier se met à jouer. Ce qui serait le plus beau, c'est que cinq couples différents pussent danser à tour de rôle, le premier commençant au premier solo, le second au deuxième, et ainsi de suite : car le morceau est fait de cinq soli et de cinq tutti. »
En effet, la contredanse est formée de cinq petits sujets séparés, dont chacun est joué d'abord par les deux violons, puis repris, exactement pareil, par lorchestre entier. Et non seulement ce morceau nous montre combien Mozart était toujours préoccupé de la danse, dès ce moment de sa vie: nous y voyons encore que ses souvenirs musicaux de Salzbourg savaient, au besoin, se réveiller, lorsque l'enfant avait à écrire pour son pays. Car presque tous ces petits sujets sont d'une allure foncièrement salzbourgeoise, où se mêlent même, parfois, des réminiscences de Rameau et des danses françaises. Cependant, tout porte à croire que la musique italienne aura contribué à suggérer à Mozart
l'idée de ces soli des deux violons, puisque nous avons vu et verrons encore Mozart, durant le séjour d'Italie, emprunter à la musique locale l'habitude de ramener toute la partie essentielle du travail musical aux deux violons, tandis que tout le reste de l'orchestre se réduisait à un rôle assez accessoire. Cette habitude aura fait naître, dans l'esprit de l'enfant, la pensée d'opposer des phrases pour deux violons à la répétition des mêmes phrases avec accompagnement de l'orchestre entier. Aussi bien trouvons nous, entre les deux violons, l'égalité que nous avons signalée, souvent déjà, dans les œuvres précédentes; et il y a même quelques passages où les deux violons se livrent à des imitations en contrepoint.