QUATORZIÈME PÉRIODE LE SECOND VOYAGE DITALIE
(13 AOUT — 15 DÉCEMBRE i771)
Le 13 août 1771, Léopold Mozart et son fils se sont remis en route vers Milan, où le jeune maître avait reçu la commande de composer un ballet chanté pour les fêtes du mariage d'un archiduc, qui devaient avoir lieu dans les derniers jours d'octobre. De nouveau, quelques lettres des deux voyageurs nous renseignent sur les faits matériels de leur vie durant cette période ; et voici, dans ces lettres, tous les passages qui se rapportent, de près ou de loin, à la carrière artistique de Mozart :
Après un assez long séjour à Ala, chez le négociant Piccinni, et quelques jours passés à Vérone, les Mozart arrivent à Milan le 21 août. Le 24, Léopold écrit que le mariage princier doit avoir lieu le 15 octobre, et se plaint de ce que « le poème de la sérénade ne soit pas encore arrivé de Vienne ». Le même jour, Wolfgang, dans un billet à sa sœur, supplie celle-ci de « tenir une promesse qu'elle lui a faite », et il le lui demande en des termes si passionnés que, sans aucun doute, il doit faire allusion à l'objet du violent amour dont nous avons parlé précédemment. Le jeune homme ajoute : « Au-dessus de notre logement, ici, demeure un violoniste, un autre au-dessous, à côté de nous un maître de chant qui donne des leçons, enfin, un hautboïste dans la dernière chambre, en face de nous. Un tel voisinage est très gai pour composer : cela donne des idées ! »
Le 31 août, Léopold écrit : « Enfin le poème est arrivé ! Mais Wolfgang n'a encore rien composé que l'ouverture, consistant en un allegro assez long suivi d'un andante, lequel, déjà, aura à être dansé, mais par peu de personnes. Après quoi, au lieu du dernier allegro, il a fait une sorte de contredanse avec chœurs qui sera à la fois chantée et dansée. Le mois prochain sera bien occupé. Nous allons aller, tout à l'heure, faire visite à M. liasse, qui vient d'arriver. » Un billet de Wolfgang, à la suite de cette lettre, contient une nouvelle allusion énigmatiquc à la demoiselle aimée, dont une note de Nissen nous apprend qu'elle était alors sur le point de se marier.
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Lettre de Léopold, le 7 septembre : « Nous avons maintenant la tête pleine, car le poème nous est arrivé tard, et a dû encore rester quelques jours entre les mains du poète, pour toute sorte de petits changements. J'espère bien que la pièce réussira : mais notre Wolfgang est surchargé de travail, ayant aussi à composer le ballet qui relie les deux actes ou parties de la sérénade. »
Le 13 septembre, Léopold écrit :
Avec l'aide de Dieu, Wolfgang aura entièrement achevé dans douze jours sa sérénade, qui, d'ailleurs, est plutôt une action théâtrale en deux parties. Tous les récitatifs avec ou sans instruments sont déjà prêts, comme aussi tous les cœurs, au nombre de huit, et dont cinq seront à la fois chantés et dansés. Nous avons assisté aujourd'hui à la répétition de la danse, et avons fort admiré le zèle des deux maitres de ballet, Pick et Fabier. La première scène représente Vénus descendant des nuages, accompagnée de Génies et de Grâces. Déjà Vandante de la symphonie est dansé par onze femmes. Le dernier allegro de la même symphonie est un chœur de trente-deux choristes, et qui sera dansé, en même temps, par seize personnes, hommes et femmes. Il y a ensuite un autre chœur de bergers et bergères, figuré par d'autres personnes. Puis viennent des chœurs de bergers seuls, ténors et basses, et d'autres de bergères, soprani et contralti. Dans les dernières scènes, tout le monde se trouve réuni, Génies, Grâces, bergers et bergères, choristes et danseurs des deux sexes ; et ces derniers dansent encore le dernier chœur. Je ne compte point là-dedans les danseurs solistes qui seront M. Pick et M™«Binetti, M. Fabier et M'^'Blache. Les petits soli qui se trouvent parmi les chœurs, tantôtpourdeuxsopranijtantôt pour alto et soprano, etc., seront également entremêlés de soli des danseurs et danseuses.
