Salzhourg, entre avril et août
Trois morceaux religieux sur une même feuille : 1* Kyrie en ut majeur pour quatre voix et basse ; 2° Morceau sans paroles écrit en ut majeur pour trois soprani et basse chiffrée ; 3° Lacrimosa pour quatre voix et basse.
K. 221 et Anh. 21.
Ms. à Berlin.
Ky . ri . e
Jei .
Ky .. ri.e e . lei
Écrits à la suite l'un de l'autre, sur le même papier (à 12 lignes) et de la même main que les trois sonates d'orgue n*>» 115, 116 et 117 et le Deprofundis (n° H8), ces trois morceaux doivent évidemment dater de la même période. Le second et le troisième étaient manifestement destinés à faire partie d'une petite Messe de Requiem; et il n'y a pas jusqu'au Kyrie initial en ut majeur qui, avec la gravité solennelle de son expression, ne puisse avoir été composé pour servir d'entrée à une messe de ce genre. Aussi bien savons-nous que l'un des grands seigneurs qui ont accueilli les Mozart au printemps de 1771, le comte Spaur, a commandé à l'enfant une messe qui, sans aucun doute, devait être destinée à un anniversaire funèbre. Nous croirions volontiers que, dès sa rentrée à Salzbourg, le petit Mozart se sera mis à la préparation de cette messe commandée, sauf pour lui à la laisser ensuite inachevée, et que les trois morceaux n° 119 appartiennent précisément à ces esquisses préparatoires du jeune garçon.
Ce sont, en tout cas, des morceaux extrêmement soignés, et qui, eux aussi, nous montrent à quel point Mozart, en 1771, conservait l'àme pleine des précieuses leçons du P. Martini. Tous les trois sont constamment traités en contrepoint, avec un souci évident de la « vocalité» du chant et de son expression. Dans le Kyrie, le Christe donne lieu à une phrase nouvelle, suivie d'une reprise variée de la belle phrase mélodique du Kyrie, — et sans que Mozart, pour cette fin de morceau, — ait pris la peine d'écrire les paroles du chant. Pareillement, il n'a écrit aucun mot sous les notes du second morceau, destiné à être chanté par trois voix égales de soprani. Dans le troisième morceau, quelques mots seulement nous apprennent qu'il s'agit d'un Lacrimosa. Mais le plus curieux est de voir avec quelle ardeur inconsciente le génie instru-
mental de Mozart le conduit, de proche en proche, à renforcer l'accompagnement de sa basse chiffrée, encore très sobre dans le Kyrie, pour devenir déjà bien plus importante et plus libre dans les deux autres morceaux.