‹ W.-A. Mozart (volume 2)Chapitre 102 sur 178 · Rome, avril on mai · texte numérisé non relu

Rome, avril on mai

Air en mi bémol : Se tutti i mali miei, pour soprano avec accompagnement de deux violons, alto, deu.x hautbois, deux cors et basse.

Ms. à Berlin.

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Adagio et allegretto (en ut mineui']

L'autographe porte l'inscription : à Roma, 1710, di Amadeo W. Mozart : mais comme Mozart, jusqu'au 25 avril, a été occupé de VrW Se ardire (n" 88), dont il parle dans deux de ses lettres, ce n'est donc qu'après cette date qu'il a pu s'occuper du présent air, dont les paroles, de même que celles des deux précédents, étaient empruntées au Demofonte de Métastase.

L'air Se tutti i mali avait été autrefois mis en musique par Basse, avec un succès de popularité qui devait encore piquer l'émulation de l'enfant. Les paroles de l'air disent : « Si je pouvais te raconter tous

mes maux, je te ferais éclater le cœur; une pierre même pleurerait à les connaître. » Mais Mozart, non plus que Hasse, ne s'est inquiété de donner à sa musique l'expression désespérée qu'exigeraient de telles paroles : il y a mis simplement la petite plainte, tendre et douce, qui était un des sentiments qu'il traduisait le plus volontiers.

Son air a la coupe, désormais constante chez lui pour les grands airs d'académie, du demi da capo; et la première partie, comme dans les airs précédents, malgré l'étendue de ses deux strophes, n'a encore, proprement, qu'un seul sujet. L'orchestre, toujours comme dans les deux autres airs tirés de Demofonte, est constamment occupé, mais sans cesser de jouer un simple rôle d'accompagnement. La voix, par contre, est de plus en plus traitée avec le souci de son caractère propre; la déclamation est excellente, et nombre de petites cadences viennent se fondre, par endroits, dans la belle suite de la ligne musicale. La seconde partie de l'air, cette partie récitative que Mozart, naguère encore, avait essayé de relever en lui prêtant une signification pathétique très intense, nous apparaît ici décidément sacrifiée : la mode italienne a eu raison, pour un moment, des velléités novatrices du génie de l'enfant. Courte et banale, cette seconde partie n'a, pour nous intéresser, que l'épisode curieux d'une enharmonie tout à fait imprévue : dans le chant, doublé par le premier violon, un ré bémol se transforme en un ui dièze, pour aboutir à un ré naturel.

Nous devons ajouter que l'air était primitivement plus long qu'il l'est aujourd'hui, Mozart ayant pratiqué trois grandes coupures sur son manuscrit, sans doute à la demande de la chanteuse : — car il convient encore de signaler que cet air, à la différence des deux précédents, a été écrit pour une voix de femme, ce dont son ornementation musicale, notamment dans les cadences, ne laisse point de se ressentir.

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