Les personnages de la cantate sont: Vénus, M"^' F alchitii, seconda donna ; Ascanio, signor Manzuoii, primo uomo ; Silvia, M'"*Girelli, prima donna; le grand prêtre Acesle, signor Tibaldi, ténor ; un Faune berger, signor Solzi, seconda uomo.
a N. B. — Au sujet de Venise, en 1773, j'ai déjà toutes les pièces en main. »
Et, en effet, Nissen reproduit un acte officiel rédigé à Venise, le 17 août 1771, par lequel le directeur de l'Opéra Eroica de Venise, Michel dair Agata, demande au « signor Amadeo W. Mozart » d'écrire le second opéra du carnaval de 1773, «avec obligation de ne devoir écrire, antérieurement à cette date, pour aucun autre théâtre de la ville ». Le compositeur aura à « se trouver à Venise dès le 30 novembre 1772, pour être prêt à toutes les répétitions », en échange de quoi lui est promise une somme de 70 sequins.
Par le même courrier du 13 septembre, Wolfgang, très enrhumé, écrit à sa sœur : « Dis à M"* W. de Mœlk que je me réjouis fort à l'idée de retourner à Salzbourg, afin de pouvoir obtenir de nouveau, pour
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mes menuets, un cadeau comme celui que j'ai reçu à son concerta »
Lettre de Léopold, le 21 septembre :
C'est aujourd'hui que doit avoir lieu la première répétition avec orchestre de l'opéra de M. liasse, qui, grâce à Dieu, se porte bien. La semaine prochaine, on répétera la sérénade : lundi, ce sera la première répétition des récitatifs ; les autres jours, on répétera les chœurs. Dès lundi, Wolfgang sera entièrement prêt; Manzuoli vient souvent chez nous, Tibaldi presque tous les jours, vers onze heures, et ils restent à table jusque vers une heure, pendant que Wolfgang continue à composer. Tout le monde est très aimable, et témoigne la plus grande estime pour notre fds. En vérité, nous n'avons pas le moindre souci, -car tous sont d'excellents et fameux chanteurs, et des gens intelligents. Cette sérénade est proprement un petit opéra ; l'opéra même de Basse n'est pas plus long, car il aura à être allongé par les deux grands ballets exécutés après le premier et le deuxième acte, et dont chacun durera trois quarts d'heure.
11 y a deux jours la comédie italienne a dû cesser, afm que l'on puisse avoir le théâtre libre pour les préparatifs de la fête. Les acteurs de cette comédie étaient exceptionnellement bons, surtout dans les pièces de caractère et les tragédies.
A quoi Wolfgang, ajoute : « Je vais bien, mais j e ne puis pas écrire beaucoup, parce que les doigts me font mal à force d'écrire de la musique... Il ne manque plus que deux airs à ma sérénade, et tout sera fini. »
Lettre de Léopold, le 28 septembre : « Nos vacances et divertissements ont maintenant commencé. Aujourd'hui a lieu la première répétition des chœurs seuls, et sans les instruments. J'espère que la composition de Wolfgang aura un grand succès : l^parce que Manzuoli et les autres chanteurs sont ravis de leurs airs ; 2° parce que je connais ce que notre fils a écrit, et que je devine quel effet cela va produire, étant écrit le mieux du monde aussi bien pour les chanteurs que pour l'orchestre. »
Le o octobre, Léopold annonce qu' Ascanio a été de nouveau, la veille, répété en scène, et le sera encore le mardi suivant. Et sans doute le père doit avoir écrit à sa femme, ce jour-là, bien d'autres choses encore que les deux lignes publiées par Nissen, car son fils déclare, en post-scriptum,que «sonpapaluiaenlevé delaplumetout ce qu'il avait à écrire, l'ayant déjà écrit lui-môme ». Il ajoute : « La signora Gabriclli est ici : nous irons la voir prochainement, afin de connaître ainsi toutes les chanteuses en renom. »
1. Les menuets dont parle ici Mozart, et dont M"» de Mœlk l'aura sans doute récompensé par un baiser, sont probablement contenus dans une nombreuse série de menuets à danses inédils, composés tout au long de la jeunesse de Mozart, et sur lesquels nous aurons encore à revenir.
