‹ W.-A. Mozart (volume 2)Chapitre 127 sur 178 · Salzbourg, entre avril et août · texte numérisé non relu

Salzbourg, entre avril et août

Psaume : De profundis clamavi (en ut mineur) pour quatre voix,

basse et orgue.

Ms. au Br. Muséum.

De profundia clamavi ad te Domine, Domine exaudivocem mMMn

La date exacte de la composition de ce De profundis ne nous est point connue, et l'écriture des notes, dans la partition autographe, nous apprend seulement qu'il s'agit là d'un morceau composé aux environs de la quatorzième ou quinzième année du petit Mozart. D'autre part, le style grave et recueilli du chant, la beauté religieuse de l'harmonie, le soin tout particulier avec lequel se trouvent traduits tour à tour les versets du psaume, enfin la réduction de l'accompagnement instrumental à une basse chiflrée, tout cela nous avait d'abord conduits à supposer que ce n° 118 avait pu être écrit par Mozart sous l'influence immédiate du P. Martini et du vieux style d'église bolonais ; sans compter qu'une lettre du père nous avait précisément parlé de l'habitude qu'on avait de réciter, tous les soirs, le De profundis dans cette villa de la comtesse Pallavicini, toute proche de Bologne, où les voyageurs avaient passé plusieurs semaines de l'été de 1770. Mais d'autres particularités du psaume de Mozart, que nous allons dire tout à l'heure, nous empêchent d'admettre cette hypothèse. En réalité, c'est durant l'année suivante, et après son retour à Salzbourg, que l'enfant nous a montré dans ce psaume de quel fruit avait été pour lui, naguère, son séjour à Bologne.

De ces particularités attestant l'origine salzbourgeoise du n° 118, la première est l'emploi, fait par Mozart pour sa partition manuscrite, d'un format de papier oblong à douze lignes dont nous avons vu qu'il s'était servi déjà, en 1771, pour ses trois sonates d'église n**» 115, 116 et 117, et dont nous le verrons se servir encore pour plusieurs autres esquisses de musique religieuse qui, elles aussi, doivent sûrement dater du retour à Salzbourg. De plus, c'est seulement après coup que l'enfant s'est décidé à ne donner pour accompagnement aux voix qu'une basse chiffrée : car le manuscrit du British Muséum nous fait voir, audessus des quatre lignes du chant, une ligne vide en tète de laquelle le petit Mozart lui-même avait écrit : Violino 1'"° c U"^^. Il avait donc, d'abord, projeté d'adjoindre au chœur et à la basse une double partie de violon, ce qui ne s'accorde guère avec ses habitudes, purement

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vocales, de Bologne. Enfin, — pour ne rien dire du style même de l'œuvre, — il faut observer que la partie de basse chiffrée, d'un bout à l'autre du psaume, non seulement est parfois indépendante de la basse chantée, mais atteste déjà, dans sa simplicité, une préoccupation évidente de l'accompagnement instrumental. Sans aucun doute, l'auteur de cette partition n'est plus le petit élève docile du P. 3Iartini, oubliant momentanément son éducation salzbourgeoise pour concentrer toute son âme dans la poursuite d'un idéal exactement conforme à celui de son maître.

Et cependant, comme nous l'avons dit, l'influence de Bologne et du P. Martini nous apparaît encore si profonde, dans cet admirable morceau, que nous ne pouvons pas songer un seul instant à admettre une troisième hypothèse, suivant laquelle Mozart n'aurait écrit son De profundis qu'à la fin de l'année 1771, — ou au début de l'année suivante, — malgré tout ce qu'aurait de séduisant pour nous l'idée d'associer la composition de ce psaume funèbre aux nombreuses cérémonies qui ont dû remplir alors les églises et chapelles de Salzbourg, pour honorer la mémoire du pieux archevêque Sigismond, mort en ce mois de décembre, lejour même où les Mozart revenaient de leur second voyage d'Italie. De ce voyage, en effet, le petit Mozart reviendra avec une âme nouvelle, déjà toute profane et toute « moderne », bien éloignée du recueillement religieux qui se révèle à nous dans son De profundis comme dans la plupart de ses oeuvres vocales de la courte période salzbourgeoise de i77l. C'est bien durant cette période, à peu de distance des Litanies n° 108 et du Kyrie n° 107 et de l'adorable Offertoire de saint Jean-Baptiste n° 110, qu'a été écrit, pour une circonstance malheureusement ignorée, ce très simple et très touchant De profundis, pour le moins égal en pureté et en beauté religieuses à tout ce que nous ont montré ces oeuvres contemporaines.

Comme nous l'avons dit, Mozart, dans ce psaume, s'attache à suivre de proche en proche la signification des paroles. Chaque verset donne lieu, comme naguère dans le Miserere de Bologne, à une phrase distincte du chant; et si ce dernier reste constamment homophone, sous des modulations d'une simplicité parfois déjà très savante et très expressive, c'est évidemment que Mozart a voulu se rapprocher ici des traditions du plain-chant, dont tout l'esprit se retrouve dans la sévère grandeur de la ligne mélodique. Les quatre voix ne cessent pas d'avoir une importance égale, sans l'ombre d'un trait ni d'un ornement; seul VAmen, après une curieuse harmonisation de la doxologie qui termine le psaume, donne lieu à une légère cadence des deux voix supérieures. Tout cela> comme nous l'avons dit, accompagné par la basse chiffrée avec une discrétion voulue, mais qui déjà trahit par endroits la nouvelle ardeur instrumentale du jeune garçon. Et jamais peut-être, dans aucune de ses autres compositions religieuses, le petit Mozart ne nous a encore aussi clairement prouve, à la fois, l'étendue de sa dette de reconnaissance envers son vieux maître bolonais et la profonde originahté poétique de son propre génie.

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