‹ W.-A. Mozart (volume 2)Chapitre 138 sur 178 · Milan, novembre · texte numérisé non relu

Milan, novembre

Concerto ou divertissement en mi bémol, pour deux violons, alto, deux clarinettes, deux cors et basse.

Ms. à Berlin.

Alfe^TQ

Allegro. — Andante [en si bémol). — Menuetto et trio (eu sol mineur). — Allegro.

La date de ce « concerto » nous est donnée sur le manuscrit (à Berlin) qui est intitulé, de la main même de Mozart ; Concerto ossia Divertimento. En réalité, il s'agit ici d'une de ces petites cassations qui étaient alors d'un usage bien plus fréquent à Salzbourg et à Vienne qu'en Italie; et le mot de « concerto », employé par Mozart pour le définir, nous révêle que ce

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genre apparaissait encore, au public italien, comme la continuation du concerto instrumental des maîtres anciens. Le fait est que Mozart, ici, se conforme encore évidemment à cette ancienne conception du concerto qui voulait que tous les instruments eussent leurs soli bien distincts, et non seulement les clarinettes et les cors, mais aussi chacun des deux violons, et l'alto, et la basse. Et cependant l'esprit des divers morceaux, dans l'œuvre de Mozart, est déjà tout moderne, par la façon dont les divers soli se trouvent enchâssés dans un même tissu musical, soit que les instruments se répondent en dialogue ou que l'idée exposée par les uns ait aussitôt sa contre-partie dans le langage des autres. De telle sorte que les quatre morceaux nous offrent l'aspect d'un petit sextuor ayant la coupe traditionnelle des œuvres de musique de chambre du temps, avec des barres de reprise suivies d'un développement et d'une rentrée régulière de la première partie. Il faut seulement noter que, ici, comme dans les symphonies n*' 124 et 125, les rentrées présentent la particularité curieuse d'être variées au moyen de petits changements de rythme ou d'expression s'étendant aussi bien sur le second sujet que sur le premier. Par contre, les développements du premier et du second morceau ont encore pour thèmes des idées toutes nouvelles, à la manière italienne : et l'emploi de ce procédé, ainsi que l'abondance des idées mélodiques juxtaposées, et jusqu'au caractère de celles-ci, tout cela est assez différent de ce que nous ont fait voir les symphonies précédentes pour nous porter à supposer que Mozart a eu sous les yeux une œuvre italienne du même genre, ets'en est inspiré directement, selon sa coutume.

Ce qui nous amène à nous demander pour quel usage a pu être composé ce concerto. Peut-être Mozart l'a-t-il écrit à l'intention du brillant public autrichien qui a dû se presser aux fêtes du comte Firmlan après le mariage de l'archiduc. Mais peut-être aussi Mozart aura-t-il écrit son concerto pour l'une des soirées musicales de ce M. de Mayer (sans doute un Allemand fixé à Milan) chez qui les Mozart, d'après une lettre de Léopold, « ont fortement fait de la musique le 23 novembre' ». En tout cas il importe de signaler la coïncidence de ces deux faits : la fréquentation de milieux allemands durant ce troisième séjour milanais des Mozart et le grand nombre d'œuvres instrumentales composées par lui durant ce séjour. Le jeune maître a « fortement fait de la musique », à Milan, entre l'achèvement de son Ascanio et sa rentrée à Salzbourg : mais tout porte à croire que, cette fois, il en a fait surtout chez des Allemands, et surtout sous la forme de musique instrumentale. Les nombreux airs des périodes précédentes sont remplacés, cette fois, par des symphonies et un concerto. Au lieu de le détourner de sa passion croissante d'instrumentiste, ce voyage de 1771 ne fait encore que l'y encourager; et ainsi nous nous expliquons que, dès son retour en Allemagne, toute trace disparaissechez lui du compositeur d'opéras italien qu'il aété pendant deux ans, et que nous voyions surgir, en son lieu, un admira-

1. Cette hypothèse nous parait confirmée par la présence de deux parties de clarinettes : car l'absence de ces parties dans l'orchestre d'Ascanio semble bien prouver que c'est chez un amateur privé de Milan que Mozart a rencontré des des personnes sachant jouer de cet instrument, encore très rare.

ble symphoniste encore tout imprégné, d'abord, du style italien, mais bientôt de plus en plus livré aux grandes influences de son pays.

Quant aux parties des instruments à vent, dans le concerto, nous devons avant tout faire remarquer que c'est ici la première fois que Mozart a eu l'occasion d'écrire pour la clarinette. Mais on se souvient aussi que. à Londres, il a pris la peine de trancrire de sa main toute une symphonie d'Abel qui comportait une partie concertante pour la clarinette. En effet le rôle de cet instrument, dans le concerto, est fort bien adapté à ses ressources propres; et Mozart a très habilement associé son timbre avec celui des cors, qui lui était familier depuis longtemps. Nous savons d'ailleurs que, plus tard, à Salzbourg, Mozart a transcrit les parties des clarinettes pour deux hautbois, en y ajoutant deux parties de basson.

Le premier morceau est fait de trois idées, qui toutes appartiennent proprement aux violons, sauf pour les clarinettes et les corsa se charger des transitions et des ritournelles: tandis que \e développement est déjà une sorte de dialogue entre les violons et les vents. Et nous avons dit comment, après cela, la rentrée se trouve variée tout au long par de petites nuances expressives.

Dans l'andanle, les clarinettes, simplement accompagnées par les basses exposent entièrement le premier sujet, suivant la manière des anciens concertos ; et les cordes leur répondent, renforcées par les cors, sous la forme d'un second sujet mélodique. Dans le développement, le dialogue reparaît entre les cordes et les vents (toujours sur un thème nouveau); après quoi les clarinettes ne reprennent que la seconde moitié du premier sujet, suivie d'une reprise, sensiblement variée, du second sujet par les violons.

Le menuet, également dialogue entre les vents et les cordes, nous fait voir, à nouveau, une tentative de Mozart pour remanier la coupe de ce genre de morceau : ici, ce n'est plus, comme dans le n*» 124, la seconde moitié de la première partie qui est reprise après la seconde, mais bien la première moitié, d'ailleurs très changée, en façon de coda. Et au contraire, dans le trio (qui n'a de remarquable que son accompagnement libre dalto, et surtout sa tonalité de sol mineur après le ton de mi bémol), c'est la seconde moitié de la première partie qui se trouve reprise. Il s'opère dans l'esprit de Mozart, durant toute cette période, un travail évident de recherches et de tâtonnements au sujet du menuet ; et rien n'est plus curieux que d'en noter les diverses manifestations successives.

Le finale, en morceau de sonate, d'une mélodie et d'un rythme tout allemands, avec d'incessantes répétitions à l'italienne, est fait de deux sujets nettement séparés, mais tous deux exposés en dialogue entre les vents et les cordes. Le développement, par exception, a pour thème le premier sujet, avec une modulation mineure assez intéressante : puis la rentrée se produit, toujours un peu variée, et aboutissant à quelques mesures nouvelles de coda où les violons laissent la parole aux clarinettes. Tout ce morceau est d'ailleurs très brillant et sonore, renforçant à merveille l'impression, toute mondaine, du concerto entier.

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