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Lettre de Léopold, le 12 octobre : « Hier a eu lieu la quatrième répétition de la sérénade. Demain, ce sera la septième du signor Sassone (Hasse) ; et lundi, la première épreuve de la sérénade mise en scène. Nous avons à préparer deux partitions, pour l'empereur et pour l'archiduc : on les copie à la hâte, après quoi nous les ferons relier. »
Lettre de Léopold, le 19 octobre : « Avant-hier, le 17, la sérénade a obtenu un succès si merveilleux que l'on doit la rejouer aujourd'hui. L'archiduc vient encore d'en commander deux copies... En un mot, je le regrette fort, mais la sérénade de notre fils a tellement écrasé l'opéra de Hasse que je ne puis te le décrire. »
Du même, le 26 octobre : « Avant-hier, au théâtre, le public a été témoin de la façon dont l'archiduc et sa femme, à force d'applaudissements, ont fait répéter deux airs de la sérénade... Dimanche et lundi, celle-ci sera donnée de nouveau. *> Et WoKgang, dans un postscriptum tout joyeux, ajoute que, de ces deux airs qui ont été bissés, « lun est chanté par Manzuoli, et l'autre par la Girelli ». Le post-scriptum de l'enfant contient encore ce détail : « Le baron Dupin vient souvent chez la demoiselle qui joue du piano, ce qui fait que nous avons souvent l'occasion de nous voir. »
Le 2 novembre, dans une longue lettre dont Nissen n'a publié qu'un morceau tout en nous apprenant que les passages supprimés contiennent «r une description de toutes les fêtes qui viennent d'avoir lieu », Wolfgang écrit : « Aujourd'hui, au théâtre, c'est le tour de l'opéra de Hasse : mais comme papa ne peut pas sortir, il m'est impossible d'y aller. Heureusement, j'en sais par cœur, à peu près tous les airs ; de sorte que je peux, de ma chambre, les entendre et les voir en pensée. »
Le 9 novembre, Léopold écrit : « Hier, nous avons dîné chez le comte Firmian avec M. Hasse. Celui-ci et notre Wolfgang ont été excellemment récompensés pour leurs compositions : en plus de l'argent qu'ils ont reçu, M. Hasse a obtenu une tabatière, et Wolfgang une montre garnie de diamants. »
Du m^me, le 16 novembre : « Je me serais déjà remis en route pour Salzbourg : mais l'archiduc désire encore causer avec nous, lorsqu'il reviendra de Varèse... Il est bien vrai que la sérénade a obtenu un succès extraordinaire : mais, avec cela, je doute fort que notre archevêque se souvienne de Wolfgang, lorsqu'une pension 9^ trouvera vacante. »
Le 24 novembre, Léopold rapporte à sa femme que, « ce même jour, ils ont reçu la visite de Mysliwcczek, arrivé de la veille, et qui doit écrire le premier opéra de la saison de carnaval ». Et il ajoute : « Hier, nous avons fortement fait de la musique chez M. de Mayer. » Dans son post-scriptum, ce jour-là, Wolfgang, raconte longuement un trait de vanité de Manzuoli, qui vient de quitter Milan par dépit
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de n'avoir pas obtenu le supplément d'argent réclamé par lui pour avoir chanté dans la sérénade.
La dernière lettre envoyée de Milan est du 30 novembre. Léopold y écrit : « Diverses circonstances me retiennent encore ici ; et puis, d'ailleurs, voici l'avent, où il n'y a point de musique à faire à la Cour de Salzbourg. »
Enfin deux billets, le premier daté d'Ala, le 8 décembre, l'autre de Brixen, le 11 du même mois, annoncent le prochain retour des voyageurs. De Brixen, Léopold écrit : « Nous ne pouvons arriver que lundi, car le comte Spaur, qui est ici, tient absolument à nous garder quelques jours. »
Rien à extraire, pour cette période, du récit de la sœur. Et rien à tirer, non plus, des lettres du vieux Hasse, qui, le 30 octobre, constate bien « l'insuccès complet » de son opéra, Ruggiero ou VEroica Gi^atitudine , mais ne fait plus aucune mention du jeune rival dont il est trop certain que la sérénade a vraiment « écrasé » son opéra. Tout au plus convient-il de noter ici le peu de vraisemblance de la tradition suivant laquelle le vieux maître, en entendant Ascanio in Alba, se serait écrié : « Ce gamin nous fera tous oublier! » Et Mozart lui-même, de son côté, a beau nous apprendre « qu'il sait par cœur tous les airs de l'opéra de Hasse » ; nous pouvons être assurés qu'il « savait par cœur » toute œuvre musicale qu'il entendait; mais lart vénérable du Sassone était, désormais, trop archa'ique pour pouvoir exercer sur lui une action bien profonde.
Après cela, les lettres des deux voyageurs, telles que nous venons de les citer, nous renseignent si abondamment sur la vie musicale de Mozart durant cette période, que nous pouvons presque nous passer de toute autre source d'information documentaire, à la condition seulement de confronter ces lettres avec l'œuvTc authentique du jeune homme à la même période. S'arrachant brusquement au milieu artistique de Salzbourg, dont il recommençait à subir profondément l'empreinte, Mozart s'est trouvé transporté, à la fois, dans un monde nouveau et parmi des occupations nouvelles : retrouvant tout de suite en Italie non seulement l'atmosphère qu'il y avait respirée l'année précédente, mais encore un travail tout différent de ceux où il avait employé tous les mois passés. Et les lettres de son père nous apprennent, en outre, que ce travail 6\iscanio l'a complètement absorbé, dès l'instant de son arrivée à Milan jusqu'aux environs du l" octobre 1771. Pendant six semaines, le jeune homme a été forcé de renoncer à tout ce qui n'était pas musique d'opéra italien ; entouré de chanteurs et d'instrumentistes locaux, il a forcément perdu contact avec l'art de son pays, et s'est replongé, au moins en grande parlie, dans le môme état d'esprit où nous l'avons vu, un an auparavant, pendant la composition de son Mitridate. Aussi, connaissant déjà Ictonnanle mobilité de son génie, n'avons-
nous pas de peine à comprendre le changement qui va se manifester à nous dans les œuvres instrumentales composées par lui à Milan après la terminaison de sa sérénade. L'effort que lui a demandé ce petit opéra n'a pu manquer de produire sur lui une sorte de réacclimatation italienne, un retour à ses dispositions de 1770. Comparées notamment à sa dernière symphonie de Salzbourg, son ouverture d'Ascanio, ses deux symphonies et son concerto milanais nous frappent tout de suite par la disparition de cette tendance à l'approfondissement musical que nous avons signalée chez lui pendant la période précédente. Et cependant, un esprit nouveau nous y apparaît confusément, qui déjà nous prépare à l'intelligence de la grande période symphonique de 1772. Mais, d'abord, il faut que nous définissions en quelques mots les résultats qui vont se dégager pour nous de l'analyse de sa sérénade.
Nous avons dit que celle-ci était surtout une façon d'opéra ; et le fait est que ses airs s'apparentent encore de très près à ceux de Mitridate, avec la même coupe un peu « modernisée », le même caractère « vocal », — peut-être pourtant déjà moins sensible, — la même allure brillante et souvent superficielle. Mais en même temps qu'un petit opéra, Ascanio était aussi une manière de ballet : et ce genre du ballet, c'est-à-dire de la traduction instrumentale d'une action dramatique, répondait si directement au génie personnel de Mozart, — comme le prouve déjà, dans Ascanio, la préférence marquée du jeune maître pour cette partie de son œuvre, — que la composition de la sérénade, au lieu de ramener pleinement celui-ci dans les voies de la musique d'opéra, a surtout contribué à stimuler en lui le goût d'une musique instrumentale moins poussée et profonde que celle de ses œuvres salzbourgeoises, mais toute légère et piquante sous son style italien. De telle sorte que, déjà durant cette période, comme plus tard durant la composition de Lucio Silla, c'est bien encore de l'esprit italien que s'est nourri le jeimc homme, mais en recherchant désormais cet esprit plutôt dans la musique instrumentale que dans celle de l'opéra séria. Et nous allons voir, en effet, que les symphonies et le concerto milanais de 1771, sans avoir la haute valeur artistique des symphonies précédentes, attestent cependant un vif désir de beauté instrumentale, et un désir qui n'aura plus ensuite qu'à subir de nouveau le contact du génie allemand pour donner naissance à une floraison merveilleuse de grâce, d'élégance, et de sensualité symphoniques.
Et ce n'est pas tout. Il faut noter encore l'heureux hasard qui, durant cette période, a mis le jeune homme en rapj)orts avec le seul grand et vrai poète qu'il aura l'occasion de connaître durant sa vie. Nous savons, par les lettres du père, que plusieurs fois des retards se sont produits dans la composition d' Ascanio, par suite de corrections apportées dans le poème de la sérénade ; et cela
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signifie que, certainement, les Mozart ont dû entretenir des relations avec l'auteur de ce poème, qui se trouvait être l'un des plus grands et délicieux lyriques de toute la littérature italienne. Non seulement le commerce de l'abbé Parini ne peut manquer d'avoir exercé une action bienfaisante sur le goût et l'intelligence artistique du jeune Mozart : mais il n'est pas impossible d'admettre qu'une action plus directe et plus intime soit venue, au jeune homme, de l'œuvre et de la personne d'un poète qui, avec son mélange de pureté classique et d'aspiration romantique, était lui-même quelque chose comme le Mozart de la littérature de son temps et de son pays. Ajoutons à cette influence celle des angoisses amoureuses que nous laissent entrevoir les billets de Mozart : simultanément l'esprit et le cœur de celui-ci se sont alors ouverts à des horizons nouveaux, et le poète qui était en lui a décidément achevé de parvenir à la pleine conscience de soi^ Jugée en elle-même, — malgré la grâce légère des ballets chantés d'Ascanio, — l'œuvre de Mozart durant cette période n'a rien à nous offrir de bien remarquable : mais à peine le jeune homme aura-t-il remis le pied sur le sol de Salzbourg qu'aussitôt un Mozart imprévu et prodigieux se révélera à nous, un musicien poète qui, d'emblée, créera des chefs-d'œuvre immortels.